Série de documents de recherche - Revenu
Le bien-être des Canadiens au cours de la première année de la pandémie de la COVID-19

par Sarah Charnock, Andrew Heisz, et Jennifer Kaddatz , Statistique Canada, Nora Spinks et Russell Mann, L’Institut Vanier de la famille
Date de diffusion : le 15 avril 2021

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Regard sur l’expérience canadienne liée à la pandémie de COVID-19 sous l’angle du bien-être

Depuis la mi-mars 2020, le Canada doit composer avec de profondes répercussions socioéconomiques en raison de la pandémie de COVID-19. Pour des raisons évidentes, une grande attention a été accordée aux effets immédiats de la pandémie sur la santé ainsi qu’à la conjoncture économique. Toutefois, de nombreux autres aspects associés à la qualité de vie ou au bien-être des Canadiens ont également fait l’objet d’une attention particulière. Des données reflétant les multiples dimensions du bien-être ont notamment été mises en relief dans le rapport Portrait économique et budgétaire 2020Note . En plus des tendances observées dans la sphère économique et sur le marché du travail, le gouvernement fédéral a souligné l’incidence de la pandémie de COVID-19 sur l’éducation et le perfectionnement des compétences, la violence fondée sur le sexe et l’accès à la justice, la pauvreté, la santé et le bien-être, ainsi que l’égalité des sexes, en insistant sur la diversité des multiples répercussions.

Bien avant que nous soyons touchés par la propagation de la COVID-19, le gouvernement du Canada s’était montré intéressé par l’idée d’explorer davantage la mesure du bien-être et son utilisation comme instrument de politiqueNote . En décembre 2019, le premier ministre Justin Trudeau a mandaté la ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances « de mieux intégrer les mesures de la qualité de vie dans le processus décisionnel et budgétaire du gouvernement, en s’inspirant des leçons tirées d’autres administrations comme celles de la Nouvelle-Zélande et de l’ÉcosseNote  ».

Dans ce graphique, on voit une femme assise sur une chaise qui utilise un ordinateur portatif. Autour d’elle se trouvent quatre autres images présentant des masques et des molécules de la COVID, en arrière-plan.

Compte tenu de la portée et de la diversité des rapports et des études qui se sont intéressés aux répercussions de la pandémie sur le bien-être, l’assimilation et la compréhension des multiples effets que celle-ci a pu avoir sur la qualité de vie posent tout un défi. Or, la littérature sur le bien-être propose une approche utile à cet effet.

Analysée sous l’angle du bien-être, la qualité de vie comporte de multiples facettes et dimensions. Une compréhension holistique du bien-être passe par l’examen à la fois du système économique ainsi que des diverses expériences des individus et des différents milieux de vie dans lesquels ceux-ci évoluent. Les multiples facettes du bien-être peuvent être considérées comme des domaines connectés les uns aux autres dans un cadre global de bien-être; des indicateurs peuvent ainsi être proposés afin de représenter et de suivre les changements dans les domaines choisis. Certaines dimensions du bien-être peuvent s’améliorer avec le temps, et d’autres se détériorer. On peut observer que les résultats en matière de bien-être touchent la population de manière similaire dans certaines dimensions, alors que des effets plus variés peuvent être observés dans d’autres dimensions, le niveau de bien-être de certains groupes étant nettement plus faibles que celui d’autres groupes.

Ce rapport rassemble diverses constatations qui mettent en relief les changements intervenus dans la qualité de vie depuis le début de la pandémie de COVID-19, et fournit des renseignements précieux grâce à un examen des résultats sous l’angle du bien-être. Il existe plusieurs cadres couramment utilisés pour décrire les dimensions du bien-être, comme le cadre d’évaluation du bien-être et du progrès proposé par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) [Encadré 1]. À l’instar d’autres cadres d’évaluation du bien-être, le modèle de l’OCDE divise le bien-être en dimensions économiques, sociales et environnementales interreliées, et souligne que les niveaux de bien-être et les inégalités dans ces domaines influencent le bien-être d’une société dans son ensembleNote . Comme en fait mention la lettre de mandat du premier ministre (2019) dont il a été question précédemment, les gouvernements des quatre coins du monde ont élaboré leur propre cadre d’évaluation du bien-être ainsi que leur propre système d’indicateurs afin d’intégrer des mesures supplémentaires qui sont importantes aux yeux des citoyens. Par exemple, l’Écosse, la Nouvelle-Zélande, l’Islande et le Pays de Galles ont tous entrepris de créer des « économies du bien-être » pour aider à orienter leurs dépenses nationalesNote .

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Encadré 1 : L’initiative du vivre mieux de l’OCDE

Étant donné que le bien-être comporte de multiples facettes, un cadre d’évaluation du bien-être peut constituer un guide utile pour comprendre la qualité de vie des diverses populations. Bien qu’il existe plusieurs cadres de références, le Canada a opté pour le cadre d’évaluation du bien-être et du progrès de l’OCDE comme point de départ, celui-ci ayant été créé afin de mesurer le bien-être et le progrès, soit l’un des principaux objectifs que poursuit l’OCDE dans le cadre de l’Initiative du vivre mieux. Ce cadre a été élaboré en s’appuyant sur des initiatives à l’échelle nationale et internationale, la littérature spécialisée et les conseils d’experts, ainsi qu’avec la contribution de l’organisme national de statistique représenté au Comité sur les statistiques et la politique statistique de l’OCDE. Dans ce cadre, le bien-être actuel comporte 11 dimensions, l’évaluation portant à la fois sur les individus, les ménages et les communautés. Il comprend également 4 ressources pour le bien-être futur : le capital naturel, le capital économique, le capital humain et le capital socialNote .

Le cadre d’évaluation du bien-être et du progrès de l’OCDE est utilisé pour calculer l’Indicateur du vivre mieux de l’OCDE qui permet de comparer le niveau de bien-être entre les pays à l’aide d’un ensemble d’indicateurs spécifiques pour chacune des 11 dimensions du bien-être. L’OCDE utilise ces indicateurs pour effectuer des analyses dans le cadre de la série Comment va la vie?, dont l’objectif est d’évaluer la qualité de vie dans 37 pays membres de l’OCDE et 4 pays partenaires, tous les 2 ans. L’édition 2020 de Comment va la vie? s’est concentrée sur les données de plus de 80 indicateurs, dont 24 principaux indicateurs, en se référant aux données de 2018 ou à celles de la dernière année disponibleNote . Étant donné que le bien-être d’une société est le reflet à la fois du « niveau » de bien-être et des inégalités qui s’inscrivent dans les différentes dimensions, les indicateurs du cadre expriment conjointement des perspectives absolues et relatives.

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Le présent document décrit les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur certains aspects du bien-être (pour la période allant du début de la pandémie jusqu’à la date de parution de cette publication) en mettant l’accent sur les sphères suivantes, tirées du cadre de l’OCDE :

Bien que d’autres questions puissent, bien entendu, être étudiées, celles qui précèdent ont été choisies parce qu’elles couvrent une variété de domaines au sujet desquels le Canada dispose de données récentes. Les travaux de recherchent futurs verront peut-être à approfondir les sujets explorés dans le présent rapport ou à élargir l’étude à d’autres domaines qui n’auront pas été abordés.

Ce document se termine par une réflexion sur l’importance que revêtent les liens – au sein du travail, de la famille, avec l’environnement et par l’entremise de la technologie, ainsi qu’entre ces divers éléments – comme source de résilience pendant la pandémie. Bien que l’échantillonnage des variables présentées dans ce rapport ait avant tout pour but de démontrer les forces et les vulnérabilités des individus et des familles au Canada dans un monde aux prises avec les effets du coronavirus, il met également en lumière l’importance des liens entre ces individus et leur famille, ainsi que le capital social, économique et naturel dont ils disposent en cette période de pandémie.

Revenu et patrimoine : le bien-être financier des familles a été mis à mal, mais il a également été soutenu par des changements dans les habitudes des ménages ainsi que par les programmes d’aide liés à la pandémie

La fermeture partielle ou totale d’un grand nombre de commerces et de lieux de travail en mars 2020, en raison de la pandémie, a eu un effet dévastateur sur la main-d’œuvre et a mis en péril la sécurité et la stabilité financières des particuliers et des familles canadiennes. En avril 2020, 5,5 millions de travailleurs ont été touchés par la crise économique liée à la pandémie de COVID-19, se retrouvant sans emploi ou contraints de réduire leurs heures de travail, un nombre qui s’élevait toujours à 1,1 million de travailleurs en décembre 2020Note . Alors que les crises et les ralentissements économiques touchent généralement davantage les personnes à faible revenu que celles dont le revenu est plus élevé, il n’est pas surprenant qu’au Canada, parmi les personnes dont le revenu est inférieur à 40 000 $, 5 sur 10 (46 %) aient affirmé avoir vu leur revenu se détériorer entre le début de la pandémie et le mois d’octobre 2020Note , comparativement à 3 sur 10 (27 %) chez les personnes dont le revenu est supérieur à 40 000 $.

En avril 2020, Statistique Canada a ajouté une question relative au bien-être financier dans son Enquête sur la population active mensuelle : « Au cours du dernier mois, à quel point était-il difficile ou facile pour votre ménage de répondre financièrement à ses besoins en matière de transport, de logement, de nourriture, de vêtements et d’effectuer d’autres dépenses nécessaires? » L’indicateur qui en résulte reflète l’évolution des perceptions en regard de la sécurité financière, la résilience financière variant peu au cours de la période de pandémie (figure 1). En février 2021, environ un cinquième (20,4 %) des Canadiens ont déclaré avoir des difficultés à s’acquitter des dépenses en matière de logement, de nourriture, de transport et de vêtements ainsi qu’à effectuer d’autres dépenses nécessaires.

Figure 1 : Proportion de personnes vivant dans des ménages qui ont indiqué qu'il était « difficile »  ou « très difficile »  de répondre financièrement à ses besoins en matière de transport, de logement, de nourriture, de vêtements et d'effectuer d'autres dépenses nécessaires

Tableau de données du Figure 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Mois (titres de rangée) et Proportion de personnes vivant dans des ménages qui ont indiqué qu'il était « difficile » ou « très difficile » de répondre financièrement à ses besoins en matière de transport, de logement, de nourriture, de vêtements et d'effectuer d'autres dépenses nécessaires, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Mois Proportion de personnes vivant dans des ménages qui ont indiqué qu'il était « difficile » ou « très difficile » de répondre financièrement à ses besoins en matière de transport, de logement, de nourriture, de vêtements et d'effectuer d'autres dépenses nécessaires
pourcentage
avril 2020 20,9
mai 2020 22,2
juin 2020 20,2
juillet 2020 19,5
août 2020 19,7
septembre 2020 20,7
octobre 2020 20,9
novembre 2020 21,4
décembre 2020 21,7
janvier 2021 21,0
février 2020 20,5

Une part importante des personnes ayant été contraintes de réduire leurs heures de travail ou ayant perdu leur emploi ont eu du mal à répondre aux besoins financiers de leur famille au cours de la première année de la pandémie. En septembre 2020Note , près de la moitié (42 %) des bénéficiaires de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) du Canada disaient trouver difficile ou très difficile de s’acquitter des dépenses nécessaires et, en octobre 2020, plus de la moitié (53 %) des chômeurs de longue durée, qui étaient à la recherche d’un emploi ou faisaient l’objet d’une mise à pied temporaire depuis 27 semaines ou plus, disaient avoir de la difficulté à assumer les dépenses nécessaires. Cette proportion était près de trois fois supérieure à celle des personnes en emploi ou des personnes inactives (p. ex. les personnes ne cherchant pas de travail, retraitées ou étudiantes) qui ont fait part de difficultés à payer leurs factures (19 %)Note . Les femmes, les jeunes, les Autochtones et les groupes de minorités visibles ont été touchés de manière disproportionnée par le chômage et les facteurs de stress liés aux financesNote . À titre d’exemple, dans le cadre d’une enquête de Statistique Canada, parmi les répondants ayant subi une perte d’emploi ou une réduction de leurs heures de travail, 65 % des participants autochtones ont déclaré des conséquences financières négatives majeures ou modérées en juin 2020, comparativement à 56 % des participants non autochtones.

Tout au long de la pandémie, de nombreux Canadiens ont exprimé leur crainte et leur anxiété quant aux répercussions potentielles de la pandémie sur leur situation financière. Tout comme les répercussions réelles, cette crainte n’a pas été ressentie de la même manière par tous les Canadiens. Selon les données d’un sondage mené par l’Institut Vanier de la famille, l’Association d’études canadiennes et la firme LégerNote , si plus de la moitié (53 %) des adultes de 18 ans et plus ont déclaré en avril 2020 que l’éclosion de coronavirus constituait une menace importante pour leur situation financière personnelle, certains se disaient moins inquiets que d’autres. Trente-six pour cent (36 %) d’entre eux considéraient la crise comme une menace négligeable et 11 % affirmaient que la pandémie ne représentait pas une menace pour leurs finances. Bon nombre de ceux ayant déclaré ne pas craindre que la pandémie puisse avoir un effet négatif sur leur bien-être financier étaient des professionnels dont le travail de bureau pouvait se poursuivre en télétravail et à domicile, ou encore des travailleurs issus de secteurs moins touchés par les fermeturesNote .

L’industrie, le secteur et les rôles ont également eu une incidence sur le sentiment de bien-être financier de la population : en mai 2020, moins de 15 % des personnes travaillant dans les secteurs de la gestion, des finances, des services publics ou de l’administration publique ont déclaré qu’il leur était difficile ou très difficile de répondre aux besoins financiers de leur ménageNote . À titre de comparaison, cette proportion chez les travailleurs des secteurs de la restauration et de l’hébergement était de 33 %, soit plus du double.

La moitié du graphique représente une femme tenant un panneau « Fermé », à l’entrée d’un restaurant. Au-dessus d’elle se trouvent des images d’instruments de coiffure, un billet de cinéma et un avion, sur fond rouge. L’autre moitié du graphique présente un ordinateur qui montre des achats en ligne, et un homme qui choisit des articles de quincaillerie. Dans les cercles verts au-dessus de lui se trouvent un panier d’achats avec un curseur, une manette de jeu vidéo et un chariot sur lequel se trouvent des boîtes.

Le sexe, l’identité, la culture et la communauté ont également des répercussions sur le bien-être financier. Dans le cadre d’une enquête de Statistique Canada sur la pandémie de COVID-19 effectuée en mai 2020, 44 % des participants sud-asiatiques, 38 % des participants noirs et 36 % des participants philippins ont déclaré que la pandémie avait eu une incidence « modérée » ou « majeure » sur leur capacité à respecter leurs obligations financières, contre 22 % des participants blancs. Les groupes désignés comme minorités visibles étaient également plus susceptibles de faire état d’une santé mentale « passable » ou « mauvaise » (28 %) ou de symptômes correspondant à un trouble d’anxiété généralisée « modéré » ou « grave » (30 %), que les participants blancs (23 % et 24 % respectivement).

Des données probantes supplémentaires sur l’expérience des Canadiens ayant subi des difficultés financières durant la pandémie sont fournies par le biais de l’indice de résilience financière Seymour (Seymour Financial Resilience IndexTM)Note  . Cet indice mesure la capacité des consommateurs à composer avec les difficultés financières, les facteurs de stress et les chocs occasionnés par des événements imprévus de la vie, en établissant la résilience financière des consommateurs aux échelles nationale et provinciale, par segment et par ménage individuel. L’indice indique que la résilience financière des Canadiens à l’échelle nationale s’améliore au fur et à mesure que la pandémie suit son cours, en partie grâce à l’important soutien financier accordé promptement par le gouvernement et les institutions financières de même qu’à l’évolution des comportements des consommateurs et des comportements financiers, un grand nombre de personnes prenant des mesures pour stabiliser ou accroître leur résilience financière durant la pandémie. L’indice est calculé à l’aide de neuf indicateurs, dont la mesure du stress financier occasionné par les obligations financières actuelles et futures; les épargnes liquides pouvant être utilisées en cas de besoin; les comportements financiers; une cote de solvabilité autodéclarée et la disponibilité de capital social (c’est-à-dire un proche qui pourrait offrir du soutien financier en période de difficulté)Note  . Selon l’indice, la cote de résilience financière moyenne de référence obtenue pour le Canada à l’échelle nationale en février 2020 (juste avant l’arrivée en force de la pandémie au pays) s’élevait à 49,58 sur une échelle de 0 à 100. Cela révèle que les ménages canadiens étaient financièrement vulnérables aux difficultés financières, aux facteurs de stress et aux chocs à l’échelle nationale avant la pandémie. En date de juin 2020, cependant, la cote de résilience financière moyenne à l’échelle nationale était de 55,58; elle était de 54,53 en octobre 2020 et a augmenté pour s’établir à 55,69 en février 2021, ce qui signale un accroissement de la résilience financière chez les particuliers et les familles, bien que bon nombre de ménages bénéficient actuellement d’une aide financière temporaire. De plus, il a été démontré que les ménages du segment « Extremely Vulnerable » (Extrêmement vulnérables) prenaient des mesures pour s’adapter à leur situation et pallier les manques; en effet, en date d’octobre 2020, 80,7 % de ces ménages ont réduit considérablement leurs dépenses non essentielles, 66,2 % ont puisé dans leurs économies et 43,6 % ont emprunté davantage pour être en mesure de couvrir leurs dépenses de tous les jours.

L’indice de résilience financière Seymour indique également que les ménages plus vulnérables sur le plan financier ressentent plus négativement les effets de la pandémie causant des difficultés financières que les Canadiens financièrement résilients. Ainsi, en octobre 2020, 64,2 % des ménages des segments « Financially Vulnerable » (Financièrement vulnérables) et « Extremely Vulnerable » (Extrêmement vulnérables) étaient entièrement ou plutôt d’accord avec le fait que la pandémie occasionnait des difficultés financières importantes pour leur ménage, et 71,7 % étaient entièrement ou plutôt d’accord avec le fait que leurs soucis financiers les rendaient physiquement malades (comparativement à 12,5 % des ménages financièrement résilients, représentant 28,0 % de la population). Au total, 81,3 % des ménages des segments « Extremely Vulnerable » (Extrêmement vulnérables) et « Financially Vulnerable » (Financièrement vulnérables) étaient entièrement d’accord ou plutôt d’accord avec le fait que leurs soucis financiers avaient une incidence négative sur leur santé et leur bien-être en général, comparativement à seulement 12,0 % des ménages financièrement résilients.

En plus des efforts déployés par les Canadiens au sein de leur famille afin de composer avec les répercussions de la pandémie au cours de la dernière année, la situation financière de plus de 8,9 millions de personnes a été appuyée par la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et le Programme d’assurance-emploi (AE)Note . Selon certaines estimations expérimentales du revenu hebdomadaire familial effectuées par Statistique Canada au cours de la période de janvier à septembre 2020, les prestations d’aide liées à la pandémie, comme la Prestation canadienne d’urgence et le Programme d’assurance-emploi, pourraient avoir contrecarré une hausse potentielle importante du nombre de familles en situation de faible revenu au Canada entre les mois de février et d’avril 2020. En se basant sur les données de l’Enquête sur la population active et les données relatives à la PCU, ces estimations ont montré une augmentation substantielle de la proportion de personnes vivant dans des familles dont la « rémunération hebdomadaire est inférieure à la mesure de faible revenu (MFR) », qui est passée de 26 % en février à 38 % en avril. Celle-ci a par la suite diminué graduellement et s’élevait à 24 % en septembre 2020. Toutefois, lorsque ces chiffres ont été recalculés afin d’inclure les prestations liées à la pandémie (Allocation canadienne pour enfants, Crédit pour TPS/TVH, Programme d’assurance-emploi et PCU), la proportion ajustée de personnes vivant dans des familles dont la rémunération hebdomadaire est inférieure à la MFR était de 21 % en février 2020, de 22 % en avril 2020 et de 16 % de mai à septembre 2020. Il est donc intéressant de noter que la proportion de personnes au sein de familles vivant avec un revenu inférieur à la MFR était inférieure de 16 points de pourcentage en avril, alors que la population pouvait recourir aux divers programmes d’aide, comparativement à la période où ceux-ci n’étaient pas offerts – les prestations d’urgence semblent donc avoir permis à de nombreux Canadiens d’éviter de se retrouver en situation de faible revenu. Des résultats similaires ont été constatés aux États-Unis, où la pauvreté a diminué au cours des premiers mois suivant le début de la pandémie, grâce aux mesures d’intervention d’urgence adoptées dans ce paysNote 

Éducation et compétences : la technologie permet de maintenir des liens avec le travail, l’école, les amis et la famille, mais les Canadiens n’y ont pas tous le même accès

Pendant la pandémie, Internet est devenu un outil essentiel pour travailler et apprendre à la maison, entretenir des relations et des liens sociaux, prendre des rendez-vous médicaux et y assister, se divertir, faire des achats et bien d’autres activités. En 2020 et en 2021, de nombreux Canadiens ne pourraient s’imaginer vivre et fonctionner sans Internet.

Un ordinateur portatif avec des images superposées. Il y a une icône de microphone, un panier d’achats, une icône de caméra vidéo, un cercle avec une conversation vidéo en cours, une icône de présentation, une icône d’ajout d’ami et un téléphone intelligent avec un médecin à l’écran.

Selon le CRTCNote , où que vous soyez, votre téléphone devrait être en mesure de se connecter à Internet, et vous devriez avoir une connexion Internet offrant des vitesses de connexion à large bande d’au moins 50 Mb/s de téléchargement et 10 Mb/s de téléversement, ainsi qu’un accès à des données illimitées. Bien que (en 2019) la grande majorité (87,4 %) des Canadiens puissent désormais bénéficier d’une vitesse minimale de 50/10Note , il existe malheureusement un écart important entre les services offerts en régions urbaines et rurales, alors que seules 45,6 % des communautés rurales disposent de services permettant les vitesses minimales suggérées. En novembre 2020, le gouvernement fédéral a annoncé l’octroi de 1,75 milliard de dollars afin d’aider les Canadiens à accéder à des services Internet haute vitesse dans l’ensemble du pays. Son objectif est d’offrir un tel accès à 98 % des Canadiens d’ici 2026 et à 100 % d’entre eux d’ici 2030.

L’Enquête canadienne sur l’utilisation d’Internet (ECUI) de 2018 a révélé qu’en plus des écarts entre les populations rurales et urbaines, il existe de grandes différences dans l’accès à la technologie en fonction du statut socioéconomique. En effet, en 2018, 4 % des ménages se situant dans la tranche inférieure de 25 % des revenus n’avaient pas accès à Internet, contre seulement 0,2 % des ménages dans la tranche des revenus la plus élevée. De plus, les ménages à faible revenu (63 %) étaient plus susceptibles de compter moins d’un appareil par membre du ménage que les ménages à revenu élevé (56 %)Note . De nombreuses personnes déjà désavantagées se sont donc retrouvées sans les ressources nécessaires pour apprendre et acquérir de nouvelles compétences à domicile pendant le confinement lié à la pandémie de COVID-19.

Alors que les écoles ont eu recours à des plateformes virtuelles en raison des mesures de confinements qui se poursuivent en 2021, l’accès à Internet devient primordial. Les enfants qui poursuivent leurs études à domicile pendant la pandémie représentent l’un des groupes les plus touchés à cet égardNote . Les inégalités qui touchent les élèves des écoles rurales défavorisées ont été exacerbées par l’accès limité de certains élèves à Internet, et donc par une communication restreinte avec leurs enseignants pendant la période d’enseignement virtuel. Les enfants des régions rurales qui n’ont pas accès à Internet et ceux dont les ménages ne disposent pas d’appareils en quantité suffisante, ou dont la vitesse de connexion ne permet pas d’accueillir plusieurs utilisateurs, risquent de prendre du retard dans leur éducation et leur développement social. En outre, leurs moins nombreux échanges en ligne sont susceptibles d’affecter leur bien-être sur le plan social.

Même les enfants disposant d’un accès fiable à la technologie sont susceptibles d’avoir constaté des répercussions de l’enseignement et de l’étude en ligne sur leur capacité d’acquérir des connaissances et des compétences ainsi que sur leur bien-être global pendant la pandémieNote . À titre d’exemple, l’Institut Angus Reid indiquait en mai 2020 que même si 75 % des jeunes affirmaient suivre leurs cours pendant leur confinement, quantité d’entre eux se disaient par ailleurs démotivés (60 %) et affirmaient ne pas aimer la nouvelle façon de procéder (57 %)Note . Des préoccupations ont également été soulevées quant à la baisse du niveau d’activité et à la moins bonne condition physique des jeunes Canadiens appelés à passer de plus en plus de temps devant leur écranNote .

Outre l’importance de la technologie pour la scolarisation des enfants et des jeunes pendant la pandémie de coronavirus, de nombreux adultes ont également besoin d’une connexion Internet pour acquérir des compétences et des connaissances en lien avec leur travail, pour des questions médicales ou pour d’autres besoins. De nos jours, on recourt souvent à Internet pour se tenir au fait des actualités et obtenir des renseignements ou du soutien en ligne, ce lieu commun permettant également d’entretenir des liens avec nos proches. Au cours de la pandémie, les autorités sanitaires locales ont fait valoir que les échanges en ligne étaient l’un des meilleurs moyens de pratiquer la distanciation physique, un moyen dont tous ne peuvent malheureusement pas se prévaloir et qui est susceptible de créer des sentiments d’isolement, de frustration et d’exclusion chez ceux et celles qui n’ont pas accès à InternetNote .

Les études portant sur les relations sociales permises par le biais de la technologie révèlent que plus les participants entretiennent des liens avec d’autres personnes via Internet et d’autres médias, plus ils sont susceptibles d’adopter des stratégies pour se tenir occupés et maintenir d’autres comportements positifs, comme manger sainement et faire de l’exercice. Bien que la technologie ne puisse pas remplacer le contact humain et physique, elle constitue un moyen de contrer la solitude et contribue au maintien d’une bonne santé et du bien-êtreNote . En d’autres termes, la technologie pourrait être vue comme essentielle au maintien de liens positifs et de la qualité de vie pendant la pandémie de COVID-19Note .

Équilibre vie professionnelle-vie privée : la garde des enfants a causé des soucis à de nombreux parents, mais des données remontant au début de la pandémie indiquent un resserrement des liens parents-enfants dans certaines familles

Le bien-être est largement tributaire d’un équilibre entre le travail, la vie familiale et la capacité de prendre soin de soi. Il n’en demeure pas moins que beaucoup de Canadiens parviennent difficilement à concilier efficacement le travail et la vie familiale, voire n’y arrivent tout simplement pas. Cette situation touche particulièrement les femmes en emploi ayant de jeunes enfants. En juin 2020, les parents interrogés dans le cadre d’une enquête de production participative de Statistique Canada intitulée « Être parent durant la pandémie » étaient principalement préoccupés par leur capacité de concilier la garde des enfants, l’enseignement à la maison et le travail. Ainsi, 74 % des participants ont déclaré se sentir très ou extrêmement préoccupés à cet égardNote . Ce sentiment d’inaptitude à trouver le juste équilibre entre le travail et la vie familiale ne s’est pas démenti tout au long de la pandémie : d’après une étude d’Environics menée en mars 2021, 25 % des Canadiens considéraient que la COVID-19 avait contribué à détériorer leur équilibre travail-vie familiale, et près de 3 parents d’enfants de moins de 18 ans sur 10 (29,8 %) partageaient cette opinionNote .

Un garçon est assis devant son ordinateur, avec un livre à l’écran. Une femme se tient à côté de lui avec une bulle qui contient les images suivantes : cartes de crédit, calendrier, articles d’épicerie, coronavirus et argent. Un petit enfant tire sur sa jambe.

De façon générale, les femmes semblent plus touchées que les hommes par les difficultés associées à la garde des enfants et à l’équilibre travail-vie familiale, notamment celles de 25 à 54 ansNote .

Au début de la pandémie de COVID-19, les femmes ont été beaucoup plus touchées que leurs homologues masculins au chapitre de l’emploi. Lors des phases de déconfinement, bon nombre d’entre elles n’ont repris le travail qu’à heures réduites. Même avec la rentrée scolaire en mode présentiel en septembre, 70 % des mères déclaraient travailler moins de la moitié des heures habituelles qu’elles avaient faites en septembre 2019Note . Dans l’intervalle, les responsabilités familiales liées à l’enseignement à domicile ont continué d’incomber largement aux femmes dans bien des cas, et certaines ont vu leurs tâches à la maison s’alourdir encore plus qu’en temps normal, y compris chez les femmes ayant continué de travailler à temps plein durant la pandémieNote .

Traditionnellement, les femmes ont toujours assumé une plus large part des responsabilités familiales touchant la garde des enfants et d’autres tâches à la maison que les hommes. La situation actuelle risque d’accroître leur charge, notamment à cause de la fermeture des écoles et des restrictions dans l’accès aux services sociaux, comme les services de garde et les soins aux aînésNote . Par contre, étant donné que la tendance est au travail à domicile pour plusieurs, les hommes se trouvent dans une situation leur permettant d’assumer une plus grande part des responsabilités liées aux tâches familialesNote .

Une chose est sûre : la garde des enfants s’est révélée particulièrement éprouvante pour de nombreux parents en 2020. Environ le tiers (33,7 %) des participants à une enquête de production participative de Statistique Canada réalisée en juin 2020 affirmaient avoir l’intention de renvoyer leurs enfants en service de garde dès la réouverture ce ceux-ci, et près des neuf dixièmes d’entre eux (88 %) ont déclaré ne pas pouvoir travailler sans l’accès à des services de gardeNote . Or, plus du tiers (36 %) des parents ou tuteurs ayant un ou plusieurs enfants de 5 ans ou moins nécessitant des services de garde ont dit avoir de la difficulté à trouver des services de garde ou d’apprentissage pour les jeunes enfants. Presque la moitié (48 %) des participants qui disaient avoir du mal à trouver des services de garde adéquats affirmaient ne pas en avoir les moyens, près des quatre dixièmes (38 %) évoquaient plutôt la difficulté de trouver des services de garde compatibles avec l’horaire de travail ou d’école, et près des quatre dixièmes d’entre eux (37 %) déclaraient avoir de la difficulté à trouver des services de garde dont la qualité répondait à leurs attentesNote .

À long terme, la généralisation du télétravail pourrait changer la donne en ce qui concerne la flexibilité du travail et le recours aux services de garde tarifés, ce qui se répercutera sur les responsabilités familiales et le niveau d’engagement des parents à la maison auprès des enfants. Par contre, si le chômage et le télétravail s’accentuaient et que les services de garde étaient moins sollicités, le fardeau de nombreux Canadiens pourrait s’accroître, tout comme l’écart des responsabilités selon les sexes ainsi que les tensions dans les familles touchées. La possibilité pour les parents de trouver des services de garde de qualité, abordables, fiables et à proximité pourrait affaiblir leur capacité d’occuper un emploi rémunéré et fragiliser leur équilibre travail-vie familialeNote . Cette situation risque aussi de miner les liens au sein du couple ainsi que les relations avec leurs enfants. En somme, ces perturbations du mode de travail et de la parentalité entraînent des conséquences complexes et multidimensionnelles.

En revanche, bon nombre de Canadiens ont affirmé que le travail à domicile ou leur présence à la maison durant la pandémie avait eu des retombées positives sur leur qualité de vie. Cette réalité transparaît notamment dans l’augmentation du temps libre et du temps de qualité avec la famille procheNote . À titre d’exemple, les données colligées à l’été 2020 par la firme Léger, l’Association d’études canadiennes et l’Institut Vanier de la famille révélaient que 6 parents sur 10 passaient plus de temps à discuter avec leurs enfants qu’avant le début du confinementNote . En outre, plus des quatre dixièmes des adultes ayant de jeunes enfants à la maison (43 %) affirmaient avoir plus de temps qu’auparavant pour se détendre durant la pandémieNote . Dans un précédent coup de sonde de la firme Léger, de l’Association d’études canadiennes et de l’Institut Vanier réalisé en avril, 43 % des époux ou conjoints de fait ayant des enfants de moins de 18 ans à la maison s’entendaient même pour dire qu’ils s’étaient rapprochés de leur partenaire depuis le début de la pandémieNote .

Santé : la crise a suscité d’importantes préoccupations en lien avec la santé mentale, et les difficultés pourraient s’aggraver pour les personnes ayant une incapacité

Les difficultés financières survenues dans le sillage de la pandémie de COVID-19 se sont répercutées sur le bien-être physique et mental de plusieurs personnes ayant des assises économiques fragiles ou un capital social insuffisantNote . Le stress financier associé à la pandémie semble avoir eu des incidences sur le sommeil, la santé mentale et l’humeurNote . Au demeurant, les conséquences sur l’humeur et le sommeil sont susceptibles de déborder sur les autres membres de la famille et de miner également leur bien‑être. Selon le Dr David B. Rosen : « Le sommeil est une affaire de famille [et] dès que l’un d’eux se trouve en déficit, tout le monde s’en ressent [ce qui entraîne des] effets marqués sur la vie de famille et les familles elles‑mêmesNote . » Récemment, les hôpitaux de certaines régions du pays ont signalé une hausse du nombre de patients ayant consulté pour des troubles alimentairesNote , Note .

Sans surprise, la proportion d’adultes ayant déclaré avoir une bonne santé mentale s’était repliée en 2020 par rapport aux études des années antérieures. En juillet 2020, un peu moins des six dixièmes (55 %) des participants à la Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes déclaraient avoir une excellente ou une très bonne santé mentale, comparativement aux sept dixièmes des répondants (68 %) ayant participé à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC), en 2019Note . Avant la pandémie de COVID-19, les jeunes de 15 à 24 ans étaient déjà les moins susceptibles de déclarer avoir une excellente ou une très bonne santé mentale. En juillet 2020, cette tranche d’âge accusait au surplus la plus forte baisse des répondants déclarant avoir une bonne santé mentale, soit un recul de 20 points de pourcentage (de 60 % en 2019 à 40 % en juillet 2020). Les personnes de 65 ans et plus sont le seul groupe n’ayant déclaré aucune baisse au chapitre de la santé mentale entre le début de la pandémie et juillet 2020Note .

Certains groupes de la population canadienne semblent plus touchés que d’autres puisqu’on observe chez eux une baisse plus marquée du niveau de bien-être mental depuis le début de la pandémie. C’est le cas notamment de près de 70 % des personnes de diverses identités de genre ayant répondu à un questionnaire de production participative de Statistique Canada en avril et en mai 2020, qui ont déclaré avoir une santé mentale de passable à mauvaise, contre seulement 25,5 % des femmes participantes et 21,2 % des hommes participantsNote . La proportion de personnes de diverses identités de genre ayant déclaré des symptômes de trouble d’anxiété généralisée de modéré à grave (61,8 %) était deux fois plus élevée que la proportion de femmes participantes (29,3 %) et trois fois supérieure à celle des hommes participants (20,5 %). De même, les groupes de minorités visibles étaient plus susceptibles que les Blancs d’estimer avoir une mauvaise santé mentale (soit 27,8 % contre 22,9 %) ainsi que des symptômes caractéristiques d’un trouble d’anxiété généralisée « modéré » ou « grave » (soit 30,0 % contre 24,2 %)Note . Une autre étude a permis d’observer que les femmes autochtones pourraient être particulièrement touchées par les difficultés liées à la pandémie puisque 48 % des répondantes ont dit éprouver des symptômes caractéristiques d’un trouble d’anxiété généralisée modéré ou grave. À cet égard, 64 % des femmes autochtones ont indiqué que leur santé mentale était « un peu moins bonne » ou « bien moins bonne » depuis l’instauration des mesures de distanciation physiqueNote .

Des études ont également évalué la variation de l’état de santé mentale en lien avec le statut d’emploi. Résultat : tant les personnes en emploi que celles sans emploi ont déclaré une dégradation de leur santé mentale de 2019 à mars 2020. Les personnes ayant déclaré être « en emploi, mais absentes du travail » en raison de la COVID-19 semblaient avoir été les plus touchées en ce qui a trait à la santé mentale, mais ce groupe affichait l’amélioration la plus nette en juillet 2020. Ce redressement pourrait être attribuable aux effets des programmes d’aide liés à la COVID-19, comme la Prestation canadienne d’urgenceNote .

À la lumière de données publiées par Statistique Canada à la suite d’une collecte de production participative réalisée du 23 juin au 6 juillet 2020 sur le volet « Vivre avec un problème de santé de longue durée ou une incapacité », on a constaté que les personnes ayant un tel problème notaient une dégradation de leur santé globale et mentale dans le sillage de la pandémieNote . Plus précisément, près de la moitié (48 %) des participants ayant un problème de santé de longue durée ou une incapacité ont déclaré que leur santé était « beaucoup moins bonne » ou « un peu moins bonne » qu’avant la pandémie. Cette proportion grimpait à 64 % parmi les participants ayant des difficultés cognitives (c’est-à-dire des difficultés à apprendre, à retenir l’information ou à se concentrer), et à 60 % chez les participants ayant des problèmes de santé mentale. De même, plus de la moitié (57 %) des participants ayant un problème de santé de longue durée ou une incapacité ont déclaré que leur santé mentale était « beaucoup moins bonne » ou « un peu moins bonne » qu’avant la pandémie.

Dans le cadre d’une étude de février 2021 sur les réalités vécues durant la pandémie, plus de la moitié des répondants autochtones ayant une incapacité ou un problème de santé de longue durée ont indiqué que leur santé s’était détériorée quel que soit le type d’incapacité, qu’il s’agisse de difficultés à voir ou à entendre, de problèmes physiques, cognitifs ou de santé mentale, ou de tout autre problème de santé ou affection pouvant durer six mois ou plusNote . Les travaux de recherche évoqués dans cette étude montrent que les personnes ayant des types particuliers d’incapacité nécessitant plus de soins en personne ou de soutien thérapeutique dans leur milieu étaient plus vulnérables aux restrictions liées à la pandémie de COVID-19. Malgré l’accessibilité à certains soins et à d’autres formes de soutien, les interruptions prolongées dans les services irremplaçables ont causé un déficit de soins pour plusieurs, notamment chez les personnes ayant des types d’incapacité particuliers.

À la faveur d’une série de coups de sonde hebdomadaires portant sur l’état de santé mentale des Canadiens en situation de pandémie, la firme Léger et l’Association d’études canadiennes ont colligé des données qui procurent un portrait évolutif détaillé de la santé mentale pendant la crise. À la question « Depuis que la crise de COVID-19 a commencé, comment évalueriez-vous votre santé mentale? », le nombre de répondants ayant déclaré « excellente » ou « très bonne » ne dessine aucune tendance haussière nette de la santé mentale autodéclarée, et ce, durant presque toute la période visée. Dans un premier temps, pour la période du 20 avril au 30 novembre 2020, la proportion de réponses positives flottait au-dessus de la barre des 35 % avec des pics souvent supérieurs à 40 % (voir la figure 2). Par contre, depuis le 1er décembre 2020, la proportion de réponses positives à propos de la santé mentale depuis le début de la pandémie n’a jamais franchi le cap des 35 % sur une base hebdomadaire, suivant plutôt une courbe régressive ayant reculé jusqu’à 29 % au 1er février 2021Note .

Figure 2 : SANTÉ MENTALE DURANT LA CRISE (Évolution): Depuis que la crise de COVID-19 a commencé, comment évalueriez-vous votre santé mentale? % Total Bonne (Excellent + Très bonne) présenté

Tableau de données du Figure 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2. Les données sont présentées selon Date (titres de rangée) et Proportion (pourcentage)(figurant comme en-tête de colonne).
Date Proportion (pourcentage)
20 avril, 2020 42
4 mai, 2020 46
19 mai, 2020 40
25 mai, 2020 39
1 juin, 2020 41
8 juin, 2020 36
15 juin, 2020 39
22 juin, 2020 44
29 juin, 2020 45
6 juillet, 2020 37
13 juillet, 2020 39
20 juillet, 2020 35
27 juillet, 2020 37
3 août, 2020 40
10 août, 2020 35
17 août, 2020 35
24 août, 2020 39
31 août, 2020 42
8 septembre, 2020 40
13 septembre, 2020 39
21 septembre, 2020 40
28 septembre, 2020 39
5 octobre, 2020 36
13 octobre, 2020 41
19 octobre, 2020 36
26 octobre, 2020 40
2 novembre, 2020 35
9 novembre, 2020 36
16 novembre, 2020 38
30 novembre, 2020 36
14 décembre, 2020 34
4 janvier, 2021 33
18 janvier, 2021 32
1 février, 2021 29
15 février, 2021 31
1 mars, 2021 33
15 mars, 2021 32
29 mars, 2021 33

Qualité de l’environnement : les Canadiens profitent de la nature plus près de chez eux

Selon certaines études, les liens positifs avec la nature pourraient accroître la capacité d’affronter des situations difficiles. En effet, passer du temps dans un environnement naturel peut contribuer à réduire le stress ou à accélérer la récupération après des épisodes stressantsNote . Des études d’observation et d’intervention ont fait ressortir de nombreux autres avantages à cet égard, notamment en ce qui concerne le diabète, l’hypertension artérielle, les accidents vasculaires cérébraux et l’asthmeNote .

Bien connues de nombreux Canadiens, les directives sur l’activité physiqueNote  recommandent 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité moyenne à élevée pour les enfants, et 150 minutes par semaine pour les adultes. Toutefois, on connaît moins la recommandation qui préconise de passer 120 minutes par semaine à l’extérieurNote . Les parcs et les espaces verts jouent un rôle important dans la vie des Canadiens si l’on se fie aux données qui révèlent leur contribution positive à la santé mentaleNote . Heureusement, le Canada jouit d’un environnement de qualité grâce à ses ressources naturelles abondantes et à ses nombreux espaces verts. En 2017, près des neuf dixièmes des ménages canadiens (87 %) déclaraient vivre à proximité d’un parc (situé à moins de 10 minutes de chez eux). Parmi ceux-ci, 85 % disaient l’avoir fréquenté au cours des douze mois précédents. Sans surprise, la fréquentation des parcs était plus élevée au sein des ménages comptant des enfants (95 %) comparativement à ceux qui n’en avaient pas (82 %). Par ailleurs, les Canadiens semblaient satisfaits dans l’ensemble de leur environnement local (à hauteur de 81 %)Note .

Il semble que les ventes de vélos, de kayaks, d’équipement de conditionnement physique à la maison, de skis de fond et de raquettes se soient envolées durant la pandémie, si bien que bon nombre d’intéressés n’ont pas pu se procurer les équipements d’activités extérieures convoitésNote . Et puisque de nombreux centres d’entraînement et autres installations récréatives ont dû fermer leurs portes pendant la pandémie de COVID-19, certains se sont tournés vers les parcs pour bouger un peu. D’autres ont aussi profité de ces espaces pour socialiser un peu lors de rencontres extérieures dans le respect des normes de distanciation physique. Selon les données publiées par Google dans son Rapport sur la mobilité de la communauté au Canada, la fréquentation des parcs au pays a bondi de 117 % de la mi-mai à la fin de juin 2020 par rapport aux niveaux de référenceNote .

 Un homme portant un masque autour du cou promène son chien dans le parc. Il y a une structure de jeu, et deux femmes qui courent en arrière-plan.

À ce propos, dans le cadre d’un sondage sur le rôle qu’ont joué les parcs durant la pandémie, près des trois quarts des répondants (70 %) disaient apprécier davantage les parcs et espaces verts en cette période, et 82 % considéraient que les parcs étaient plus importants pour leur santé mentale en situation de pandémieNote .

Un sondage de la firme Léger de juin 2020 portant sur la fréquentation des sentiers révélait que 75 % des Canadiens les empruntaient dans le cadre de leurs loisirs et pour faire de l’exercice. Une étude semblable en novembre 2020 confirmait une hausse de 50 % de la fréquentation des sentiers parmi tous les groupes d’âgeNote . Le désir d’accéder à la nature constituait la principale motivation évoquée par les Canadiens qui les parcouraient. Presque tous les utilisateurs de sentiers (95 %) ont affirmé le faire pour améliorer leur santé mentale ainsi que pour bouger et garder la forme. Près des sept dixièmes d’entre eux (69 %) disaient avoir l’intention d’en faire autant durant l’hiver. La vaste majorité des répondants qui planifiaient des vacances à l’hiver 2021 (78 %) envisageaient d’utiliser les sentiers dans le cadre de leurs sorties hivernales. Plus des neuf dixièmes des randonneurs (91 %) étaient tout à fait d’accord avec l’idée que les sentiers représentent une importante source de loisirs communautaires, qu’ils contribuent au développement économique des collectivités (76 %) et qu’ils participent à la construction de notre économie du tourisme (77 %).

Les services des parcs nationaux et des lieux historiques ont dû être fermés temporairement à certains moments durant la pandémie, tout comme ce fut le cas pour les parcs provinciaux. On a dû également boucler les structures de jeux dans les parcs et restreindre l’accès aux courts de tennis, aux aires de basketball et aux terrains de soccer. Les habitués des parcs ont sans doute pris toute la mesure de ces fermetures durant la pandémie de COVID-19 compte tenu des habitudes de jeux et des activités de leurs enfants. Seulement 3 % des Canadiens habitant à distance de marche d’un parc disent ne s’y être jamais rendus pendant la pandémie de COVID-19, cette proportion passant à 16 % chez ceux qui n’y ont pas accès en 10 minutes à pied depuis leur domicileNote .

Malgré cela, bon nombre de municipalités au pays cherchent des solutions novatrices pour élargir l’éventail d’activités extérieures accessibles aux Canadiens durant la pandémie. Ainsi, de nombreuses routes ont été fermées à la circulation aux quatre coins du pays pour céder le passage aux piétons et aux cyclistes, et divers moyens sont envisagés pour prolonger certaines activités récréatives extérieures durant l’hiver et au printempsNote ,Note . La ville de Toronto prévoit multiplier les toilettes publiques et entretenir une soixantaine de kilomètres supplémentaires de pistes et de sentiersNote . Ailleurs comme à Prince Albert en Saskatchewan, les municipalités demandent au gouvernement local d’adopter des solutions novatrices pour élargir l’éventail des loisirs extérieursNote .

Conclusion : le bien-être et la satisfaction à l’égard de la vie au cours de la première année de la pandémie

En 2020 et dans les premiers mois de 2021, la pandémie de COVID-19 a considérablement affecté le bien-être et la qualité de vie des Canadiens et des familles canadiennes. Elle a eu des répercussions multidimensionnelles sur le bien-être, lesquelles ont été amplement documentées. De nombreuses études ont également scruté les incidences multiples de cette pandémie sur la qualité de vie de différents groupes au sein de la population canadienne.

L’effet de la pandémie sur la qualité de vie à l’échelle nationale transparaît également dans la baisse marquée et généralisée de la satisfaction à l’égard de la vie en général du point de vue des Canadiens. En 2018, ceux-ci avaient accordé une note moyenne de 8,09 (sur une échelle de 0 « Insatisfait » à 10 « Très satisfait ») lorsqu’on leur avait demandé d’évaluer leur degré de satisfaction à l’égard de la vie en général au moment de l’enquête. En juin 2020, cette cote avait toutefois fondu de 1,38 point pour s’établir à 6,71, soit le plus faible indice de satisfaction à l’égard de la vie depuis que ces données sont compilées, c’est-à-dire en 17 ansNote . En analysant les données sous un autre angle, on constate que 72 % des Canadiens avaient donné une note de 8 ou plus (sur 10) pour la satisfaction à l’égard de la vie en 2018, mais qu’à peine 40 % en ont fait autant en juin 2020. Depuis le début de la pandémie, ce sont les jeunes et les personnes immigrantes qui ont connu les plus fortes baisses quant à la satisfaction à l’égard de la vieNote .

Les caractéristiques du bien-être sont évidemment multidimensionnelles. Pour bien saisir cette réalité, il s’avère judicieux d’en étudier les domaines particuliers, qui sont eux-mêmes décomposés à l’aide d’indicateurs ciblés et significatifs. Pris séparément, ces facteurs environnementaux spécifiques paraissent difficilement conciliables avec la réalité touchant la santé mentale, l’utilisation des services de garde, l’accès à Internet ou la résilience financière. En admettant toutefois que le bien-être est tributaire de multiples processus et variables qui s’intègrent éventuellement dans un cadre, on arrive à mieux comprendre comment se portent les Canadiens dans une perspective plus globale. Les réalités vécues durant la pandémie de COVID-19 témoignent de la multiplicité des facettes qui caractérisent la qualité de vie, et les études comme celle-ci montrent l’importance d’un portrait exhaustif pour mieux comprendre les incidences de la COVID-19 sur la population canadienne.

Les conclusions du présent rapport font notamment ressortir l’importance des liens que les gens entretiennent dans leur vie. De fait, le dénominateur commun de toutes les dimensions du bien-être examinées dans cette étude tient probablement à ces relations et à ces liens : ceux qui unissent les gens à l’emploi, à la technologie, à la famille, à l’environnement et à la santé mentale. Et tous ces facteurs exercent et subissent des influences réciproques.

Ainsi, la vigueur des liens avec le marché du travail dépend de plusieurs facteurs, comme un emploi prévisible et convenable doublé d’une grande résilience financière. Ce sont là des facteurs susceptibles de favoriser le bien-être financier. À son tour, le bien-être financier bénéficie sans doute de l’accès à la technologie, qui permet de produire un CV par exemple, de postuler à un emploi, de travailler à domicile en mode virtuel ou de garder contact avec les autres. Grâce à la technologie, les Canadiens ont pu communiquer par visioconférence et accéder à des environnements associés à la vie sociale, éducative et professionnelle.

De même, l’accès à des services de garde d’enfants abordables et de qualité est souvent lié à de meilleurs revenus disponibles, lesquels permettent de conjuguer les soins et les autres responsabilités sans épuiser toutes ses ressources en temps et en énergie. Corolairement, le temps et les revenus disponibles permettent d’avoir des loisirs comme des activités récréatives extérieures, ce qui favorise à la fois le bien-être physique et mental. Les Canadiens qui passent du temps à l’extérieur à échanger avec leurs voisins et à fréquenter des parcs sont plus susceptibles d’avoir une bonne santé physique et mentale, ce qui accroît certainement la résilience. D’autres gagnent du temps en télétravail et réalisent du même coup des économies sur les repas à l’extérieur. Ils peuvent alors consacrer plus de temps à leurs proches et à leur famille, et s’attabler avec eux autour de repas cuisinés et plus sains.

Les dimensions de la qualité de vie dont fait état le présent document représentent à peine la moitié de celles évoquées dans le cadre d’évaluation du bien-être de l’OCDE, et seulement quelques variables ont été prises en compte. De plus, parmi les extrants de ces variables, l’étude ne retient que quelques éléments probants. Voilà pourquoi il est à la fois important et difficile d’obtenir un portrait du bien‑être et de le mettre à profit, tout en bénéficiant d’une perspective évocatrice sur la qualité de vie. Pour y parvenir, il faut réunir un vaste ensemble de variables, en assurer le suivi et les décortiquer afin de décrire avec exhaustivité l’évolution du bien-être au fil du temps, et de comprendre les moteurs de ces changements.


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