Logo StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleurDifférences entre les genres en matière de santé mentale durant la pandémie de COVID-19

par Melissa Moyser

Début de l’encadré

Le présent article fournit des données désagrégées afin de mieux comprendre les répercussions de la COVID-19 sur certains groupes. Visitez le Carrefour de statistiques sur le genre, la diversité et l’inclusion pour obtenir davantage d’analyses, notamment des données désagrégées sur le travail, la sécurité publique, la santé et bien plus encore. 

Fin de l’encadré

La pandémie de COVID-19 et les mesures de santé publique prises pour restreindre les déplacements et les interactions physiques ont considérablement modifié les habitudes des Canadiens. Il peut être difficile de s’adapter à de nouveaux modes de vie comme le travail à domicile, la perte temporaire d’un emploi ou la réduction des heures de travail, l’instruction des enfants à domicile et l’isolement social, en particulier dans un contexte de crainte, d’incertitude et de stress. À cet effet, l’Organisation des Nations Unies prévient qu’une crise mondiale de la santé mentale est imminente (Kelland, 2020).

À l’aide des données obtenues au moyen d’un questionnaire par approche participative en ligne entre le 24 avril et le 11 mai 2020, cet article compare la santé mentale des hommes, des femmes et des personnes de diverses identités de genre pendant la pandémie de COVID-19. Quatre mesures de santé mentale sont prises en compte : l’auto-évaluation de la santé mentale, l’évolution de la santé mentale depuis le début de distanciation sociale, les symptômes correspondant à un trouble d’anxiété généralisée dans les deux semaines précédant la réponse au questionnaire et le stress de la vie.

Les lecteurs doivent noter que, contrairement à d’autres enquêtes menées par Statistique Canada, les données obtenues par l’approche participative ne sont pas recueillies selon un plan d'échantillonnage probabiliste. Par conséquent, lors de l'interprétation des résultats de ces données, aucune inférence ne doit être faite sur la population canadienne.

Les femmes participantes sont plus susceptibles que les hommes de déclarer que leur santé mentale s'est détériorée depuis le début de l’éloignement physique

Les participantes ont fait état d’un niveau de santé mentale plus faible pendant la pandémie de COVID-19 que les hommes, toutes mesures confondues. Un quart (25,5 %) des participantes ont indiqué que leur santé mentale était « passable » ou « mauvaise » pendant la pandémie de COVID-19, par rapport à 21,2 % des participants (graphique 1). Ces résultats correspondent à ceux de la Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes 2 : Suivi des effets de la COVID-19 de Statistique Canada, dans le cadre de laquelle 24,9 % des femmes et 19,0 % des hommes ont indiqué avoir une santé mentale passable ou mauvaise.

Graphique 1 Proportion de participants selon l’état de santé mentale autodéclaré et selon le genre

Tableau de données pour le graphique 1 
Tableau de données pour le graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 1 Hommes, Femmes et Personnes de diverses identités de genre, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hommes Femmes Personnes de diverses identités de genre
pourcentage
Passable ou mauvais 21,2 25,5 67,7
Bon 27,7 33,7 23,5
Très bon ou excellent 51,2 40,8 8,8

Avant la pandémie de COVID-19, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de déclarer un état de santé mentale passable ou mauvais (8,6 % par rapport à 6,7 %), selon les  données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2018. Bien que les résultats de ce sondage ne soient pas comparables à ceux de l'ESCC, ils indiquent que, tant pour les femmes que pour les hommes, la pandémie semble avoir un impact sur la santé mentale, car 57,0 % des répondantes au questionnaire par approche participative ont déclaré que leur santé mentale s’était « assez » ou « beaucoup » détériorée depuis le début de l’éloignement physique, tout comme l’ont indiqué 47,0 % des participants (graphique 2).

Graphique 2 Proportion de participants selon l’évolution de l’état de santé mentale autodéclaré depuis le début de l’éloignement physique et selon le genre

Tableau de données pour le graphique 2 
Tableau de données pour le graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 2 Hommes, Femmes et Personnes de diverses identités de genre, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hommes Femmes Personnes de diverses identités de genre
pourcentage
Un peu mieux ou beaucoup mieux 9,3 8,6 11,6
Sensiblement le même 43,7 34,4 17,3
Un peu moins bon ou beaucoup moins bon 47,0 57,0 71,1

Les femmes participantes sont plus susceptibles que les hommes de déclarer des symptômes correspondant à un trouble anxieux généralisé modéré ou grave

Sur le plan de la santé mentale, la pandémie de COVID-19 peut être vécue de différentes manières, notamment par des sentiments de dépression, de deuil, de peur, de panique et d’anxiété, qui peuvent être des réactions normales à des situations où les habitudes quotidiennes sont perturbées et où les circonstances sont incertaines et perçues comme étant risquées. L’anxiété étant l’une des réactions les plus courantes face à ce genre de situation, le questionnaire demandait aux participants quels étaient les symptômes correspondant au trouble anxieux généralisé (TAG). Le TAG est une maladie caractérisée par une inquiétude fréquente et persistante et une anxiété excessive à l’égard de plusieurs événements ou activités.

Plus de femmes que d’hommes ont déclaré des symptômes correspondant à un TAG « modéré » ou « grave » au cours des deux semaines avant de répondre au questionnaire : 29,3 % par rapport à 20,5 % (graphique 3). Ces résultats correspondent à ceux de la Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes 2 : suivi des effets de la COVID-19 de Statistique Canada recueillis sur le Web selon un plan d'échantillonnage probabiliste. Selon cette série d’enquêtes, 20,8 % des femmes et 15,4 % des hommes ont indiqué avoir des symptômes persistants de TAG de modérés à graves.

Graphique 3 Proportion de participants selon les symptômes du trouble anxieux généralisé autodéclarés dans les deux semaines avant la réponse au questionnaire et selon le genre

Tableau de données pour le graphique 3 
Tableau de données pour le graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 3 Hommes, Femmes et Personnes de diverses identités de genre, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hommes Femmes Personnes de diverses identités de genre
pourcentage
Aucun symptôme 16,0 9,7 1,1
Symptômes légers 63,6 61,0 37,1
Symptômes modérés ou graves 20,5 29,3 61,8

Les enquêtes précédentes (avant la pandémie) sur la santé de la population indiquent que les femmes déclarent des niveaux d’anxiété plus élevés que les hommes (Statistique Canada, 2020b).

Différents niveaux d’inquiétudes face aux possibles répercussions de la COVID-19 selon le genre peuvent expliquer que les participantes étaient plus susceptibles que les participants de déclarer des symptômes correspondant à un TAG de modéré à grave. Tandis que les participantes et les participants ont exprimé les mêmes inquiétudes face aux possibles répercussions de la COVID-19, (c.-à-d. « la santé des personnes vulnérables », « l'engorgement du système de santé » et « la santé de la population mondiale »), les participantes étaient toujours plus susceptibles que les participants d’être « très » ou « extrêmement » inquiètes de ces répercussions (graphique 4).

Graphique 4 Proportion de participants très inquiets ou extrêmement inquiets par rapport aux possibles répercussions de la COVID-19 selon le genre

Tableau de données pour le graphique 4 
Tableau de données pour le graphique 4
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 4 Hommes, Femmes et Personnes de diverses identités de genre, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hommes Femmes Personnes de diverses identités de genre
pourcentage
Ma propre santé 22,5 26,9 30,5
La santé des membres du ménage 38,9 41,4 45,7
La santé des personnes vulnérables 67,9 73,6 84,2
La santé de la population canadienne 41,9 52,6 60,5
La santé de la population mondiale 42,6 54,5 64,6
L’engorgement du système de santé 53,5 62,2 72,3
Le désordre civil 24,6 29,9 23,8
Le maintien des liens sociaux 31,8 35,5 40,2
La capacité à coopérer et à s’entraider pendant la crise 28,9 33,6 47,1
La capacité à coopérer et à s’entraider après la crise 29,5 34,6 57,2
Les tensions familiales attribuables au confinement 25,0 31,3 34,1

Les participantes sont plus susceptibles que les hommes de déclarer que leur vie est assez ou extrêmement stressante

Une plus grande proportion de participantes que de participants ont indiqué que leur vie était « assez » ou « extrêmement » stressante pendant la pandémie de COVID-19 : 30,5 % par rapport à 24,0 %. Les résultats de l’ESCC de 2018 indiquent une tendance semblable, c.-à-d. 22,9 % des femmes et 19,1 % des hommes ont déclaré que leur vie était assez stressante ou extrêmement stressante. Bien que les données recueillies par approche participative ne soient pas directement comparables aux estimations de la population d’une enquête par sondage comme l’ESCC, elles suggèrent une augmentation du stress chez les femmes et les hommes pendant la pandémie de COVID-19.

Bien que le questionnaire par approche participative n’ait pas permis de recueillir des renseignements sur l’état matrimonial, la présence d’enfants ou l’emploi du temps, il se peut que certaines participantes aient déclaré un niveau de stress plus élevé que les participants parce que la quarantaine a aggravé la répartition inégale du travail familial non rémunéré entre femmes et hommes (c.-à-d. les soins aux enfants et les travaux ménagers) dans les ménages. Les données de l’Enquête sociale générale de 2015 sur l’emploi du temps révèlent que les femmes consacrent en moyenne plus de temps que les hommes aux soins aux enfants (3,5 heures par semaine par rapport à 2,1) et aux travaux ménagers non rémunérés (16,8 heures par semaine par rapport à 11,9). La fermeture des garderies, des écoles et d’entreprises comme les restaurants et les nettoyeurs à sec a peut-être amené des femmes à faire des travaux ménagers non rémunérés que leur ménage avait l’habitude de confier à des services rémunérés, ou pour lesquels il pouvait compter sur l’aide de parents ou d’amis.

Les personnes de diverses identités de genre affichent de moins bons résultats de santé mentale que les femmes et les hommes participants

De manière générale, les personnes de diverses identités de genre qui ont participé au questionnaire d’approche participative, c.-à-d. les participants ne s’étant identifiés exclusivement ni au genre féminin ni au genre masculin, ont déclaré une moins bonne santé mentale pendant la pandémie de COVID-19 que les femmes et les hommes participants. Cet écart a été le plus prononcé dans l’auto-évaluation de la santé mentale pendant la pandémie et les symptômes du trouble anxieux généralisé deux semaines avant de répondre au questionnaire.

Près de 70 % des personnes de diverses identités de genre ont déclaré avoir une santé mentale de passable à mauvaise, par rapport à 25,5 % des femmes participantes et 21,2 % des hommes participants. La proportion de personnes de diverses identités de genre ayant déclaré des symptômes de TAG de modéré à grave était deux fois plus élevée (61,8 %) que la proportion des femmes participantes (29,3 %) et trois fois plus élevée que la proportion des hommes participants (20,5 %).

La vulnérabilité accrue des personnes de diverses identités de genre à un moins bon état de santé mentale pendant la pandémie de COVID-19 peut s’expliquer en partie par leur âge. Des recherches ont révélé que la santé mentale des jeunes Canadiens a été particulièrement touchée par la pandémie et la quarantaine (Findlay et Arim, 2020; Statistique Canada, 2020 a et b). Plus de la moitié des personnes de diverses identités de genre (54,7 %) avaient moins de 30 ans, par rapport à 21,6 % des femmes participantes et à 20,7 % des hommes participants.

Les personnes de diverses identités de genre étaient aussi plus susceptibles que les femmes et les hommes participants d’être très ou extrêmement inquiètes des répercussions possibles de la COVID-19 (à l'exception du désordre civil), expliquant leurs faibles résultats en matière de santé mentale (graphique 4).

Parmi d’autres facteurs pouvant prédisposer les personnes de diverses identités de genre à un moins bon état de santé mentale pendant la pandémie de COVID-19, par rapport aux femmes et aux hommes participants, mentionnons leur probabilité accrue de perdre leur emploi et de manquer de ressources financières. Les personnes de diverses identités de genre (13,9 %) étaient un peu plus nombreuses que les femmes et les hommes participants (10,6 % et 12,5 %, respectivement) à être « d’accord » ou « tout à fait d’accord » avec l’énoncé selon lequel elles pourraient perdre leur emploi principal ou leur principale source de revenu d’un travail indépendant au cours des quatre prochaines semaines. Les personnes de diverses identités de genre étaient également plus susceptibles de déclarer qu’elles avaient en fait perdu leur emploi ou leur travail au cours des quatre dernières semaines (14,6 % par rapport à 8,6 % et 7,7%, respectivement).

Dans le même sens, une plus grande proportion de personnes de diverses identités de genre (39,5 %) que de femmes et d’hommes participants (23,5 % et 23,8 %, respectivement) ont déclaré que la COVID-19 avait eu des répercussions « modérées » ou « majeures » sur leur capacité à respecter leurs obligations financières ou à répondre à leurs besoins essentiels (comme le loyer ou les paiements hypothécaires, les services publics et l’épicerie).

Méthodologie

Cet article examine les différences entre les genres en matière de santé mentale des Canadiens durant la pandémie de COVID-19. À cet effet, des données recueillies au moyen du questionnaire par approche participative de Statistique Canada, Répercussions de la COVID-19 sur les Canadiens – Votre santé mentale ont été analysées. Quelque 46 000 résidents du Canada ont rempli volontairement ce questionnaire accessible sur le site Web de Statistique Canada du 24 avril au 11 mai 2020.

À noter qu’aucune inférence statistique sur la population canadienne ne peut être tirée d’un questionnaire d’approche participative, car les personnes décident d’elles-mêmes d’y répondent. Les participants à une enquête par sondage à proprement parler sont sélectionnés de manière probabiliste dans la population cible. Cela dit, l’approche participative est un moyen peu coûteux et rapide de recueillir des données granulaires sur un sujet particulier.

Dans cet article, des modifications méthodologiques ont été apportées pour tenir compte de l’âge, du sexe et des différences entre les provinces.

L’éloignement physique a été désigné comme une modification des habitudes quotidiennes afin de réduire au minimum les interactions étroites avec les autres, notamment en évitant les lieux et les rassemblements bondés, les salutations d’usage comme la poignée de main, en évitant les interactions avec des personnes à risque et en gardant un éloignement d’au moins deux bras avec autrui (environ deux mètres).

Selon la classification du genre de Statistique Canada, les personnes de diverses identités de genre sont celles qui n’ont pas déclaré leur genre comme étant exclusivement masculin ou féminin. Cela comprend les personnes qui ont déclaré ne pas être sûres de leur genre, ainsi que les personnes qui ont déclaré être à la fois homme et femme ou ni homme ni femme. Il est important de noter que les genres masculin et féminin comprennent les cisgenres (ceux pour qui le sexe attribué à la naissance et le genre concordent) et les transgenres qui ont déclaré leur genre comme étant masculin ou féminin.

L’anxiété a été mesurée au moyen de l’échelle GAD-7, laquelle est utilisée dans les enquêtes sur la santé de la population afin de déterminer les cas probables de trouble anxieux généralisé (TAG) et de mesurer le degré de gravité des symptômes d’anxiété. Le TAG est une maladie caractérisée par une inquiétude fréquente et persistante et une anxiété excessive à l’égard de plusieurs événements ou activités. Les personnes ayant obtenu une note de 10 ou plus sur l’échelle GAD-7 ont été considérées comme présentant des symptômes de modérés à graves de trouble anxieux généralisé au cours des deux semaines avant l’enquête. Les données déclarées ne constituent pas nécessairement un diagnostic professionnel de TAG. Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 où la population a été exposée de manière inattendue à une crise mondiale sans précédent qui engendre des répercussions de grande ampleur, notamment des perturbations importantes ayant trait à l’emploi, à la scolarité, aux routines et à l’augmentation des risques pour la santé, il est important de noter que les sentiments d’anxiété peuvent être considérés comme des réactions naturelles et ne sont pas nécessairement des indicateurs d’un trouble de santé mentale à long terme.

Statistique Canada s'est engagé à surveiller les répercussions de COVID-19 sur les Canadiens. Nous continuerons à le faire au cours des prochaines semaines par le biais de ses enquêtes auprès de la population et de ses panels Web.

Références

FINDLAY, Leanne, et Rubab ARIM. 2020. « Les Canadiens perçoivent leur santé mentale comme étant moins bonne pendant la pandémie de COVID-19 », StatCan et la COVID-19: Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur, catalogue no 45-28-0001. Ottawa: Statistique Canada.

KELLAND, Kate. 2020. “UN warns of global mental health crisis due to COVID-19 pandemic.” World Economic Forum. National Post (May 13).

STATISTIQUE CANADA. 2020a. « La santé mentale des Canadiens durant la pandémie de COVID-19 », Le Quotidien (27 mai).

STATISTIQUE CANADA. 2020b. « Série d'enquêtes sur les perspectives canadiennes 2 : suivi des effets de la COVID-19, mai 2020 », Le Quotidien (4 juin).

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