Rapports sur la santé
Variation de la consommation de légumes et de fruits au Canada, de 2004 à 2015

par Jane Y. Polsky et Didier Garriguet

Date de diffusion : le 24 juin 2020

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202000400001-fra

Manger chaque jour une variété de légumes et de fruits constitue la base d’une saine alimentation et procure une protection contre un certain nombre de maladies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires et le diabète de type 2Note 1Note 2Note 3Note 4. Dans les lignes directrices nationales en matière d’alimentation publiées récemment, soit le Guide alimentaire canadien (GAC)de 2019, les légumes et les fruits occupent le sommet de la liste des aliments nutritifs à consommer régulièrement, en plus des grains entiers et des aliments protéinésNote 1Note 5. Dans le GAC de 2019, on recommande également de consommer « des légumes et des fruits en abondance » et on conseille aux Canadiens d’« essayer de remplir la moitié de [leur] assiette de légumes et de fruits » et de « remplacer le jus par de l’eau »Note 5. Ces recommandations concordent habituellement avec celles mentionnées dans le GAC de 2007, qui insistait également sur l’importance de consommer chaque jour une variété de légumes et de fruits pour avoir une alimentation et une santé optimales, et préconisait une consommation plus fréquente de fruits que de jusNote 6. Contrairement au GAC de 2019, le GAC de 2007 présente des directives précises sur les types et les quantités de légumes et de fruits à consommer. Il comprend entre autres des directives indiquant de « manger au moins un légume vert foncé et un légume orangé chaque jour », ainsi que des recommandations sur le nombre de portions de légumes et de fruits à consommer chaque jour selon l’âge et le sexeNote 6.

Les analyses précédentes de données représentatives à l’échelle nationale ont montré que les apports des Canadiens en matière de légumes et de fruits sont constamment faibles et que la plupart des Canadiens ne se conforment pas aux recommandations nationalesNote 7Note 8Note 9Note 10Note 11. À titre d’exemple, de 2007 à 2014, la fréquence moyenne de consommation de légumes et de fruits chez les Canadiens âgés de 12 ans ou plus a diminué, passant de 5,0 fois par jour en 2007 à 4,7 fois par jour en 2014Note 9. Selon des analyses fondées sur les données de rappel alimentaire de 24 heures, en 2004, à peine 26 % des Canadiens de 2 ans ou plus ont consommé le nombre recommandé de portions de légumes et de fruits et le jus a contribué largement à l’apport global de légumes et de fruitsNote 10.

Compte tenu de l’importance de la consommation de légumes et de fruits pour avoir une bonne alimentation et favoriser un bon état de santé, il est essentiel que nous comprenions les tendances de consommation de légumes et de fruits des Canadiens et la nature de leur changement depuis 2004. Dans la présente étude, les données les plus récentes à l’échelle nationale portant sur les apports alimentaires des Canadiens sont utilisées afin de décrire la quantité de légumes et de fruits consommés par les Canadiens et la composition de cette consommation en 2015, puis sont comparées aux estimations effectuées en 2004. L’étude a pour objectif secondaire d’évaluer la répartition de l’apport total habituel en légumes et en fruits et de comparer ce dernier aux recommandations du GAC de 2007, le guide alimentaire qui était en vigueur en 2015.

Données et méthodes

Source des données et échantillon d’analyse

Les données ayant servi à la présente étude proviennent de deux enquêtes transversales menées par Statistique Canada, représentatives sur le plan national : l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) – Nutrition, 2004 (cycle 2,2) et l’ESCC – Nutrition, 2015. Les populations cibles de chaque enquête se composent de résidents canadiens à domicile de tout âge (2004) et de ceux âgés de 1 an ou plus (2015) vivant dans les 10 provinces canadiennesNote 12Note 13. Les deux enquêtes excluent les membres à temps plein des Forces canadiennes et les personnes vivant dans des réserves ou d’autres peuplements autochtones, dans certaines régions éloignées ou en établissement.

Chaque enquête comporte un volet du rappel alimentaire de 24 heures dans le cadre duquel on a demandé aux répondants de se rappeler de tout ce qu’ils ont mangé et bu au cours des 24 heures précédentes, entre minuit et minuit, ainsi que des descriptions détaillées des aliments et des quantités ingérées. L’Automated Multiple-Pass Method du Département de l’agriculture des États-Unis, adaptée au contexte canadien, a été utilisée lors des deux enquêtes afin d’aider les répondants à se rappeler le plus exactement possible les aliments et les boissons consommésNote 12Note 13. Un répondant substitut a fourni des données sur l’apport alimentaire pour des enfants de moins de 6 ans. Les enfants de 6 à 11 ans ont été interrogés en présence d’une personne interposée, et ceux de 12 ans ou plus ont donné leurs réponses eux-mêmes.

Au total, 35 107 répondants en 2004 et 20 487 répondants en 2015 ont pris part au premier rappel alimentaire de 24 heures. Environ 30 % des répondants (10 786 en 2004 et 7 608 en 2015) ont été sélectionnés pour participer à un deuxième rappel alimentaire de 24 heures de 3 à 10 jours après l’interview initiale. Cela aura permis d’estimer les variations de l’alimentation d’une personne d’une journée à l’autre, de même que ses apports habituelsNote 12Note 13. Les données ont été recueillies principalement en personne pour le premier rappel et par téléphone pour le second rappel. En 2004, les taux de réponse s’élevaient à 76,5 % pour le premier rappel et à 72,8 % pour le second; en 2015, les taux de réponse étaient analogues, soit 61,6 % et 68,6 %, respectivement.

L’analyse s’est limitée aux Canadiens de 2 ans ou plus qui présentaient des données valides et un apport non nul d’aliments et de boissons durant le jour du rappel. Les tailles d’échantillons d’analyse définitifs étaient de 33 960 pour 2004 et de 20 111 pour 2015.

Classification des portions de légumes et de fruits

Pour chaque cycle, les données d’enquête sur les aliments de base et sur les aliments utilisés dans les recettes ont été mises en correspondance avec un fichier du GAC afin d’extraire les données sur le nombre de portions de légumes et de fruits consommés (la taille de la portion étant établie par Santé Canada en fonction du poids normalisé en grammes) et de classer chaque aliment dans la catégorie du sous-groupe alimentaire du GAC de 2007 et selon son niveau (décrit ci-dessous). Les sous-groupes alimentaires du GAC sont fondés sur l’outil de surveillance de 2014 de Santé CanadaNote 14, lequel classe les légumes et les fruits dans les sous-groupes suivants selon le GAC de 2007 : les fruits autres que les jus; les jus de fruits; les légumes vert foncé ou les légumes jaune foncé ou orangés (combinés en un seul sous-groupe en raison des faibles niveaux d’apport); les pommes de terre (c.-à-d. les pommes de terre blanches préparées de différentes manières : les pommes de terre crues ou cuites, frites ou rissolées et les croustilles); les autres légumes (p. ex. les oignons, les tomates, le céleri, les concombres, la laitue). Un sixième sous-groupe, formé de jus et de cocktails de légumes, n’ayant pas fait l’objet d’une présentation séparée en raison de la rareté des données, fait partie de toutes les estimations relatives à l’apport total en légumes et en fruits. Chaque année, un examen minutieux de la classification de chaque légume et chaque fruit dans les sous-groupes du GAC permet de réduire au minimum les répercussions de toute différence dans les pratiques de codage ou de classification entre les années d’enquête sur les estimations des apports. Ainsi, un certain nombre de modifications apportées à la classification de 2004 relativement aux sous-groupes de légumes « vert foncé » et « autres » ont fait en sorte que cette classification différait de celle du cycle de 2015 (écarts confirmés par Santé Canada).

Dans l’outil de surveillance de 2014, en outre, toutes les portions de légumes et de fruits sont classées dans l’un des quatre niveaux selon leur degré de conformité avec les recommandations du GAC de 2007 et les seuils établis pour la teneur totale en lipides, en gras saturés, en sucre et en sodiumNote 14. Les portions des niveaux 1 à 3 (appelées « portions du Guide alimentaire ») sont jugées les plus conformes ou partiellement conformes aux recommandations du GAC, tandis que celles du niveau 4 sont considérées comme non conformesNote 14. Pour les besoins de la présente analyse, une seule erreur repérée dans l’attribution d’un niveau a été corrigée, après consultation de Santé Canada : toutes les portions classées sous le code d’aliment 502747 du Nutrition Survey System de 2015 (pommes de terre frites) ont été reclassées, passant du niveau 3 au niveau 4.

Les portions de légumes et de fruits classées dans les quatre niveaux ont servi le principal objectif de l’étude consistant à estimer la quantité et la composition générales de l’apport en légumes et en fruits des Canadiens en 2015 et à les comparer avec les estimations de 2004. Le mode d’intégration des portions des quatre niveaux permet de bien décrire les légumes et les fruits, quelle que soit leur qualité nutritionnelle, qui sont réellement consommés par les Canadiens. L’insertion de toutes les portions dans la comparaison des estimations entre les cycles s’explique également par le fait qu’un certain nombre de changements mineurs apportés aux pratiques de codage (p. ex. la fusion de certains codes d’aliments, comme les croustilles) pourraient avoir une incidence sur la comparabilité des estimations entre les cycles. À titre d’exemple, puisque les croustilles ont été classées de niveau 4 en 2004, mais de niveau 3 en 2015, les analyses limitées aux portions de niveaux 1 à 3 influeraient sur la comparabilité des estimations de la consommation totale de pommes de terre entre les cycles.

En ce qui a trait à l’objectif secondaire de l’étude, lequel consiste à évaluer la répartition de l’apport habituel en légumes et en fruits des Canadiens et son lien avec les recommandations du GAC de 2007, l’analyse a été restreinte aux portions de légumes et de fruits classées dans les niveaux 1 à 3 (c.-à-d. les « portions du Guide alimentaire »). Cela aura permis d’évaluer plus particulièrement la consommation de légumes et de fruits réputée être conforme ou partiellement conforme aux lignes directrices nationales en matière d’alimentationNote 14.

Apport en légumes et en fruits

Des statistiques descriptives ont servi à calculer la proportion de la population canadienne qui avait consommé des légumes et des fruits le jour précédant l’interview, de même que la quantité moyenne consommée (c.-à-d. le nombre moyen de portions des quatre niveaux chez les consommateurs seulement, de même que chez les consommateurs et les non-consommateurs réunis). Ces analyses ont porté seulement sur les données du premier rappel, parce qu’elles représentent des valeurs moyennes et que les apports quotidiens moyens correspondent aux apports habituels moyens (définis ci-dessous dans la section « Analyse statistique »)Note 15. Les estimations ont porté sur l’ensemble des répondants et sur 14 groupes d’âge-sexe inclus dans les Apports nutritionnels de référence définis par la National Academy of Medecine (anciennement Institute of Medecine) des États-Unis.

Analyse de sensibilité

En raison de données probantes indiquant une variation des erreurs de déclaration (c.-à-d. la surestimation ou la sous-estimation des apports alimentaires) entre l’ESCC – Nutrition de 2004 et l’ESCC – Nutrition de 2015, et puisqu’il s’agit d’une analyse de sensibilité, la proportion de consommateurs de légumes et de fruits et la quantité moyenne consommée ont été calculées en limitant les analyses aux personnes ayant fait une déclaration plausible en matière d’apport énergétique, à l’aide d’une méthodologie déjà publiéeNote 16.

Principales sources d’apport en légumes et en fruits

Afin d’estimer les principales sources d’apport, toutes les portions de légumes et de fruits du fichier du GAC ont fait l’objet d’une classification en catégories correspondant à celles du système de classification plus granulaire du Bureau des sciences de la nutrition (BSN) utilisées dans les deux enquêtes. Certaines modifications ont été apportées à la classification du BSN afin de fusionner certains aliments et d’en désagréger d’autres. À titre d’exemple, les portions de « laitue et légumes-feuilles » (groupe alimentaire 36H du BSN) ont été combinées avec les portions de laitue et de légumes verts consommés sous forme de « salades » (groupe alimentaire 220C du BSN) pour former un seul groupe appelé « laitue ». Les concombres et les petits fruits ont également été désagrégés des groupes de légumes ou de fruits « autres ». Les 10 principales sources de légumes et de fruits étaient fondées sur les apports déclarés dans le premier rappel alimentaire de 24 heures, et leur classement découlait de la quantité moyenne de l’apport (c.-à-d. le nombre de portions) dans l’ensemble de la population.

Analyse statistique

La méthode univariée du National Cancer Institute (NCI) a servi à estimer la répartition de l’apport habituel des portions totales de légumes et de fruits (niveaux 1 à 3 seulement) de chaque année d’enquête et leur lien avec les recommandations du GAC de 2007 en matière d’apportsNote 15Note 17Note 18. La méthode du NCI permet l’estimation de l’apport alimentaire habituel (c.-à-d. usuel ou typique) grâce à l’estimation de la variabilité observée chez un même sujet (c.-à-d. la variabilité découlant des différences quant à l’apport d’une personne donnée d’un jour à l’autre, à partir de données tirées des deux rappels) et de la variabilité interpersonnelle des apports alimentaires (c.-à-d. les différences des apports alimentaires moyens entre les personnes), et la suppression de cette dernière de la variance globaleNote 17Note 18. La méthode univariée du NCI a servi à estimer la répartition de l’apport total habituel en légumes et en fruits dans l’ensemble de la population et dans chaque groupe des Apports nutritionnels de référence. L’utilisation de modèles reposant sur la quantité seulement s’explique par le fait que la quasi-totalité des Canadiens des deux années d’enquête aient consommé des légumes ou des fruits. Pour chaque modèle, les deux années d’enquête ont été combinées pour générer des estimations plus stables des composantes de variance. Tous les modèles ont fait l’objet d’un contrôle du jour de la consommation (jour de la semaine ou fin de semaine), de l’ordre de rappel (premier ou second) et de l’année d’enquête. Les estimations pour chaque enquête sont présentées séparément.

Des tests du chi carré ont servi à déceler toute différence de la proportion de Canadiens consommant des légumes et des fruits, et des tests t ont permis de repérer les écarts quant aux quantités moyennes consommées et aux apports habituels entre 2004 et 2015. Toutes les analyses ont été réalisées à l’aide de la version 9.3 de SAS ou de la version 11.0.1 du logiciel SUDAAN exécutable en SAS, et des facteurs de pondération d’échantillonnage ont été appliqués pour tenir compte du plan d’échantillonnage complexe et d’une probabilité de sélection inégale. Des poids bootstrap appliqués chaque année d’enquête ont servi au calcul d’erreurs-types et de coefficients de variation fiables. La désignation d’une signification statistique comporte trois niveaux : « * » pour p < 0,05, « ** » pour p < 0,001 et « *** » pour p < 0,0001.

Résultats

Bien que la majorité des Canadiens aient consommé des légumes le jour du rappel (94,0 % en 2004 et 93,3 % en 2015, dans l’ensemble), le nombre moyen de portions totales de légumes par jour a diminué chez les consommateurs de tous les groupes d’âge-sexe, à l’exception de celui des enfants de moins de 9 ans (tableau 1). Ce recul est principalement attribuable à une baisse des apports en pommes de terre (en moyenne, déclaration de 0,33 portion de moins par jour dans l’ensemble, en 2015 par rapport à 2004, des baisses notables étant observées dans la majorité des groupes d’âge-sexe) et, dans une moindre mesure, dans la catégorie « Autres légumes ». La quantité moyenne de légumes vert foncé, jaune foncé ou orangés consommés a peu changé. Des analyses de l’apport moyen en légumes fondées sur l’ensemble des répondants ont donné des résultats semblables (tableau 2).

Le tableau 3 montre un passage important à de plus faibles apports en jus de fruits en 2015 par rapport à 2004, marqué tant par un plus faible pourcentage de consommateurs de jus de fruits (35,0 % en 2004 comparativement à 26,1 % en 2015, dans l’ensemble de la population) que par la quantité moyenne consommée par consommateur (2,62 portions en 2004 comparativement à 2,32 portions en 2015, dans l’ensemble). Ce recul était le plus prononcé chez les jeunes enfants, les adolescentes et les adultes de moins de 31 ans. Chez les plus jeunes enfants étudiés (de 2 et 3 ans), la proportion de consommateurs de jus de fruits et la quantité moyenne consommée étaient toutes deux nettement plus faibles en 2015 qu’en 2004, tandis que chez les enfants plus âgés (de 4 à 13 ans), le plus faible apport en jus s’explique en grande partie par une réduction des portions consommées, en moyenne, par les consommateurs. Nettement moins de Canadiens de 51 à 70 ans avaient bu du jus de fruits le jour du rappel en 2015 qu’en 2004 (p. ex. chez les femmes, 32,8 % en 2004 comparativement à 17,2 % en 2015), mais la quantité moyenne consommée était stable, à peine moins de deux portions par jour.

Parallèlement, la proportion de Canadiens ayant consommé des fruits entiers (c.-à-d. des fruits autres que du jus) a légèrement augmenté (passant de 61,6 % en 2004 à 66,0 % en 2015, dans l’ensemble), mais peu de changements ont été observés quant à la quantité moyenne consommée (tableau 3). Chez les consommateurs seulement, l’apport moyen en fruits entiers reste le même : il s’élève à environ à deux portions quotidiennes dans chaque groupe d’âge-sexe, à l’exception d’une légère hausse observée chez les plus jeunes enfants. Le tableau 4 montre des résultats comparables pour les consommateurs et les non-consommateurs réunis. En ce qui a trait à l’ensemble des légumes et des fruits, la quantité consommée par l’ensemble de la population affiche une baisse notable, passant d’une moyenne de 5,32 portions par jour en 2004 à 4,48 portions en 2015. La baisse la plus importante se situe chez les adolescentes, les jeunes hommes de 19 à 30 ans et les hommes de 51 à 70 ans, chez qui les apports moyens ont diminué de plus d’une portion par jour.

Les figures 1 et 2 présentent les 10 principales sources d’apport en légumes et en fruits dans l’ensemble de la population, selon les portions moyennes par jour (classement selon les 10 principales sources en 2015). Les pommes de terre et la laitue sont les principales sources d’apport en légumes en 2004 et en 2015, et l’ordre de classement des cinq principales sources d’apport en légumes reste inchangé entre les cycles (figure 1). Collectivement, les pommes de terre (c.-à-d. les portions combinées de pommes de terre crues et cuites, de pommes de terre frites et rissolées et de croustilles) représentent le légume le plus souvent consommé au cours des deux années, mais leur apport moyen a diminué de près d’un quart de portion (passant de 0,82 à 0,59 portion par jour). Le recul combiné des apports en pommes de terre et en laitue (0,38 portion moyenne par jour de moins en 2015 qu’en 2004, dans l’ensemble) explique une grande partie de la diminution d’une demi-portion observée dans l’apport total moyen en légumes (tableau 2).

Le jus de fruits demeure la principale source de l’apport en fruits en 2015, mais accuse un recul moyen de 0,31 portion par jour par rapport à 2004 (figure 2). Les bananes, les pommes, les agrumes et les melons, se classaient parmi les cinq principales sources d’apport en fruits dans les deux cycles, ceux-ci affichant un décalage minime de leur position au classement et des changements mineurs étant observés quant aux quantités consommées.

Le tableau 5 montre les répartitions de l’apport habituel total en légumes et en fruits en 2004 et en 2015. En 2004, en règle générale, plus de la moitié des Canadiens (55,4 %) consommaient habituellement tout au plus cinq portions de légumes et de fruits au total dans une journée normale. En 2015, cette estimation (67,0 %) était nettement plus élevée, ce qui indique de plus faibles niveaux d’apports globaux. Pour les deux années d’enquête, la plupart des Canadiens n’ont pas consommé de façon habituelle le nombre de portions totales de légumes et de fruits recommandées par le GAC de 2007 pour leur groupe d’âge et leur sexe, c’est-à-dire environ 54 % à 61 % des jeunes enfants de 2 et 3 ans et environ 87 % à 95 % des adolescents et des adultes de moins de 50 ans. À titre d’exemple, 88,5 % des adolescents en 2004 et 90,3 % de ces derniers en 2015 consommaient normalement moins que les huit portions quotidiennes de légumes et de fruits recommandées pour leur groupe d’âge et leur sexe. En ce qui a trait aux différences observées dans la répartition de l’apport habituel entre les années d’enquête, un nombre nettement plus élevé d’hommes de 19 à 50 ans et d’adultes de 51 ans ou plus n’ont pas atteint le nombre recommandé de portions de légumes et de fruits à consommer en 2015 comparativement à 2004. Les apports totaux habituels de légumes et de fruits se révèlent plus faibles en 2015 qu’en 2004, en règle générale, chez les adolescentes, chez les jeunes femmes adultes, chez les hommes de 19 à 50 ans, et surtout chez les adultes de plus de 50 ans.

Analyse de sensibilité

Les tendances quant à la fréquence et à la quantité moyenne de légumes et de fruits consommés n’ont pas fondamentalement changé lorsque les analyses se limitaient aux personnes ayant fait une déclaration plausible (résultats non présentés).

Discussion

La présente étude a permis d’analyser les données sur le régime alimentaire de deux échantillons représentatifs sur le plan national afin d’examiner les changements relatifs à la quantité et à la composition des apports en légumes et en fruits des Canadiens sur une période de 11 ans s’échelonnant de 2004 à 2015, ainsi que la répartition de l’apport habituel en légumes et en fruits et son lien avec le GAC de 2007. Dans la population dans son ensemble, la consommation totale de légumes et de fruits a diminué de 0,8 portion par jour, en moyenne. La baisse la plus marquée est survenue chez les adolescentes et les adultes et persistait lorsque les analyses se limitaient aux personnes ayant fait une déclaration plausible. Les plus faibles niveaux d’apport en légumes étaient en partie attribuables à de plus faibles consommations de pommes de terre et, dans une moindre mesure, de laitue. Ces deux légumes sont demeurés cependant les principales sources d’apport total en légumes des Canadiens pour les deux années. Pour ce qui est de la consommation totale de fruits, un passage à de plus faibles apports sous forme de jus de fruits a été observé dans presque tous les groupes d’âge-sexe. Selon le groupe d’âge-sexe, ce changement s’explique par une réduction du nombre de consommateurs de jus de fruits ou de plus faibles quantités (c.-à-d. moins de portions) de jus de fruits consommés. Malgré la baisse générale, le jus de fruits demeure la principale source d’apport total en fruits, et l’apport moyen par jour en fruits entiers demeure largement inchangé chez les Canadiens.

L’importante baisse de la consommation de jus de fruits (particulièrement chez les jeunes enfants, chez les adolescentes, chez les jeunes adultes et chez les adultes de 51 à 70 ans) concorde avec les recommandations des GAC de 2007 et de 2019 concernant la limitation de l’apport en jus de fruitsNote 5Note 6. Des analyses fondées sur la composante annuelle de l’ESCC ont parallèlement montré que la fréquence de consommation quotidienne de jus de fruits au Canada a diminué de 2007 à 2014 et que, conformément aux résultats de la présente étude, elle ne s’accompagne pas d’une hausse de l’apport en fruits entiersNote 9. Une plus faible consommation de jus de fruits concorde aussi avec des baisses documentées de la consommation d’autres boissons au Canada, notamment le lait, les boissons gazeuses et les boissons aux fruitsNote 19Note 20Note 21. Des apports réduits en jus de fruits et en boissons sucrées pourraient témoigner d’un changement des habitudes alimentaires de la population en réponse aux préoccupations croissantes suscitées par la teneur en sucres libres et en énergie de ces boissonsNote 19Note 22Note 23.

La présente analyse démontre en outre une légère baisse de l’apport moyen, par jour, en pommes de terre sous toutes les formes (c.-à-d. les pommes de terre crues, cuites, cuites au four, frites et rissolées, et les croustilles) dans presque tous les groupes d’âge-sexe. Une analyse récente des mêmes données sur le régime alimentaire a permis de dégager des tendances semblables, même avec une limitation des analyses aux seules personnes ayant fait une déclaration plausible en matière d’apports énergétiques et après une rectification du nombre de covariables, notamment l’apport total en énergieNote 11. Puisque les pommes de terre frites (p. ex. les frites) et les croustilles prennent habituellement la forme d’aliments transformés qui renferment de grandes quantités de sodium et de gras saturés, une réduction de la consommation de ces aliments concorde avec la directive du GAC de « limiter la consommation de boissons et d’aliments hautement transformés parce qu’ils ne font pas partie de saines habitudes alimentaires »Note 5. Il convient toutefois de mentionner que de plus faibles apports en pommes de terre ne s’accompagnent pas d’une hausse observable de la consommation d’autres légumes, comme des légumes vert foncé, jaune foncé ou orangés (la consommation quotidienne recommandée dans le GAC de 2007 pour ces types de légumes)Note 6.

Pour ce qui est de l’évaluation de la répartition de l’apport habituel en légumes et en fruits et de son lien avec les recommandations du GAC de 2007 (qui étaient toujours en vigueur en 2015), la présente analyse a permis de constater qu’en 2004 et en 2015, la plupart des Canadiens n’ont généralement pas consommé le nombre recommandé de portions de légumes et de fruits par jour. Ce résultat concorde avec des rapports antérieurs qui montrent invariablement de faibles apports en légumes et en fruits au Canada durant les 10 années précédentesNote 7Note 8Note 9Note 10Note 11.

Tout comme les analyses antérieures tirées de l’ESCC – Nutrition, 2004Note 8Note 10, la présente étude a permis de démontrer que les jeunes enfants sont les plus susceptibles de consommer le nombre recommandé de portions de légumes et de fruits, tendance qui perdure en 2015. Les adolescents et les adultes de moins de 51 ans des deux années d’enquête, de même que les adultes de plus de 50 ans en 2015 affichent le plus vaste écart entre les apports déclarés et ceux recommandés, les résultats indiquant que de 87 % à 95 % environ de la population ne consomme pas le nombre recommandé de portions de légumes et de fruits au cours d’une journée normale. L’apport sans cesse faible en légumes et en fruits est une tendance inquiétante pour la santé publiqueNote 24.

La présente étude comporte des limites inhérentes aux analyses d’enquêtes sur la nutrition, notamment en ce qui a trait aux erreurs de déclaration et surtout aux sous-déclarations des apports en aliments et en boissons autodéclarés. Une étude de 2018 a, en effet, montré que même si le nombre de personnes ayant fait une déclaration plausible demeure inchangé, celui des sous-déclarants présents dans la population canadienne est lui nettement plus élevé en 2015 qu’en 2004Note 16. Par contre, les résultats des analyses de sensibilité visant à examiner les apports totaux moyens en légumes et en fruits par jour et les sous-groupes restreints aux personnes ayant fait une déclaration plausible en matière d’apport énergétique (résultats non présentés) concordent fortement avec les principaux résultats obtenus à partir de l’échantillon complet. Une analyse récente a elle aussi permis de conclure que les baisses observées de 2004 à 2015 en ce qui a trait à l’apport quotidien moyen de divers groupes alimentaires, notamment les légumes et les fruits, ne s’expliqueraient pas par une modification des tendances de sous-déclaration ou de surdéclaration au CanadaNote 11.

Afin d’accroître l’exactitude de l’estimation de la taille des portions par les répondants, des modifications ont été apportées à la brochure sur le modèle alimentaire utilisée dans l’ESCC – Nutrition, 2015. Les quantités normales présentées aux répondants en 2015 étaient dans l’ensemble plus petites en 2015 qu’en 2004, surtout en ce qui concernait les bols, les verres et les grosses tassesNote 13. Cette modification aura possiblement eu une incidence sur la comparabilité des apports déclarés de certains aliments et boissons, surtout le jus de fruits. Selon une analyse précédente des données de l’ESCC – Nutrition, malgré un apport total en boissons effectivement plus faible en 2015 qu’en 2004, cette tendance ne s’étend pas à tous les types de boissons (p. ex. la quantité moyenne d’eau consommée en 2015 est supérieure à celle de 2004)Note 19. Il n’existe à ce jour aucune méthode normalisée pour estimer ou corriger une surestimation ou une sous-estimation entraînée par des changements apportés aux quantités normales figurant dans la brochure sur le modèle alimentaire de 2015. Il est peu probable que la version modifiée de la brochure du modèle alimentaire ait une incidence sur les différences d’apport causées par des changements observés dans la proportion des consommateurs, puisque cette brochure ne doit pas influer sur la déclaration de la consommation d’un aliment ou d’une boisson en particulier. En somme, il a été impossible de procéder à une évaluation du degré de conformité des apports en légumes et en fruits avec la version modifiée du GAC de 2019 en raison de l’absence de paramètres quantifiables pour mesurer l’adhésion au moment de la réalisation de l’étude. De plus, les répondants aux enquêtes ESCC – Nutrition de 2004 et de 2015 auraient ignoré les recommandations du GAC de 2019. Les prochaines analyses pourront évaluer l’observance des recommandations du GAC de 2019, après la publication par Santé Canada de paramètres quantifiables.

La présente étude compte un certain nombre de points forts dignes de mention, notamment le recours à deux grands échantillons de Canadiens représentatifs à l’échelle nationale et à deux années d’enquête différentes comportant une méthodologie et des plans de sondage comparables. Dans les deux enquêtes, on a fait appel à une méthode de rappel alimentaire de 24 heures pour recueillir des renseignements sur les apports en aliments et en boissons. De plus, les deux enquêtes ont permis d’examiner la quantité et la composition des apports en légumes et en fruits des Canadiens. Afin de s’assurer que les écarts observés entre les deux enquêtes ne découlent pas de changements apportés aux pratiques de codage, la classification de chaque légume et chaque fruit dans des sous-groupes du GAC et en niveaux a fait l’objet d’un examen minutieux et de modifications, le cas échéant. Enfin, l’application de la méthode du NCI dans le cadre de l’étude a permis de procéder à une correction pour tenir compte de la variation de l’apport alimentaire observée chez un même sujet. Cela aura en retour permis d’estimer la répartition de la consommation habituelle de légumes et de fruits et de la comparer avec les recommandations du GAC.

Conclusions

Dans l’ensemble, les Canadiens ont déclaré de plus faibles apports en légumes et en fruits en 2015 qu’en 2004 en raison de baisses marquées de la consommation de jus de fruits et, dans une moindre mesure, de pommes de terre. Ces baisses ne s’accompagnent pas d’apports accrus en fruit entiers ou en autres légumes. Les résultats de la présente étude font également ressortir un écart significatif entre les apports déclarés et ceux recommandés dans le GAC de 2007Note 6. Ils peuvent servir de données de référence valables afin d’évaluer l’incidence des efforts déployés pour rehausser la qualité du régime alimentaire à l’échelle de la population au Canada, notamment le Guide alimentaire canadien de 2019.

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