Modèles spatiaux bayésiens pour l’estimation des moyennes pour petites régions échantillonnées et non échantillonnées
Section 1. Introduction
Les enquêtes par sondage fournissent des données utiles pour estimer les
diverses caractéristiques d’une population d’intérêt. Les enquêtes sont
généralement conçues de sorte que les estimateurs fondés sur le plan de sondage
présentent une exactitude adéquate. Toutefois, lorsqu’il s’agit d’estimer une
caractéristique d’une sous-population, une estimation directe fondée sur le
plan de sondage et uniquement sur les données de cette sous-population est
habituellement inexacte, car l’échantillon accessible est petit, voire
inexistant. On appelle « petites régions » les sous-populations dont
la taille d’échantillon n’est pas suffisante pour produire des estimations
directes fiables. De plus, des ressources limitées empêchent souvent la
sélection de nombreuses sous-populations dans l’échantillon, ce qui crée de
petites régions non échantillonnées. Par exemple, l’American Community Survey
(ACS) vise à produire des statistiques fiables pour les comtés des États-Unis.
Cependant, l’ACS échantillonne habituellement environ le tiers des comtés, ce
qui donne de nombreuses petites régions non échantillonnées.
Afin d’accroître l’exactitude des estimations directes pour petites
régions, une approche fondée sur un modèle a été largement utilisée pour
faciliter l’emprunt d’information à partir des estimations directes d’autres
domaines et d’autres données auxiliaires. Dans de nombreuses applications, des
renseignements supplémentaires provenant d’autres enquêtes et de données
administratives fournissent des covariables utiles. Une estimation d’une
région, fondée sur un modèle, est produite en réduisant de façon appropriée son
estimation directe (si elle est disponible) à une estimation par régression
synthétique fondée sur des variables auxiliaires. L’amélioration de la prévision
dépend grandement de la mesure dans laquelle les moyennes de sous-population
pour la caractéristique sont liées aux variables auxiliaires. Si une petite
région n’a pas d’estimation directe, le modèle traditionnel indépendant à
effets aléatoires de Fay et Herriot (1979) permet d’estimer la moyenne par une
estimation par régression synthétique seulement.
Fay et Herriot (1979) ont proposé un modèle utile permettant d’élaborer
des estimations de moyennes pour petites régions, fondé sur des estimations
directes d’enquête (si disponibles) et des estimations par régression
synthétique calculées à partir de variables auxiliaires. Ce modèle, qui est
essentiellement un modèle linéaire mixte, est communément appelé le modèle
Fay-Herriot (FH) dans l’estimation pour petites régions. Pour supposons que est l’estimation directe de la caractéristique
sur petites régions obtenue à partir d’une enquête. Supposons
aussi que et sont les vecteurs à composantes des covariables et les
coefficients de régression correspondants, respectivement. En indiquant
l’erreur d’échantillonnage de comme étant le modèle FH à effets aléatoires indépendants
peut être formulé comme suit :
où les et les effets aléatoires sont tous répartis indépendamment
avec et Les variances d’échantillonnage sont considérées comme connues,
tandis que le paramètre de régression et la variance d’erreur du modèle
appelés paramètres de modèle,
sont des quantités inconnues. Pour les régions non échantillonnées comportant
des variables auxiliaires, seule la deuxième partie de (1.1) est vérifiée pour
De nombreuses études ont été menées sur le modèle FH à effets aléatoires
indépendants et ses nombreuses variantes. Alors que Fay et Herriot (1979) ont
utilisé l’approche empirique de Bayes (EB), par la suite, Prasad et Rao (1990),
Datta et Lahiri (2000) et Datta, Rao et Smith (2005) ont utilisé l’approche
fréquentiste et ont dérivé l’erreur quadratique moyenne (EQM) de deuxième ordre
du meilleur prédicteur linéaire sans biais empirique (MPLSBE) de et divers estimateurs approximatifs sans biais
de deuxième ordre de l’EQM (voir Datta et Lahiri, 2000). Cependant, Ghosh
(1992) a proposé une approche hiérarchique bayésienne (HB) pour le modèle
Fay-Herriot (voir aussi Datta et coll. [2005]). Dans le cadre bayésien, le
modèle FH dans (1.1) peut être exprimé comme le modèle HB suivant :
où
est une fonction correctement
choisie de et qui exprime une fonction de
densité de probabilité (fdp) a priori
pour ces paramètres. Fay et Herriot (1979) ont élaboré à l’origine un
prédicteur EB pour qui ne nécessite pas de fdp a priori, comme dans (1.4). Bien
qu’une approche EB standard sous-estime habituellement la mesure de l’incertitude
de l’estimateur EB de l’approche HB facilite la
quantification de l’incertitude en raison de l’estimation des paramètres de
modèle inconnus, et L’incertitude est entièrement
représentée par la distribution a posteriori
des paramètres du modèle.
Dans les estimations fondées sur un modèle, les effets aléatoires sont
d’une grande importance pour bien rendre
compte de la variabilité restante des qui n’est pas expliquée par le modèle de
régression. Dans des applications réelles, les petites régions comportent
généralement des caractéristiques comme la taille de la population, l’origine
ethnique, le groupe d’âge et le niveau de scolarité, lesquelles peuvent avoir
une incidence sur la variabilité des effets sur les petites régions. De plus,
lorsque les taux de prévalence de la maladie sont intéressants, il est
raisonnable de supposer que les effets aléatoires de petites régions adjacentes
sont corrélés d’une certaine façon. Dans de tels cas, le modèle FH présenté en
(1.1), que nous appelons le modèle FH à effets aléatoires indépendants, est une
simplification excessive et une erreur de spécification de la distribution des
effets aléatoires en supposant une distribution commune et indépendante.
Opsomer, Claeskens, Ranalli, Kauermann et Breidt (2008) et Rao, Sinha et
Dumitrescu (2014) ont proposé des modèles non paramétriques d’estimation pour
petites régions, qui permettent de cerner l’effet de proximité spatiale à
l’aide de la fonction p-spline (spline pénalisée). Toutefois, ces approches
exigent des coûts informatiques supplémentaires pour l’inférence du modèle et
la quantification de l’incertitude.
Dans le cadre de la présente étude, nous proposons des modèles FH
spatiaux qui tiennent effectivement compte de l’hétéroscédasticité et de la
dépendance spatiale des effets sur de petites régions. Nous adoptons une
approche entièrement bayésienne en spécifiant une classe de distributions a priori non informatives sur les
paramètres du modèle et incompatibles avec ceux-ci, et nous modélisons la
dépendance spatiale des effets aléatoires sur petites régions par quatre
structures d’autocorrélation largement utilisées. Il s’agit notamment de
modèles autorégressifs simultanés et de trois types de modèles autorégressifs
conditionnels. Il existe une abondante littérature sur les modèles spatiaux
dans le cadre bayésien. Sun, Tsutakawa et Speckman (1999) ont étudié un modèle
HB avec les modèles autorégressifs conditionnels et intrinsèques sur les effets
aléatoires. Speckman et Sun (2003) ont examiné les mêmes modèles dans le
contexte du lissage bayésien de la spline. Pour l’estimation sur petites
régions, You et Zhou (2011) ont modélisé les effets sur petites régions à l’aide
d’un modèle autorégressif conditionnel. Dans le prolongement du modèle de
séries chronologiques FH (Datta, Lahiri, Maiti et Lu, 1999), Torabi (2012) a
proposé un modèle spatio-temporel ayant des effets aléatoires autorégressifs
intrinsèques. Porter, Holan, Wikle et Cressie (2014) ont proposé une extension
du modèle FH ayant des covariables fonctionnelles et des effets aléatoires
autorégressifs intrinsèques. Porter, Wikle et Holan (2015) ont intégré les
effets aléatoires conditionnels autorégressifs au modèle FH multivarié.
Les
modèles bayésiens actuels d’estimation spatiale sur petites régions considèrent
une distribution a priori
adéquate sur même si la spécification d’une telle
distribution a priori
nécessitera des connaissances spécialisées. De plus, tous les modèles actuels
supposent une structure autorégressive conditionnelle sur les effets
aléatoires. Les principales contributions du présent article sont les
suivantes. Premièrement, à notre connaissance, les modèles proposés à la
section 2 (section 2.1) comprennent la plupart des structures
spatiales couramment utilisées. Deuxièmement, à la section 2.2, nous
élargissons davantage les modèles spatiaux pour estimer les moyennes de plusieurs
petites régions non échantillonnées sans estimations directes. La moyenne de la zone non échantillonnée est estimée par
l’emprunt d’information des variables auxiliaires de la région et, pour les
modèles spatiaux, des résidus de régression des régions avoisinantes.
Troisièmement, pour tous les modèles proposés, nous fournissons, à la
section 2.3, des conditions suffisantes pour la propriété a posteriori pour une classe de
distributions a priori non
informatives sur les paramètres du modèle et incompatibles avec ceux-ci. Il est
intéressant de mentionner que les conditions suffisantes ne dépendent pas du
modèle spatial présumé, à condition que le modèle produise une matrice de
covariance définie positive pour les effets aléatoires. Nous fournissons des
étapes d’échantillonnage de rejet pour la simulation à partir de la
distribution a posteriori des
modèles proposés à la section 3. L’efficacité des modèles spatiaux
proposés est démontrée aux sections 4 et 5. Nous appliquons les modèles
spatiaux à des ensembles de données simulées et à des données d’enquête réelles
issues de la Current Population Survey (CPS). Nous comparons divers modèles
spatiaux à la section 5 pour estimer le revenu médian des familles de
quatre personnes pour les 49 États contigus des États-Unis, d’après les
données de la CPS, les covariables appropriées du recensement précédent et des
données administratives. Nos analyses de données et nos études de simulation
révèlent que les modèles spatiaux proposés améliorent considérablement
l’exactitude des prévisions et réduisent la mesure de l’incertitude,
l’écart-type a posteriori. Nous
formulons des observations finales à la section 6. Toutes les précisions
techniques sont fournies à l’annexe.
ISSN : 1712-5685
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