Modélisation de séries chronologiques multiniveaux de la couverture des soins prénataux au Bangladesh à des niveaux administratifs désagrégés
Section 2. La nécessité de statistiques régionales fiables sur la mortalité maternelle et néonatale au Bangladesh

Le Bangladesh a fait des progrès remarquables dans la réduction du taux de mortalité maternelle et du taux de mortalité néonatale conformément aux objectifs 4 et 5 du rapport intitulé Objectifs du Millénaire pour le développement. Cependant, les indicateurs du taux de mortalité maternelle (170 pour 100 000 naissances vivantes [OMS, UNICEF et autres, 2014]) et du taux de mortalité néonatale (28 pour 1 000 naissances vivantes [NIPORT, 2015a]) restent relativement hauts comparativement à l’objectif de développement durable (ODD) de réduction du taux de mortalité maternelle à 70 pour 100 000 naissances vivantes et du taux de mortalité néonatale à 12 décès pour 1 000 naissances vivantes au Bangladesh (BBS, 2020). Ces taux de mortalité élevés s’expliquent principalement par le recours insuffisant aux services de santé maternelle, comme les soins prénataux, les naissances assistées par du personnel soignant qualifié et les soins postnataux (NIPORT, 2016). En effet, il est important de recevoir suffisamment de soins prénataux pendant la grossesse, car cela augmente également le recours à du personnel soignant qualifié pour l’accouchement et à des soins postnataux (Mrisho, Obrist, Schellenberg, Haws, Mushi, Mshinda, Tanner et Schellenberg, 2009).

L’enquête auprès des ménages la plus récente indique que la majorité des femmes enceintes (75 %) au Bangladesh reçoivent des soins prénataux donnés par des fournisseurs ayant reçu une formation médicale. Cependant, la proportion de femmes qui reçoivent au moins 4 consultations prénatales comme recommandés par l’OMS est nettement moins élevée, soit 37 % (BBS et UNICEF, 2019). Ces données donnent à penser que le Bangladesh accuse un retard dans l’atteinte de l’objectif national de 50 % de femmes qui reçoivent au moins 4 consultations prénatales d’ici 2016. Pour combler cet écart et atteindre l’objectif 3 de l’ODD, qui consiste à porter à plus de 98 % d’ici 2030 (NIPORT, 2015b) le nombre de femmes qui reçoivent au moins 4 consultations prénatales, le pays a besoin d’une stratégie globale et de jalons précis. Les tendances nationales de la couverture des soins prénataux indiquent que la proportion de femmes n’ayant pas reçu de soins prénataux (ANC0) s’est améliorée pour atteindre seulement 17,2 % en 2019, comparativement à 85 % en 1994, tandis que la proportion de femmes ayant reçu au moins quatre visites de soins prénataux (ANC4) a augmenté à 37 % en 2019, alors qu’elle était de 6 % en 1994. L’amélioration des indicateurs pendant cette période varie selon les divisions. L’amélioration la plus marquée est observée dans la division de Khulna, où ANC0 et ANC4 sont passés d’environ 70 % et 5 % à environ 12 % et 40 %, respectivement. L’évolution la plus faible a été observée dans la division de Sylhet.

Les installations proposant des services de soins prénataux présentent des variations considérables au Bangladesh. On trouve des cliniques communautaires et des centres de protection de la famille au niveau des unions (ainsi que des cliniques d’organisations non gouvernementales), des complexes de santé au niveau des upazila, qui sont des sous-districts, et des hôpitaux de district et tertiaires au niveau des districts. De plus, l’accès aux médecins privés varie selon le degré d’urbanisation ainsi que la distance entre le district ou le sous-district et les villes métropolitaines les plus proches, en particulier la capitale Dhaka. L’inégalité d’accès aux soins prénataux est aussi explicitement visible au niveau de la division. On peut s’attendre à ce que les inégalités soient encore plus grandes aux niveaux administratifs désagrégés, comme les districts et les sous-districts. Aucune étude n’a toutefois confirmé cette hypothèse, principalement en raison de l’absence de données d’enquête suffisamment détaillées à ces niveaux. Des données récentes tirées d’études à des niveaux désagrégés sur la pauvreté, la nutrition des enfants et la morbidité indiquent des niveaux élevés d’inégalité au niveau des districts et des sous-districts (Haslett et Jones, 2004; Haslett, Jones et Isidro, 2014; Das, Kumar et Kawsar, 2020; Hossain, Das et Chandra, 2020).


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