Estimation et inférence des moyennes de domaine soumises à des contraintes qualitatives
Section 6. Conclusions
Nous
avons proposé une méthodologie générale d’estimation des moyennes de domaines
qui permet d’intégrer les restrictions naturelles entre domaines dans l’estimation
fondée sur le plan de sondage. Il a été démontré qu’elle améliore l’estimation
et l’inférence, surtout pour les petits domaines. Comme cette nouvelle
méthodologie couvre un large éventail d’hypothèses de forme dépassant la
monotonicité univariée, elle vise à tirer parti conjointement de plusieurs
types d’information qualitative qui apparaissent naturellement pour les données
d’enquête. Les formes supplémentaires susceptibles d’être imposées comprennent
la convexité ou la log-concavité; cette dernière peut être imposée si l’on
croit que les moyennes de domaine de la population augmentent puis diminuent
sur un ensemble de domaines. Les travaux futurs des auteurs comprendront un
estimateur « monotone relâché » qui sera utilisé quand les moyennes
de domaine de population sont « à peu près » monotones dans une
séquence de domaines. Pour l’estimateur monotone relâché, on utilise un type de
moyenne mobile sur les domaines pour mettre en œuvre les contraintes, ce qui
permet à l’estimateur d’avoir quelques écarts par rapport à la monotonicité.
Nous
avons également proposé une méthode d’estimation de la variance fondée sur le
plan de sondage de l’estimateur, qui nécessite seulement de connaître l’ensemble
de contraintes propres à l’échantillon. Il est montré que les méthodes de
rééchantillonnage se comportent de la même façon. Pour ce qui est du calcul, l’estimateur
est basé sur l’algorithme de projection du cône, qui est efficacement mis en
œuvre dans le module coneproj et disponible gratuitement. Dans le cas pratique
important d’un ordonnancement partiel, l’estimateur contraint équivaut à un
regroupement de domaines voisins, de sorte qu’une fois que l’ensemble de
contraintes est identifié par l’algorithme de projection de cône, les calculs
subséquents des estimateurs et des estimateurs de la variance peuvent être
faits directement par une estimation fondée sur le plan de sondage sur les
domaines pertinents.
Comme l’a
illustré l’analyse de la NSCG à la section 5, il est aussi important de
déterminer les fois où la contrainte imposée pourrait ne pas être valide pour
une application d’enquête en particulier. Récemment, Oliva-Aviles, Meyer et
Opsomer (2019) ont proposé le critère d’information du cône fondé sur un échantillon
comme critère permettant de choisir entre des ajustements contraints et non
contraints pour l’estimateur de Wu et coll. (2016). Une réflexion sur la
généralisation de cette démarche à la configuration étudiée ici est en cours.
Annexe
La
première partie de l’annexe contient les lemmes qui ont servi à obtenir les
résultats théoriques présentés dans l’article. Les démonstrations des théorèmes
se trouvent à la fin de l’annexe.
Lemme 1. Si un vecteur non nul peut être écrit comme la combinaison linéaire
positive de vecteurs non nuls linéairement dépendants, il peut alors être
exprimé comme la combinaison linéaire positive d’un sous-ensemble linéairement
indépendant de ces vecteurs.
Démonstration. Soit
un vecteur non nul qui peut être
écrit comme étant
où
sont des vecteurs non nuls et
pour
Si cet ensemble de vecteurs n’est
pas linéairement indépendant, il existe alors des constantes
qui ne sont pas toutes nulles,
de sorte que
et que pour tout
Soit
alors
pour
mais pour au moins une valeur
Nous avons ensuite écrit
sous la forme d’une combinaison
linéaire positive d’un sous-ensemble approprié des vecteurs. Si ce
sous-ensemble reste linéairement dépendant, le processus peut être répété.
Lemme 2. Si
est une matrice irréductible
et
est une matrice non singulière
alors
est aussi irréductible.
Démonstration. Supposons
pour certains
Alors
implique que
par la non-singularité de
Parce que
est irréductible, nous devons
avoir
afin que l’origine ne soit pas
une combinaison linéaire positive de lignes de
Supposons ensuite que l’une des
lignes de
est une combinaison linéaire
positive d’autres lignes de
Cela signifie que nous pouvons
écrire
où
pour certains
et
Mais
implique que
implique que
par la non-singularité de
Parce que nous ne pouvons pas
avoir
pour cette valeur de
nous ne pouvons pas avoir de
ligne de
qui soit une combinaison
linéaire positive d’autres lignes de
Par conséquent,
est irréductible.
Lemme 3. Soit
une matrice
De plus, soit
et
des matrices diagonales
comportant des éléments non nuls sur la
diagonale. Pour tout ensemble
soit
l’ensemble de vecteurs dans les lignes
de
Ensuite, pour tout
Démonstration. Soit
où
désigne la sous-matrice de
qui contient les lignes dans les
positions
Supposons tout d’abord que
Puisque
on constate aisément que
Ensuite, considérons tout
de sorte que
pour un certain vecteur
Nous obtenons alors
Par hypothèse, il existe un
vecteur
tel que
Par conséquent,
Alors,
De façon analogue, il s’ensuit
que
implique
Lemme 4. Selon les hypothèses A1 à A5, les énoncés suivants s’appliquent :
(i)
Les
sont bornés uniformément.
(ii)
Les
possèdent une borne supérieure uniforme et une
borne inférieure strictement positive uniformément.
(iii)
var
et var
(iv)
et
Démonstration.
(i)
Notons
que
qui ne dépend pas de
et qui est borné indépendamment
de
selon l’hypothèse A2.
(ii)
À partir des hypothèses A4 et A5,
nous constatons que
où la borne inférieure et la borne supérieure ne
dépendent pas de
et
sont bornées pour tous les
par
les hypothèses A1 et A4.
(iii)
Notons que
qui est borné selon les
hypothèses A2, A4 et A5. En établissant
et en suivant un argument
analogue, on peut montrer que
(iv)
Puisque
l’hypothèse A3 et (iii) nous conduisent à la
conclusion souhaitée. De manière analogue, nous obtenons
Démonstration du théorème 1. Supposons tout d’abord que
Dans ce cas, tout sous-ensemble
tel que
est linéairement indépendant
satisfait
Il suffit alors de choisir
de sorte que
soit linéairement indépendant et
couvre
Supposons maintenant que
Étant donné que
peut être écrit comme la
combinaison linéaire positive des vecteurs
De plus,
pour
À partir du lemme 1, on a
de sorte que
soit linéairement indépendant et
que
puisse être écrit comme une
combinaison linéaire positive des vecteurs dans
ce qui implique que
En outre, puisque
pour
Alors,
Si
alors
satisfait toutes les conditions
requises. Supposons maintenant que
Le fait que
implique que
pour tout ensemble
de sorte que
En outre, puisque
alors
Il suffit alors de choisir
de sorte que
et
soit linéairement indépendant et
couvre
Démonstration du théorème 2. Pour prouver le théorème, nous commençons par un ensemble
et trouvons les conditions
nécessaires pour que cet ensemble appartienne à
Ces conditions nécessaires,
exprimées sous forme d’inégalités en termes de fonctions lisses et continues de
et de
servent ensuite à borner la
probabilité d’intérêt. Enfin, nous utilisons le théorème 5.4.3 qui se
trouve dans Fuller (1996) pour montrer que cette probabilité converge vers zéro
à un taux de
Soit
et
les versions analogues de
et
obtenues en remplaçant
et
respectivement par
et
Le lemme 2 permet que
et
soient tous deux irréductibles puisque
l’est.
Supposons
tout d’abord que
et que
Ensuite, à partir des conditions de (2.8),
si et seulement si
pour
Par ailleurs, supposons que
pour
Alors,
ce qui contredit notre choix de
Par conséquent, il existe une valeur
telle que
Nous obtenons alors
où la dernière inégalité est obtenue
par l’application de l’inégalité de Markov (voir par exemple Casella et Berger
(2002), section 3.6.1). Nous montrons ensuite que la valeur espérée pour
le dernier terme est
Notons que l’expression contenue
dans la valeur espérée dans l’inégalité ci-dessus est une fonction du vecteur
Soit
une fonction (qui ne dépend pas
de
et
Pour appliquer le
théorème 5.4.3 de Fuller (1996) avec
et
nous devons d’abord montrer que
les conditions suivantes sont satisfaites :
(a)
(b)
est uniformément bornée dans une sphère
fermée et bornée
(c)
est continue dans
sur
où
(d)
est un point intérieur de
(e) Il
existe un nombre fini
tel
que
La condition (a) est directement
satisfaite par le lemme 4 (iv). De plus, le
lemme 4 (i)-(ii) garantit qu’il existe une constante
telle que
et
Il existe donc une sphère fermée
et bornée
qui est contenue dans ces bornes
constantes. De plus, à partir de l’hypothèse A3, nous pouvons conclure que
par conséquent la
condition (d) est satisfaite. Pour montrer que la condition (b) est
satisfaite, notons que
est une fonction continue dans
puisque
et
existent tous deux pour tout
Par conséquent, le théorème de
la valeur extrême (voir le théorème 4.15 dans Rudin (1976)) garantit que
est uniformément bornée dans
Les conditions (c)
et (e) sont satisfaites puisque
est une fonction rationnelle
continue dans
ce qui implique que
est différenciable à l’infini et
que ses dérivées sont bornées dans
Enfin, toutes les conditions (a)
à (e) sont satisfaites. Par conséquent, à partir du théorème 5.4.3 de
Fuller (1996), nous pouvons conclure que
puisque
et sa première dérivée par
rapport à
et
sont évaluées à zéro à
Prenons
maintenant
tel que
et supposons que
Le théorème 1 garantit que nous pouvons
toujours choisir un sous-ensemble
tel que
est linéairement indépendant, et
Notons que
Soit
Par conséquent, à partir des conditions de (2.8),
nous obtenons que
implique que
et
pour tout
Définissons
et supposons que
et
pour
Ces conditions impliqueraient que
ce qui contredit l’hypothèse originale selon
laquelle
puisque
selon le lemme 3. Par conséquent, soit un
élément de
qui est strictement négatif, soit il existe
une valeur
telle que
Par conséquent, si
est démontré dans un de ces deux scénarios, la
preuve sera concluante.
Supposons
que le
élément de
est strictement négatif. C’est-à-dire que
où
désigne le vecteur indicateur qui est 1
pour l’entrée
et 0 sinon. Nous obtenons alors
Soit
l’expression à l’intérieur de la
valeur espérée ci-dessus. On peut appliquer un argument analogue à celui
utilisé pour la fonction
à la fonction rationnelle
continue
sur
pour conclure que
Notons que nous avons également
utilisé le fait que
est une matrice inversible pour
tout
Enfin, supposons
qu’il existe
de sorte que
et soit
Nous obtenons alors
Soit
l’expression à l’intérieur de la
valeur espérée ci-dessus. On applique un argument analogue à celui utilisé pour
les fonctions
pour conclure que
Démonstration du théorème 3. Prenons tout
et tout domaine
Notons que la condition
implique que
Nous pouvons alors écrire
comme suit
où nous avons utilisé
Nous pouvons maintenant écrire
un estimateur de variance irréalisable
comme suit
Par conséquent,
où
est la version de la population
de
Un développement en séries de
Taylor du premier ordre de
et l’hypothèse A6
permettent de conclure que chaque terme de forme
converge dans la distribution vers
une distribution normale standard. Par conséquent,
converge aussi vers une
distribution normale standard. Notons que pour chaque
tandis que
selon le théorème 2
(puisque
Alors,
Notons maintenant que
quand
selon l’hypothèse A3. Par
conséquent, pour tout
ce qui implique que
(terme de biais). Ainsi, en
combinant ces propriétés de
et
nous pouvons conclure que
où
Écrivons
maintenant l’estimateur de la variance réalisable
comme suit
Selon l’hypothèse A6, nous
obtenons que
pour tout
ce qui implique que
Par conséquent, une application
du théorème de Slutsky permet de remplacer
par
Pour
prouver la dernière partie du théorème, il suffit de constater que
implique
Ainsi, le terme
n’existe pas et le terme de biais disparaît.
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