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Culture, tourisme et Centre de la statistique de l'éducation
Lieu des études et succès des immigrants du Canada sur le marché du travail
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Chapitre 5 : Analyse descriptive
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- 5.1 Niveaux d'éducation selon le lieu des études post-secondaires et le statut d'immigration
- 5.2 Domaines d'études postsecondaires selon le lieu des études postsecondaires et le statut d'immigration
- 5.3 Situations d'activité selon le lieu des études postsecondaires et le statut d'immigration
- 5.4 Écarts salariaux entre Canadiens de naissance et immigrants
Ce chapitre examine les statistiques descriptives comparant les niveaux d'éducation postsecondaires et les principaux domaines d'études selon le lieu des études postsecondaires et le statut d'immigration. Nous y analysons par la suite la distribution de la population cible selon le lieu des études postsecondaires et la situation d'activité. Finalement, nous y explorons brièvement les différentiels salariaux entre les immigrants et les Canadiens de naissance selon la cohorte d'immigration et le lieu des études postsecondaires des immigrants.
5.1 Niveaux d'éducation selon le lieu des études post-secondaires et le statut d'immigration
La partie supérieure du tableau 4 et ses sections A, B et C montrent, en séquences, la distribution en pourcentage des Canadiens de naissance, des immigrants très récents, récents et établis de 25 à 64 ans avec une éducation postsecondaire en 2006, selon le niveau d'éducation postsecondaire.
En 2006, juste un peu plus de deux adultes canadiens de naissance sur cinq (41 %) avec une éducation postsecondaire possédaient un diplôme universitaire, comparativement à presque tous les immigrants, surtout aux immigrants très récents et récents ayant terminé leur plus haut niveau d'éducation postsecondaire à l'étranger. L'éducation universitaire est particulièrement élevée parmi les immigrants récents ou très récents dont le grade postsecondaire provient de l'Europe de l'Est (Pologne, Roumanie), de l'Asie du Sud (Inde, Pakistan), de l'Asie de l'Est (Chine, Corée du Sud) et de l'Asie de l'Ouest (Iran). L'observation d'une hausse du niveau d'éducation parmi les immigrants avec une éducation postsecondaire est compatible avec King (2009) qui indique qu'en date de 2006, 42 % des immigrants qui sont arrivés au Canada de 2001 à 2006 possédaient un diplôme universitaire, comparativement à 22 % des immigrants qui sont arrivés avant 2001, et à seulement 16 % des Canadiens de naissance.
Ce résultat n'est pas surprenant puisque le Canada perçoit de plus en plus l'éducation postsecondaire comme un accélérateur de l'adaptation individuelle aux changements rapides des circonstances de son marché du travail.1 Depuis plusieurs années, en effet, le Canada anticipe une pénurie de travailleurs qualifiés à cause d'un taux élevé de départs à la retraite chez les baby-boomers (c.-à-d. les individus nés de 1946 à 1966) et d'un faible taux de fécondité dans la population générale. Au même moment, son économie a été caractérisée par une accélération des changements technologiques, menés principalement par l'informatisation et la croissance des activités axées sur le savoir (Ehrenberg et Smith, 2002). Afin de satisfaire adéquatement les besoins du marché du travail, la politique canadienne d'immigration est devenue très sélective et plus focalisée sur les compétences dès le début des années 1980 (King, 2009; Picot, 2008; Kahn, 2004). À titre d'exemple, des modifications ont été apportées à la politique de sélection des immigrants au début des années 2000 afin de permettre aux candidats de la classe des travailleurs qualifiés de recevoir 40 % des points requis pour l'acceptation au Canada à partir de leur niveau d'éducation.2
Parmi les résidents permanents de 25 à 64 ans avec une éducation postsecondaire, la proportion d'immigrants établis qui ont obtenu leur diplôme non universitaire (c.à.d. collégial ou autre) au Canada, en Pologne, dans la Région administrative spéciale de Hong Kong ou au Royaume-Uni est similaire à celle des Canadiens de naissance (tableau 4).
Il est aussi important de souligner que les immigrants établis qui ont étudié en Allemagne affichent la plus grande proportion de diplômés universitaires relativement aux Canadiens de naissance (75 % contre 59 %). En Allemagne, les élèves qui ont achevé la douzième année de scolarité peuvent étudier à l'université ou entrer dans des collèges techniques (Gruetter, 2005). Ce résultat pourrait donc refléter la surreprésentation des détenteurs d'un diplôme technique ou professionnel parmi les personnes avec une éducation allemande qui ont réussi leur immigration au Canada depuis plus d'une décennie. Nos statistiques descriptives indiquent que peu importe la durée de résidence permanente au Canada, la proportion d'immigrants avec une éducation postsecondaire qui ont obtenu leur diplôme collégial au Canada, au Royaume-Uni, en Pologne, dans la Région administrative spéciale de Hong Kong ou en Allemagne est plus près de celle des Canadiens de naissance avec une éducation postsecondaire et possédant le même diplôme collégial.
Le tableau 4 indique aussi que la plupart des immigrants avec une éducation postsecondaire qui ont terminé leur plus haut niveau de scolarité à l'étranger détiennent un baccalauréat. Cependant, plus de la moitié des immigrants très récents et récents dont le plus haut niveau d'études postsecondaires a été terminé en Corée du Sud, en Iran, en Chine ou aux Philippines sont des bacheliers. Pareillement, la moitié des immigrants établis avec un certificat, un diplôme ou un grade postsecondaire obtenu en Corée du Sud appartiennent à cette catégorie éducationnelle, tandis que c'est le cas pour 46 % des immigrants établis dont le plus haut diplôme postsecondaire provient des Philippines. Les statistiques présentées au tableau 4 révèlent que la plus grande proportion de détenteurs de maîtrise est observée chez les immigrants très récents dont l'éducation postsecondaire est originaire de Pologne ou des États-Unis, ainsi que chez les immigrants récents et établis qui ont obtenu un diplôme aux États-Unis. Inversement, la plus grande proportion de détenteurs de doctorat est observée parmi les immigrants très récents et récents qui ont obtenu un diplôme en France ou en Allemagne, ainsi que chez les immigrants établis dont le plus haut certificat, diplôme ou grade postsecondaire provient des États-Unis ou de la France.
5.2 Domaines d'études postsecondaires selon le lieu des études postsecondaires et le statut d'immigration
La partie supérieure du tableau 5 ainsi que ses sections A, B et C présentent, en séquences, la distribution en pourcentage des Canadiens de naissance, des immigrants très récents, récents et établis de 25 à 64 ans avec une éducation postsecondaire en 2006, selon le principal domaine d'études postsecondaires.
Suivant la terminologie souvent utilisée dans la littérature empirique (voir par exemple, Boudarbat et Chernoff, 2009; Krahn et Bowlby, 1999 pour en nommer que quelques-uns), les domaines d'études ont été regroupés sous trois grands groupes. Le groupe I fait référence aux sciences très souvent qualifiées de « douces », c.-à-d. l'éducation, les arts visuels, les lettres et les sciences sociales. Le groupe II réunit les sciences souvent considérées comme « dures » telles que l'ingénierie, les sciences informatiques, les sciences de la vie et les sciences physiques, et les sciences de la santé ou les sciences du bien-être. Les domaines d'études restants, c.-à-d. les affaires ou l'administration, ainsi que l'agriculture et les autres domaines, sont tous regroupés sous le groupe III. La discussion qui suit se focalise sur certains des faits saillants concernant les résultats apparaissant au tableau 5.
Les données du Recensement de 2006 montrent que plus des deux cinquièmes (42 %) des Canadiens de naissance avec une éducation postsecondaire de 25 à 64 ans ont étudié des sciences dites « dures », c.-à-d. l'ingénierie (21 %), les sciences informatiques (4 %), les sciences de la vie ou les sciences physiques (3 %), les sciences de la santé ou les sciences du bien-être (14 %) (tableau 5). Parmi les Canadiens de naissance restants, 27 % ont obtenu un diplôme dans les sciences dites « douces » c.-à-d. l'éducation (8 %), les arts visuels (4 %), les lettres (5 %) ou les sciences sociales (10,2 %). Finalement en 2006, 22 % des Canadiens de naissance dont le plus haut niveau de scolarité était le postsecondaire avaient étudié en administration ou en affaires.
Inversement, près des deux tiers des immigrants très récents qui ont obtenu leur plus haut diplôme en Chine (63 %), en Roumanie (64 %), en Russie (64 %), en Iran (65 %) et plus de la moitié de ceux qui ont terminé leurs études postsecondaires aux Philippines (54 %) ou en Allemagne (53 %) ont étudié dans les sciences dites dures. Mais, cette tendance n'était vraie que pour seulement 32 % des immigrants très récents dont le plus haut niveau d'éducation postsecondaire provient de la Région administrative spéciale de Hong Kong et pour 47 % de ceux ayant un certificat, diplôme ou grade postsecondaire canadien. Pendant ce temps, plus de deux cinquièmes (43 %) des immigrants très récents qui ont acquis leur plus haut niveau d'études postsecondaires en Corée du Sud, 33 % de ceux qui ont achevé leur scolarité postsecondaire en Pologne et 35 % de ceux qui ont fait de même au Pakistan, ont étudié les sciences dites "douces". Il vaut la peine de souligner que parmi les immigrants très récents qui possèdent une scolarité postsecondaire, ceux qui ont terminé leur éducation en Chine et aux Philippines affichaient les plus petites proportions de compétences en sciences dites « douces », c.-à-d. 15 % et 17 %, respectivement. Les immigrants très récents qui ont terminé leur éducation postsecondaire dans la Région administrative spéciale de Hong Kong possédaient la plus grande proportion de compétences en affaires ou en administration (43 %), tandis que ceux qui ont terminé leur scolarité postsecondaire en Iran et en Russie affichaient la plus petite proportion de compétences en ou en administration, avec 9 % et 7 % respectivement.
Bien que différente en termes de magnitude, la distribution des immigrants récents de 25 à 64 ans avec une scolarité postsecondaire dans les principaux domaines d'études (tableau 5) est qualitativement similaire à celle observée chez les immigrants très récents. Par exemple, les immigrants récents qui ont terminé leurs études postsecondaires en Roumanie, en Russie, en Iran ou en Chine avaient les plus grandes portions de diplômés en sciences dites « dures ». À contrario, les immigrants récents qui ont terminé leur plus haut niveau d'éducation postsecondaire à Hong Kong possédaient la plus petite portion de diplômés en sciences « dures » (31 %), mais la plus grande proportion de diplômés en affaires et en administration (45 %). Contrairement aux immigrants très récents avec une éducation postsecondaire, la plus petite proportion de diplômés en sciences des affaires ou sciences administratives est observée chez les immigrants récents qui ont achevé leur scolarité postsecondaire en Roumanie, c.-à-d. 11 %. Les immigrants récents qui ont terminé leurs études postsecondaires en Corée du Sud avaient la plus grande portion de diplômés en sciences dites « douces », soit 42 %.
Les données du Recensement de 2006 révèlent que parmi les immigrants avec une éducation postsecondaire roumaine qui ont étudié les sciences « dures », la proportion des immigrants récents excède de 16 % celle des immigrants très récents. En outre, plus de la moitié des immigrants récents avec une éducation postsecondaire provenant de la Roumanie (c.-à-d. 57 %) ont étudié l'ingénierie comparativement à 42 % des immigrants très récents dont le plus haut niveau d'éducation postsecondaire est d'origine roumaine. Ces résultats méritent d'être discutés. L'inscription dans les programmes professionnels et techniques des étudiants à temps plein a été remarquablement élevée de 1950 à 1980 en Europe centrale et orientale (Malamud et Pop-Eleches, 2008). Il se pourrait donc que l'attention particulière accordée à la formation des qualifications professionnelles et techniques en Roumanie quelques décennies plus tôt a produit une forte proportion combinée de diplômés en ingénierie, en sciences informatiques, en sciences de la vie et sciences physiques et en sciences de la santé et du bien-être.
La récente transition de la Roumanie d'une économie planifiée à une économie de marché ainsi que son entrée dans l'Union européenne ont été associées à des changements technologiques et institutionnels majeurs.3 Ces facteurs pourraient avoir rendu l'éducation technique ou professionnelle hautement rentable sur le marché du travail roumain. À son tour, l'accroissement de la valeur marchande des compétences techniques et professionnelles acquises au sein du système éducatif national pourrait avoir influencé significativement la distribution des domaines d'études parmi les candidats de la classe économique qui détiennent une scolarité postsecondaire roumaine, toutes choses étant égales par ailleurs.
Finalement, plus de la moitié des immigrants établis qui ont terminé leurs études au Royaume-Uni, en Chine, en Pologne, en Roumanie ou en Russie possédaient des compétences dans les sciences dites « dures ». Comparativement à ceux d'autres pays, les immigrants établis avec une éducation postsecondaire issue de Corée du Sud et d'Inde affichaient les plus grandes proportions de diplômés en sciences dites « douces », soit 46 % pour chacun des deux groupes tandis que ceux qui ont terminé leurs études à Hong Kong avaient la plus grande portion de diplômés en sciences des affaires ou en sciences administratives, soit 40 %. Finalement, il vaut la peine de souligner que 41 % des immigrants établis dont le plus haut niveau d'études postsecondaires provient des États-Unis ont étudié dans les sciences dites « douces », tandis que ceci n'était le cas que pour seulement 30 % des immigrants très récents et 26 % des immigrants récents qui ont achevé leurs études postsecondaires aux États-Unis.
Globalement, nos statistiques descriptives montrent que la distribution des domaines d'études postsecondaires parmi les personnes de 25 à 64 ans avec une éducation postsecondaire est très hétérogène, peu importe la durée de la résidence permanente, le lieu des plus hautes études postsecondaires et le statut d'immigration. Nous avons aussi remarqué que relativement à leurs homologues immigrants, les Canadiens de naissance avec une éducation postsecondaire n'ont ni des proportions de diplômés en sciences dites « dures » remarquablement élevées ou faibles, ni des proportions de diplômés en sciences dites « douces » remarquablement élevées ou faibles. Ce résultat n'est pas surprenant en soi puisque la politique fédérale de sélection des immigrants ne permet pas aux candidats de la classe économique de gagner les points requis pour leur acceptation par le Canada grâce à leur principal domaine d'études (Sweetman et McBride, 2004). En fait, le Québec et la Colombie-Britannique sont actuellement les seules provinces canadiennes dans lesquelles les individus qui désirent entrer au Canada sous le programme des travailleurs qualifiés se voient attribués des points additionnels pour les domaines d'études ayant une grande valeur sur les marchés du travail locaux.4 Cependant, nos résultats descriptifs montrent des variations intragroupes dans la distribution des domaines d'études postsecondaires parmi les individus membres de mêmes cohortes d'immigration.
5.3 Situations d'activité selon le lieu des études postsecondaires et le statut d'immigration
Le tableau 6 montre la distribution en pourcentage de la population canadienne de 25 à 64 ans avec des études postsecondaires, selon le lieu des études postsecondaires, le statut d'immigration et la situation d'activité.
Un peu plus de deux Canadiens de naissance sur trois (68 %) étaient des employés rémunérés. L'emploi salarial est aussi très élevé chez la quasi-totalité des immigrants, corroborant la recherche empirique canadienne antérieure qui suggère que l'éducation postsecondaire joue de plus en plus un rôle crucial dans le processus de répartition des emplois payés (voir par exemple, Ferrer, Green et Riddell, 2006; Hansen, 2006; Sweetman, 2004). Cependant, le ratio d'emploi salarial des Canadiens de naissance était plus élevé que ceux de presque tous les immigrants très récents peu importe le lieu des études postsecondaires, et de loin meilleur que ceux des immigrants très récents qui ont terminé leurs études en Iran ou en Corée du Sud.
L'écart d'employabilité salarial ainsi observé entre les Canadiens de naissance et les immigrants très récents pourrait possiblement refléter des problèmes survenant durant les premières années d'établissement dans un nouveau pays, tels que la non-reconnaissance des qualifications et des expériences professionnelles étrangères, les difficultés associées à la vie dans un pays étranger et la faible maîtrise des langues officielles du pays hôte (Liebig, 2007). Il se pourrait aussi que beaucoup de nouveaux arrivants soient entrain de mettre à jour leurs compétences et ne sont pas par conséquent dans le secteur salarial. Fait intéressant, nous avons noté que les canadiens de naissance sont aussi de loin plus susceptibles que plusieurs immigrants récents et établis possédant une éducation étrangère, surtout ceux ayant obtenu leur grade postsecondaire le plus élevé en Corée du sud, de travailler dans le secteur salarial. Alternativement donc, il se pourrait que des différences de compétences acquises via les systèmes éducatifs postsecondaires comptent pour une partie importante dans la variation de ratios d'emplois observée quand on compare les canadiens de naissance et plusieurs groupes d'immigrants.
Comparativement aux autres groupes d'immigrants, les tendances d'emploi dans le secteur salarial étaient quelque peu différentes pour les immigrants récents dont le plus haut niveau d'éducation postsecondaire provenait de la Roumanie ou des Philippines, pour lesquels les ratios d'emploi salarial sont légèrement supérieurs à celui des Canadiens de naissance, à 71 % et à 75 % respectivement. Nous observons aussi que les immigrants récents qui ont achevé leur éducation postsecondaire en France, au Royaume-Uni ou en Inde et les immigrants établis dont la scolarité postsecondaire a été terminée en Pologne ou en Roumanie avaient des ratios d'emploi similaires à ceux des Canadiens de naissance. Cependant, parmi les immigrants établis, seuls ceux dont le plus haut certificat, diplôme ou grade postsecondaire provenait des Philippines affichaient un ratio d'emplois salariaux supérieur (74 %) à celui observé pour les Canadiens de naissance.
Le fait que le ratio d'emploi salarial des immigrants qui ont achevé leur éducation postsecondaire aux Philippines surpasse celui des Canadiens de naissance au fil du temps, comparativement aux immigrants avec un diplôme postsecondaire provenant du Pakistan, de l'Iran ou de la Corée du Sud pourrait s'expliquer en partie du moins par la transférabilité internationale des compétences acquises par l'éducation conjointement avec d'autres caractéristiques concernant le marché du travail.5 À titre d'exemple, il se pourrait que comparativement aux immigrants ayant obtenu un diplôme postsecondaire en Iran, au Pakistan ou en Corée du Sud, ceux qui ont terminé leur éducation postsecondaire aux Philippines aient aussi acquis durant leur formation d'autres compétences ayant des caractéristiques similaires à certaines compétences spécifiquement canadiennes. En retour, ces acquis faciliteraient leur succès sur le marché du travail canadien, comparativement aux immigrants instruits dans des pays étrangers tels que le Pakistan, l'Iran et la Corée du Sud.
Les données du Recensement de 2006 indiquent que la plupart des travailleurs de 25 à 64 ans du secteur salarial ayant une éducation postsecondaire sont surqualifiés (tableau 6). Mais, les immigrants, surtout les immigrants très récents, affichent des taux de surqualification plus importants que celui des Canadiens de naissance. Les taux de surqualification des immigrants très récents avec un certificat, diplôme ou grade postsecondaire des Philippines ou de l'Inde sont particulièrement dignes de mention. Plus de la moitié des immigrants très récents qui ont reçu leur éducation postsecondaire aux Philippines (58 %) ou en Inde (53 %) sont des travailleurs surqualifiés, comparativement à tout juste 41 % des Canadiens de naissance.
Gilmore et Le Petit (2008) citent des renseignements de l'Organisation des ministères de l'éducation des pays du sud-est asiatique (OMEASE), lesquels soulignent que le système éducatif philippin est similaire aux systèmes éducatifs nord-américains quant à la structure éducative, le contenu des programmes d'études, les orientations générales et techniques, et s'accompagne d'une forte composante anglophone. Pareillement, plusieurs composantes du système éducatif indien reflètent le système éducatif britannique, et l'anglais est l'une des langues officielles de l'Inde.6 Il se pourrait donc que la transférabilité internationale des compétences et le niveau de connaissance d'au moins l'une des deux langues officielles du Canada ne soient pas les seuls facteurs sous-jacents à l'écart en termes de revenu salarial observé entre certains immigrants instruits à l'extérieur du Canada et les Canadiens de naissance. Au contraire, tel qu'il est affirmé par des auteurs comme Chiswick et Miller (2008) ainsi que Junankar, Paul et Yasmeen (2004), il se pourrait aussi que cet écart soit causé par des barrières subjectives dans plusieurs professions et plusieurs autres facteurs inobservés.
Plusieurs autres situations d'activité montrent aussi des tendances intéressantes. Par exemple, le travail autonome est particulièrement important chez les immigrants possédant un certificat, diplôme ou grade postsecondaire sud-coréen, peu importe la cohorte d'immigration. Par ailleurs, un peu moins du tiers des immigrants très récents qui ont terminé leur éducation postsecondaire en Corée du Sud (30,3 %), dans la Région administrative spéciale de Hong Kong (32 %) ou au Pakistan (30 %) sont inactifs, tandis que c'est le cas pour tout juste 10 % des Canadiens de naissance. Pareillement, les immigrants très récents qui ont fini leurs études postsecondaires en Iran, en Allemagne, aux États-Unis, en Pologne ou en Chine ont surpassé les Canadiens de naissance parmi les personnes inactives. Inversement, la proportion d'immigrants très récents avec une éducation postsecondaire canadienne qui étaient inactifs est similaire à celle des Canadiens de naissance.
Les données non ajustées pour les effets d'interaction (tableau 6) montrent aussi que tous les immigrants de 25 à 64 ans avec une éducation postsecondaire étrangère, particulièrement ceux dont le diplôme postsecondaire provient de la Corée du Sud, ont affiché des ratios de chômage plus élevés que celui des Canadiens de naissance, peu importe la cohorte d'immigration. L'implication de ce résultat, tel qu'il a antérieurement été suggéré (voir par exemple, Chiswick et Miller, 2008 et 2009; Chiswick, 1978), est que lorsque les employeurs éventuels qui utilisent l'éducation pour évaluer la productivité potentielle ont le choix entre les individus instruits localement et ceux qui ont reçu une éducation comparable dans un autre pays, ils préféreront les premiers.
La fréquentation scolaire constitue un autre résultat digne de mention : les taux de participation aux études postsecondaires étaient plus élevés chez presque tous les immigrants récents relativement aux Canadiens de naissance chez lesquels il se situe à 11 %. Ces taux étaient particulièrement élevés chez les immigrants très récents (40 %) et récents (26 %) qui avaient déjà accumulé de l'éducation postsecondaire au Canada. Les statistiques présentées dans le tableau 6 laissent entendre qu'environ deux immigrants très récents sur cinq (40 %) avec une éducation postsecondaire canadienne étaient aux études.
Trois raisons rendent ce résultat quelque peu surprenant et digne de mention. Premièrement, notre échantillon était restreint aux hommes et femmes de 25 à 64 ans de manière à garantir un large centre d'intérêt sur les personnes susceptibles d'avoir achevé leurs études formelles. Deuxièmement, il a été empiriquement démontré que relativement à la quasi-totalité des immigrants instruits à l'étranger, les immigrants avec une éducation canadienne affichent des ratios d'emploi très élevés et de meilleurs revenus salariaux (voir par exemple, Plante, 2010; Gilmore et Le Petit, 2008; Mata, 2008). Autrement dit, les immigrants instruits au Canada ne feraient face à aucune perte initiale en termes de salaire ou de statut d'emploi, en comparaison avec les immigrants instruits à l'étranger. Enfin et surtout, relativement aux immigrants avec une éducation canadienne, plusieurs immigrants instruits à l'étranger doivent améliorer leur connaissance des langues canadiennes, faire accréditer de nouveau leurs diplômes ou les mettre à jour considérant les exigences de leurs équivalents canadiens. Les données non présentées ici indiquent que, en date de 2006, les deux tiers des immigrants très récents avec une éducation postsecondaire canadienne et identifiés comme des personnes aux études avaient de 25 à 34 ans, tandis que seulement 48 % des Canadiens de naissance avec une éducation postsecondaire ont déclaré une fréquentation scolaire à temps plein ou à temps partiel. Étant donné que la plupart des immigrants très récents avec une éducation postsecondaire canadienne étaient plus jeunes que les Canadiens de naissance, il se pourrait donc qu'ils effectuaient encore des études postsecondaires au Canada.
La participation aux études postsecondaires est aussi élevée chez les immigrants très récents qui ont terminé leur plus haut niveau d'études postsecondaires en Chine (28 %), en Roumanie (29 %), en Russie (24 %) ou en Iran (31 %). La forte participation aux études postsecondaires parmi ces immigrants instruits à l'étranger pourrait refléter l'imparfaite transférabilité de certains attributs productifs clés (y compris l'éducation) entre les marchés du travail. Plusieurs immigrants très récents qui participent aux études postsecondaires pourraient avoir choisi d'acquérir des acquis spécifiquement canadiens afin que les compétences canadiennes améliorent leurs perspectives d'emploi sur le marché du travail canadien. Il vaut la peine de mentionner que : (i) la Chine, la Roumanie, la Russie et l'Iran sont des pays sources dans lesquels les langues officielles du Canada (c.-à-d. l'anglais et le français) ne sont pas communément parlées; (ii) des études empiriques antérieures ont associé le succès sur le marché du travail des immigrants canadiens à leur niveau de connaissance des langues officielles (Thomas, 2009; Pendakur et Pendakur, 2002a; pour ne citer que quelques sources). Ainsi, il se pourrait que certains immigrants très récents qui ont achevé leurs études postsecondaires en Chine, en Roumanie, en Russie ou en Iran soient en train d'acquérir des compétences linguistiques.
5.4 Écarts salariaux entre Canadiens de naissance et immigrants
Le tableau 7 présente, en pourcentage, la différence entre les revenus salariaux moyens des immigrants de 25 à 64 ans avec une éducation postsecondaire qui ont terminé leurs études postsecondaires à l'étranger ou au Canada et ceux de leurs homologues canadiens de naissance. Les colonnes 3 à 6 concernent respectivement les individus qui sont des travailleurs sous-qualifiés, adéquatement qualifiés, surqualifiés ainsi que tous les employés du secteur salarial. Une différence est immédiatement évidente : les Canadiens de naissance détiennent un avantage salarial vis-à-vis de la quasi-totalité des immigrants, surtout vis-à-vis des immigrants très récents. Lorsqu'on considère tous les employés rémunérés, nous remarquons que les immigrants très récents qui ont achevé leur éducation postsecondaire au Royaume-Uni sont les seuls individus dans cette cohorte d'immigration qui jouissent, en moyenne, d'une légère prime salariale (+4 %) vis-à-vis des Canadiens de naissance.
Inversement, ceux qui se situent loin derrière les Canadiens de naissance en termes de revenus salariaux moyens ont terminé leur éducation postsecondaire au Pakistan (-143 %). Tel que précédemment proposé par Chiswick (1978) et Chiswick et Miller (2008 et 2009) pour les ÉtatsUnis, il se pourrait que l'éducation postsecondaire acquise dans tout autre pays que le RoyaumeUni, particulièrement au Pakistan, ne compense pas totalement l'absence de formation canadienne sur les marchés du travail canadiens. Le désavantage salarial expérimenté par les immigrants très récents qui ont achevé leur scolarité postsecondaire dans la Région administrative spéciale de Hong Kong est considérablement plus élevé que celui des immigrants dont le certificat, diplôme ou grade postsecondaire provient des États-Unis (-108 % et -1 % respectivement).
Ce résultat est contre-intuitif parce que le système éducatif hongkongais, bien que d'inspiration britannique, s'est récemment rapproché du système éducatif américain en termes de programmes d'études, d'orientations et d'autres aspects formels et informels de l'éducation (Heywood et Wei, 2004). Une explication possible de ce résultat non anticipé se retrouve dans les tableaux 4 et 5. Selon le tableau 4, près de trois immigrants très récents sur cinq qui ont reçu leur plus haut niveau d'éducation postsecondaire dans la Région administrative spéciale de Hong Kong (58 %) possédaient un certificat, diplôme ou grade universitaire, tandis que c'était le cas pour 86 % de ceux qui ont terminé leur scolarité postsecondaire aux États-Unis. Le tableau 5 indique que parmi les immigrants très récents, ceux qui ont été formés dans la Région administrative spéciale de Hong Kong affichent la plus petite proportion combinée de diplômés postsecondaires en sciences dites « dures » (c.-à-d. 32 %).
Selon la recherche récente, le domaine d'études influe sur l'adéquation entre l'emploi et les qualifications requises (voir par exemple, Boudarbat et Chernoff, 2009). De plus, les personnes ayant obtenu un diplôme en sciences naturelles ou en ingénierie ont, en moyenne, des revenus salariaux et des taux d'emploi plus élevés que leurs pairs diplômés en lettres ou en sciences sociales (voir par exemple, Sweetman et McBride, 2004). De toute évidence, il se pourrait donc, qu'en moyenne, les immigrants très récents dont la scolarité postsecondaire a été achevée à Hong Kong se soient retrouvés dans des emplois moins payants que les immigrants très récents dont le plus haut niveau d'éducation postsecondaire provient d'un établissement postsecondaire américain.
L'ampleur du désavantage salarial des immigrants vis-à-vis des Canadiens de naissance se rétrécit avec la durée de résidence, renforçant l'argument selon lequel le temps passé au Canada aide les immigrants à acquérir les caractéristiques individuelles pertinentes pour les emplois canadiens.
Cependant, certaines variations dans les écarts salariaux entre les immigrants récents de différents lieux de provenance pour les études postsecondaires et les Canadiens de naissance méritent d'être mentionnées. Comparativement aux Canadiens de naissance par exemple, les immigrants récents qui ont terminé leurs études postsecondaires dans la Région administrative spéciale de Hong Kong ont eu le plus important désavantage salarial moyen (-59 %), tandis que ceux avec un niveau postsecondaire britannique ou américain ont gagné, en moyenne, substantiellement plus que les Canadiens de naissance (+17 % et +24 % respectivement). Parmi les immigrants établis, ceux qui ont eu un plus grand écart salarial comparativement aux Canadiens de naissance ont terminé leur éducation postsecondaire en Corée du Sud (-49 %). Inversement, les immigrants établis qui ont été instruits aux États-Unis (+24 %), au Royaume-Uni (+25 %) et en France (+7 %) avaient une prime salariale strictement positive vis-à-vis des Canadiens de naissance.
L'examen de la distribution des différentiels salariaux moyens entre les Canadiens de naissance et les immigrants selon le niveau d'adéquation entre la formation et l'emploi ainsi que le lieu des études postsecondaires des immigrants confirme bon nombre de résultats obtenus pour l'ensemble des travailleurs du secteur salarial. Il met aussi en lumière plusieurs différences.
Concernant les travailleurs surqualifiés par exemple, le tableau 7 indique que les immigrants très récents qui ont achevé leur éducation postsecondaire au Pakistan, les immigrants récents qui ont terminé leur scolarité postsecondaire en Corée du Sud ou dans la Région administrative spéciale de Hong Kong et les immigrants établis qui ont achevé leur éducation postsecondaire en Corée du Sud ont connu les plus importants désavantages salariaux vis-à-vis des Canadiens de naissance. Inversement, les immigrants très récents qui ont reçu leur plus haut niveau d'études postsecondaires au Royaume-Uni, les immigrants récents qui ont terminé leur éducation postsecondaire au Royaume-Uni, aux États-Unis, en France ou en Allemagne et les immigrants établis qui ont terminé leurs études postsecondaires au Canada, aux États-Unis, en France, en Roumanie ou en Russie ont eu une prime salariale positive relativement aux Canadiens de naissance.
Concernant les travailleurs adéquatement qualifiés, les plus grands désavantages salariaux relativement aux Canadiens de naissance sont observés chez les immigrants très récents qui ont terminé leur éducation postsecondaire en Pologne, les immigrants récents qui ont achevé leur scolarité postsecondaire au Canada ou en Russie et les immigrants établis dont le plus haut niveau de scolarité postsecondaire est issu de la Russie. À contrario, des primes salariales vis-à-vis des Canadiens de naissance sont présentes chez les immigrants très récents qui ont reçu leur plus haut niveau d'éducation postsecondaire au Royaume-Uni ou aux États-Unis, les immigrants récents qui ont terminé leur scolarité postsecondaire aux États-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne et les immigrants établis qui ont achevé leurs études postsecondaires au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Inde ou en France. L'existence d'un désavantage salarial comparatif chez les immigrants récents qui ont terminé leurs études au Canada laisse entendre en partie du moins que l'accumulation des compétences par le système éducatif postsecondaire canadien ne se traduit pas nécessairement en revenus d'emploi plus élevés au fil du temps. Autrement dit, il se pourrait que l'investissement individuel dans les acquis éducatifs spécifiquement canadiens ne soit pas à lui seul la force motrice de l'ajustement réussi sur le marché du travail des immigrants au Canada.
À propos des travailleurs sous-qualifiés, le tableau 7 montre que les immigrants très récents avec un diplôme postsecondaire obtenu en Chine, les immigrants récents qui ont obtenu un diplôme postsecondaire dans la Région administrative spéciale de Hong Kong et les immigrants établis détenant un diplôme postsecondaire provenant de la Corée du Sud se retrouvent loin derrière les Canadiens de naissance en termes de revenus salariaux. À contrario, les immigrants très récents et récents qui ont terminé leur éducation postsecondaire au Royaume-Uni et les immigrants établis dont le plus haut certificat, diplôme ou grade postsecondaire a été obtenu au Royaume-Uni ou aux ÉtatsUnis ont reçu des revenus salariaux plus élevés que ceux de leurs homologues canadiens de naissance.
Bien que l'analyse conduite dans le présent chapitre ne tienne pas compte des effets d'interaction, elle laisse entendre clairement que les différences observées quant au succès sur le marché du travail des immigrants instruits à l'étranger relativement aux Canadiens de naissance proviendraient en partie du moins des variations dans la transférabilité des compétences entre les pays ou dans la reconnaissance des compétences. Le chapitre suivant examine cette hypothèse sous un angle multivarié en prenant simultanément en compte l'influence de plusieurs facteurs souvent identifiés dans la littérature comme des déterminants clés du statut d'emploi et des revenus salariaux.
Notes
- Considérant que les immigrants entrent traditionnellement au Canada sous des considérations économiques, familiales et humanitaires, la surreprésentation actuelle de certains immigrants très récents et récents dans la population active hautement instruite pourrait aussi refléter, en partie du moins, le fait que le Canada attire de plus en plus les individus issus de pays accordant une valeur élevée à l'éducation ou au succès sur le marché du travail. Nous devons aussi attirer l'attention sur le fait que la plupart des pays sélectionnés dans notre étude n'ont pas de système collégial. Donc, par définition, l'éducation possédée par la plupart des immigrants sera de niveau universitaire.
- King (2009), Picot (2008) et Kahn (2004).
- Ibid.
- Ibid.
- Comme le domaine d'études, le niveau de maîtrise des langues canadiennes et l'expérience prémigratoire sur le marché du travail.
- Ibid.
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