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    Culture, tourisme et Centre de la statistique de l'éducation

    Le paradoxe du faible revenu de diplômés de l'enseignement supérieur : Les diplômés du collège et de l'université avec de faibles revenus, Ontario, 2006

    Section 3 : Survol des articles et ouvrages

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    Des études antérieures ont révélé que certaines caractéristiques démographiques influaient sur le rendement de l'investissement dans la scolarité. L'une d'entre elles est le sexe. Selon Gittel et coll. (2005), il existe de nombreuses raisons pour lesquelles une femme travaillant à temps plein et possédant le même niveau de scolarité que son homologue masculin touche un salaire inférieur. Les auteurs estiment que les femmes participent moins à la vie active à cause des obligations familiales : les femmes sont nettement plus susceptibles que les hommes de s'absenter du marché du travail pour s'occuper de leurs enfants, soit en quittant le marché du travail pour de bon, soit en travaillant à temps partiel lorsque leurs enfants ont davantage besoin d'elles. Ils estiment également que les femmes ont tendance à se concentrer dans des domaines d'études « peu rémunérés » comme les sciences humaines, plutôt que dans des domaines à forte demande comme le génie. Dans le même ordre d'idées, McNeil et Lamas (1987) constatent que les femmes sont plus portées à s'absenter du marché du travail, donc à compter moins d'années d'emploi auprès du même employeur; par conséquent, elles sont moins susceptibles de toucher un salaire élevé et d'obtenir de l'avancement. Ils constatent également que l'écart salarial entre les hommes et les femmes possédant le même niveau de scolarité s'explique en partie par les écarts entre les sexes dans la structure des professions, les salaires étant habituellement inférieurs dans les professions à prédominance féminine.

    L'âge d'une personne peut également avoir une incidence sur le rendement de la scolarité. Le lien entre l'âge et le revenu est double : tout d'abord, l'âge reflète le nombre d'années d'expérience qu'on peut compter sur le marché du travail. Comme les jeunes travailleurs comptent habituellement moins d'années d'expérience de travail que leurs homologues plus âgés, ils ont tendance à toucher un revenu moins élevé (Card, 1999). En outre, à différentes étapes de la vie, on peut être plus ou moins disposé à participer au marché du travail. L'âge de la procréation chez les femmes et les années de préretraite chez les travailleurs âgés en constituent des exemples. Enfin, selon le modèle du jumelage emploi-travailleur ou le modèle axé sur l'information, les jeunes travailleurs ont tendance à connaître plus souvent des périodes d'emploi de courte durée au début de leur carrière, lorsqu'ils cherchent à jumeler leurs compétences aux besoins des employeurs (Riddell, 2007). Ces courtes périodes d'emploi contribueraient au faible revenu des jeunes travailleurs en début de carrière.

    Le statut d'immigrant et le lieu des études jouent également un rôle dans les niveaux de revenu. Selon le Recensement de 2006, un Canadien sur cinq1 est né à l'étranger; il s'agit de la proportion la plus élevée depuis 1931. Cette proportion était encore plus élevée en Ontario, où plus du quart (28,2 %) des Ontariens sont nés à l'étranger. Les pays d'origine des nouveaux immigrants ont aussi varié au fil du temps. Sur plus de 1,1 million d'immigrants arrivés au pays entre 2001 et 2006, près de six sur dix sont nés dans des pays asiatiques et au Moyen-Orient. En Ontario, 63,9 % des nouveaux immigrants provenaient de cette région du monde. À l'opposé, en 1971, 61,6 % des nouveaux-venus au Canada étaient originaires d'Europe, alors que 63,1 % des nouveaux-venus en Ontario provenaient de ce continent. En 2006, à la suite des changements dans les pays d'origine des immigrants, la proportion des immigrants nés en Asie et au Moyen-Orient (40,8 %) a dépassé celle des immigrants nés en Europe (36,8 %) pour la première fois (Statistique Canada, 2008a). C'était également le cas en Ontario, où 40,5 % des immigrants sont nés en Asie et au Moyen-Orient, alors que 38,5 % sont nés en Europe. On peut en déduire que les nouveaux immigrants sont proportionnellement beaucoup moins nombreux que ceux des générations précédentes à être de langue maternelle anglaise ou française et que bon nombre d'entre eux ont étudié dans leur pays d'origine, souvent dans une langue autre que l'anglais ou le français.

    Il existe de nombreuses raisons pour lesquelles les immigrants peuvent obtenir, sur le marché du travail, un rendement inférieur de leurs attestations d'études. Bonikowska, Green et Riddell (2008), par exemple, constatent que la répartition des capacités de lecture et d'écriture est plus étendue chez les personnes nées au Canada que chez les immigrants ayant effectué la totalité ou une partie de leur scolarité à l'étranger et que ces écarts dans les compétences mesurées reflètent en partie la maîtrise de l'anglais ou du français. Les auteurs constatent également qu'un faible niveau de capacités de lecture et d'écriture se traduit par un faible revenu sur le marché du travail. Enfin, ils estiment que l'écart salarial entre les immigrants et les personnes nées au Canada s'explique en partie par le rendement faible, voire nul, de l'expérience de travail des immigrants à l'étranger. Lorsqu'on tient compte uniquement de leur expérience de travail au Canada, les revenus des immigrants étaient plus semblables à ceux des personnes nées au Canada comptant le même nombre d'années d'expérience.

    La situation familiale d'une personne peut également jouer un rôle dans l'activité sur le marché du travail. Comme nous l'avons mentionné plus haut, les femmes, en particulier, sont proportionnellement plus nombreuses à réduire le nombre d'heures travaillées lorsqu'elles ont de jeunes enfants, d'où une incidence sur leur revenu d'emploi. Zhang (2009) constate qu'il existe un écart appréciable entre les revenus des mères de famille et ceux des femmes sans enfants. La même étude révèle que l'incidence de la naissance d'un enfant sur le revenu est plus grande chez les femmes ayant fait des études postsecondaires. Un autre lien entre la situation familiale et le revenu d'emploi tient à l'incidence du revenu familial total; par exemple, si un membre de la famille touche déjà un bon salaire, son conjoint peut alors accepter un emploi moins bien rémunéré (mais peut-être enrichissant sur un autre plan), travailler à temps partiel ou choisir de ne pas travailler du tout. Hou et Myles (2007) constatent qu'on a de plus en plus tendance à épouser une personne possédant le même niveau de scolarité que soi (c'est ce qu'ils appellent « homogamie »). Il peut donc arriver que des personnes très scolarisées acceptent volontiers de toucher un faible revenu si leur conjoint très scolarisé reçoit déjà un revenu élevé.

    Certaines études montrent que d'autres caractéristiques influencent le revenu d'emploi, soit le niveau du programme et le domaine d'études (Finnie, 2001; Finnie et Frenette, 2003; Walters, 2004; OCDE, 2008). Les trajectoires des revenus des diplômés universitaires ont tendance à être supérieures à celles des diplômés de niveau collégial, elles-mêmes plus élevées que les trajectoires des revenus des diplômés du secondaire et des personnes sans diplôme d'études secondaires (Walters, 2004; OCDE, 2008). À l'égard du domaine d'études, les diplômés des niveaux collégial et universitaire ayant une attestation d'études en beaux-arts, par exemple, posséderaient un ensemble de compétences nettement différent de celui d'un diplômé en génie, d'où une incidence sur ses options professionnelles. La plupart des études montrent que les diplômés en arts libéraux (comme les sciences humaines et les sciences sociales) ont plus de mal à réussir au chapitre de l'emploi et du revenu que les diplômés de programmes d'études dans des domaines des sciences appliquées (Walters, 2004).

    Un certain nombre d'études ont porté sur la question des travailleurs très scolarisés à faible revenu dans un contexte européen. Par exemple, on a étudié ce phénomène en Autriche (Fersterer et Winter-Ebner, 2002) et en Suède (Korpi et Talen, 2008). Ces chercheurs concluent qu'au cours des dernières années, les économies développées ont formé plus de travailleurs qualifiés qu'elles n'ont créé d'emplois spécialisés; par conséquent, l'offre d'une main-d'œuvre scolarisée est nettement supérieure à la demande correspondante. Autrement dit, ils estiment que la faible demande des employeurs pour des personnes très scolarisées expliquerait en partie le paradoxe. Selon une autre étude, publiée en Irlande, le phénomène des travailleurs très scolarisés à faible revenu s'explique en partie par une baisse du niveau de compétence lié aux études postsecondaires (McGuiness et Benett, 2007). Selon les auteurs, de plus en plus de personnes ayant accès aux études postsecondaires, on observe une variance accrue des niveaux de compétence des diplômés de niveau postsecondaire; par conséquent, la variance du rendement de la scolarité est attribuable au fait que les diplômés possédant des compétences élevées réussissent à trouver des emplois mieux rémunérés, contrairement aux diplômés dont les compétences sont faibles. Toutefois, les hypothèses de ce genre dépassent le cadre du présent rapport, car la première concerne la nature de la demande de compétences sur le marché du travail alors que la deuxième nécessite des données sur les compétences des personnes.

    En résumé, les articles et ouvrages publiés sur le sujet donnent à penser qu'un certain nombre de facteurs peuvent expliquer pourquoi certains diplômés des niveaux collégial et universitaire se trouvent en situation de faible revenu. Ces facteurs sont le sexe, l'âge, le statut d'immigrant, l'activité sur le marché du travail (travail à temps plein ou à temps partiel), le domaine d'études et la profession. Nous étudions l'apport de chacun de ces facteurs à l'aide d'une analyse de régression logistique. Avant d'aborder cette analyse, toutefois, nous décrivons dans le chapitre suivant la source des données et la méthodologie sur lesquelles repose l'analyse statistique.


    Note

    1. La population recensée comprend les citoyens canadiens (par naissance et par naturalisation), les immigrants reçus ainsi que les résidents non permanents et leur famille vivant avec eux au Canada. Les résidents non permanents sont des personnes qui détiennent un permis de travail ou d'études ou qui demandent le statut de réfugié. Le recensement comprend également les citoyens canadiens et les immigrants reçus qui se trouvent temporairement à l'étranger le jour du recensement.
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