Imputation multiple de valeurs manquantes dans des données des ménages contenant des zéros structurels
Section 2. Examen du modèle MDPDM
Hu et coll. (2018) présentent le
modèle MDPDM en précisant notamment en quoi il peut préserver les associations
entre variables et prendre en compte les zéros structurels. Ici, nous résumons
le même modèle sans entrer dans le détail des raisons de son adoption et en
nous contentant de renvoyer le lecteur à Hu et coll. (2018) pour un
complément d’information. Nous commençons par la notation nécessaire à la
compréhension du modèle et de l’échantillonneur de Gibbs avec données
complètes. Notre exposé suit de près celui de Hu et coll. (2018).
2.1 Notation et spécification du modèle
Posons que les données visent
ménages. Chaque ménage
contient
particuliers et, par conséquent,
il y a
individus dans les données. Soit
la valeur de la variable
catégorique
pour le ménage
On la suppose identique pour
tous les
membres du ménage
où
Soit
la valeur de la variable
catégorique
pour le membre
du ménage
où
et
Soit
l’ensemble des variables au
niveau des ménages et au niveau des particuliers pour les
membres du ménage
Soit
le jeu de toutes les tailles de
ménage possibles dans la population. Pour tout
soit
représentant le jeu de toutes
les combinaisons de variables au double niveau des particuliers et des ménages
pour les ménages de taille
avec les combinaisons
impossibles; en d’autres termes,
Soit
représentant le jeu des
combinaisons impossibles, c’est-à-dire des zéros structurels, pour les ménages
de taille
Sont comprises les combinaisons
de variables dans tout particulier (une personne âgée de trois ans ne peut être
un conjoint, par exemple) ou entre les particuliers d’un même ménage (quelqu’un
ne peut être plus âgé que ses parents biologiques, par exemple). Soit
et
Bien que le modèle MDPDM que nous
employons limite le support de
à
il est bon de comprendre le
modèle sans restrictions au départ quant au support de
Chaque ménage
appartient à une des classes
représentant les types latents
de ménages. Pour
soit
indiquant la classe de ménages
pour le ménage
Soit
la probabilité que le ménage
appartienne à la classe
Dans toute classe, toutes les
variables au niveau des ménages suivent des distributions multinomiales
indépendantes. Pour tout
et tout
soit
pour toute classe
où
est de la même valeur pour tout
ménage de la classe
Soit
et
Dans chaque classe de ménages, chaque
particulier appartient à une des classes latentes
au niveau des particuliers. Pour
et
soit
représentant la classe latente
au niveau des particuliers pour le membre
du ménage
Soit
la probabilité que le membre
du ménage
appartienne au niveau des
particuliers à la classe
emboîtée au niveau des ménages
au sein de la classe
Dans toute classe au niveau des
particuliers, toutes les variables de ce niveau suivent des distributions
multinomiales indépendantes. Pour tout
et tout
soit
pour la paire de classes
où
est de la même valeur pour tout
particulier dans la paire de classes
Soit
et
Pour les besoins de l’échantillonneur de
Gibbs à la section 2.2, il est bon de distinguer les valeurs de
qui respectent toutes les
contraintes de zéros structurels de celles qui ne les respectent pas. Soit
l’exposant
indiquant qu’une variable
aléatoire a un support seulement dans
Ainsi,
représente les données d’un
ménage dont les valeurs sont en restriction seulement dans
(il ne s’agit pas d’un ménage
impossible);
représente les données d’un
ménage avec des valeurs dans
Soit
les données observées de
ménages, c’est-à-dire une
réalisation de
Le noyau du MDPDM,
est
où
comprend tous les paramètres
et
correspond à l’unité lorsque
la condition entre accolades
est vraie et à zéro dans les
autres cas.
Pour tout
soit
le nombre de ménages de la
taille
dans
et
Comme il est indiqué dans Hu et coll.
(2018), la constante de normalisation dans la vraisemblance en (2.1) est
Ainsi, la distribution
postérieure est
où
fait voir une densité de
probabilité pour MDPDM avec un support limité à
La vraisemblance dans (2.1) peut s’écrire
comme modèle génératif de la forme
où la distribution discrète est la
distribution multinomiale avec taille d’échantillon correspondant à l’unité.
Nous limitons le support de chaque
pour être sûrs que le modèle
attribue une probabilité nulle à toutes les combinaisons désirées dans
On peut utiliser le modèle
dans (2.3) à (2.6) sans limiter le support à
On ne tient pas compte alors
de tous les zéros structurels. S’il convient peu à la distribution conjointe
des données des ménages, un tel modèle se révèle utile dans le cas de
l’échantillonneur de Gibbs. Nous prenons le modèle génératif dans (2.3) à (2.6)
avec un support intégral dans tous
en tant que MDPDM non
tronqué. En revanche, nous appelons le modèle en (2.1) MDPDM tronqué.
Pour les distributions antérieures, nous
suivons les recommandations de Hu et coll. (2018). Nous utilisons des
distributions uniformes et indépendantes de Dirichlet comme distributions
antérieures pour
et
et la représentation tronquée en
découpe du processus de Dirichlet comme distributions antérieures pour
et
(Sethuraman, 1994; Dunson et
Xing, 2009; Si et Reiter, 2013; Manrique-Vallier et Reiter, 2014) :
Nous fixons les paramètres des distributions de Dirichlet à
(vecteur
dimensionnel des unités) et à
0,25 les paramètres des distributions gamma en (2.11) et (2.14) pour
représenter les spécifications vagues des distributions antérieures. Nous
posons également
pour faciliter le calcul. Voir
Hu et coll. (2018) pour mieux connaître les spécifications des
distributions antérieures.
D’un point de vue conceptuel, nous pouvons interpréter les classes
latentes au niveau des ménages comme des grappes de ménages d’une composition
homogène (ménages avec enfants, ménages dont les membres ne sont pas
apparentés, etc.). De même, il est possible d’interpréter les classes latentes
au niveau des particuliers comme des grappes d’individus aux caractéristiques
homogènes (conjoint plus âgé de sexe masculin, jeunes enfants de sexe féminin,
etc.). Toutefois, notre propos n’est pas d’interpréter ces classes dans une
optique d’imputation, celles-ci servant avant tout à l’induction d’une
dépendance entre variables et particuliers dans la distribution conjointe.
Il importe de choisir
et
de sorte qu’ils soient assez
grands pour une estimation précise de la distribution conjointe. Il ne s’agit
cependant pas de faire
et
si grands qu’ils produisent une
abondance de classes vides dans l’estimation du modèle. Créer un grand nombre
de classes vides ne peut qu’accroître la durée du calcul sans gain
correspondant de précision de l’estimation. Cela peut poser tout
particulièrement un problème avec l’échantillonneur de Gibbs dans un MDPDM
tronqué, ces classes mettant de la masse de probabilité dans des régions de
l’espace où des combinaisons impossibles risquent de se produire, d’où une
convergence plus lente de l’échantillonneur de Gibbs.
Nous recommandons donc la stratégie de Hu et coll. (2018) au
moment de poser
Les analystes peuvent prendre
des valeurs modérées des deux, disons entre 10 et 15, pour les premiers
passages de rodage. Après convergence, ils examinent les échantillons
postérieurs des classes latentes et vérifient ainsi combien de ces classes sont
occupées au niveau des particuliers et au niveau des ménages. Ces contrôles
prédictifs postérieurs peuvent démontrer le besoin de disposer de valeurs plus
grandes pour
et
Si le nombre de classes occupées
au niveau des ménages atteint
nous suggérons d’accroître
Si le nombre de classes occupées
au niveau des particuliers atteint
nous suggérons d’accroître
d’abord et
ensuite, et ce, peut-être en sus
de
s’il ne peut suffire de relever
seul. Si les contrôles
prédictifs postérieurs n’indiquent en rien que des valeurs supérieures de
et
sont nécessaires, les analystes
n’ont pas à augmenter le nombre de classes, car on ne peut s’attendre à ce
qu’il en résulte une amélioration de la précision de l’estimation. À noter
qu’une logique semblable vaut pour d’autres contextes de modèles de mélange
(Walker, 2007; Si et Reiter, 2013; Manrique-Vallier et Reiter, 2014; Murray et
Reiter, 2016).
2.2 Échantillonneur MCMC pour le MDPDM
Hu et coll. (2018) recourent à une
stratégie d’augmentation des données (Manrique-Vallier et Reiter, 2014) pour
estimer la distribution postérieure en (2.2). Ils posent que les données
observées
qui visent tous les ménages
possibles, forment un sous-ensemble d’un échantillon hypothétique
de
ménages directement tiré du
MDPDM non tronqué. En d’autres termes,
est produit sur le support
où toutes les combinaisons sont
possibles et où les règles des zéros structurels ne sont pas appliquées, mais
nous observons uniquement l’échantillon de
ménages
qui respectent ces mêmes règles
sans observer l’échantillon de
ménages
qui ne les respectent pas.
Nous employons la stratégie de Hu et coll.
(2018) et augmentons les données. Pour chaque
nous simulons
à partir du MDPDM non tronqué et
nous arrêtons lorsque le nombre de ménages possibles simulés dans
correspond directement à
pour tout
Nous remplaçons par
les ménages possibles simulés
dans
et supposons donc que
contient déjà
d’où le simple besoin de
produire la partie
de
Dans un tirage de
nous prenons
dans la distribution postérieure
définie par le MDPDM non tronqué et traitons
comme données observées. Il est
possible d’estimer cette distribution postérieure à l’aide d’un échantillonneur
de Gibbs en bloc (Ishwaran et James, 2001; Si et Reiter, 2013).
Nous présenterons maintenant
l’échantillonneur MCMC intégral pour l’ajustement du modèle MDPDM tronqué. Soit
et
des vecteurs des indicateurs
d’appartenance aux classes latentes pour les ménages dans
et soit
le nombre de ménages de taille
dans
avec
Dans chaque distribution
conditionnelle intégrale, soit «
» représentant le conditionnement par l’ensemble des autres
variables et paramètres du modèle. À chaque itération MCMC, nous procédons
ainsi :
- S1. Poser
Pour
chaque
répéter ce qui suit :
- Poser
et
- Échantillonner
où
et
où
est
l’indice de « taille du ménage » pour les variables au niveau des
ménages.
- Pour
échantillonner
- Poser
où
correspond
à la variable pour la taille du ménage. Échantillonner le reste des valeurs au
niveau des ménages et au niveau des particuliers à l’aide des vraisemblances en
(2.3) et (2.4). Fixer à
la
valeur simulée du ménage.
- Si
poser
et
sinon poser
- Si
retourner à (b), sinon poser
- S2. Pour
les observations en
- Échantillonner
pour
où
pour
Poser
- Échantillonner
pour
et
où
pour
Poser
- S3. Poser
Échantillonner
où
pour
- S4. Poser
pour
Échantillonner
où
pour
et
où
pour
et
où
pour
et
Cet échantillonneur de Gibbs est implanté
dans le progiciel en R « NestedCategBayesImpute » (Wang, Akande, Hu,
Reiter et Barrientos, 2016). Ce logiciel peut servir à produire des versions
synthétiques des données initiales, mais encore faut-il que le jeu de données
soit complet.