Rapports économiques et sociaux
Corrélats socioéconomiques de la solitude chez les immigrants ayant une incapacité
DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202600400004-fra
Début du texte
Résumé
La présente étude, fondée sur les données de l’Enquête canadienne sur l’incapacité de 2022, traite des corrélats socioéconomiques de la solitude chez les immigrants ayant une incapacité. Les résultats montrent que le lien entre la situation socioéconomique et la solitude sévère différait entre les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Des facteurs comme l’emploi ou la fréquentation scolaire offraient moins de protection contre la solitude sévère aux immigrants ayant une incapacité qu’aux personnes nées au Canada ayant une incapacité. Pour les deux groupes, l’insécurité alimentaire et les besoins impérieux en matière de logement étaient liés à une probabilité plus élevée de solitude sévère. Toutefois, ces associations étaient plus marquées chez les immigrants ayant une incapacité. Par ailleurs, ces derniers affichaient une probabilité plus élevée de solitude sévère que leurs homologues nés au Canada, même en l’absence d’insécurité alimentaire, de besoins impérieux en matière de logement et de faible revenu. Dans l’ensemble, les résultats mettent en évidence l’interaction complexe entre la situation socioéconomique et le bien-être émotionnel chez les immigrants ayant une incapacité et soulignent la nécessité de mettre en place des mesures de soutien ciblées qui répondent aux vulnérabilités particulières de cette population.
Remerciements
Les auteurs tiennent à remercier Chantal Goyette, Alejandro Paez-Silva, Elspeth Payne, Rachel Viau et Li Xu d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, ainsi que Md Kamrul Islam, Susan Wallace et Li Xue de Statistique Canada, pour leur examen d’une version antérieure de cet article. Les auteurs tiennent également à remercier Sung-Hee Jeon et Max Stick de Statistique Canada pour leur aide à l’analyse des données.
Auteurs
Maciej Karpinski et Jing Shen travaillent à la Division de la recherche et de la mobilisation des connaissances, à Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Christoph Schimmele travaille à la Division de l’analyse et de la modélisation économiques et sociales, à Statistique Canada. Allison Leanage et Rubab Arim travaillent à la Division de l’analyse et de la modélisation de la santé, à Statistique Canada.
Introduction
La solitude est associée à divers problèmes de santé et constitue un prédicteur de mortalité comparable au tabagisme et à l’hypertension (Holt-Lunstad et coll., 2015; Pantell et coll., 2013). On parle de solitude lorsqu’une personne a l’impression que ses relations sociales ne répondent pas à ses besoins, que ce soit sur le plan de la quantité ou de la qualité (Hawkley et Cacioppo, 2010). L’expérience de la solitude n’est pas répartie de façon uniforme dans la population et touche de manière disproportionnée certains groupes sociaux. Par exemple, les personnes ayant une incapacité sont plus susceptibles de ressentir de la solitude que les personnes sans incapacité (Emerson et coll., 2021), de même que les immigrants sont plus susceptibles de ressentir de la solitude que les personnes nées au Canada (Stick, Hou et Kaida, 2021). La solitude peut également être présente dans un contexte de faible participation socioéconomique et de défavorisation socioéconomique (Barjaková, Garnero et d’Hombres, 2023; Hawkley et coll., 2008). La question de savoir si ces circonstances socioéconomiques contribuent aux différences en matière de solitude observées entre différents groupes sociaux, comme les immigrants et les personnes nées au Canada, est un sujet peu étudié.
Dans plusieurs pays, les personnes ayant un faible taux d’emploi et un faible revenu ont des liens sociaux plus fragiles et affichent un niveau de solitude plus élevé que leurs homologues plus favorisés (OCDE, 2025). Les obstacles à la participation socioéconomique (p. ex. la fréquentation scolaire et l’emploi) rencontrés par les Canadiens ayant une incapacité peuvent accroître le risque de solitude. De nombreux Canadiens ayant une incapacité sont victimes d’exclusion en milieu scolaire et voient leurs possibilités d’emploi limitées (Hébert et coll., 2024; Schimmele, Jeon et Arim, 2021). Ces obstacles peuvent être associés à l’expérience de la solitude, étant donné que les établissements d’enseignement et les lieux de travail sont des environnements où l’on peut créer des interactions sociales et développer un sentiment d’appartenance (Hawkley et coll., 2008). Même si des études antérieures montrent que le chômage est associé à des niveaux de solitude plus élevés, les données probantes sur le lien possible entre l’emploi lui-même et un risque de solitude plus faible ne sont pas cohérentes entre les groupes démographiques (Barjaková, Garnero et d’Hombres, 2023).
Outre la participation socioéconomique, la présente étude porte également sur les indicateurs de défavorisation socioéconomique qui ont été peu abordés dans la littérature sur la solitude, à savoir l’insécurité alimentaire, les besoins impérieux en matière de logement et la situation de faible revenu. L’insécurité alimentaire, en particulier, a été associée à des niveaux de santé mentale plus faibles (Jessiman-Perreault et McIntyre, 2017). Au Canada, les personnes vivant dans un ménage en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave étaient deux fois plus nombreuses que les personnes vivant dans un ménage en situation de sécurité alimentaire à percevoir leur santé mentale comme mauvaise ou passable durant la première vague de la pandémie de COVID-19, en 2020 (Polsky et Gilmour, 2020). En Australie, les personnes vivant dans un logement loué ont connu une plus forte dégradation de leur santé mentale après l’apparition de leur incapacité que les propriétaires (Kavanagh et coll., 2016). Par ailleurs, le fait de vivre dans un logement inabordable était associé à des niveaux de santé mentale plus faibles chez les Australiens ayant une incapacité, comparativement à ceux sans incapacité.
En se fondant sur les données de l’Enquête canadienne sur l’incapacité (ECI) de 2022, les auteurs examinent les différences quant à l’expérience de la solitude qui apparaissent entre les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité dans le contexte de la participation socioéconomique (emploi et fréquentation scolaire) et de la défavorisation socioéconomique (insécurité alimentaire, besoins impérieux en matière de logement et situation de faible revenu)Note . L’incapacité désigne un problème de santé de longue durée qui limite les activités quotidiennes d’une personne ou rend ces activités plus difficilesNote . En 2022, une proportion moins élevée d’immigrants (22 %) que de personnes nées au Canada (30 %) de 15 ans et plus avaient une incapacité (Vergara et Hardy, 2024). Cependant, la question de savoir si l’incapacité a des conséquences différentes pour les immigrants et pour les personnes nées au Canada est restée en grande partie sans réponse, ce qui représente une lacune importante dans les connaissances.
Les immigrants ayant une incapacité étaient moins nombreux que les personnes nées au Canada ayant une incapacité à occuper un emploi ou être aux études, et une proportion plus élevée d’entre eux avaient des besoins impérieux en matière de logement
Les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité présentaient des différences sur le plan de la participation socioéconomique. En 2022, un pourcentage plus faible d’immigrants ayant une incapacité âgés de 15 ans et plus (44 %) occupaient un emploi ou étaient aux études, comparativement à leurs homologues nés au Canada (48 %) (tableau 1). Une proportion plus élevée d’immigrants ayant une incapacité (40 %) que de personnes nées au Canada ayant une incapacité (35 %) était à la retraite. Les proportions d’immigrants ayant une incapacité (16 %) et de personnes nées au Canada ayant une incapacité (16 %) qui n’étaient ni en emploi ni aux études étaient semblables.
| Immigrants | Personnes nées au Canada |
|
|---|---|---|
| pourcentage (pondéré) | ||
|
||
| Participation socioéconomique | ||
| À la retraite | 39,7 Tableau 1 Note * | 35,2 |
| Ni en emploi ni aux études | 15,9 | 16,4 |
| En emploi et/ou aux études | 44,4 Tableau 1 Note * | 48,4 |
| Défavorisation socioéconomique | ||
| Insécurité alimentaire | 31,7 | 30,2 |
| Besoins impérieux en matière de logement | 14,1 Tableau 1 Note * | 9,3 |
| Faible revenu | 12,6 | 12,6 |
En 2022, environ 14 % des immigrants ayant une incapacité avaient au moins un besoin impérieux en matière de logementNote , comparativement à 9 % des personnes nées au Canada ayant une incapacité, ce qui représente une différence statistiquement significative. Toutefois, les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité affichaient des proportions semblables en ce qui concerne l’insécurité alimentaire et la situation de faible revenu. Près de 32 % des immigrants ayant une incapacité ont été en situation d’insécurité alimentaireNote au cours des 12 derniers mois, et 13 % vivaient dans un ménage à faible revenuNote , des estimations semblables à celles des personnes nées au Canada ayant une incapacité.
De plus, les immigrants ayant une incapacité avaient un niveau de scolarité plus élevé que les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Environ 35 % des immigrants ayant une incapacité étaient titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade supérieur, tandis que 20 % des personnes nées au Canada ayant une incapacité avaient ce niveau de scolarité (tableau A en annexe)Note .
Au total, 1 immigrant ayant une incapacité sur 5 a connu un niveau de solitude sévère, une proportion comparable à celle des personnes nées au Canada ayant une incapacité
Dans l’ensemble, en 2022, environ 22 % des immigrants ayant une incapacité âgés de 15 ans et plus ont connu un niveau de solitude sévère et 30 %, un niveau de solitude modérée. Ces proportions sont semblables à celles des personnes nées au Canada ayant une incapacité (graphique 1)Note . La différence quant à l’expérience de la solitude sévère entre les femmes immigrantes ayant une incapacité (23 %) et les femmes nées au Canada ayant une incapacité (22 %) était faible et n’était pas statistiquement significative. Les hommes immigrants ayant une incapacité (21 %) et les hommes nés au Canada ayant une incapacité (20 %) ont connu eux aussi des niveaux de solitude sévère similaires. Dans l’ensemble, aucune différence liée au genre n’a été observée en ce qui concerne la solitude sévère chez les immigrants ayant une incapacité ou chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité.

Tableau de données du graphique 1
| Solitude faible | Solitude modérée | Solitude sévère | |
|---|---|---|---|
| pourcentage (pondéré) | |||
| Source : Statistique Canada, Enquête canadienne sur l’incapacité (3251), 2022. | |||
| Immigrants | 47,9 | 29,8 | 22,3 |
| Personnes nées au Canada | 50,4 | 28,9 | 20,8 |
L’expérience de la solitude sévère était plus faible chez les personnes âgées, tant parmi les immigrants ayant une incapacité que parmi les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Moins de 13 % des immigrants ayant une incapacité âgés de 65 ans et plus ont connu un niveau de solitude sévère, un pourcentage semblable à celui des personnes nées au Canada ayant une incapacité dans ce même groupe d’âge. Cependant, dans le groupe des personnes âgées de 45 à 64 ans, 28 % des immigrants ayant une incapacité ont connu un niveau de solitude sévère, par rapport à 20 % de leurs homologues nés au Canada. Environ 27 % des immigrants ayant une incapacité âgés de 30 à 44 ans et 36 % de ceux âgés de 15 à 29 ans ont connu un niveau de solitude sévère, ce qui est comparable aux proportions observées chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité dans ces groupes d’âge.
Bien qu’on n’observe pas de différence significative en ce qui concerne le niveau global de solitude, une analyse plus approfondie montre que le lien entre la situation d’emploi, l’insécurité alimentaire, les besoins impérieux en matière de logement et la situation de faible revenu, d’une part, et la probabilité de solitude sévère, d’autre part, diffère entre les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité.
Le fait d’occuper un emploi ou d’être aux études offrait moins de protection contre la solitude sévère aux immigrants ayant une incapacité qu’aux personnes nées au Canada ayant une incapacité
Le fait d’occuper un emploi ou d’être aux études offrait moins de protection contre la solitude sévère aux immigrants ayant une incapacité qu’aux personnes nées au Canada ayant une incapacité. Selon les prévisions, une proportion plus élevée d’immigrants ayant une incapacité qui occupaient un emploi ou étaient aux études (31,3 %) connaîtraient un niveau de solitude sévère, comparativement à leurs homologues nés au Canada (20,1 %) (tableau 2)Note .
| Solitude faible | Solitude modérée | Solitude sévère | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| probabilité (%) |
intervalle de confiance à 95 % |
probabilité (%) |
intervalle de confiance à 95 % |
probabilité (%) |
intervalle de confiance à 95 % |
||||
| limite inférieure |
limite supérieure |
limite inférieure |
limite supérieure |
limite inférieure |
limite supérieure |
||||
Source : Statistique Canada, Enquête canadienne sur l’incapacité (3251), 2022. |
|||||||||
| Immigrants × à la retraite | 46,9 | 40,8 | 52,9 | 31,5 | 24,9 | 38,1 | 21,6 | 15,9 | 27,4 |
| Personnes nées au Canada × à la retraite | 48,6 | 45,6 | 51,6 | 31,1 | 27,8 | 34,3 | 20,4 | 17,8 | 22,9 |
| Immigrants × ni en emploi ni aux études | 42,5 | 33,0 | 52,0 | 27,8 | 19,4 | 36,2 | 29,7 Tableau 2 Note * | 22,1 | 37,3 |
| Personnes nées au Canada × ni en emploi ni aux études |
43,5 Tableau 2 Note ** | 39,7 | 47,3 | 32,1 | 28,3 | 35,9 | 24,4 Tableau 2 Note ** | 21,7 | 27,1 |
| Immigrants × en emploi et/ou aux études | 47,0 | 40,7 | 53,3 | 21,7 Tableau 2 Note ** | 16,5 | 26,8 | 31,3 Tableau 2 Note ** | 25,0 | 37,6 |
| Personnes nées au Canada × en emploi et/ou aux études (catégorie de référence) |
50,5 | 48,0 | 52,9 | 29,5 | 27,1 | 31,8 | 20,1 | 18,4 | 21,8 |
La différence quant à la probabilité de solitude sévère entre les immigrants ayant une incapacité qui n’étaient ni en emploi ni aux études (29,7 %) et leurs homologues nés au Canada (24,4 %) n’était pas statistiquement significative. Néanmoins, le fait de n’être ni en emploi ni aux études augmentait la probabilité de solitude sévère, quel que soit le statut d’immigrant. Un pourcentage plus élevé d’immigrants et de personnes nées au Canada ayant une incapacité qui n’étaient ni en emploi ni aux études ont connu un niveau de solitude sévère, comparativement aux personnes nées au Canada ayant une incapacité qui occupaient un emploi ou étaient aux études.
Parmi les personnes à la retraite, des proportions semblables d’immigrants ayant une incapacité (21,6 %) et de personnes nées au Canada ayant une incapacité (20,4 %) ont connu un niveau de solitude sévère. Le fait d’être à la retraite n’augmentait pas la probabilité de solitude sévère, tant chez les immigrants ayant une incapacité que chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité, comparativement aux personnes nées au Canada ayant une incapacité qui occupaient un emploi ou étaient aux études.
L’insécurité alimentaire et les besoins impérieux en matière de logement augmentaient la probabilité de solitude sévère chez les immigrants ayant une incapacité dans une plus grande mesure que chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité
L’insécurité alimentaire était associée à une probabilité plus élevée de solitude sévère chez les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Selon les prévisions, 34,4 % des immigrants ayant une incapacité qui ont été en situation d’insécurité alimentaire au cours des 12 derniers mois en 2022 connaîtraient un niveau de solitude sévère, après correction en fonction de la participation socioéconomique ainsi que des caractéristiques sociodémographiques et de celles liées à l’incapacité (tableau 3, modèle 1). Même si l’insécurité alimentaire était également associée à une probabilité plus élevée de solitude sévère chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité, cette association était moins marquée, 26,6 % d’entre elles ayant connu un niveau de solitude sévère. Même dans les ménages en situation de sécurité alimentaire, la probabilité de solitude sévère était plus élevée chez les immigrants ayant une incapacité (24,3 %) que chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité (18,1 %).
Le fait d’avoir des besoins impérieux en matière de logement était associé à une probabilité plus élevée de solitude sévère chez les immigrants ayant une incapacité. En revanche, cette situation n’augmentait pas la probabilité de solitude sévère chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Environ 34,6 % des immigrants ayant une incapacité qui avaient des besoins impérieux en matière de logement ont connu un niveau de solitude sévère, un pourcentage significativement plus élevé que celui des personnes nées au Canada ayant une incapacité se trouvant dans la même situation (21,4 %) et des personnes nées au Canada ayant une incapacité ne se trouvant pas dans cette situation (20,9 %) (tableau 3, modèle 2). Même en l’absence de besoins impérieux en matière de logement, un pourcentage plus élevé d’immigrants ayant une incapacité (27,0 %) que de personnes nées au Canada ayant une incapacité connaîtraient un niveau de solitude sévère, selon les prévisions.
Niveau de solitude plus élevé chez les immigrants ne vivant pas dans un ménage à faible revenu
La différence quant à la probabilité de solitude sévère entre les immigrants (27,7 %) et les personnes nées au Canada (22,5 %) ayant une incapacité et vivant dans un ménage à faible revenu n’était pas statistiquement significative (tableau 3, modèle 3). Ni les immigrants ni les personnes nées au Canada ayant une incapacité et vivant dans un ménage à faible revenu n’affichaient une probabilité significativement plus élevée de solitude sévère que les personnes nées au Canada ayant une incapacité ne vivant pas dans un ménage à faible revenuNote . Cependant, un pourcentage significativement plus élevé d’immigrants ayant une incapacité ne vivant pas dans un ménage à faible revenu (28,7 %) ont connu un niveau de solitude sévère, comparativement à leurs homologues nés au Canada (20,9 %).
| Solitude faible | Solitude modérée | Solitude sévère | |||||||
|---|---|---|---|---|---|---|---|---|---|
| probabilité (%) |
intervalle de confiance à 95 % |
probabilité (%) |
intervalle de confiance à 95 % |
probabilité (%) |
intervalle de confiance à 95 % |
||||
| limite inférieure |
limite supérieure |
limite inférieure |
limite supérieure |
limite inférieure |
limite supérieure |
||||
Source : Statistique Canada, Enquête canadienne sur l’incapacité (3251), 2022. |
|||||||||
| Modèle 1 - Statut d’immigrant × insécurité alimentaire | |||||||||
| Immigrants × en situation d’insécurité alimentaire | 36,2 Tableau 3 Note *** | 29,3 | 43,1 | 29,4 | 21,0 | 29,9 | 34,4 Tableau 3 Note *** | 27,8 | 41,0 |
| Personnes nées au Canada × en situation d’insécurité alimentaire | 39,1 Tableau 3 Note *** | 36,4 | 41,8 | 34,3 Tableau 3 Note ** | 31,6 | 37,0 | 26,6 Tableau 3 Note *** | 24,5 | 28,7 |
| Immigrants × en situation de sécurité alimentaire | 50,3 | 45,3 | 55,2 | 25,4 | 31,6 | 37,0 | 24,3 Tableau 3 Note * | 19,5 | 29,1 |
| Personnes nées au Canada × en situation de sécurité alimentaire (catégorie de référence) | 52,8 | 51,1 | 54,5 | 29,1 | 27,4 | 30,8 | 18,1 | 16,8 | 19,5 |
| Modèle 2 - Statut d’immigrant × besoins impérieux en matière de logement | |||||||||
| Immigrants × ayant des besoins impérieux en matière de logement | 44,7 | 34,8 | 54,6 | 20,7 Tableau 3 Note * | 12,9 | 28,5 | 34,6 Tableau 3 Note ** | 26,1 | 43,1 |
| Personnes nées au Canada × ayant des besoins impérieux en matière de logement | 45,6 | 40,5 | 50,6 | 33,1 | 28,1 | 38,0 | 21,4 | 17,8 | 24,9 |
| Immigrants × n’ayant pas de besoins impérieux en matière de logement | 46,2 | 41,6 | 50,8 | 26,8 | 22,6 | 31,0 | 27,0 Tableau 3 Note * | 22,4 | 31,6 |
| Personnes nées au Canada × n’ayant pas de besoins impérieux en matière de logement (catégorie de référence) | 49,1 | 47,6 | 50,6 | 30,0 | 28,5 | 31,5 | 20,9 | 19,7 | 22,1 |
| Modèle 3 - Statut d’immigrant × situation de faible revenu | |||||||||
| Immigrants × en situation de faible revenu | 42,4 | 32,7 | 52,2 | 29,9 | 21,1 | 38,7 | 27,7 | 19,3 | 36,0 |
| Personnes nées au Canada × en situation de faible revenu | 44,6 Tableau 3 Note * | 40,5 | 48,7 | 32,9 | 28,8 | 37,1 | 22,5 | 19,3 | 25,6 |
| Immigrants × ne se trouvant pas en situation de faible revenu | 46,2 | 41,7 | 50,7 | 25,1 Tableau 3 Note * | 21,1 | 29,2 | 28,7 Tableau 3 Note ** | 24,2 | 33,2 |
| Personnes nées au Canada × ne se trouvant pas en situation de faible revenu (catégorie de référence) | 49,2 | 47,7 | 50,8 | 29,9 | 28,4 | 31,4 | 20,9 | 19,7 | 22,1 |
Conclusion
Le statut d’immigrant a influencé le rôle de la participation socioéconomique et de la défavorisation socioéconomique dans l’expérience de la solitude, et le lien entre certains de ces indicateurs et la solitude sévère était plus marqué chez les immigrants ayant une incapacité que chez leurs homologues nés au Canada.
Le fait d’occuper un emploi ou d’être aux études offrait moins de protection contre la solitude sévère aux immigrants ayant une incapacité qu’aux personnes nées au Canada ayant une incapacité. Ce constat soulève des questions quant à savoir si les établissements d’enseignement et les lieux de travail offrent aux immigrants les mêmes possibilités d’intégration sociale qu’aux personnes nées au Canada. Étant donné que l’ECI ne comprenait pas de mesure des liens sociaux ou du sentiment d’appartenance, il est difficile de déterminer si le niveau de solitude plus élevé chez les immigrants ayant une incapacité était attribuable à la quantité ou à la qualité de leurs relations sociales. Une autre limite est qu’en raison de la petite taille de l’échantillon, il n’a pas été possible de désagréger la catégorie des personnes n’étant ni en emploi ni aux études (personnes au chômage, personnes au foyer ou personnes ayant d’autres raisons de ne pas travailler), ce qui pourrait avoir une incidence sur la probabilité de solitude.
Les expériences liées à l’insécurité alimentaire et aux besoins impérieux en matière de logement augmentaient l’expérience de la solitude sévère chez les immigrants ayant une incapacité dans une plus grande mesure que chez les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Même une faible exposition à ces désavantages économiques peut avoir des répercussions disproportionnées chez les immigrants ayant une incapacité, puisque ces variables ont été mesurées à tous les niveaux d’insécurité alimentaire ou de besoins impérieux en matière de logement. D’autres recherches sont nécessaires pour déterminer si les degrés de défavorisation socioéconomique (p. ex. insécurité alimentaire marginale, modérée ou grave) exacerbent cette disparité.
Même lorsque les immigrants ayant une incapacité vivaient dans un ménage en situation de sécurité alimentaire, n’avaient pas de besoins impérieux en matière de logement ou ne vivaient pas dans un ménage à faible revenu, leur expérience de la solitude sévère était plus grande que celle de leurs homologues nés au Canada.
Annexe : Méthode statistique
Une analyse de régression multinomiale a été utilisée pour déterminer si le lien entre la participation socioéconomique et la solitude différait entre les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité. Plus précisément, l’analyse a porté sur l’interaction entre le statut d’immigrant et une variable de participation socioéconomique à trois catégories : occuper un emploi ou être aux études, n’être ni en emploi ni aux études et être à la retraite. L’analyse de régression a été ajustée pour tenir compte des différences quant à l’insécurité alimentaire, les besoins impérieux en matière de logement, la situation de faible revenu, les caractéristiques sociodémographiques et les caractéristiques liées à l’incapacité. Les caractéristiques sociodémographiques et celles liées à l’incapacité utilisées dans le modèle sont décrites dans le tableau A en annexe.
Trois modèles multinomiaux ont été utilisés pour comparer les différences en matière de solitude en fonction des expériences liées à l’insécurité alimentaire, aux besoins impérieux en matière de logement et à la situation de faible revenu, en mettant l’accent sur l’interaction entre le statut d’immigrant et ces indicateurs de défavorisation économique. Ces modèles sont ajustés pour tenir compte des différences quant à la participation socioéconomique, aux caractéristiques sociodémographiques et à celles liées à l’incapacité.
Comme la variable dépendante comporte trois catégories, une régression logistique multinomiale a été utilisée, plutôt qu’une régression logistique ordinale. La régression logistique ordinale suppose que chaque variable indépendante a une association immuable avec la probabilité que la variable dépendante passe d’un niveau à un autre, mais cette hypothèse est rarement vérifiée (Hilbe, 2009). Les coefficients des régressions ont été convertis en probabilités prédites à l’aide de la commande « margins » dans Stata 17, et les covariables ont été fixées à leurs valeurs observées. La commande « contrast » a été utilisée pour vérifier si les différences en matière de solitude sévère entre les immigrants ayant une incapacité et les personnes nées au Canada ayant une incapacité dans chaque catégorie en interaction (p. ex. les immigrants en situation d’insécurité alimentaire par rapport aux personnes nées au Canada dans la même situation) étaient statistiquement significatives. Des poids affectés à la personne et des poids bootstrap ont été utilisés pour obtenir des estimations au niveau de la population.
L’échantillon analytique excluait les répondants pour lesquels il manquait des réponses à l’échelle de solitude à trois éléments. Une analyse complémentaire a été réalisée à l’aide d’imputations multiples pour les répondants pour lesquels il manquait un ou deux éléments de l’échelle de solitude, afin de déterminer si leur exclusion entraînait un certain biais dans les résultats. Les estimations de la solitude tirées des régressions utilisant des scores de solitude imputés étaient semblables à celles obtenues à l’aide de la suppression par liste. Les questions de l’ECI portant sur la solitude n’ont pas été posées aux répondants interviewés par personne interposée. Après application de ces critères d’exclusion, l’échantillon analytique comprenait 1 808 immigrants et 17 054 personnes nées au Canada qui avaient une incapacité et étaient âgés de 15 ans et plus.
| Immigrants | Personnes nées au Canada |
|
|---|---|---|
| pourcentage (pondéré) | ||
|
||
| Genre | ||
| Hommes | 41,5 | 42,2 |
| Femmes | 58,5 | 57,8 |
| Groupe d’âge | ||
| 15 à 29 ans | 7,9 Tableau A en annexe Note * | 17,5 |
| 30 à 44 ans | 16,2 Tableau A en annexe Note * | 20,6 |
| 45 à 64 ans | 37,6 | 34,7 |
| 65 ans et plus | 38,3 Tableau A en annexe Note * | 27,2 |
| Langue maternelle | ||
| Anglais ou français | 38,7 Tableau A en annexe Note * | 96,0 |
| Anglais ou français et une langue non officielle | 5,9 Tableau A en annexe Note * | 0,9 |
| Langue non officielle | 55,4 Tableau A en annexe Note * | 3,1 |
| Groupe de population | ||
| Blanc | 43,5 Tableau A en annexe Note * | 89,2 |
| Sud-Asiatique | 14,8 Tableau A en annexe Note * | 0,6 |
| Chinois | 8,3 Tableau A en annexe Note * | 0,5 |
| Noir | 8,0 Tableau A en annexe Note * | 0,9 |
| Philippin ou Asiatique du Sud-Est | 7,7 Tableau A en annexe Note * | 0,5 |
| Arabe ou Asiatique occidental | 7,1 Tableau A en annexe Note * | 0,2 |
| Latino-Américain | 5,1 Tableau A en annexe Note * | 0,2 |
| Coréen ou Japonais | 1,3 Tableau A en annexe Note * | 0,1 |
| Autres groupes | 4,0 Tableau A en annexe Note * | 7,9 |
| Niveau de scolarité | ||
| Diplôme d’études secondaires ou niveau de scolarité inférieur | 35,6 Tableau A en annexe Note * | 44,9 |
| Titre scolaire du niveau postsecondaire inférieur au baccalauréat | 29,6 Tableau A en annexe Note * | 34,8 |
| Baccalauréat ou grade supérieur | 34,9 Tableau A en annexe Note * | 20,3 |
| Mode d’occupation | ||
| Locataire | 31,0 | 32,1 |
| Situation des particuliers dans le ménage | ||
| Vivant seul | 7,1 | 6,9 |
| Vivant avec d’autres personnes | 19,7 | 21,7 |
| Vivant dans un ménage familial | 73,2 | 71,4 |
| Centre de population Tableau A en annexe Note 1 | ||
| Région rurale | 7,2 Tableau A en annexe Note * | 20,1 |
| Petit centre (1 000 à 29 999 personnes) | 6,6 Tableau A en annexe Note * | 16,6 |
| Moyen centre (30 000 à 99 999 personnes) | 5,1 Tableau A en annexe Note * | 11,8 |
| Grand centre (100 000 personnes ou plus) | 81,0 Tableau A en annexe Note * | 51,5 |
| Type d’incapacité | ||
| Physique Tableau A en annexe Note 2 | 30,7 Tableau A en annexe Note * | 34,2 |
| Liée à la santé mentale ou cognitive Tableau A en annexe Note 3 | 55,6 Tableau A en annexe Note * | 40,7 |
| Physique et liée à la santé mentale ou cognitive | 10,6 Tableau A en annexe Note * | 21,7 |
| Inconnu | 3,1 | 3,4 |
| Sévérité de l’incapacité | ||
| Légère ou modérée | 59,7 | 62,0 |
| Sévère ou très sévère | 40,3 | 38,0 |
| Âge à l’apparition de l’incapacité | ||
| 0 à 24 ans | 28,8 Tableau A en annexe Note * | 49,2 |
| 25 à 44 ans | 25,7 Tableau A en annexe Note * | 20,6 |
| 45 à 64 ans | 29,7 Tableau A en annexe Note * | 21,0 |
| 65 ans et plus | 15,8 Tableau A en annexe Note * | 9,2 |
Références
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