Rapports économiques et sociaux
Expériences pédagogiques des jeunes femmes ayant une incapacité

Date de diffusion : le 27 octobre 2021

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202101000003-fra

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Résumé

La présente étude utilise les données de l’Enquête canadienne sur l’incapacité de 2017 pour comparer les expériences pédagogiques des femmes et des hommes de 15 à 34 ans ayant une incapacité. Ces expériences permettent de rendre compte des difficultés auxquelles les personnes ayant une incapacité ont déclaré être confrontées à l’école. Il peut s’agir, par exemple, de limites en matière d’apprentissage, d’exclusion sociale ou de l’absence de mesures d’adaptation. Dans l’ensemble, davantage de similitudes que de différences ont été observées entre les femmes et les hommes sur le plan des expériences pédagogiques, à quelques exceptions près. Une plus grande proportion de femmes que d’hommes ont suivi des cours en ligne ou à domicile, tandis qu’une plus grande proportion d’hommes ont changé d’école ou ont fréquenté une école ou des classes spéciales en raison de leur état. Par ailleurs, une plus grande proportion d’hommes que de femmes ont déclaré qu’en raison de leur état, cela leur avait pris plus de temps pour atteindre leur niveau de scolarité actuel. Quant aux mesures d’adaptation nécessaires pour fréquenter l’école, une plus grande proportion d’hommes ont déclaré avoir besoin d’appareils ou de services de soutien et de transport adapté. Toutefois, en ce qui concerne les mesures d’adaptation ou autres besoins non comblés, aucune différence n’a été relevée entre les hommes et les femmes. En ce qui a trait aux expériences sociales, une plus grande proportion d’hommes que de femmes ont déclaré que certaines personnes les évitaient à l’école.

Mots clés : discrimination fondée sur l’incapacité, étudiants ayant une incapacité, expériences pédagogiques, femmes ayant une incapacité, mesures d’adaptation scolaires.

Auteurs

Christoph Schimmele, Sung-Hee Jeon et Rubab Arim travaillent à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Direction des études analytiques et de la modélisation, de Statistique Canada.

Remerciements

La présente étude est financée par le ministère des Femmes et de l’Égalité des genres.

Introduction

Les personnes ayant une incapacité ont tendance à avoir un niveau de scolarité moins élevé que leurs homologues n’ayant pas d’incapacité. Cette différence a été attribuée à divers facteurs, tels que l’absentéisme, les résultats scolaires, les attentes des parents et la stigmatisation liée à la santé (Arim et Frenette, 2019; Chatzitheochari et Platt, 2019; Queirós, Wehby et Halpern, 2015; Shandra et Hogan, 2009). Parmi les personnes âgées de 25 à 44 ans, la proportion de femmes sans certificat, diplôme ou grade était près de deux fois plus élevée chez celles ayant une incapacité (11 %) que chez celles n’en ayant pas (6 %). Toutefois, une proportion comparativement plus élevée d’hommes ayant une incapacité (19 %) avaient un niveau de scolarité inférieur au diplôme d’études secondaires. Environ 30 % des femmes ayant une incapacité étaient titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade de niveau supérieur, comparativement à 43 % des femmes n’ayant pas d’incapacité et à 17 % des hommes ayant une incapacité.

Le modèle social de l’incapacité met l’accent sur les désavantages sociaux qui rendent les activités quotidiennes et la participation difficiles pour les personnes ayant une incapacité (Burlock, 2017; Grondin, 2016). Ainsi, le niveau de scolarité plus faible des personnes ayant une incapacité peut être attribué à des obstacles qui réduisent leurs chances de réussite scolaire (Kimball et coll., 2016). Parmi les exemples courants de tels obstacles figurent les écoles dont les bâtiments sont inaccessibles, l’absence de transport adapté, ou l’absence de programmes ou de classes spéciales. Les personnes ayant une incapacité peuvent aussi avoir besoin de mesures d’adaptation, comme des appareils fonctionnels, des services de soutien ou un programme d’études modifié pour favoriser leur réussite scolaire. En l’absence de telles mesures, les étudiants peuvent se voir contraints de changer leur orientation scolaire, de prendre plus de temps pour terminer leurs études, ou de mettre fin à leurs études. De plus, les préjudices liés à l’incapacité peuvent conduire à l’isolement social à l’école.

La présente étude s’appuie sur les travaux antérieurs de Burlock (2017) en comparant les expériences pédagogiques des femmes et des hommes de 15 à 34 ans ayant une incapacitéNote . Ces expériences permettent de rendre compte des difficultés auxquelles les personnes ayant une incapacité disent être confrontées à l’école. Il peut s’agir, par exemple, de limites en matière d’apprentissage, d’exclusion sociale ou de l’absence de mesures d’adaptation nécessaires pour fréquenter l’école. La présente analyse cherche également à déterminer si la sévérité de l’incapacité contribue aux différences potentielles entre les femmes et les hommes en ce qui a trait aux expériences pédagogiques.

Source des données et mesures

La présente étude repose sur les données de l’Enquête canadienne sur l’incapacité (ECI) de 2017, une enquête postcensitaire qui a servi à recueillir des données sur les Canadiens âgés de 15 ans et plus ayant une difficulté fonctionnelle (p. ex. difficulté à voir), un problème de santé mentale ou un autre type de problème de santé ayant duré ou devant durer six mois ou plus (Cloutier, Grondin et Lévesque, 2018). La population cible a englobé les Canadiens des 10 provinces et 3 territoires qui vivaient au sein d’un ménage. Étaient exclues les personnes qui vivaient dans un établissement institutionnel (p. ex. établissement de soins de longue durée) et dans une réserve des Premières Nations. Dans le cadre de l’ECI de 2017, des données ont été recueillies sur 23 126 personnes âgées de 15 ans et plus (une taille de population pondérée estimée à 6 246 640). Plus de la moitié des répondants (55,8 %) étaient des femmes (la variable recueillie dans l’ECI était le sexe) et le taux global de réponse a été de 69,5 %.

La présence d’une incapacité a été déterminée au moyen des questions d’identification des incapacités (QII), qui définissent l’incapacité en fonction du modèle social (Cloutier, Grondin et Lévesque, 2018). Le module des QII est un instrument d’enquête autodéclaré qui définit l’incapacité comme une difficulté fonctionnelle ou un état qui interagit avec les obstacles environnementaux et limite les activités quotidiennes d’une personne. Un score global de sévérité a été calculé en fonction du nombre de différents types d’incapacité déclarés par une personne, du niveau de difficulté à réaliser certaines tâches et de la fréquence de la limitation des activitésNote .

Dans le cadre de l’ECI, un large éventail de questions ont été posées aux répondants à propos de leurs expériences pédagogiques. Ces questions visaient notamment à déterminer si les répondants ont dû mettre fin à leurs études en raison de leur état, si leur état a eu une incidence sur leurs expériences d’apprentissage en lien avec la poursuite de leurs études et leur orientation scolaire, et s’il a eu une incidence sur leurs expériences sociales dans le contexte scolaire. Des questions ont aussi été posées sur l’accessibilité de l’école afin de déterminer les installations adaptées dont les répondants avaient besoin pour fréquenter l’école, et si ces installations avaient été mises à leur disposition.

L’analyse porte sur les répondants âgés de 15 à 34 ans qui étaient aux études au moment de la tenue de l’enquête (de mars à août 2017) ou qui l’avaient été au cours des cinq années précédentes (de 2012 à 2017) et qui ont déclaré avoir une incapacité pendant leurs études. Cela correspond à une population pondérée de 424 860 femmes et de 283 990 hommes ayant une incapacité. Des statistiques descriptives ont été utilisées pour comparer, sur le plan des expériences pédagogiques, les jeunes femmes et les jeunes hommes ayant : 1) une incapacité quelconque; 2) une incapacité légère ou modérée (cas « moins sévères »); et 3) une incapacité sévère ou très sévère (cas « plus sévères »). Bien que les différences entre les types d’incapacité puissent avoir une incidence sur les différences selon le sexe en ce qui a trait aux expériences pédagogiques, les données et les limites méthodologiques n’ont pas permis d’effectuer une comparaison selon les types d’incapacité.

Résultats

Caractéristiques descriptives

Le tableau 1 présente certaines caractéristiques de la population étudiée. Parmi celle-ci, 50 % des femmes et 48 % des hommes étaient aux études au moment de l’enquête en 2017, et une proportion similaire (50 % des femmes et 52 % des hommes) avaient été aux études au cours des cinq années précédentes.

Le niveau de scolarité des femmes était significativement plus élevé que celui des hommes. Environ deux fois plus de femmes (23 %) que d’hommes (12 %) étaient titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade de niveau supérieur, et près de deux fois plus de femmes (21 %) que d’hommes (11 %) étaient titulaires d’un certificat ou d’un diplôme collégial ou de cégep inférieur au baccalauréat. À l’inverse, un pourcentage significativement inférieur de femmes (4 %) que d’hommes (7 %) possédaient un certificat ou un diplôme d’une école de métiersNote .

Aucune différence significative n’a été observée entre les femmes et les hommes sur le plan de la sévérité de l’incapacité ou du nombre de types d’incapacité. Environ la moitié des femmes (53 %) et des hommes (51 %) avaient une incapacité légère, tandis que le cinquième des femmes et des hommes avaient une incapacité modérée. Environ le quart des femmes et moins du tiers des hommes avaient une incapacité sévère ou très sévère. La plupart des femmes (58 %) et des hommes (55 %) avaient deux incapacités ou plus.


Tableau 1
Certaines caractéristiques des Canadiens âgés de 15 à 34 ans ayant une incapacité qui sont actuellement aux études ou qui ont fréquenté une école au cours des cinq dernières années, 2017
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Certaines caractéristiques des Canadiens âgés de 15 à 34 ans ayant une incapacité qui sont actuellement aux études ou qui ont fréquenté une école au cours des cinq dernières années Femmes et Hommes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Femmes Hommes
pourcentage
Fréquentation scolaire
Actuellement aux études 50,0 48,4
Fréquentation scolaire au cours des cinq dernières années 50,0 51,6
Plus haut niveau de scolarité atteint
Sans diplôme d’études secondaires 21,1Note * 33,7
Diplôme d’études secondaires 31,9 36,6
Certificat ou diplôme d’une école de métiers 3,7Note * 6,8
Certificat ou diplôme d’un collège ou d’un cégepTableau 1 Note 1 20,7Note * 11,2
Baccalauréat ou niveau supérieur 22,5Note * 11,7
Groupe d’âge
15 à 24 ans 66,6Note * 71,3
25 à 34 ans 33,4Note * 28,7
Sévérité de l’incapacité
Légère 52,5 50,6
Modérée 21,0 20,5
Sévère 17,3 17,8
Très sévère 9,2 11,1
Nombre d’incapacités
Une 41,7 45,4
Deux ou trois 41,1 37,8
Plus de trois 17,2 16,7

Abandon des études

Une proportion similaire de femmes et d’hommes (29 % chacun) ont dû mettre fin à leurs études en raison de leur état (tableau 2). Environ 9 % des femmes et 12 % des hommes ayant une incapacité ont déclaré avoir déjà mis fin à leurs études ou à leur formation en raison d’un manque d’appareils fonctionnels ou de services de soutien, mais cette différence n’était pas statistiquement significative.

Selon la sévérité de l’incapacité, l’expérience des femmes et des hommes sur le plan de l’abandon des études était généralement similaire, à l’exception d’une différence digne de mention. Chez les personnes ayant une incapacité moins sévère, environ 5 % des femmes ont mis fin à leurs études en raison d’un manque d’appareils fonctionnels ou de services de soutien, une proportion environ deux fois inférieure à celle enregistrée chez les hommes (10 %; à utiliser avec prudence). Une proportion similaire de femmes (23 %) et d’hommes (24 %) dans ce groupe de sévérité ont mis fin à leurs études en raison de leur état. Pour ce qui est des personnes ayant une incapacité plus sévère, comme on pouvait s’y attendre, la proportion de femmes et d’hommes ayant mis fin à leurs études était plus élevée, mais aucune différence selon le sexe n’a été observée.

Dans l’ensemble, au chapitre de l’abandon des études, l’expérience des femmes était en grande partie similaire à celle des hommes, sauf chez les personnes ayant une incapacité moins sévère, en ce qui concerne le manque d’appareils fonctionnels ou de services de soutien.

Expériences d’apprentissage

Parmi les 12 expériences d’apprentissage examinées, les différences selon le sexe n’étaient pas statistiquement significatives pour la moitié d’entre elles, et ce, pour chacun des groupes d’incapacité (incapacité quelconque, incapacité moins sévère, incapacité plus sévère) (tableau 2). Une proportion similaire de femmes (15 %) et d’hommes (14 %) ayant une incapacité quelconque ont commencé l’école plus tard que la majorité des personnes du même âge en raison de leur état (tableau 2, colonne 1). De grandes similarités ont aussi été observées entre les femmes et les hommes ayant une incapacité pour diverses autres expériences d’apprentissage liées à leur condition, y compris le fait de devoir quitter leur milieu pour poursuivre leurs études, le fait de suivre moins de cours ou d’étudier moins de matières qu’ils ne l’auraient voulu, le fait de changer leur orientation scolaire, le fait de limiter leurs choix de cours ou de carrière, et le fait d’assumer des dépenses supplémentaires pour poursuivre leurs études.

Cependant, quelques différences selon le sexe ont été observées. En effet, une proportion plus élevée de femmes (27 %) que d’hommes (20 %) ayant une incapacité quelconque ont suivi des cours en ligne ou à domicile en raison de leur état. Cette différence semble être associée à la catégorie de sévérité : chez les personnes ayant une incapacité sévère, la proportion de femmes (45 %) ayant suivi des cours en ligne ou à domicile était environ deux fois plus élevée que la proportion d’hommes (22 %).

En revanche, une proportion beaucoup plus faible de femmes (26 %) que d’hommes (32 %) ayant une incapacité quelconque ont changé d’école en raison de leur état. Cette différence s’observe surtout chez les personnes ayant une incapacité moins sévère (19 % des femmes et 25 % des hommes). La différence dans la proportion de femmes et d’hommes ayant une incapacité plus sévère qui ont changé d’école était statistiquement peu significative, bien que la proportion soit élevée pour les deux sexes, puisque près de la moitié des femmes (45 %) et des hommes (49 %) dans ce groupe de sévérité ont changé d’école.


Tableau 2
Expériences pédagogiques des Canadiens de 15 à 34 ans ayant une incapacité, selon le sexe et la sévérité de l’incapacité, 2017
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Expériences pédagogiques des Canadiens de 15 à 34 ans ayant une incapacité Incapacité quelconque, Incapacité moins sévère, Incapacité plus sévère, Femmes et Hommes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Incapacité quelconque Incapacité moins sévère Incapacité plus sévère
Femmes Hommes Femmes Hommes Femmes Hommes
pourcentage
Abandon des études
En raison du manque d’appareils fonctionnels ou de services de soutien 9,4 12,1 5,2Note * 10,1Note E: à utiliser avec prudence 21,2 16,8
En raison de leur état 29,1 28,8 22,5 24,0 47,2 40,4
Expériences d’apprentissage
Commencé l’école plus tard 14,9 14,1 11,3 11,4 24,9 20,5
Suivi des cours en ligne ou à domicile 26,9Note * 20,1 20,3 19,3 45,1Note * 22,2
Changé d’école 25,7Note * 31,6 18,8Note * 24,5 45,0 49,1
Quitté leur milieu pour poursuivre leurs études 16,8 17,1 13,0 14,6 27,5 23,3
Inscrits à une école ou à des classes spéciales 17,2Note * 32,6 12,1Note * 24,2 31,2Note * 53,3
Suivi moins de cours ou étudié moins de matières 40,2 40,8 33,4 33,4 59,0 59,1
Changé leur orientation scolaire 29,5 30,8 24,2 26,6 44,3 41,3
Choisi des cours ou une carrière en fonction de leur état 42,7 44,5 36,9 38,2 58,5 60,2
Mis fin à leurs études 31,4 30,1 23,6 27,5 52,8Note * 36,5
Retournés à l’école pour se recycler 17,8 16,2 14,1 16,0 28,0Note * 16,7
Assumé des coûts supplémentaires pour poursuivre leurs études 19,6 18,8 15,6 16,0 30,8 25,9
Pris plus de temps pour atteindre leur niveau de scolarité actuel 39,6Note * 48,0 33,2Note * 42,7 57,2 61,0
Expériences sociales
Évité par certaines personnes 26,7Note * 34,3 18,1Note * 25,1 50,4 56,8
Se sent exclu 45,3 44,4 37,4 36,0 66,9 65,2
Victime d’intimidation 38,2 40,8 31,1 34,8 58,0 55,8
L’une ou l’autre des réponses ci-dessus 56,1 56,6 48,4 49,2 77,4 75,0
Accessibilité de l’école
Besoin d’installations adaptées 7,8 8,1 5,1Note E: à utiliser avec prudence 4,1Note E: à utiliser avec prudence 15,5 18,1
Installations adaptées mises à leur disposition 70,2 69,5 60,0Note E: à utiliser avec prudence 77,1 79,6 65,3
Besoin de transport adapté 3,4Note E: à utiliser avec prudence Note * 7,5 1,2Note E: à utiliser avec prudence Note F: trop peu fiable pour être publié 9,5Note E: à utiliser avec prudence Note * 19,9
Transport adapté mis à leur disposition 76,8 84,9 92,4 Note F: trop peu fiable pour être publié 71,4Note E: à utiliser avec prudence 92,9
Besoin d’appareils fonctionnels ou de services de soutien 37,4Note * 49,7 29,7Note * 41,0 58,6Note * 71,0
Appareils fonctionnels ou services de soutien mis à leur disposition 96,3 96,9 97,1 95,7 95,1 98,7

La proportion de femmes ayant une incapacité quelconque qui ont fréquenté une école ou des classes spéciales dans une école ordinaire en raison de leur état (17 %) était également significativement plus faible que la proportion d’hommes (33 %) ayant une incapacité quelconque. Cette différence était constante d’un groupe de sévérité à l’autre. Chez les personnes ayant une incapacité moins sévère, environ la moitié moins de femmes (12 %) que d’hommes (24 %) ont fréquenté une école ou des classes spéciales. Chez les personnes ayant une incapacité plus sévère, c’était le cas pour moins du tiers des femmes (31 %) et plus de la moitié des hommes (53 %).

Pour deux expériences d’apprentissage, les différences entre les sexes n’étaient apparentes que chez les personnes ayant des incapacités plus sévères. Plus de la moitié des femmes (53 %) ayant une incapacité plus sévère ont déclaré avoir interrompu leurs études en raison de leur état comparativement au tiers de leurs homologues masculins (37 %). De même, une proportion beaucoup plus élevée de femmes (28 %) que d’hommes (17 %) ayant une incapacité plus sévère sont retournées aux études pour se recycler.

Une proportion beaucoup plus faible de femmes (40 %) que d’hommes (48 %) ayant une incapacité quelconque ont déclaré qu’en raison de leur état, cela leur a pris plus de temps pour atteindre leur niveau de scolarité actuel. Cependant, cette différence s’est limitée aux personnes ayant une incapacité moins sévère. Chez ces dernières, 33 % des femmes et 43 % des hommes ont déclaré avoir pris plus de temps pour atteindre leur niveau de scolarité actuel, comparativement à 57 % des femmes et à 61 % des hommes ayant une incapacité plus sévère.

Dans l’ensemble, on a observé quelques différences dans les expériences d’apprentissage entre les hommes et les femmes ayant une incapacité. Parmi les personnes ayant une incapacité quelconque, une proportion significativement plus élevée de femmes que d’hommes ont effectué leurs études en ligne ou à domicile, mais une proportion significativement plus faible de femmes que d’hommes ont changé d’école, ont fréquenté une école ou des classes spéciales, ou ont mis plus de temps à terminer leurs études.

Expériences sociales

En général, les expériences sociales vécues à l’école étaient similaires entre les jeunes femmes et les jeunes hommes ayant une incapacité. Par exemple, 56 % des femmes et 57 % des hommes ayant une incapacité quelconque ont déclaré avoir vécu au moins une des trois expériences sociales négatives à l’école, c’est-à-dire être évité par certaines personnes, se sentir exclu ou être victime d’intimidation. Fait à noter, moins de femmes (27 %) que d’hommes (34 %) ont déclaré que certaines personnes les évitaient à l’école en raison de leur état. Cette différence rend principalement compte de la différence entre les femmes (18 %) et les hommes (25 %) parmi les personnes ayant une incapacité moins sévère, plutôt que parmi celles ayant une incapacité plus sévère. Aucune autre différence selon le sexe n’a été relevée.

Accessibilité de l’école

Dans le cadre de l’ECI, des questions ont été posées sur le besoin d’installations adaptées (p. ex. salles de classe accessibles, toilettes adaptées, rampes, ascenseurs) et de transport adapté pour se rendre à l’école, ainsi que sur le besoin d’appareils fonctionnels, de services de soutien, ou d’un programme d’études modifié. Celles-ci ont été suivies de questions visant à déterminer si ces mesures d’adaptation ont été mises à la disposition des répondants qui en avaient besoin.

Environ 8 % des femmes et des hommes ayant une incapacité quelconque ont déclaré avoir besoin d’installations adaptées et la majorité (70 %) ont dit que ce besoin avait été satisfait.

Un pourcentage significativement plus faible de femmes (3 %; à utiliser avec prudence) que d’hommes (8 %) ayant une incapacité quelconque ont déclaré avoir besoin de transport adapté pour se rendre à l’école. Ce besoin était concentré chez les personnes ayant une incapacité plus sévère. En effet, parmi ces dernières, 10 % (à utiliser avec prudence) des femmes et 20 % des hommes ont déclaré avoir besoin de transport adapté. Parmi les personnes qui en avaient besoin, environ 71 % (à utiliser avec prudence) des femmes et 93 % des hommes ayant une incapacité plus sévère ont déclaré que du transport adapté avait été mis à leur disposition.

Dans l’ensemble des groupes de sévérité, la proportion de femmes ayant déclaré avoir besoin d’appareils fonctionnels, de services de soutien ou d’un programme d’études modifié était significativement moins élevée que la proportion d’hommes. Parmi les personnes ayant une incapacité moins sévère, 30 % des femmes et 41 % des hommes ont déclaré avoir besoin de telles mesures d’adaptation. Pour la grande majorité des personnes de ce groupe de sévérité (97 % des femmes et 96 % des hommes), les mesures d’adaptation requises ont été mises à leur disposition. Parmi les personnes ayant une incapacité plus sévère, 59 % des femmes et 71 % des hommes ont déclaré avoir besoin d’appareils fonctionnels, de services de soutien ou d’un programme d’études modifié, et la majorité des femmes (95 %) et des hommes (99 %) de ce groupe y ont eu accès.

En somme, la proportion de femmes ayant déclaré avoir besoin de transport adapté, d’appareils fonctionnels ou de services de soutien pour fréquenter l’école était significativement plus faible que la proportion d’hommes, mais aucune autre différence selon le sexe n’a été enregistrée dans les expériences liées à l’accessibilité de l’école.

Conclusion

La présente étude repose sur les données de l’Enquête canadienne sur l’incapacité (ECI) de 2017 pour brosser un tableau exhaustif des expériences pédagogiques des femmes ayant une incapacité en comparaison des hommes ayant une incapacité. Dans l’ensemble, les résultats de la présente analyse indiquent qu’il y a plus de similitudes que de différences entre les femmes et les hommes à ce chapitre. Cependant, quelques différences sont dignes de mention.

Chez les personnes ayant une incapacité plus sévère, la proportion de femmes (45 %) ayant suivi des cours en ligne ou à domicile en raison de leur état était deux fois plus élevée que la proportion d’hommes (22 %)Note . Cependant, l’analyse ne permet pas de déterminer si cette situation représente un avantage ou non pour les femmes, car aucune différence n’a été enregistrée entre les hommes et les femmes ayant une incapacité quant à leurs besoins (satisfaits ou non) en matière de mesures d’adaptation pour fréquenter l’école ou terminer des cours.

Comparativement aux hommes, une plus petite proportion de femmes ayant une incapacité ont fréquenté une école ou des classes spéciales. Cette différence pourrait être liée, au moins en partie, aux différences entre les sexes dans les types d’incapacités qui sont habituellement pris en compte pour offrir des classes spéciales (p. ex. les troubles de l’apprentissage, qui sont plus fréquents chez les hommes que chez les femmes) (Oswald et coll., 2003). En raison des limites des données et de la présence de comorbidités chez les répondants de l’ECI (58 % des femmes et 55 % des hommes avaient de multiples incapacitésNote ), il n’a pas été possible d’examiner la manière dont certains types d’incapacité peuvent contribuer aux différences entre les sexes dans les expériences relatives à l’éducation spécialisée et à d’autres expériences pédagogiques. L’écart dans la fréquentation scolaire pourrait aussi être attribuable à la proportion plus élevée de femmes ayant effectué leurs études en ligne ou à domicile.

À l’instar des tendances observées dans la population générale, les femmes ayant une incapacité ont fait état de niveaux de scolarité plus élevés que les hommes. Or, malgré cet avantage, une plus grande proportion de femmes (53 %) que d’hommes (37 %) ayant une incapacité plus sévère ont déclaré avoir interrompu leurs études en raison de leur état.

Pour de nombreuses expériences pédagogiques, les hommes ayant une incapacité ont déclaré être plus désavantagés que les femmes. Chez les personnes ayant une incapacité moins sévère, la proportion d’hommes (10 %; à utiliser avec prudence) ayant mis fin à leurs études en raison du manque d’appareils fonctionnels ou de services de soutien est deux fois plus élevée que la proportion de femmes (5 %). Alors que la proportion d’hommes ayant déclaré avoir besoin d’appareils fonctionnels et de services de soutien était plus prononcée que la proportion de femmes (50 % par rapport à 37 %), l’accès à ces appareils et services ne présentait aucune différence significative selon le sexe. Les hommes étaient également proportionnellement plus nombreux à déclarer avoir besoin de transport adapté pour se rendre à l’école. Enfin, une plus grande proportion d’hommes que de femmes ont déclaré qu’en raison de leur état, ils avaient dû changer d’école et qu’il leur avait fallu plus de temps pour atteindre leur niveau de scolarité actuel.

Les résultats de la présente étude mettent en lumière les différences sur le plan des expériences pédagogiques entre les femmes et les hommes ayant une incapacité. D’autres recherches seront nécessaires pour mieux comprendre les facteurs qui peuvent être associés à ces différences, et pour déterminer si ces différences varient selon le type d’incapacité et les caractéristiques démographiques. En raison des limites des données, il n’a pas été possible de mener une analyse plus approfondie de ces questions et les différences présentées ci-dessus se veulent globales. Les résultats n’excluent pas la possibilité que d’autres facteurs puissent contribuer aux différences entre les femmes et les hommes. De plus, les questions de l’ECI sur les expériences pédagogiques ont été posées uniquement aux personnes qui étaient aux études au moment de l’enquête ou au cours des cinq années précédentes. Les données ne permettent donc pas de déterminer s’il y a des différences dans les obstacles à la fréquentation scolaire et dans les expériences pédagogiques entre les femmes et les hommes qui n’étaient pas aux études.

Bibliographie

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