Rapports économiques et sociaux
Revenus des immigrants économiques sélectionnés dans le cadre d’un processus de sélection en une étape et en deux étapes : comparaisons par rapport à l’année d’arrivée

Date de diffusion : le 24 janvier 2024

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202400100006-fra

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Résumé

Depuis le début des années 2000, le processus de sélection des immigrants en deux étapes, dans le cadre duquel les immigrants économiques sont sélectionnés à partir d’un bassin de travailleurs étrangers temporaires, a rapidement pris de l’ampleur. Des recherches antérieures ont indiqué qu’après leur établissement, les immigrants hautement qualifiés sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes affichaient des revenus plus élevés que les immigrants comparables sélectionnés dans le cadre d’un processus de sélection en une étape (c’est-à-dire ceux sélectionnés directement à l’étranger). Cependant, une question importante qui n’a pas été examinée à fond est de savoir si l’avantage sur le plan des revenus des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus de sélection en deux étapes par rapport aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus de sélection en une étape persistait si l’on comparait les deux groupes à partir de leur année d’arrivée plutôt que de l’année où ils sont devenus résidents permanents. Étant donné qu’aucun des deux groupes ne possédait d’expérience de travail au Canada à leur arrivée, cela en éliminait l’influence potentielle sur les écarts de revenu. Les résultats de la présente étude révèlent que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes avaient toujours des revenus annuels plus élevés que leurs homologues sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape dans la même catégorie d’admission lorsque la comparaison commençait à partir de leur année d’arrivée initiale. Ces écarts de revenu, bien que réduits, sont demeurés substantiels après la prise en compte des différences sociodémographiques entre les deux groupes et après 10 ans suivant l’arrivée initiale. De plus, ces tendances se sont généralement maintenues entre les cohortes d’arrivée successives. La conclusion comprend une analyse des répercussions de ces constatations et permet d’explorer les raisons possibles de ces résultats.

Mots clés : expérience de travail au Canada, immigration, processus de sélection des immigrants en deux étapes, revenu

Auteurs

Feng Hou travaille à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation de la Direction des études analytiques et de la modélisation à Statistique Canada. Garnett Picot travaille à la Direction générale de la recherche et des données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier René Morissette de Statistique Canada, Tammy Anstey et Youn-Young Park de la Direction générale immigration économique permanente d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada pour leurs conseils et leurs commentaires sur une version antérieure du présent document.

Introduction

L’élargissement du processus de sélection des immigrants en deux étapes a été un important progrès dans la façon dont les immigrants économiques sont sélectionnés au Canada (Hou, Crossman et Picot, 2020a). Selon cette approche, les immigrants économiques sont sélectionnés à partir du bassin de travailleurs étrangers temporaires et d’étudiants étrangers ayant une certaine expérience de travail au Canada. Le pourcentage de demandeurs principaux de l’immigration économique ayant une expérience de travail au Canada avant l’établissement et qui ont été sélectionnés est passé de 12 % en 2000 à environ 60 % à la fin des années 2010 (graphique 1). La proportion a atteint 78 % en 2021, principalement en raison de la pandémie de COVID-19Note . La croissance de la sélection des immigrants en deux étapes a été le principal facteur de l’amélioration des résultats économiques des immigrants au moment de leur établissement depuis 2000 (Hou, Crossman et Picot, 2020b). En effet, les immigrants qui avaient des emplois bien rémunérés ou hautement spécialisés pendant qu’ils étaient travailleurs étrangers temporaires (immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes) affichaient de meilleurs résultats sur le marché du travail après la migration par rapport aux immigrants comparables sélectionnés directement de l’étranger (immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape). Le même résultat ne s’applique pas aux immigrants à faible revenu ou peu qualifiés sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes (Hou, Crossman et Picot, 2020b; Sweetman et Warman, 2014).

Graphique 1 : Pourcentage des immigrants économiques ayant des revenus au Canada avant l’immigration, de 2000 à 2021

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Année d’obtention de la résidence permanente (titres de rangée) et Tous les immigrants économiques, Demandeurs principaux de l’immigration économique et Conjoints et personnes à charge, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année d’obtention de la résidence permanente Tous les immigrants économiques Demandeurs principaux de l’immigration économique Conjoints et personnes à charge
pourcentage
2000 5,7 11,7 1,2
2001 5,5 11,3 1,2
2002 5,7 11,6 1,3
2003 6,6 13,3 1,6
2004 8,0 16,0 2,2
2005 7,2 15,2 2,0
2006 11,3 22,8 3,3
2007 13,1 25,9 3,8
2008 15,7 31,1 4,4
2009 17,9 34,5 5,1
2010 16,6 32,9 4,5
2011 16,6 32,8 4,5
2012 20,2 39,8 5,8
2013 24,2 44,8 7,2
2014 33,3 57,4 10,1
2015 32,3 58,3 9,6
2016 32,0 58,4 10,1
2017 40,4 67,1 12,8
2018 35,7 58,2 11,9
2019 35,9 56,6 13,1
2020 46,6 66,8 20,6
2021 71,1 88,4 35,8

Il y a au moins deux explications possibles au fait que les immigrants qualifiés sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes obtiennent de meilleurs résultats que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape alors qu’ils étaient dotés de caractéristiques autrement semblables, comme la scolarité, la connaissance des langues officielles et la région source.

La première explication se rapporte au concept de processus de sélection multiple (Hou et Bonikowska, 2018). La sélection en deux étapes peut améliorer la correspondance entre les compétences des immigrants et la demande du marché de l’emploi, car les employeurs peuvent évaluer directement les compétences et les qualités intangibles des travailleurs étrangers temporaires. En même temps, ces travailleurs étrangers peuvent découvrir la vie au Canada avant de s’engager à obtenir la résidence permanente. Les immigrants qui excellent comme travailleurs étrangers temporaires sont moins susceptibles de rencontrer des difficultés liées à la transférabilité de leurs compétences, un problème auquel sont souvent confrontés les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape.

La deuxième explication porte sur l’avantage d’avoir une longueur d’avance sur l’expérience de travail au Canada. Les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes ont déjà accumulé plusieurs années d’expérience de travail au Canada avant d’obtenir la résidence permanente (c.-à-d. au moment de leur établissement). Étant donné que l’expérience de travail au Canada est un solide prédicteur des revenus des immigrants, ces personnes ont un avantage par rapport aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape qui n’ont pas cette expérience préalable.

Les recherches antérieures évaluaient habituellement les résultats économiques des immigrants après leur année d’établissement. Comme l’objectif est de fournir des renseignements qui pourraient améliorer la sélection des résidents permanents, il est nécessaire de connaître leurs résultats économiques en tant que résidents permanents. Lors de la prise de décision de sélection, le système doit composer avec deux types de candidats : ceux qui ont une expérience de travail antérieure au Canada et ceux qui n’en ont pas. La question est de savoir quel groupe obtiendra de meilleurs résultats après l’immigration, à court et à long terme. Par conséquent, l’année d’établissement a surtout été utilisée comme point de départ de la comparaison dans des recherches antérieures. Toutefois, la comparaison à partir de l’année d’établissement n’a pas permis de répondre à la question de savoir si les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes obtiennent toujours de meilleurs résultats sur le plan des revenus que ceux sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, si on les compare après l’année d’arrivée, alors qu’aucun des deux groupes n’a d’expérience de travail au Canada.

Dans le cadre d’une étude antérieure, un examen partiel des différences de revenu entre les deux groupes en fonction de l’année d’arrivée a été mené (Hou et Bonikowska, 2018). Cette étude a permis de constater que les travailleurs étrangers temporaires qualifiés qui sont arrivés pour la première fois durant la période de 1990 à 2006 avaient un important avantage sur le plan des revenus par rapport aux immigrants économiques sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape à partir de l’année d’arrivée, et que cet avantage persistait même 15 ans après l’arrivée. Cependant, les travailleurs étrangers temporaires non qualifiés affichaient des revenus initiaux plus faibles et une croissance des revenus beaucoup plus lente comparativement à ceux des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape. L’une des limites de cette étude est qu’elle reposait sur le niveau de compétence professionnelle indiqué sur les permis de travail liés à un employeur donné pour déterminer les travailleurs étrangers temporaires qualifiés et non qualifiés, mais cette approche n’était pas adaptée aux travailleurs étrangers temporaires titulaires d’un permis de travail ouvert, qui ne précise pas la profession.

De façon plus générale, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une ou en deux étapes sont souvent sélectionnés par l’intermédiaire de différents programmes d’immigration économique qui ont d’importantes répercussions sur les revenus. Plus précisément, la Catégorie de l’expérience canadienne (CEC) et le Programme des aides familiaux résidants (PAFR) s’appliquent aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes, mais pas à ceux sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape. Les immigrants admis au titre de la CEC ont souvent des revenus élevés, mais les immigrants admis au titre du PAFR ont de très faibles revenus. Il n’est pas approprié de comparer l’un ou l’autre de ces groupes avec des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, lorsque ces catégories n’existent pas. Il est préférable de comparer les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes dans la même catégorie d’admission, en particulier ceux admis au titre du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) (PTQF) et au titre du Programme des candidats des provinces (PCP), deux grands programmes qui s’appliquent aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes.

Le présent article permet de comparer les revenus des immigrants économiques sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes à partir de l’année de leur arrivée, en mettant l’accent sur la comparaison au sein des principales catégories d’admission. Il permet d’examiner en outre si les résultats de la comparaison ont changé entre les cohortes d’arrivée des années 2000 aux années 2010. Des changements importants dans les programmes d’immigration, y compris l’introduction de la CEC en 2008, l’élargissement du PCP et la mise en œuvre du système Entrée express en 2015, pourraient avoir modifié la composition des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes, ce qui aurait eu une incidence sur leurs revenus relatifs.

La présente analyse repose sur la Base de données longitudinales sur l’immigration et porte sur les demandeurs principaux de l’immigration économique âgés de 25 à 54 ans au cours de l’année d’arrivée. Dans le présent article, « immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes » fait référence aux personnes qui sont initialement venues au Canada avec un permis de travail, ou qui sont arrivées avec un permis d’études et ont réalisé des revenus au Canada, et qui sont devenues par la suite des immigrants économiquesNote . À titre de comparaison, « immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape » désigne les immigrants économiques qui n’ont pas d’expérience de travail ou d’études au Canada avant d’obtenir la résidence permanente. Pour les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes, l’année d’arrivée est celle où le premier permis de travail a été délivré ou l’année où le premier permis d’études a été délivré si le titulaire du permis d’études n’avait pas de permis de travail, mais a déclaré des revenus. Pour les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, l’année d’arrivée est celle de l’établissement.

Changements importants dans la répartition par programme d’admission

Le tableau 1 montre d’importants changements dans les programmes d’admission pour les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes des années 2000 aux années 2010. Parmi les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, il y a eu une diminution importante de la proportion d’immigrants admis au titre du PTQF (de 70 % à 51 %), accompagnée d’une forte augmentation de ceux admis au titre du PCP (de 6 % à 25 %).


Tableau 1
Répartition par programme d’admission parmi les demandeurs principaux de l’immigration économique, âgés de 25 à 54 ans à l’arrivée
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Répartition par programme d’admission parmi les demandeurs principaux de l’immigration économique Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en une étape et Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en deux étapes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en une étape Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en deux étapes
pourcentage
Arrivées de 2000 à 2009
Catégorie de l’expérience canadienne 0,0 7,4
Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) 70,0 18,1
Programme des candidats des provinces 5,7 24,3
Programmes des aides familiaux 0,0 42,5
Autres programmes économiques 24,4 7,7
Arrivées de 2010 à 2014
Catégorie de l’expérience canadienne 0,0 22,0
Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) 41,0 6,7
Programme des candidats des provinces 22,0 35,9
Programmes des aides familiaux 0,0 23,2
Autres programmes économiques 37,1 12,1
Arrivées de 2015 à 2019
Catégorie de l’expérience canadienne 0,0 39,4
Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) 52,7 8,0
Programme des candidats des provinces 24,9 32,0
Programmes des aides familiaux 0,0 5,3
Autres programmes économiques 22,5 15,3

Chez les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes, au cours de la même période, il y a eu une diminution importante de la proportion d’immigrants admis au titre du PAFR (de 43 % à 5 %) et du PTQF (de 18 % à 8 %). Parallèlement, il y a eu une augmentation considérable de la proportion d’immigrants admis au titre de la CEC (de 7 % à 39 %) et du PCP (de 24 % à 32 %).

Ces changements importants dans la composition du programme d’admission chez les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes ont une incidence sur les revenus moyens et médians, parce que les immigrants des différents programmes d’admission ont des niveaux de revenus très différents.

Les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes avaient des revenus supérieurs à ceux des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape dans le Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) et le Programme des candidats des provinces

Pour les mêmes programmes d’admission, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes affichaient toujours des revenus supérieurs à ceux des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, tant au cours des premières années qu’une décennie après leur arrivée (tableau 2)Note . Cette tendance s’est maintenue pour le PTQF, le PCP et les « autres » programmes économiques (p. ex. le Programme des travailleurs de métiers spécialisés (fédéral) et la sélection du Québec), ainsi que pour les trois cohortes d’arrivée sur lesquelles repose la présente analyse. Cette constatation vaut également pour les résultats non ajustés (bruts) et les résultats ajustés (après prise en compte des différences de caractéristiques sociodémographiques).


Tableau 2
Revenus annuels médians des demandeurs principaux de l’immigration économique qui avaient des revenus positifs au cours d’une année donnée, par catégorie d’admission, âgés de 25 à 54 ans à l’arrivée
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Revenus annuels médians des demandeurs principaux de l’immigration économique qui avaient des revenus positifs au cours d’une année donnée. Les données sont présentées selon Cohortes d’arrivée et année depuis l’arrivée (titres de rangée) et Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en une étape , Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en deux étapes, Tous, PTQF, PCP, Autres, CEC et Aides familiaux, calculées selon dollars de 2020 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Cohortes d’arrivée et année depuis l’arrivée Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en une étape Immigrants sélectionnés dans le cadre d'un processus en deux étapes
Tous PTQF PCP Autres Tous CEC PTQF PCP Aides familiaux Autres
dollars de 2020
Arrivées de 2000 à 2009
1 25 700 27 400 29 200 20 200 27 200 38 300 48 400 42 200 20 800 36 400
2 32 000 34 700 32 900 25 400 29 100 42 900 54 700 44 000 21 700 41 400
3 36 700 40 000 35 800 29 700 31 700 45 700 58 400 46 000 22 200 44 900
4 41 200 45 000 38 400 33 800 35 900 49 400 63 100 48 800 24 900 48 200
5 45 000 49 400 40 200 37 200 39 300 53 100 67 600 51 800 27 800 51 100
6 48 600 53 300 42 300 40 500 41 900 56 800 71 100 54 500 30 100 54 000
7 51 400 56 300 43 300 43 200 43 900 60 100 74 200 56 000 31 900 56 300
8 53 600 58 700 44 200 45 600 45 400 62 600 76 400 56 600 33 600 58 500
9 55 700 60 600 45 300 48 200 47 000 64 400 78 800 57 900 35 200 60 900
10 57 500 62 400 46 200 50 400 48 500 66 600 80 700 58 900 36 900 64 200
Arrivées de 2010 à 2014
1 23 700 26 100 27 100 18 700 31 100 43 800 39 700 35 300 23 400 35 300
2 29 000 33 200 31 900 23 300 35 200 50 000 50 000 39 500 24 000 40 400
3 33 200 38 300 34 500 27 900 38 700 54 700 55 600 42 600 25 100 43 600
4 37 400 43 400 36 700 32 700 42 600 59 500 63 400 45 300 28 900 47 300
5 40 800 47 400 38 600 37 000 45 600 63 800 68 700 47 900 32 000 51 000
6 44 200 50 800 40 200 41 100 48 400 67 700 74 500 50 300 33 900 54 500
Arrivées de 2015 à 2019
1 32 300 39 400 30 500 23 000 40 700 50 800 49 600 38 900 25 000 30 300
2 39 969 50 429 36 552 29 052 46 037 57 634 61 664 42 674 26 763 33 551

En ce qui concerne les résultats non ajustés (tableau 2), pour les immigrants qui sont arrivés de 2000 à 2009, l’écart absolu dans les revenus médians entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes et en une étape est demeuré relativement stable au cours des 10 années suivant leur arrivée. Il se situait de 18 000 $ à 21 000 $ pour le PTQF et de 11 000 $ à 13 000 $ pour le PCP. Pour la cohorte de 2010 à 2014, l’écart des revenus a augmenté avec le nombre d’années passées au CanadaNote .

Cependant, l’écart relatif, exprimé en pourcentage, a diminué rapidement au cours des cinq premières années et plus graduellement par la suite. Les écarts ajustés et non ajustés sont présentés dans les graphiques 2 et 3 en fonction des revenus moyens. Les résultats ajustés sont dérivés d’un modèle de régression qui tient compte des différences de caractéristiques sociodémographiques entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapesNote .

L’écart ajusté est un peu plus faible que l’écart non ajusté parce que, comparativement aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, ceux sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes avaient plus de caractéristiques associées à des revenus plus élevés. Par exemple, dans la cohorte de 2010 à 2014 des immigrants admis au titre du PTQF, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes étaient plus jeunes à leur arrivéeNote , étaient plus susceptibles d’être de sexe masculin, affichaient un pourcentage plus élevé de personnes dont le français ou l’anglais était leur langue maternelle, et comprenaient une plus forte proportion de personnes de l’Asie du Sud et de l’Asie du Sud-Est, par rapport aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape. Ces différences expliquaient 41 % de l’écart des revenus entre les deux groupes au cours de la première année suivant l’arrivée et 63 % au cours de la sixième année.

Après avoir pris en compte des différences sociodémographiques (résultats ajustés), parmi la cohorte de 2000 à 2009, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes admis au titre du PCP affichaient des revenus en moyenne 51 % plus élevés que leurs homologues sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape au cours de la première année suivant leur arrivée, et 25 % plus élevés au cours de la sixième année, après quoi la différence demeurait stable (graphique 2). Une tendance semblable a été observée chez les immigrants admis au titre du PTQF, même si les chiffres étaient quelque peu différents. La cohorte de 2010 à 2014 affichait elle aussi une tendance semblable. Dans le PCP et le PTQF, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes réalisaient des revenus de 39 % à 45 % plus élevés que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape au cours de la première année suivant leur arrivée, une différence passant de 17 % à 19 % la sixième année (graphique 3).

Graphique 2 : Écarts des revenus non ajustés et ajustés en pourcentage entre les immigrants économiques sélectionnés dans le cadre d'un processus en deux étapes et en une étape âgés de 25 à 54 ans à leur arrivée, arrivées de 2000 à 2009

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2. Les données sont présentées selon Nombre d'années depuis l’arrivée (titres de rangée) et Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), Programme des candidats des provinces, revenus non ajustés et revenus ajustés, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Nombre d'années depuis l’arrivée Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) Programme des candidats des provinces
revenus non ajustés revenus ajustés revenus non ajustés revenus ajustés
pourcentage
1 97,0 65,9 72,6 51,4
2 77,6 49,0 64,4 43,9
3 62,5 36,0 57,5 37,6
4 50,8 26,0 51,5 32,4
5 42,0 18,5 46,6 28,0
6 35,7 13,3 42,6 24,5
7 31,5 9,9 39,3 21,9
8 29,3 8,3 36,9 19,9
9 29,1 8,4 35,2 18,7
10 30,7 10,2 34,1 18,1

Graphique 3 : Écarts des revenus non ajustés et ajustés en pourcentage entre les immigrants économiques sélectionnés dans le cadre d'un processus en deux étapes et en une étape âgés de 25 à 54 ans à leur arrivée, arrivées de 2010 à 2014

Tableau de données du graphique 3 
Tableau de données du graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3. Les données sont présentées selon Nombre d'années depuis l’arrivée (titres de rangée) et Programme des travailleurs qualifiés (fédéral), Programme des candidats des provinces, revenus non ajustés et revenus ajustés, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Nombre d'années depuis l’arrivée Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) Programme des candidats des provinces
revenus non ajustés revenus ajustés revenus non ajustés revenus ajustés
pourcentage
1 75,5 44,8 56,5 39,0
2 67,0 36,5 50,0 33,1
3 59,7 29,6 44,6 28,1
4 53,6 24,1 40,2 24,1
5 48,5 19,8 36,5 20,9
6 44,4 16,6 33,7 18,5

Les différences dans les revenus initiaux entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes et en une étape se sont rétrécies entre la cohorte d’arrivée de 2000 à 2009 et celle de 2010 à 2014 pour le PTQF et le PCP (graphiques 2 et 3). Ce changement s’est probablement produit parce qu’un moins grand nombre de travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés (qui affichent généralement des revenus élevés après l’immigration) ont présenté une demande dans le cadre du PTQF ou du PCP, depuis qu’ils sont devenus admissibles en 2009 à le faire par l’entremise de la CEC. Cela a donc réduit le nombre de demandeurs pour le PTQF et le PCP dans les cohortes d’arrivée plus récentes. Avant 2009, ils devaient présenter une demande dans le cadre du PTQF ou du PCP.

De la cohorte de 2010 à 2014 à la cohorte de 2015 à 2019, l’écart des revenus entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes et en une étape admis au titre du PTQF a diminué davantage, car les revenus des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape ont enregistré une forte augmentation (tableau 2). Cette situation est probablement attribuable à la mise en œuvre, en 2013, d’une évaluation obligatoire des diplômes d’études avant la migration, qui a entraîné une hausse importante des revenus chez les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape. Toutefois, cette augmentation ne s’appliquait pas aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes, probablement parce que leurs titres scolaires avaient déjà été évalués directement par les employeurs (Banerjee et coll., 2021).

En comparant les revenus non ajustés de tous les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes avec ceux de leurs homologues sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, c’est-à-dire sans tenir compte des différences dans les programmes d’admission, alors, parmi la cohorte de 2000 à 2009, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape affichaient des revenus plus élevés que ceux sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes (tableau 2). Cela s’explique par le fait que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes comprenaient des aides familiaux qui affichaient de faibles revenus, et que leur forte proportion réduisait les revenus globaux de tous les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes pour les rendre inférieurs à ceux de leurs homologues sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape. Cependant, dans les cohortes de 2010 à 2014 et de 2015 à 2019, les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes affichaient, dans l’ensemble, des revenus supérieurs aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, malgré les différences entre les catégories d’admission. Cela s’explique par le fait que la proportion d’immigrants admis au titre du PAFR parmi les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes a diminué considérablement dans les cohortes plus récentes. Ces résultats montrent clairement que la comparaison des résultats non ajustés de tous les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes ne constitue pas une évaluation valable des écarts de revenus entre les deux groupes en raison de leurs différences dans les programmes de sélection et leurs antécédents socioéconomiques.

Conclusion

Les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes admis au titre du Programme des travailleurs qualifiés (fédéral) (PTQF) et du Programme des candidats des provinces (PCP) avaient constamment des revenus annuels plus élevés que leurs homologues sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape de la même catégorie d’admission lorsque la comparaison commençait à partir de l’année de leur arrivée initiale. Ce résultat était vrai pour les revenus non ajustés (réels) et ajustés lorsque l’on tenait compte des différences sociodémographiques entre les groupes.

L’écart de revenus s’est rétréci quelque peu entre les cohortes d’arrivée successives. De la cohorte de 2000 à 2009 à la cohorte de 2010 à 2014, l’écart de revenus entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux et en une étape au cours des premières années suivant leur arrivée s’est resserré pour le PTQF et le PCP. Cette variation peut être attribuée à un changement dans les types de programmes par lesquels les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus à deux étapes ont été admis. Fait intéressant, après 2008, les travailleurs étrangers temporaires hautement qualifiés pouvaient présenter une demande par l’entremise de la CEC, ce qui a réduit la proportion d’immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes ayant un potentiel de revenus élevés dans le PTQF et le PCP. De plus, les écarts de revenus entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux et en une étape admis au titre du PTQF ont diminué davantage entre la cohorte de 2010 à 2014 et la cohorte de 2015 à 2019. Cette réduction est probablement attribuable à la mise en œuvre, en 2013, d’une évaluation obligatoire des diplômes d’études avant la migration, qui a entraîné une hausse importante des revenus chez les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape.

Comme mentionné dans l’introduction, il existe deux hypothèses principales quant à la raison pour laquelle les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes ont tendance à avoir des revenus supérieurs à ceux des immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape, après leur établissement. Une explication concerne les multiples processus de sélection appliqués aux immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes. La deuxième concerne l’avantage que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes tirent de leur expérience de travail au Canada, ce que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape n’ont pas au moment de leur établissement. Étant donné que ni les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape ni ceux sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes n’ont d’expérience de travail au Canada lorsque les revenus sont évalués à partir de l’année d’arrivée, la différence dans les revenus ajustés observée dans la présente étude correspond à l’hypothèse du processus de sélection multiple.

Par exemple, les écarts de revenus entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes étaient importants au cours des premières années après leur arrivée (écart ajusté de 40 % à 60 %) et ont diminué avec les années depuis leur arrivée, bien qu’ils aient persisté (près de 20 % au cours de la sixième année). Les différences dans le processus de sélection peuvent être la cause de ces variations. Les travailleurs étrangers temporaires sont habituellement sélectionnés par les employeurs pour des emplois qui correspondent à leur niveau de compétence dès le départ, surtout ceux dont le niveau de compétences est plus élevé. Toutefois, ce n’est pas toujours le cas pour les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape. Comme ils peuvent avoir besoin de temps pour s’adapter au marché du travail canadien, cela rend leurs compétences moins immédiatement applicables. Par conséquent, il existe une disparité importante des revenus entre ces deux groupes au cours des premières années suivant leur arrivée. Cette disparité tend à diminuer, mais ne disparaît pas, à long terme.

L’analyse souligne l’importance de produire des résultats ajustés. Le fait d’établir des comparaisons des revenus entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une et en deux étapes sans tenir compte des différences entre les catégories d’admission et d’autres caractéristiques sociodémographiques ne fournit pas une évaluation valable de l’effet des processus de sélection en une et en deux étapes sur les revenus. De façon plus générale, des recherches antérieures ont souligné l’importance de faire la distinction entre les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes en fonction de la qualité de leur expérience de travail au Canada avant l’immigration, évaluée en fonction du niveau de leurs revenus au Canada avant l’immigration. Cette mesure indique probablement la « valeur effective sur le marché » des compétences et des qualifications des immigrants (Hou et Picot, 2016; Picot et coll., 2020).

Bien que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en deux étapes aient affiché de meilleurs résultats sur le marché du travail que les immigrants sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape ayant des facteurs de capital humain semblables, qu’ils soient mesurés à partir de l’année d’arrivée ou de l’année d’établissement, le succès durable du processus de sélection en deux étapes dépend du niveau de compétence des immigrants sélectionnés dans le bassin des travailleurs étrangers temporaires. Des recherches antérieures indiquent que les travailleurs étrangers temporaires qui occupent des emplois peu spécialisés ou faiblement rémunérés doivent généralement composer avec des revenus plus faibles et une croissance plus lente de la rémunération que les immigrants comparables sélectionnés dans le cadre d’un processus en une étape (Hou et Bonikowska, 2018). De plus, la présence croissante des travailleurs étrangers temporaires et des étudiants étrangers dans la population active présente des défis potentiels (voir Crossman, Hou et Picot [2020] pour un aperçu). Il y a un risque que les travailleurs étrangers temporaires soient vulnérables à l’exploitation et à des conditions de travail inférieures aux normes. Une offre importante de travailleurs étrangers temporaires pourrait exercer une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs domestiques et réduire les incitations pour les employeurs à améliorer la productivité grâce à la technologie et à l’investissement de capitaux. Les employeurs qui recherchent de la main-d’œuvre à faible coût pourraient accorder la priorité à la demande à court terme plutôt qu’à la compétitivité à long terme. Par conséquent, les programmes parrainés par ces derniers pourraient ne pas répondre efficacement aux besoins à long terme du marché du travail et de l’économie en général. Ces considérations font ressortir la nécessité d’un examen attentif des avantages et des défis potentiels de la sélection des immigrants dans le cadre d’un processus en deux étapes.

Bibliographie

Banerjee, R., F. Hou, J. Reitz et T. Zhang. 2021. « Evaluating foreign skills: Effects of credential assessment on skilled immigrants’ labour market performance in Canada. » Canadian Public Policy.

Crossman, E., F. Hou et G. Picot. 2020. « Sélection des immigrants en deux étapes : examen des avantages et des défis potentiels. » Statistique Canada : Aperçus économiques, no 111, produit no 11‑626‑X — 2020009 au catalogue de Statistique Canada

Hou, F. et A. Bonikowska. 2018. « Selections before the selection: Earnings advantages of immigrants who were former skilled temporary foreign workers in Canada. » International Migration Review. 52(3) : 695 à 723.

Hou, F., E. Crossman et G. Picot. 2020a. « Sélection des immigrants en deux étapes : analyse de son expansion au Canada. » Statistique Canada : Aperçus économiques, no 112, produit no 11-626-X au catalogue de Statistique Canada. Ottawa.

Hou, F., E. Crossman et G. Picot. 2020b. « Sélection des immigrants en deux étapes : tendances récentes de la situation des immigrants sur le marché du travail. » Statistique Canada : Aperçus économiques, no 113, produit no 11-626-X au catalogue de Statistique Canada. Ottawa.

Hou, F. et G. Picot. 2016. « Changing immigrant characteristics and pre-landing Canadian earnings: Their effect on entry earnings over the 1990s and 2000s. » Canadian Public Policy, 42(3) : 308 à 323.

Picot, G., F. Hou, L. Xu et A. Bonikowska. 2020. « Quels facteurs de sélection permettent le mieux de prédire les gains des demandeurs principaux d’une catégorie de l’immigration économique? » Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada. Recherche sur les politiques, Direction générale de la recherche et de l’évaluation.

Sweetman, A. et C. Warman (2014). « Former temporary foreign workers and international students as sources of permanent immigration. » Canadian Public Policy, 40(4) : 392 à 407.

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