Rapports économiques et sociaux
Déséquilibres du marché du travail : données probantes de l’Outil de suivi de l’économie canadienne

Date de diffusion : le 28 juin 2023

DOI: https://doi.org/10.25318/36280001202300600001-fra

Passer au texte

Début du texte

Chaque mois, Statistique Canada publie des dizaines de communiqués de données statistiques et d’analyses dans le cadre de sa mission visant à aider les Canadiens à mieux comprendre leur pays. Ces statistiques mettent en lumière les tendances qui touchent les personnes vivant au Canada et la dynamique interreliée au sein de l’économie canadienne. Les tendances ou les chocs dans n’importe quel secteur économique ont des répercussions sur d’autres secteurs : les dépenses et la production, les emplois et les prix, les industries et les régions géographiques. Cette dynamique a été particulièrement forte pendant la période de turbulences économiques déclenchée par la pandémie de COVID-19, ce qui a mis en évidence la valeur des statistiques détaillées et actuelles pour comprendre la société canadienne.

L’Outil de suivi de l’économie canadienne, lancé le 16 mai 2023, est un nouvel outil de visualisation des données qui combine certains indicateurs mensuels de l’activité économique provenant de l’Entrepôt commun de données de sortie de Statistique Canada en une interface unifiée et personnalisable. L’outil de suivi comprend actuellement six indicateurs : entreprises nouvellement ouvertes et fermées, emploi et rémunération hebdomadaire moyenne, postes vacants et taux de postes vacants, produit intérieur brut, Indice des prix à la consommation et prix des produits industriels. Chaque nouvelle diffusion de données pour ces séries est automatiquement intégrée dans l’Outil de suivi de l’économie canadienne, ce qui permet de s’assurer que les statistiques demeurent actuelles et à jour.

L’Outil de suivi de l’économie canadienne réunit les travaux de nombreux secteurs de programme au sein de Statistique Canada, tant en ce qui concerne les données sous-jacentes affichées que la collaboration qui a mené à sa création et à sa conception. L’interface de visualisation facilite les comparaisons entre les indicateurs économiques et la désagrégation par industrie, catégorie de produit et région géographique. Ce projet reflète le principe selon lequel l’intégration de l’information entre les champs d’activité économique renforce la capacité de comprendre l’économie canadienne et sa dynamique changeante.

Cet article est le premier d’une série qui dévoilera des renseignements tirés de l’Outil de suivi de l’économie canadienne. Ces articles permettront d’explorer et d’interpréter les tendances qui touchent les Canadiens pendant que l’activité économique continue de reprendre de la vigueur après avoir été touchée par la pandémie.

Les déséquilibres sur le marché du travail persistent, mais varient d’une industrie à l’autre

Des déséquilibres importants entre l’offre et la demande de main-d’œuvre ont été un élément persistant de la reprise après la pandémie depuis que l’activité économique a commencé à augmenter de façon constante au cours du deuxième semestre de 2021. Malgré l’ajout de 1,4 million d’emplois salariés entre le milieu de l’année 2021 et le printemps 2022, les postes vacants, après correction pour tenir compte de la saisonnalité, ont dépassé le million d’avril à juin 2022, car les défis liés au recrutement et au maintien en poste des travailleurs sont demeurés généralisés. Bien que les hausses solides du nombre d’emplois enregistrées au cours des derniers mois se soient accompagnées d’une diminution graduelle du nombre de postes vacants, le nombre total de postes vacants demeure bien au-dessus des niveaux prépandémiques, puisque le ratio de chômeurs par rapport au nombre total de postes vacants, un indicateur clé de la tension du marché du travail, demeure proche des creux historiquesNote .

La demande de main-d’œuvre non comblée diminue dans l’hébergement et les services de restauration et dans la fabrication

L’évolution du nombre total de postes vacants au cours de la dernière année peut occulter d’importantes différences au niveau de l’industrie, où les employeurs et les travailleurs continuent de s’adapter à des tensions particulières. La diminution du nombre de postes vacants dans les secteurs axés sur la clientèle, comme l’hébergement et les services de restauration, et dans les secteurs à forte intensité de commerce, comme la fabrication, contraste avec l’augmentation continue de la demande de main-d’œuvre dans les services du secteur public, notamment les soins de santé et l’assistance sociale. Voici un aperçu des tendances récentes en matière d’emploi et de production dans ces secteurs.

Au cours de la dernière année, moins d’entreprises du secteur de l’hébergement et des services de restauration et du secteur de la fabrication ont signalé des défis liés au recrutement et au maintien en poste, et les intentions d’embauche dans les deux secteurs ont commencé à diminuer (graphique 1)Note . Après être demeuré ou à proximité des niveaux à deux chiffres pendant cinq trimestres consécutifs, le taux de postes vacants dans les services d’hébergement et de restauration a chuté à 7,8 % à la fin de 2022, encore plus de 3 points de pourcentage au-dessus de son niveau prépandémiqueNote . Les augmentations des salaires offerts de fin 2021 à fin 2022 dans ce secteur (+5,4 %) continuent d’être inférieures à la moyenne pour l’ensemble de l’économie (+8,5 %). Le nombre total de postes vacants dans les secteurs de l’hébergement et des services de restauration a fortement diminué depuis le milieu de 2022, pour atteindre 90 000 à la fin de l’année, et il est demeuré près de ce niveau au début de 2023Note .

Graphique 1 : Postes vacants, certaines industries

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Mois et années (titres de rangée) et Services d'hébergement et de restauration, Fabrication et Soins de santé et assistance sociale, calculées selon nombre de postes vacants unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Mois et années Services d'hébergement et de restauration Fabrication Soins de santé et assistance sociale
nombre de postes vacants
2019
janvier 56 540 44 505 57 450
février 54 095 46 520 60 400
mars 59 675 50 900 68 380
avril 74 170 55 800 65 970
mai 82 280 47 315 74 950
juin 75 835 49 355 66 250
juillet 74 280 47 610 63 565
août 78 415 47 350 65 670
septembre 77 600 53 730 70 830
octobre 67 265 48 895 61 460
novembre 64 095 39 805 69 425
décembre 52 965 37 980 61 010
2020
janvier 57 300 42 330 70 185
février 60 565 42 380 73 580
mars 66 815 40 175 71 400
avril Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise
mai Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise
juin Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise
juillet Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise
août Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise
septembre Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise Note ..: indisponible pour une période de référence précise
octobre 52 275 51 505 94 330
novembre 43 370 46 960 109 790
décembre 43 495 41 125 99 085
2021
janvier 33 015 52 800 87 535
février 40 275 49 465 116 170
mars 71 570 54 980 96 740
avril 64 510 69 180 103 200
mai 78 365 62 390 119 565
juin 123 700 66 025 106 285
juillet 137 910 80 005 101 115
août 166 005 81 925 127 295
septembre 189 485 81 755 126 765
octobre 155 415 91 975 120 320
novembre 133 605 81 575 121 270
décembre 140 225 72 500 134 030
2022
janvier 96 125 84 720 133 885
février 116 595 80 030 121 335
mars 151 555 84 250 147 535
avril 152 045 92 125 126 970
mai 166 215 86 720 140 975
juin 169 770 82 645 147 285
juillet 149 250 83 380 150 150
août 140 995 87 090 142 480
septembre 151 850 75 860 157 905
octobre 127 105 79 950 150 145
novembre 111 680 69 745 133 335
décembre 90 035 60 500 147 410
2023
janvier 86 075 64 065 160 365
février 91 260 57 115 135 370
mars 105 255 60 240 144 430

Les changements à l’égard de l’emploi et la production dans les secteurs de l’hébergement et des services de restauration ont divergé au cours des derniers mois. L’emploi salarié a continué de suivre une tendance à la hausse, mais à un rythme plus modéré, tandis que la production a connu un ralentissement au deuxième semestre de 2022, la hausse des prix ayant pesé sur les dépenses discrétionnaires (graphique 2)Note . Les ouvertures d’entreprises se sont maintenues, les coûts des emprunts et du service de la dette ayant augmenté.

Graphique 2 : Produit intérieur brut, certaines industries

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2. Les données sont présentées selon Mois et années (titres de rangée) et Services d'hébergement et de restauration, Fabrication et Services de soins de santé et assistance sociale, calculées selon indice (janvier 2021 = 100) unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Mois et années Services d'hébergement et de restauration Fabrication Services de soins de santé et assistance sociale
indice (janvier 2021 = 100)
2021
janvier 100,0 100,0 100,0
février 105,9 98,3 100,7
mars 119,4 99,4 101,2
avril 107,0 97,4 101,9
mai 102,1 97,0 102,4
juin 120,6 98,6 102,7
juillet 137,2 97,8 103,0
août 146,5 98,1 103,1
septembre 145,9 96,7 103,2
octobre 144,3 99,1 103,2
novembre 147,3 100,2 103,2
décembre 145,3 100,8 103,4
2022
janvier 125,1 101,4 103,3
février 142,7 102,0 103,9
mars 153,7 103,8 104,1
avril 155,6 103,6 104,2
mai 158,1 103,0 104,5
juin 160,4 103,5 104,8
juillet 160,2 102,9 105,2
août 161,6 102,4 105,5
septembre 161,5 102,5 105,9
octobre 162,0 101,6 106,4
novembre 160,5 101,9 106,7
décembre 161,2 101,7 107,0
2023
janvier 168,0 102,9 107,3
février 168,0 103,3 107,5
mars 164,3 102,6 107,7

Bien que les défis liés à la main-d’œuvre dans le secteur de la fabrication aient également diminué, les coûts élevés des intrants et du transport demeurent des obstacles clés alors que les perturbations de la chaîne d’approvisionnement continuent de s’amoindrirNote . Le taux de postes vacants dans le secteur de la fabrication a diminué pour s’établir à 4,3 % à la fin de 2022, en baisse d’environ un point de pourcentage par rapport au sommet atteint plus tôt au cours de l’année, mais environ 1,7 point de pourcentage au-dessus de son point de repère d’avant la COVID-19. Après une tendance à la baisse au cours du deuxième semestre de 2022, le nombre de postes vacants dans le secteur de la fabrication s’est élevé à environ 60 000 à la fin de l’année et il est demeuré près de ce niveau au début de 2023.

Comme pour l’hébergement et les services de restauration, la production s’est modérée à mesure que les conditions du marché du travail se sont améliorées. L’emploi salarié dans le secteur manufacturier a légèrement augmenté à la fin de 2022, en raison de la réduction des intentions d’embauche, les gains modérés en matière d’emploi ayant compensé la baisse de l’embauche pendant la période estivale. Parallèlement, la production industrielle a ralenti, les volumes réels diminuant au cours de quatre des six derniers mois de 2022, les ouvertures d’entreprises ayant ralenti.

Peu de signes d’une diminution des postes vacants dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale

Au cours de la dernière année, il y a eu peu de changement dans le nombre d’organismes de soins de santé et d’assistance sociale qui ont déclaré des obstacles liés au travail. Plus de 4 organismes de soins de santé et d’assistance sociale sur 10 prévoient des difficultés à court terme pour recruter des travailleurs qualifiés, tandis que le tiers s’attend à des difficultés à retenir leurs employésNote . Contrairement à d’autres secteurs, les postes vacants dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale se sont maintenus à des niveaux élevés à mesure que l’emploi salarié augmentait.

L’emploi salarié dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale a augmenté de façon constante au cours des quatre derniers mois de 2022 et a dépassé de 134 000 le point repère d’avant la COVID-19 (un gain net étant dépassé par les services professionnels, scientifiques et techniques seulement). Le taux de postes vacants dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale, à 6 %, demeure deux fois plus élevé qu’avant la pandémie. Le nombre de postes de soins de santé non pourvus (+96 200) a continué d’augmenter, en raison de la demande accrue d’infirmiers autorisés et d’infirmiers psychiatriques autorisés, d’infirmiers auxiliaires autorisés, d’aides-infirmiers, d’aides-soignants et d’associés au service aux patients. Depuis la fin de l’année 2021, les augmentations des salaires offerts en soins de santé et en assistance sociale (+8,2 %) correspondent à la moyenne économique. Le nombre total de postes vacants dans le secteur des soins de santé et de l’assistance sociale a atteint 160 000 en janvier 2023, avant de diminuer légèrement en février et mars.

Postes vacants et exigences en matière de scolarité

Les tableaux ci-dessus illustrent comment l’Outil de suivi de l’économie canadienne peut être utilisé en combinaison avec d’autres sources de données pour élaborer des profils sectoriels. Une analyse simultanée de Morissette (2023) donne de nouveaux renseignements sur les déséquilibres actuels sur le marché du travail en comparant le nombre de postes vacants exigeant un niveau de scolarité donné par rapport au nombre de personnes en chômage ayant ce niveau de scolarité. L’auteur ne trouve aucune preuve indiquant que les postes vacants exigeant un niveau de scolarité plus élevé reflètent un manque de chercheurs d’emploi ayant un haut niveau de scolarité. Au contraire, le nombre de chômeurs ayant un haut niveau de scolarité dépasse le nombre de ces postes dans presque toutes les régions économiques. Ce constat suggère qu’un manque de concordance entre les compétences requises pour ces postes et les compétences des chercheurs d’emploi joue un rôle important. L’inverse est vrai pour les postes vacants exigeant un niveau de scolarité plus faible, la demande non comblée dépassant l’offre de main-d’œuvre dans la plupart des régions du pays.

Auteurs

Guy Gellatly travaille à la Division de l’analyse stratégique,publication et formation, Statistique Canada. Michael Stepner travaille à la Division de l'analyse sociale et de la modélisation, Statistique Canada.

Références

Morissette, R. 2023. Chômage et postes vacants selon le niveau de scolarité, de 2016 à 2022 (statcan.gc.ca). Rapports économiques et sociaux. No 36-28-0001 au catalogue Volume 3, numéro 6. Ottawa : Statistique Canada.

Signaler un problème sur cette page

Quelque chose ne fonctionne pas? L'information n'est plus à jour? Vous ne trouvez pas ce que vous cherchez?

S'il vous plaît contactez-nous et nous informer comment nous pouvons vous aider.

Avis de confidentialité

Date de modification :