Rapports économiques et sociaux
Chômage et postes vacants selon le niveau de scolarité, de 2016 à 2022

Date de diffusion : le 24 mai 2023

DOI: https://doi.org/10.25318/36280001202300500001-fra

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En 2022, le nombre moyen de postes vacants au Canada était de 942 000, soit deux fois et demie la moyenne de 377 000 enregistrée en 2016 (tableau 14-10-0328-01 de Statistique Canada). La forte augmentation du nombre de postes vacants observée au cours de cette période a mis au premier plan le concept de pénurie de main-d’œuvre, concept selon lequel, dans certains secteurs de l’économie, il pourrait y avoir un nombre insuffisant de travailleurs disponibles pour pourvoir les postes vacants.

Il est difficile de déterminer s’il y a suffisamment de travailleurs pour pourvoir certains postes vacants en particulier, car les postes vacants ont des exigences en matière de compétences différentes (niveau de scolarité, niveau d’expérience, compétences professionnelles et linguistiques), tandis que les travailleurs peuvent être compétents dans plusieurs professions et avoir des compétences différentes, dont certaines ne sont pas prises en compte dans les enquêtesNote .

Un point de départ consiste à comparer le nombre de postes vacants exigeant un niveau de scolarité donné avec le nombre de demandeurs d’emploi qui ont ce niveau de scolarité. Cet exercice simple permet à une personne de pouvoir répondre aux questions suivantes :

  1. Au cours des dernières années, à l’échelle nationale, le nombre de postes vacants exigeant un niveau de scolarité donné a-t-il dépassé le nombre de demandeurs d’emploi ayant un tel niveau de scolarité?
  2. Si c’est le cas, dans quelles régions a-t-on observé ce plus grand nombre de postes vacants?
  3. Si c’est le cas, pour quels niveaux de scolarité ce plus grand nombre de postes vacants a-t-il été observé?

Cet exercice offre une perspective utile pour comprendre la nature du resserrement actuel du marché du travail. Par exemple, il permet d’évaluer dans quelle mesure le manque de travailleurs hautement scolarisés sous-tend les défis de recrutement auxquels sont confrontés les employeurs canadiens.

À l’aide des données de l’Enquête sur les postes vacants et les salaires (EPVS) et de l’Enquête sur la population active de 2016 à 2022, le présent article répond aux trois questions indiquées ci-dessus.

Depuis 2016, le nombre de Canadiens sans emploi titulaires d’un baccalauréat ou d’un diplôme d’études supérieures a toujours dépassé le nombre de postes vacants exigeant une telle scolarité

Au cours de chaque trimestre de 2016 à 2022, le nombre de chômeurs titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade supérieur a dépassé le nombre de postes vacants exigeant une telle scolarité. Par exemple, 113 000 postes vacants exigeaient un baccalauréat ou un grade supérieur au cours du quatrième trimestre de 2022, soit environ la moitié du nombre de chômeurs qui avaient une telle scolarité et étaient nés au Canada ou étaient des immigrants ayant obtenu le droit d’établissement (227 000) (tableau 1). Le nombre total de postes vacants exigeant une telle scolarité (113 000) était même inférieur au nombre d’immigrants sans emploi (123 000) titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade supérieurNote .

De même, de 2016 à 2022, le nombre de chômeurs ayant fait des études postsecondaires partielles ou complètes a toujours dépassé le nombre de postes vacants exigeant de telles étudesNote .

En revanche, le nombre de postes vacants exigeant un diplôme d’études secondaires ou moins a dépassé le nombre de Canadiens sans emploi ayant une telle scolarité seulement depuis le troisième trimestre de 2021. Par exemple, au cours du quatrième trimestre de 2022, 497 000 postes vacants exigeaient un diplôme d’études secondaires ou moins, alors que 296 000 personnes nées au Canada sans emploi et 70 000 immigrants sans emploi avaient une telle scolarité.

Au cours du troisième trimestre de 2022, le nombre de chômeurs titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade supérieur dépassait le nombre de postes vacants exigeant de telles études dans pratiquement toutes les grandes régions économiques

Cette tendance ne se limite pas à quelques régions : au cours du troisième trimestre de 2022, qui a enregistré près de 1 million de postes vacants dans l’ensemble du pays, le nombre de postes vacants exigeant un diplôme d’études secondaires ou moins a dépassé le nombre de chômeurs ayant une telle scolarité dans toutes les régions économiques visées au tableau 2. Par exemple, Montréal comptait environ 35 000 de ces postes vacants au cours de ce trimestre, alors que le nombre de chômeurs titulaires d’un diplôme d’études secondaires ou moins était en moyenne de 18 000. Au cours du troisième trimestre de 2022, le salaire horaire moyen offert pour ces postes vacants était de tout au plus 20,35 $ par heure à l’échelle nationale (tableau 14-10-0328-01 de Statistique Canada).

En revanche, le nombre de postes vacants exigeant un baccalauréat ou un grade supérieur était inférieur au nombre de chômeurs ayant une telle scolarité dans toutes les régions sélectionnées, à l’exception de la Capitale-Nationale (Québec). De même, le nombre de postes vacants exigeant des études postsecondaires partielles ou complètes était généralement inférieur au nombre de chômeurs ayant une telle scolarité.

Dans l’ensemble, les tableaux 1 et 2 ne fournissent aucune preuve que les difficultés de recrutement éprouvées par les employeurs canadiens qui cherchent à pourvoir des postes exigeant des études postsecondaires ou supérieures peuvent être attribuées à un manque de chercheurs d’emploi ayant un tel niveau de scolaritéNote . Ils suggèrent plutôt que la source de ces difficultés de recrutement reflète probablement une disparité entre :

  1. les compétences requises pour l’emploi ou les salaires offerts et;
  2. les compétences acquises (ou reconnues par les employeurs) par des chômeurs hautement scolarisés ou leur salaire minimum accepté.

Un manque de concordance entre le domaine d’expertise requis pour l’emploi et le domaine d’études des chercheurs d’emploi ou entre les conditions de travail qui prévalent dans certaines professions et celles recherchées par les chercheurs d’emploi, la non-reconnaissance des titres de compétences étrangers ou de l’expérience de travail étrangère, une expérience de travail insuffisante et des compétences linguistiques inadéquates sont des exemples de cette disparité.

Les tableaux 1 et 2 indiquent également qu’au cours des derniers trimestres, le nombre de postes vacants exigeant un diplôme d’études secondaires ou moins a dépassé le nombre de chômeurs ayant une telle scolarité à l’échelle nationale et dans la plupart des régions économiques. Le nombre relativement élevé de ces postes vacants reflète probablement une combinaison de facteurs, comme les offres de salaires et avantages sociaux relativement faibles, les horaires de travail qui pourraient ne pas correspondre aux préférences des chercheurs d’emploi et les pénuries de candidats ayant une expérience pertinente dans certaines professions peu spécialisées, mais pas nécessairement toutes.

Conclusion

Tous les postes vacants ne se situent pas à un même pied d’égalité. Certains exigent relativement peu d’études et offrent des salaires relativement bas, tandis que d’autres ont besoin d’employés hautement scolarisés et offrent des salaires relativement élevés.

Le présent article montre que les difficultés des employeurs à pourvoir les postes vacants exigeant un niveau de scolarité élevé ne peuvent pas, en général, être attribuées à une pénurie nationale de chercheurs d’emploi hautement scolarisés ou à des pénuries locales en matière de pareils chercheurs d’emploi. Pour ces emplois, il existe potentiellement un bassin suffisant de travailleurs hautement scolarisés à l’échelle nationale et locale, mais comme ces emplois ne sont pas homogènes, des postes peuvent rester vacants en raison d’un manque de concordance entre les compétences requises pour l’emploi et les compétences possédées par les chercheurs d’emploi hautement scolarisés. Un manque de personnes formées dans des domaines précis (p. ex. les soins infirmiers et l’ingénierie), un manque de concordance entre les salaires minimums acceptés par les chercheurs d’emploi et les salaires offerts pour certains postes vacants, et les connaissances potentiellement imparfaites des chercheurs d’emploi sur l’existence de ces postes vacants peuvent également être des facteurs contributifsNote .

Cet article montre également que les pénuries nationales et locales de demandeurs d’emploi ayant un niveau de scolarité approprié n’ont été observées que pour les postes vacants exigeant un diplôme d’études secondaires ou moins. En outre, ces pénuries n’ont été observées que récemment, depuis le troisième trimestre de 2021. La mesure dans laquelle ces postes vacants peuvent être attribués à des pénuries de main-d’œuvre dans des professions peu spécialisées plutôt qu’à des offres de salaires et d’avantages sociaux relativement faibles ou à d’autres facteurs demeure une question ouverte.

Ces résultats ajoutent une nuance importante aux discussions sur les stratégies optimales à utiliser, le cas échéant, pour atténuer les difficultés rencontrées au chapitre du recrutement et auxquelles sont confrontés plusieurs employeurs au Canada. Ils indiquent clairement que le concept de pénurie de main-d’œuvre ne peut être appliqué sans discernement dans l’analyse de l’état actuel du marché du travail au Canada.


Tableau 1
Nombre de postes vacants et de chômeurs, selon le niveau de scolarité, de 2016 à 2022
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Nombre de postes vacants et de chômeurs. Les données sont présentées selon Période (titres de rangée) et Niveau de scolarité, Diplôme d’études secondaires ou inférieur, Études postsecondaires partielles ou complètes et Baccalauréat ou grade supérieur, calculées selon milliers unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Période Niveau de scolarité
Diplôme d’études secondaires ou inférieur Études postsecondaires partielles ou complètes Baccalauréat ou grade supérieur
Postes vacants Chômeurs nés au Canada Chômeurs immigrants Postes vacants Chômeurs nés au Canada Chômeurs immigrants Postes vacants Chômeurs nés au Canada Chômeurs immigrants
milliers
2016
Premier trimestre 193 504 106 95 454 113 42 128 135
Deuxième trimestre 242 455 97 103 412 119 46 107 137
Troisième trimestre 253 450 96 100 382 108 52 162 146
Quatrième trimestre 241 402 88 94 360 98 46 108 128
2017
Premier trimestre 236 465 103 104 430 102 47 115 125
Deuxième trimestre 295 432 101 113 387 99 52 111 117
Troisième trimestre 298 388 93 116 366 103 53 142 147
Quatrième trimestre 303 335 79 113 338 100 53 101 129
2018
Premier trimestre 287 402 89 119 377 100 56 112 109
Deuxième trimestre 351 380 78 135 345 89 61 119 119
Troisième trimestre 349 349 99 138 353 90 64 146 127
Quatrième trimestre 344 317 73 138 295 91 65 103 119
2019
Premier trimestre 302 378 90 137 374 100 67 113 129
Deuxième trimestre 362 358 87 150 338 87 69 98 124
Troisième trimestre 354 354 97 141 323 91 68 139 140
Quatrième trimestre 308 329 83 132 297 82 69 98 121
2020
Premier trimestre 290 425 92 149 416 108 74 125 161
Deuxième trimestre Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 689 188 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 856 254 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 247 267
Troisième trimestre Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 570 170 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 584 199 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 270 233
Quatrième trimestre 328 450 145 161 470 148 72 187 192
2021
Premier trimestre 304 481 147 168 569 187 81 171 187
Deuxième trimestre 444 455 146 194 478 181 93 159 185
Troisième trimestre 583 421 139 228 418 161 101 186 179
Quatrième trimestre 570 315 107 240 320 121 106 119 146
2022
Premier trimestre 517 374 103 259 351 113 115 123 140
Deuxième trimestre 636 329 97 272 264 94 124 103 128
Troisième trimestre 604 317 87 271 278 89 117 140 145
Quatrième trimestre 497 296 70 246 240 82 113 104 123

Tableau 2
Nombre de postes vacants et de chômeurs dans certaines régions économiques, selon le niveau de scolarité, troisième trimestre de 2022
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Nombre de postes vacants et de chômeurs dans certaines régions économiques. Les données sont présentées selon Région économique (titres de rangée) et Niveau de scolarité, Diplôme d’études secondaires ou inférieur, Études postsecondaires partielles ou complètes et Baccalauréat ou grade supérieur, calculées selon milliers unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Région économique Niveau de scolarité
Diplôme d’études secondaires ou inférieur Études postsecondaires partielles ou complètes Baccalauréat ou grade supérieur
Postes vacants Chômeurs Postes vacants Chômeurs Postes vacants Chômeurs
milliers
Halifax 7,8 6,5 2,8 4,0 1,8 3,7
Capitale-Nationale, Québec 13,9 4,3 10,6 5,5 3,3 3,0
Montréal 35,2 18,2 25,5 25,8 15,9 33,3
Ottawa 23,1 11,8 8,1 11,8 5,2 13,3
Kingston–Pembroke 7,2 5,9 2,9 3,7 0,7 2,4
Toronto 94,7 92,8 48,4 80,6 30,6 87,9
Kitchener–Waterloo–Barrie 24,4 18,6 9,8 18,3 2,9 10,9
Hamilton–Niagara Peninsula 25,3 18,4 9,6 13,9 2,2 10,1
London 13,7 9,4 5,4 8,9 2,5 6,7
Windsor–Sarnia 8,8 7,9 4,0 9,3 0,9 5,8
Winnipeg 13,7 10,4 5,1 6,9 2,6 6,7
Regina–Moose Mountain 4,9 4,3 1,5 1,9 0,6 2,6
Calgary 24,8 19,3 9,4 14,0 4,9 24,1
Edmonton 22,3 21,2 8,5 16,5 2,9 10,6
Île et côte de Vancouver 16,1 7,0 4,9 7,2 1,7 5,5
Lower Mainland-Sud-Ouest 58,2 28,2 24,1 26,1 12,4 32,8

Auteur

René Morissette travaille à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Direction des études analytiques et de la modélisation de Statistique Canada.

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