Section 3 : Les biens et services écosystémiques provenant de l’agriculture
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Les écosystèmes agricoles produisent de nombreux biens et services qui offrent des avantages aux humains. Ces biens et services écosystémiques (BSE) peuvent comprendre les extrants de la production agricole (les aliments, les fibres et le carburant) ainsi que d’autres produits, même si les discussions se poursuivent à savoir quelles sont la définition et la classification exactes de chacun des services 1 . Les terres et activités agricoles peuvent également collaborer à la prestation de services culturels et de régulation.
Le secteur agricole est un bon exemple pour expliquer que l’économie est tributaire de la disponibilité des services écosystémiques. La production de biens agricoles dépend de nombreux services de soutien fournis par les écosystèmes. Sans le cycle des éléments nutritifs 2 , la production primaire 3 , la pollinisation, l’humidité du sol ainsi que d’autres services, l’agriculture et les avantages qu’elle procure aux humains ne seraient pas possibles.
Les biens agricoles
Les activités agricoles au Canada participent à la production de nombreux services d’approvisionnement, notamment les cultures, le bétail, le lait, les oeufs et d’autres produits. À l’échelle internationale, le Canada est le 10e producteur mondial de produits céréaliers, produisant environ 1,8 % des cultures céréalières, et le 11e producteur de viande, soit environ 1,5 % de la production mondiale (tableau 3.1).
Les extrants provenant des exploitations agricoles totalisaient plus de 134 millions de tonnes en 2012, avec des recettes agricoles en espèces de 54,2 milliards de dollars (tableaux 3.2 et 3.3) 4 . Exprimées en poids, les cultures alimentaires et fourragères, comme le blé, le canola, les pommes de terre, les fruits, les légumes et le foin, représentent 90 % des extrants de l’agriculture, suivies du lait (6 %) ainsi que de la viande de bovin et de volaille (4 %) en 2012. En proportion des recettes agricoles, toutefois, les cultures alimentaires et fourragères totalisaient 51 %, suivies de la viande de bovin et de volaille (25 %) et du lait (11 %), tandis que les oeufs, les produits de l’érable et du miel, les autres cultures, le bétail non traditionnel et les produits du bétail ainsi que les recettes tirées des paiements directs constituaient le reste.
La production agricole varie selon les régions du pays. Si l’on examine le poids, les provinces des Prairies détenaient 63 % de la production de cultures alimentaires et fourragères en 2012; le Québec, l’Ontario et l’Alberta étaient à l’origine de 75 % de la production de viande de bovin et de volaille; et le Québec et l’Ontario avaient 70 % de la production de lait et 55 % de la production d’oeufs. Les recettes agricoles en espèces étaient divisées presque à parts égales entre l’Ontario (23 %), l’Alberta (22 %) et la Saskatchewan (22 %), suivis du Québec (15 %) et du Manitoba (10 %).
La production agricole en poids était à la hausse pendant la période allant de 2000 à 2012 5 . Les recettes agricoles en espèces (en dollars constants de 2007) ont progressé de 15 % pendant la même période, surtout en raison de l’augmentation des cultures alimentaires et fourragères (graphique 3.1).
Les poissons — peut-être le service d’approvisionnement le mieux connu des écosystemes marins, côtiers et d’eau douce — peuvent être capturés et sont de plus en plus élevés pour la consommation humaine (voir l’encadré 4).
Encadré 4 : Production de l’aquaculture
L’aquaculture, c’est-à-dire la culture des animaux et végétaux marins et d’eau douce dans des milieux aquatiques naturels ou artificiels, ressemble à certains points de vue à l’agriculture terrestre parce qu’elle compte beaucoup sur les services écosystémiques pour produire ses extrants. On compare souvent l’aquaculture à la pêche commerciale.
L’industrie de l’aquaculture au Canada a produit environ 173 000 tonnes de poissons et de fruits de mer en 2012 (tableau 3.2), comparativement à 787 000 tonnes de poissons et fruits de mer provenant de la pêche commerciale 6 . La majeure partie de la production de l’aquaculture au Canada provient des côtes de l’Atlantique et du Pacifique. La valeur totale de cette production, que l’on estime à 825 millions de dollars (tableau 3.3), était répartie presque à parts égales entre les deux côtes en 2012.
L’industrie a connu une croissance remarquable au cours des dernières décennies, la production s’étant accrue de 249 % de 1991 à 2012 7 . En 2012, le saumon représentait 62 % de la production de l’aquaculture, suivi des moules (16 %), des huîtres (6 %) et de la truite (4 %).
Environ 3 300 personnes étaient directement employées dans l’industrie de l’aquaculture en 2013, comparativement à 17 200 dans le secteur de la pêche 8 . Pêches et Océans Canada estime que l’aquaculture génère aussi un grand nombre d’emplois indirects dans le secteur de la fabrication d’aliments pour poisson, le secteur du transport et d’autres industries connexes 9 .
Certains des principaux enjeux environnementaux auxquels ce secteur est confronté comprennent les répercussions de l’excès d’aliments sur l’écosystème, les problèmes liés aux poissons d’élevage échappés, les maladies et parasites, ainsi que des questions liées aux déchets organiques, qui sont atténués par l’emplacement approprié des piscicultures, la prévention des échappées et d’autres activités de gestion 10 .
Les services écosystémiques des pratiques et paysages agricoles
Outre pouvoir procurer des aliments, les paysages agricoles sont appréciés parce qu’ils offrent la possibilité de fournir d’autres services écosystémiques 11 , comme la séquestration du carbone, la création d’habitats fauniques, des possibilités de loisirs et des paysages pittoresques. Des pratiques de gestion bénéfique sont également utilisées de plus en plus afin de réduire les impacts environnementaux associés à l’agriculture et d’améliorer l’offre de BSE.
L’habitat
Les écosystèmes agricoles au Canada offrent un habitat à 588 espèces d’oiseaux, de mammifères, de reptiles et d’amphibiens 12 . Ces espèces sont tributaires d’une multitude de types de terres agricoles qui leur servent d’habitat pour la reproduction, l’alimentation et d’autres utilisations à divers degrés, dont certaines dépendent d’un type particulier de terres agricoles, contrairement à d’autres.
Du point de vue de la faune, les zones naturelles et semi-naturelles des fermes, comme les milieux boisés, les milieux humides et les zones riveraines 13 , offrent l’habitat qui convient le mieux, suivi des pâturages naturels 14 . Les trois quarts des espèces qui ont les terres agricoles comme habitat peuvent utiliser les milieux boisés, les milieux humides et les zones riveraines pour répondre à leurs besoins de reproduction et d’alimentation, tandis que 29 % utilisent les pâturages naturels 15 . En 2011, les milieux boisés et les milieux humides composaient 8 % de la superficie agricole, tandis que les pâturages naturels en constituaient 23 % (tableau 3.4). Les pâturages cultivés ou ensemencés, le foin et divers types de terres cultivées peuvent également être utilisés par la faune pour la reproduction, l’alimentation et d’autres usages, dans une moins grande mesure; par exemple, seulement 13 % des espèces associées aux terres agricoles peuvent répondre à leurs besoins en matière d’habitat sur les terres cultivées 16 .
Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) a évalué la capacité de l’habitat des paysages agricoles au pays. En 2006, les terres agricoles ayant une capacité d’habitat élevée et très élevée se retrouvaient principalement dans le Canada atlantique et dans des parties du Québec, tandis que les terres offrant une capacité d’habitat faible et très faible étaient surtout situées dans les Prairies et le sud de l’Ontario et du Québec 17 . Les zones ayant une capacité d’habitat faible étaient associées à un pourcentage relativement faible de terres naturelles et semi-naturelles dans le paysage agricole et, souvent, l’agriculture était la principale utilisation des terres de ces zones.
La capacité nationale moyenne de l’habitat sur les terres agricoles a diminué entre 1986 et 2006 en raison du rétrécissement de la couverture des terres naturelles et semi-naturelles causée par l’accroissement des activités agricoles 18 . L’importance de cette réduction de la capacité de l’habitat varie selon les régions du pays, selon que le paysage avoisinant renferme ou non des terres naturelles ou semi-naturelles qui conviennent à l’habitat.
La plupart des cultures agricoles sont tributaires de la pollinisation pour la production de fruits et de semences. Même si la majorité des cultures céréalières, notamment le blé, le maïs, le seigle, l’avoine et l’orge, sont pollinisées par le vent, la pollinisation par les abeilles et autres insectes, oiseaux, chauve-souris et autres animaux est nécessaire ou peut améliorer le rendement de la plupart des fruits, légumes, plantes fourragères et oléagineux 19 . Les zones naturelles situées dans les paysages agricoles et autour d’eux fournissent aux pollinisateurs sauvages un habitat important. De grandes distances par rapport aux zones naturelles et semi-naturelles sont associées à une pollinisation et un rendement réduits 20 , 21 . Selon une étude récente réalisée pour le compte d’Environnement Canada, une diminution de 50 % de la pollinisation sauvage pourrait entraîner une perte annuelle estimée à 53 millions de dollars 22 de la valeur de la production fruitière au Canada.
En outre, 3 272 fermes au Canada ont déclaré être propriétaires d’abeilles mellifères pour la production de miel ou la pollinisation, tandis que 737 ont dit posséder d’autres abeilles pollinisatrices, comme la mégachile de la luzerne, le bourdon et l’abeille maçonne des verges, en 2011 23 . Les agriculteurs louent souvent ces abeilles pour améliorer la pollinisation de la luzerne, de la canneberge, des tomates de serre et d’autres cultures. Par ailleurs, ces autres abeilles ont été déclarées presque exclusivement dans les trois provinces des Prairies 24 .
La régulation et la purification de l’eau, la conservation du sol et la régulation du climat
La capacité des écosystèmes agricoles à offrir divers services de régulation et de soutien est tributaire des caractéristiques du paysage, ainsi que de pratiques agricoles particulières. Par exemple, la présence de milieux humides, de petits barrages et de plantes couvre-sol, qui retiennent l’eau, ralentissent l’écoulement ou favorisent l’infiltration d’eau dans le sol, aide à réduire les débits de pointe et les inondations. Les milieux humides et les zones tampons riveraines 25 peuvent également améliorer la qualité de l’eau en aidant à filtrer et à piéger le sol, les éléments nutritifs et les polluants avant qu’ils n’entrent dans les ruisseaux, rivières ou lacs, tandis que les brise-vent et coupe-vent peuvent réduire l’érosion du sol. Le recours à des pratiques de conservation du sol telles que la culture sans ou avec peu de travail du sol et la culture de plantes couvre-sol peut également aider à réduire l’érosion du sol, améliorer la qualité de l’eau et séquestrer le carbone dans le sol.
Alors qu’il y avait 933 grands barrages au Canada en 2002, seulement 51 étaient utilisés uniquement à des fins d’irrigation 26 . Or, il y a des milliers d’autres petits barrages, dont bon nombre ont été construits pour favoriser l’irrigation dans l’Ouest canadien 27 . Bien que des impacts environnementaux soient liés à ces barrages, ceux-ci peuvent également offrir des avantages importants. Selon une étude sur le bassin hydrographique du South Tobacco Creek, dans le centre-sud du Manitoba, les petits barrages en terre et les réservoirs des fermes peuvent réduire les débits de pointe et les inondations, ainsi que l’écoulement des sédiments, de l’azote et du phosphore dans les cours d’eau 28 .
Dans l’ensemble, 21 % des fermes possédaient des zones tampons riveraines pour protéger les plans d’eau et 30 % d’entre elles avaient des coupe-vent ou des brise-vent en 2011 (tableau 3.5). La proportion des fermes ayant des zones tampons riveraines était la plus élevée à l’Île-du-Prince-Édouard, ce qui s’explique en partie par les exigences réglementaires 29 . Les brise-vent et coupe-vent étaient plus courants à l’Île-du-Prince-Édouard, au Manitoba et en Alberta.
AAC a élaboré un indicateur du taux de variation du carbone organique qui fournit une estimation de la quantité de dioxyde de carbone qui est retiré de l’atmosphère et séquestré dans les sols agricoles 30 . Le carbone organique du sol subit l’incidence des pratiques de gestion des terres telles que le travail du sol 31 , la jachère 32 , la culture de plantes couvre-sol 33 et l’utilisation de fumier animal et d’engrais vert 34 .
Dans l’ensemble, la rétention du carbone organique dans le sol s’est améliorée du milieu des années 1980 à 2006 grâce à des pratiques de gestion à la ferme telles que la réduction de l’utilisation du travail classique du sol et de la jachère 35 . Grâce à ces changements, les terres cultivées sont devenues un puits net 36 de dioxyde de carbone atmosphérique. En 2012, le stockage net de gaz à effet de serre (GES) dans les terres cultivées était de 5 mégatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO2) 37 . L’enrichissement du sol en matière organique améliore également la structure et la fertilité du sol, d’où un sol en meilleure santé générale. Toutefois, la quantité de matière organique dans le sol a diminué dans le centre du Canada et le Canada atlantique depuis que les terres à foin et les pâturages ont été abandonnés au profit des cultures annuelles 38 .
Les services culturels
Bien que les terres agricoles soient habituellement privées, les Canadiens profitent des nombreuses possibilités de jouir de vues pittoresques qu’offrent les paysages agricoles et des possibilités de loisirs, de tourisme et d’éducation à la ferme.
En raison des tendances historiques de l’établissement des zones habitées, de nombreuses zones agricoles sont situées près des villes, grandes et petites, offrant aux familles des possibilités de récolter des citrouilles directement dans les champs, de déguster des crêpes avec du sirop d’érable à la cabane à sucre locale ou d’apprendre à connaître les animaux de la ferme dans les zoos pour enfants.
Au Québec, 837 exploitations agricoles présentaient des possibilités d’agrotourisme en 2012, soit une hausse de 57 % par rapport à 534 en 2005 39 . D’autres fermes et entreprises offrent des services connexes, comme les ventes à la ferme, des activités d’autocueillette et de transformation des aliments (p. ex. production de fromages et de pains artisanaux) ou des séjours à la ferme. Les régions vinicoles du Canada attirent des visiteurs d’ici et d’ailleurs et sont des attractions touristiques de plus en plus importantes. Dans une étude récente, on estime qu’environ 3,0 millions de touristes ont visité les vignobles canadiens en 2011 40 .
Les personnes qui habitent des zones principalement agricoles peuvent également jouir d’un sentiment d’identité communautaire et de patrimoine commun 41 . En outre, de nombreux Canadiens ont l’avantage de savoir que la production alimentaire se fait à l’échelle locale, que les terres agricoles et la sécurité des aliments sont préservées pour les générations à venir et que les collectivités rurales et agricoles demeurent viables 42 , 43 , 44 .
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