Estimation de courbes moyennes de consommation électrique pour des petits domaines à partir d’échantillons
Section 4. Méthodes d’estimation dans l’approche basée sur un modèle
Dans cette section, nous nous plaçons dans l’approche basée sur le modèle Valliant,
Dorfman et Royall (2000) dans laquelle les courbes
sont considérées aléatoires et nous proposons
quatre approches innovantes permettant de répondre à notre problématique
d’estimation de courbes de charge moyennes de petits domaines. Supposons que
et le vecteur d’information auxiliaire
sont disponibles pour chaque individu
du domaine
et en plus, que la moyenne
est connue.
On suppose que les variables auxiliaires sont liées aux courbes de charge
selon un modèle fonctionnel de superpopulation sur l’ensemble de la population
qui s’écrit de manière générale :
avec
une fonction de régression inconnue à estimer,
qui peut varier d’un domaine à l’autre et
un processus de bruit d’espérance nulle, de
covariance nulle pour des individus différents et non-nulle par rapport au
temps.
Si la taille du domaine
est grande, alors la moyenne
sera estimée par
où
est la prédiction de
Dans le cas contraire, la moyenne
est estimée par (voir Valliant et coll.,
2000) :
La qualité de nos estimations dépend alors de la qualité de notre modèle :
si le modèle est faux, cela pourra conduire à des biais dans les estimations.
4.1 Modèle
linéaire fonctionnel
Le plus simple modèle de la forme (4.1) est le modèle de regression
linéaire fonctionnelle Faraway (1997) :
où les
résidus
sont indépendants pour
distribués selon une loi de moyenne 0 et de
variance
Si la taille du domaine
est large, alors la moyenne de
dans le domaine
est estimée par
où
est le «Best Linear Unbiased» (BLU) estimateur de
qui ne dépend pas du domaine
L’estimateur
peut s’écrire comme une somme pondérée de
où les poids
dependent maintenant du temps
Si
n’est pas négligeable, alors la moyenne
est estimée en utilisant (4.2) par :
Cet estimateur
peut s’écrire encore comme une somme pondérée des
avec des poids qui dépendront toujours du
temps
La fonction de variance (sous le modèle) de
peut être dérivée en utilisant Rao et Molina
(2015), chapitre 7. La fonction de variance
est inconnue et elle peut-être estimée en
suivant Rao et Molina (2015). En remplaçant
par
nous obtiendrons l’estimateur EBLUP « Empirical Best Linear Unbiased Predictor »
de
et sa variance peut-être obtenue en suivant la
méthode donnée dans Rao et Molina (2015). Cet estimateur EBLUP n’utilise pas
les poids de sondage
et par conséquent, il n’est pas consistant par
rapport au plan de sondage (sauf si les poids de sondage sont constants pour
les unités appartenant au même domaine
Un estimateur modifié, appelé aussi
pseudo-EBLUP, peut-être construit en suivant de nouveau l’approche décrite en (Rao
et Molina, 2015, chapitre 7) et qui sera égal dans ce cas à l’estimateur donné
dans (3.4).
Si
n’est pas connu pour les unités du domaine
l’estimateur indirect suivant peut être
utilisé :
avec
donné dans (3.5) et les poids
ne dépendent pas de temps
contrairement à
Ainsi, les estimateurs proposés dans cette
section ont l’avantage de pouvoir être utilisés pour les domaines
non-échantillonnés.
4.2 Modèles
linéaires mixtes au niveau unité pour des données fonctionnelles
Les modèles linéaires mixtes au niveau unité proposés par Battese, Harter
et Fuller (1988) sont très utilisés dans le cadre de l’estimation de totaux de
variables réelles pour des domaines. En effet, il permettent, comme nous le
verrons plus en détail par la suite, de traduire à la fois l’effet de
l’information auxiliaire sur la variable d’intérêt (par les effets fixes), et
les spécificités des domaines (par les effets aléatoires).
Dans cette partie, nous cherchons donc à adapter ces modèles au contexte
des données fonctionnelles. Pour cela, nous allons projeter les courbes dans un
espace de dimension finie et transformer de cette façcon notre problème
fonctionnel en plusieurs problèmes d’estimation de totaux ou de moyennes de
variables réelles non-corrélées pour des petits domaines, que nous résoudrons
ensuite par des méthodes usuelles. L’utilisation de bases de projection permet
donc de préserver la structure de corrélation temporelle de nos données tout en
se ramenant à plusieurs sous-problèmes décorrélés d’estimation de moyennes de
variables réelles que l’on traite indépendamment par les méthodes usuelles.
4.2.1 Estimation
de courbes moyennes par modèles linéaires mixtes au niveau unité appliqués aux
scores de l’ACP
Tout comme l’EM en
dimension finie, l’EM fonctionnelle est une méthode de réduction de dimension
permettant de résumer l’information contenue dans un jeu de données. Elle a été
proposée par Deville (1974), ses propriétés théoriques ont été étudiées dans Dauxois,
Pousse et Romain (1982) ou Hall, Müller et Wang (2006) et enfin elle a été
adaptée dans le cadre des sondages par Cardot et coll. (2010).
Plus formellement, les
courbes
sont des fonctions du temps
et nous supposons qu’elles appartiennent à
l’espace des fonctions de carré intégrable sur
l’intervalle
Cet espace est équipé avec le produit scalaire
usuel
et la norme
Soit la fonction de variance covariance
définie par
avec
la courbe moyenne de
sur la population
Soient
les valeurs propres de
avec
et
les vecteurs propres orthonormés associés,
La meilleure approximation de
dans un espace de dimension
plus petite que
est donnée par la projection de
dans l’espace engendré par les premiers
vecteurs propres
(Ramsay et Silverman,
2005):
où
est la projection (où le score) de
sur la composante
et
le reste représentant l’écart entre la courbe
et sa projection. Le score
est indépendant du domaine et peut être
calculé comme le produit scalaire entre
et
La décomposition donnée dans (4.6) est connue
aussi sous le nom de Karhunen-Loève.
En utilisant (4.6), la moyenne
sur le domaine
peut être approximée par
La moyenne
inconnue
est estimée par l’estimateur
d’Horvitz-Thompson
et les
sont estimés par
les vecteurs propres de la fonction de
variance-covariance estimée
(Cardot
et coll., 2010).
Donc, afin d’estimer
il nous faut estimer la moyenne des scores sur
les composantes principales pour le domaine
i.e.,
Pour cela, nous considérons pour chaque
composante
un modèle linéaire mixte au niveau unité aussi
appelé nested error regression model (Battese et coll., 1988) :
avec
l’effet fixe des informations auxiliaires,
l’effet aléatoire du domaine
et
le résidu de l’unité
On suppose que les effets aléatoires des
domaines sont indépendants, et suivent une loi commune de moyenne 0 et de
variance
Les résidus sont également indépendants,
distribués selon une loi de moyenne 0 et de variance
En outre, les effets aléatoires et les résidus
sont également supposés indépendants. Le paramètre
du modèle peut être estimé par
l’estimateur «Best Linear Unbiased Estimator» (BLUP) (Rao et Molina, 2015,
chapitre 4.7) et l’estimateur BLUP de
s’écrit alors comme un estimateur composite
(voir Rao et Molina, 2015):
avec
et
les moyennes respectives des vecteurs
et des scores
sur
Finalement, la moyenne
est estimée par
avec
et
les estimations du
et de la
composante principale
données auparavant.
Les variances
et
pour
sont inconnues et elles sont estimées par
et
obtenues par exemple par maximum de
vraisemblance restreint (Rao et Molina, 2015). L’estimateur du
est obtenu en remplaçant dans (4.10)
avec
et appelé EBLUP (Empirical Best Linear Unbiased Prediction). Néanmoins, le calcul de
la fonction de variance (sous le modèle) de
est plus compliqué dans ce cas à cause des
estimateurs
de composantes principales
et elle sera traitée ailleurs.
Nous remarquons qu’un modèle plus simple, sans les effets aléatoires,
aurait pu être considéré pour les scores
avec
un résidu de moyenne nulle et de variance
Dans ce cas, le paramètre
est estimé par
l’estimateur de type BLUP et le score moyen
sur le domaine
par
Si le taux
n’est pas négligeable, alors
est obtenu en suivant le procédé décrit dans
la section 4.1.
Remarque
1. Ici, l’EM n’est pas
utilisée en tant que méthode de réduction de dimension mais dans le but de
décomposer notre problème en plusieurs sous-problèmes non corrélés d’estimation
de totaux de variables réelles, que l’on sait résoudre. On garde donc un nombre
de composantes principales aussi élevé que
possible, c’est-à-dire égal au minimum du nombre d’instants de discrétisation
et du nombre d’individus de l’échantillon.
Remarque
2. Lorsque certaines des
variables explicatives du vecteur
sont catégorielles, notre méthode, définie
dans le cas de variables réelles, doit être adaptée : pour cela, on
propose de transformer chaque variable catégorielle en un ensemble
d’indicatrices par codage
« one hot encoding ». De plus,
lorsque le nombre de variables explicatives
est grand, il pourrait également être
pertinent d’introduire des pénalisations, de type RIDGE par exemple, dans le
problème de régression.
Remarque
3. D’autres bases de
projection peuvent être considérées, comme par exemple les ondelettes (voir Mallat,
1999), celles-ci étant particulièrement adaptées aux courbes irrégulières. Une
autre solution consisterait enfin à appliquer les modèles linéaires mixtes
fonctionnels sur les valeurs des courbes aux instants de discrétisation;
néanmoins cette façon de faire ne permettrait pas de prendre en compte les
corrélations temporelles de la problématique contrairement aux précédentes.
4.2.2 Estimation
de variance par booststrap paramétrique
Pour estimer la précision (variance sous le modèle) des estimateurs de
courbes moyennes, on propose de décliner l’approche par bootstrap paramétrique
proposée par González-Manteiga, Lombarda, Molina, Morales et Santamara (2008)
et reprise ensuite par Molina et Rao (2010). Il s’agit d’une méthode de rééchantillonnage
qui consiste à générer un grand nombre
de rééchantillons
de taille
par sondage aléatoire simple avec remise dans
et de générer de façon aléatoire les effets
aléatoires et fixes dans le modèle de superpopulation estimé. Notons
le résidu de projection estimé pour l’unité
(voir aussi formule (4.6)). Pour
on procède de la manière suivante pour chaque
- Générer les effets aléatoires bootstrap de
chacun des domaines, pour chaque composante principale :
- et
générer indépendamment de ces effets aléatoires les erreurs individuelles
bootstrap pour chaque unité
et pour chaque composante principale :
- Calculer les
réplications bootstrap des résidus de
projection
pour
(cela revient à sélectionner avec remise
résidus de projection parmi les
résidus
- Calculer les réplications bootstrap
conditionnellement aux variables explicatives
en suivant le modèle estimé :
- On
remarque que
le score simulé pour l’unité
est obtenu selon la même approche que dans González-Manteiga
et coll. (2008).
- Calculer pour chaque domaine
la réplication bootstrap
sur ce rééchantillon
en déclinant l’ensemble de la démarche :
EM puis estimation de modèles linéaires mixtes sur les composantes principales
par EBLUP.
- Estimer la variance de l’estimateur
par la variance empirique des
réplications
Cette approche sera également celle suivie pour approximer la variance de
la régression linéaire fonctionnelle (en omettant l’étape 1 de génération des
effets aléatoires
4.3 Estimation
non-paramétrique par arbres de régression et forêts aléatoires sur des
petits-domaines de courbes
Pour obtenir les prédictions individuelles
nous utilisons dans cette section des modèles
non paramétriques, des arbres de régression adaptés aux données fonctionnelles
et des forêts aléatoires, qui n’imposent plus une forme linéaire à la relation
entre informations auxiliaires et variable d’intérêt et permettent plus de
souplesse dans la modélisation. En effet, les arbres de régression pour données
fonctionnelles sont fréquemment utilisés à EDF et sont connus pour donner des
résultats satisfaisants sur les courbes de consommation électrique. Par ailleurs,
dans la littérature, les arbres de régression ont été adaptés au cadre des
sondages par Toth et Eltinge (2011) mais pas dans une optique d’estimation de
totaux sur des petits domaines.
Dans cette section et la suivante, on cherche donc à estimer un cas
particulier du modèle général (4.1) dans lequel la fonction
ne dépend pas du domaine auquel appartient
l’unité
4.3.1 Arbres de
régression pour des données fonctionnelles
L’arbre de régression et de classification (CART) proposé par Breiman,
Friedman, Stone et Olshen (1984) est une technique de statistique non
paramétrique très populaire. Son objectif est de prédire la valeur d’une
variable cible
réelle ou catégorielle en fonction d’un
vecteur des variables explicatives
réelles ou catégorielles. Pour cela, on
détermine un partitionnement de l’espace des
en séparant en deux itérativement le jeu de
données, selon une règle de décision (critère de « split »)
impliquant une unique variable explicative. Ainsi, notre échantillon
constitue le premier nœud
d’un arbre (sa « racine ») que l’on
cherche à subdiviser en deux nœuds disjoints
et
de façon à ce que les valeurs de la variable
cible
réelle soit les plus homogènes possible dans
chacun des nœuds. Le critère d’inertie
utilisé pour quantifier l’homogénéité d’un
nœud est fréquemment la somme des carrés des résidus entre les valeurs de
pour les unités
du nœud
et la moyenne de ces valeurs dans le nœud :
où
est la moyenne des
dans le nœud
Pour les variables
quantitatives, les règles de décision sont de
la forme
avec
un point de coupure à optimiser parmi
l’ensemble des valeurs possibles de
Pour les variables qualitatives, elles
consistent en un découpage en deux sous-ensembles disjoints de modalités. La
recherche du critère de split optimal revient à résoudre le problème
d’optimisation
Chacun de
ces nœuds sera ensuite à son tour subdivisé en deux nœuds fils et le processus
de partitionnement se poursuit jusqu’à atteindre une taille minimale de nœud,
jusqu’à ce que la valeur de la variable cible soit la même pour l’ensemble des
unités du nœud, ou encore jusqu’à atteindre une profondeur maximale donnée. La
partition finale de l’espace est alors constituée par les nœuds finaux de
l’arbre, aussi appelés des feuilles. Un résumé de chacune de ces feuilles (très
souvent la moyenne pour une variable cible quantitative) devient alors la
variable prédite pour l’ensemble des unités affectées à la feuille. Les
différents paramètres (taille minimale de nœud et profondeur) peuvent être
choisis par validation croisée.
Lorsque la variable
à prédire n’est plus une variable réelle mais
un vecteur de dimension
le principe de l’arbre de régression s’étend
très naturellement : l’algorithme de construction de l’arbre et de choix
des paramètres par validation croisée reste inchangé mais le critère d’inertie
est modifié. Ainsi, le problème de minimisation s’écrit toujours sous la forme (4.15)
mais cette fois le critère est de la forme
où
est par exemple la norme euclidienne ou la
norme associé à la distance de Mahalanobis. Les arbres de régression
multivariés ont été utilisés par exemple par De’Ath (2002) dans le cadre d’une
application à l’écologie.
Enfin, lorsque la variable à prédire
est une courbe, l’algorithme de construction
de l’arbre et de choix des paramètres est identique mais cette fois, on doit
utiliser un critère d’inertie
fonctionnel. De nombreux choix sont possibles.
Nous avons choisi de suivre l’approche dite du « Courbotree »,
décrite dans Stéphan et Cogordan (2009) et fréquemment employée à EDF pour
construire des segmentations de jeux de données de courbes de consommation
électrique en fonction de variables explicatives. Dans cette approche, on
applique la méthode présentée dans le paragraphe précédent pour
multivariée sur les vecteurs
des valeurs des courbes aux instants de
discrétisation, avec la distance euclidienne. La distance euclidienne sur les
instants de discrétisation peut alors être vue comme une approximation de la
norme
Plus formellement, le critère fonctionnel
s’écrit alors
avec
où
est le nombre d’unités de l’échantillon
appartenant au nœud
En pratique, lorsque l’on travaille sur des données de consommation
électrique, les courbes considérées ont des niveaux extrêmement hétérogènes, et
l’algorithme du Courbotree basé sur la distance euclidienne peut mal
fonctionner lorsqu’il est appliqué sur les données brutes. Fréquemment, on
n’utilise donc l’algorithme Courbotree que sur les formes des courbes,
c’est-à-dire sur les courbes normalisées
où
est la moyenne de
(ou le niveau) sur tous les instants de mesure
(méthode appelée aussi courbotree normalisée).
Ensuite, on calcule la prédiction
à l’aide d’une régression linéaire et on
obtient finalement la prédiction de
en faisant le produit entre la prédiction de
et celle de
4.3.2 Estimation
de la variance
Afin d’estimer la variance sous le modèle de nos estimateurs de courbes
moyennes par domaine, on va suivre une approche par bootstrap très similaire à
celle proposée pour les modèles paramétriques. Ici, notre modèle de superpopulation s’écrit sous la forme
Soient
pour tout
la valeur prédite pour l’unité
par arbre de régression, et
pour tout
le résidu estimé pour cette unité. L’idée de
notre méthode d’approximation de précision est, comme dans le cas des modèles
linéaires mixtes, de générer un grand nombre
de rééchantillons
de taille
par sondage aléatoire simple avec remise dans
puis de calculer l’estimateur de la courbe
moyenne par domaine sur chaque rééchantillon et enfin de déduire la variance de
l’estimateur par la variabilité entre rééchantillons. La méthode de bootstrap
employée ici est connue aussi sous le nom de bootstrap des résidus dans le cas
du modèle linéaire.
Plus précisément, pour
on procède de la manière suivante pour chaque
- Calculer les réplications bootstrap des
résidus estimés
pour
- Calculer les réplications bootstrap de
- et
recalculer, pour chaque domaine
l’estimateur de moyenne
sur ce rééchantillon.
- Estimer la variance par la variance empirique
des
réplications bootstrap
La démarche sera identique si on estime la fonction
par des forêts aléatoires plutôt que des
arbres de régression.
4.4 Agrégation
de prédictions par forêts aléatoires pour des courbes
La littérature met souvent en évidence les médiocres performances
prédictives des arbres de régression en comparaison d’autres techniques telles
que les SVM (voir par exemple Cristianini et Shawe-Taylor, 2000). En effet, les
arbres de régression peuvent être instables et très dépendants de l’échantillon
sur lequel ils ont été construits. Pour remédier à ce défaut, Breiman (2001) a
proposé l’algorithme des forêts aléatoires. Il s’agit d’une technique
ensembliste qui, comme son nom l’indique, consiste à agréger les prédictions
issues de différents arbres de régression. Le fait que l’agrégation de
prédicteurs instables induise une réduction de variance a été montré notamment dans
Breiman (1998). Pour une variable cible quantitative, l’agrégation des
prédictions est réalisée en prenant la moyenne des prédictions de chacun des
arbres.
Afin de diminuer la variance de la prédiction agrégée, l’objectif est de
construire des arbres très différents les uns des autres. L’algorithme de
Breiman introduit de la variabilité dans la construction des arbres d’une part
en réalisant un rééchantillonnage (tirage aléatoire simple avec remise) des
unités et d’autre part en sélectionnant aléatoirement, pour chaque « split »
de l’arbre, un sous-ensemble de variables explicatives candidates. Par rapport
à un arbre de régression, il y a donc deux paramètres supplémentaires à ajuster
pour une forêt aléatoire : le nombre d’arbres et le nombre de variables
explicatives candidates à chaque split.
Lorsque la variable d’intérêt est multivariée (ou fonctionnelle),
l’algorithme proposé par Breiman s’adapte aisément, en agrégeant les arbres de
régression multivariés (ou fonctionnels) présentés dans le paragraphe
précédent. Les forêts aléatoires multivariées ont par exemple été étudiées par Segal
et Xiao (2011).
L’algorithme que nous proposons ici, appelé « CourboForest »,
consiste simplement à agréger des arbres de régression fonctionnels construits
selon l’approche « Courbotree », c’est-à-dire des arbres de
régression multivariés appliqués sur les vecteurs
des valeurs des courbes aux instants de
discrétisation, avec pour critère de split l’inertie basée sur la distance
euclidienne définie par l’équation (4.16).