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Culture, tourisme et Centre de la statistique de l'éducation : documents de recherche

Les compétences en mathématiques et en sciences à 15 ans et le choix du programme universitaire : différences selon le sexe

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De nos jours, il existe un écart marqué entre les sexes relativement au niveau de scolarité, les femmes faisant des études postsecondaires (EPS) en plus grand nombre que les hommes. Or, cela n’a pas toujours été le cas; par le passé, un taux plus élevé d’hommes que de femmes s’inscrivaient à l’université (Clark, 2000), mais, aujourd’hui, en raison du taux d’obtention du diplôme d’études secondaires élevé chez les femmes et de leur plus grande participation aux programmes universitaires, les femmes ont amélioré leur niveau général de scolarité par rapport aux hommes. Turcotte (2011), par exemple, cite les chiffres de l’Enquête sur la population active, selon laquelle, en 1990, les hommes et les femmes âgés de 25 à 34 ans détenaient un diplôme universitaire en proportions quasiment égales (soit 15 %). En 2012, toutefois, le taux des femmes avait crû à 37 %, tandis que celui des hommes n’avait atteint que 26 %. Un renversement semblable de l’écart entre les sexes a été constaté ailleurs (voir Buchmann, DiPrete et McDaniel, 2008; Goldin, Katz et Kuziemko, 2006; Jacob, 2002).

Or, malgré toutes les avancées des femmes par rapport aux hommes en ce qui a trait à la scolarité, dans la majorité des cas, celles-ci accusent toujours un retard en ce qui a trait aux gains. Williams (2010) a déterminé, par exemple, que le revenu total moyen des hommes a été constamment plus élevé que celui de leurs homologues de sexe féminin depuis plusieurs décennies. En 2008, par exemple, les hommes gagnaient plus de 45 000 $ en moyenne, et les femmes, environ 30 000 $. Parmi les jeunes hommes et femmes de moins de 34 ans, l’écart de revenu entre les sexes était moins marqué que dans les groupes d’âge plus avancé, mais tournait autour de 10 000 $ en 2008. D’autres chercheurs canadiens abondent en ce sens. Par exemple, Hango (2010) a trouvé que dans une cohorte récente de jeunes adultes, les femmes gagnaient moins et étaient moins susceptibles d’occuper un emploi que leurs homologues masculins plusieurs années après avoir terminé leurs études à plein temps. Néanmoins, d’autres données laissent entendre que l’écart de rémunération entre les sexes est peut-être en train de se rétrécir, tout comme l’inégalité (Cooke-Reynolds et Zukewich, 2004; Drolet, 2011).

Le choix des jeunes adultes canadiens quant à leur programme d’études postsecondaires pourrait expliquer une partie de l’écart persistant de revenu.1 En effet, tous les programmes universitaires ne donnent pas des résultats comparables sur le marché du travail (Finnie, 2001; Frenette et Coulombe, 2007; Gerber et Cheung, 2008; Giles et Drewes, 2001; Walters, 2004). Cet écart économique continu entre les types de programmes se traduit par de moins bons résultats économiques pour les femmes, parce que ces dernières s’inscrivent traditionnellement dans des programmes postsecondaires qui donnent un moins bon rendement sur le marché du travail (Bobbit-Zeher, 2007; Christie et Shannon, 2001; Davies et Guppy, 1997; Gerber et Cheung, 2008; Frenette et Coulombe, 2007; McMullen, Gilmore et Petit, 2010; OCDE, 2011; Turner et Bowen, 1999). McMullen et coll. (2010) ont trouvé qu’en 2007, plus de 80 % de tous les diplômés universitaires dans les professions de la santé étaient des femmes, alors qu’en sciences sociales, sciences humaines et sciences du comportement, de 60 % à 70 % des diplômés étaient des femmes. Par contre, 30 % ou moins des diplômés en mathématiques, en informatique et sciences de l’information ou en génie étaient des femmes. Ces chiffres sont aussi le reflet de ce qui se produit au niveau du doctorat au Canada (Desjardins et King, 2011) et aux États-Unis (England, Allison, Li, Mark, Thompson, Budig et Sun, 2007). Par ailleurs, Christie et Shannon (2001), s’appuyant sur les recensements canadiens de 1986 et 1991, ont observé que les écarts entre les sexes à l’égard de l’industrie et de la profession, ainsi que du domaine d’études, sont les facteurs les plus importants de la portion expliquée de l’écart de revenu entre les hommes et les femmes; bien plus, en fait, que les écarts de niveau de scolarité. Autrement dit, le revenu des femmes est habituellement inférieur à celui des hommes en raison du domaine d’études universitaires choisi et non en raison du genre de diplôme obtenu.2

Au fil du temps, l’écart entre les hommes et les femmes pour ce qui est du domaine d’études s’est rétréci, mais il est toujours présent, les femmes et les hommes choisissant encore des domaines d’études universitaires traditionnels (Andres et Adamuti-Trache, 2007; Frenette et Coulombe, 2007; Zarifa, 2012). Par exemple, England et coll. (2007) ont trouvé qu’aux États‑Unis, même si les taux de diplômés de sexe féminin dans des domaines traditionnellement masculins, comme le génie et les mathématiques, ont augmenté depuis le début des années 1970, ils sont toujours bien moins élevés que les taux correspondants chez les diplômés de sexe masculin. Parallèlement, selon des données canadiennes récentes tirées de l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011, les femmes détenaient une part plus importante des diplômes universitaires parmi les jeunes diplômés universitaires en sciences, en technologies, en génie et en mathématiques (STGM) que parmi les plus âgés, mais les hommes détenaient encore la majorité des diplômes universitaires en STGM. Ainsi, les jeunes femmes représentaient 39,1 % des diplômés universitaires en STGM dans le groupe des 25 à 34 ans (Ferguson et Zhao, 2013).

Les différences de choix de programme universitaire entre les sexes s’expliquent peut-être en partie par les intérêts scolaires et l’aptitude à l’école secondaire. Comme il fallait s’y attendre, des recherches antérieures ont établi que les jeunes ayant une aptitude aux mathématiques ou aux sciences élevée sont plus susceptibles de suivre un programme universitaire où les compétences en mathématiques et en sciences sont essentielles (Trusty, 2002; Trusty, Robinson, Plata et Ng, 2000). Cependant, beaucoup de travaux antérieurs ont révélé que les filles obtiennent de moins bons scores que les garçons aux tests liés aux mathématiques, mais qu’elles obtiennent de meilleurs scores aux tests liés à la  lecture (Bussière, Knighton et Pennock, 2007; Downey et Vogt Yuan, 2005; Niederle et Vesterlund, 2010; OCDE, 2009; OCDE, 2012). Par ailleurs, en ce qui concerne les connaissances scientifiques, aucune différence générale importante entre les garçons et les filles n’a été constatée (Bussière, Knighton et Pennock, 2007; OCDE, 2009; OCDE, 2012). Néanmoins, est‑ce une aptitude pour les disciplines liées aux mathématiques faible qui éloigne les filles des programmes universitaires où ces compétences sont nécessaires ou est‑ce le fait que les filles ne s’intéressent tout simplement pas autant aux mathématiques que les garçons, ou qu’elles ont moins confiance en leurs capacités que les garçons?

Le présent document permet d’examiner le premier choix de programme universitaire des jeunes hommes et des jeunes femmes en accordant une attention particulière à leur aptitude aux mathématiques et aux sciences à l’âge de 15 ans. Bien qu’elle ne permette pas de déterminer toutes les caractéristiques pouvant influer sur le choix du programme universitaire, l’étude peut aider à dégager le lien qui existe entre le sexe, l’aptitude aux mathématiques et aux sciences et le choix de programme, tout en tenant compte d’une vaste gamme de facteurs.

La section 2 contient un aperçu des documents publiés récemment qui s’intéressent au lien entre l’aptitude aux mathématiques et aux sciences et le choix de programme en se penchant notamment sur les différences entre les sexes. La section 3 fournit une description des données et de la méthodologie employée pour l’analyse, tandis que la dernière section présente les résultats ainsi qu’une discussion de l’analyse.


Notes

  1. D’autres explications liées à la constitution d’une famille et à la présence d’enfants qui ont une incidence sur l’activité des femmes sur le marché du travail sont également importantes et ont été bien étudiées, mais demeurent hors du champ d’intérêt du présent document et ne seront pas examinées plus à fond (voir Phipps, Burton et Lethbridge, 2001; Waldfogel, 1998; Zhang, 2009).
  2. Fait intéressant, ce même résultat a été observé bien plus tôt par Wannell (1990), qui avait découvert que les différences quant au domaine d’études sont bien plus importantes que les différences de scolarité pour expliquer l’écart salarial.
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