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Plusieurs études internationales ont exploré la composition socioéconomique des audiences des activités culturelles. Majoritairement, elles montrent que le revenu, la profession et la scolarité sont les facteurs les plus importants dans une participation accrue à la plupart des activités culturelles (pour les tous premiers travaux dans ce domaine voir Baumol et Bowen, 1966; Book et Globerman, 1975; Globerman et Book, 1977; pour les revues de littératures voirAteca-Amestoy, 2005; Borgonovi, 2004; Seaman, 2005; Sturgis et Jackson, 2003). Le présent document contribue à cette littérature en s'appuyant sur le supplément culturel de l'Enquête sociale générale (ESG) de 2005 de Statistique Canada pour déterminer l'étendue de l'influence des caractéristiques socioéconomiques sur la fréquence de participation des Canadiens de 15 ans et plus aux activités suivantes : représentations théâtrales ; concerts de musique populaire; visite des sites historiques, des zones protégées ou des parcs naturels; visite d' une galerie publique ou d'un musée d'art; écoute de la musique; aller au cinéma ou au cinéparc; regarder des vidéos; lire des livres ou des revues; et fréquenter une bibliothèque pendant l'année.1
Ce faisant, nous nous inscrivons dans la très courte liste d'études canadiennes ayant examiné la participation aux activités culturelles sous une perspective multivariée. Dans une de ces études, Bourdeau (2002) a montré que le sexe, l'âge, le niveau de scolarité, le revenu du ménage et le lieu de naissance (au Canada ou à l'étranger) sont autant de facteurs importants pour la pratique d'au moins une des activités culturelles suivantes : danser, faire du théâtre, chanter dans un groupe, une chorale ou en solo, écrire, prendre des photos et jouer d'un instrument de musique. Ces facteurs ont été également associés positivement à la visite de sites culturels ou patrimoniaux. Dans une autre étude, Fisher et Preece (2003) ont démontré que les adultes qui assistaient seulement à des concerts de « musique classique » (c.-à-d. à au moins un des concerts suivants : orchestre symphonique, orchestre de chambre, chorale ou opéra) étaient plus susceptibles d'être des femmes plus âgées et des personnes nées à l'étranger, tandis que ceux qui assistaient à des concerts de « musique classique » et à des concerts « d'autre musique » (c.-à-d. à au moins un concert de musique pop, rock, jazz, blues, folk ou country) étaient plus susceptibles d'être des jeunes hommes vivant en région urbaine. Fisher et Preece ont également mis en évidence le fait que la scolarité et le revenu ont des effets positifs importants sur la participation aux concerts musicaux.2
Bien que leurs résultats soient très utiles dans la compréhension de la demande des commodités culturelles au Canada, Bourdeau (2002) et Fisher et Preece (2003) traitent la participation aux activités culturelles comme un phénomène dichotomique. Ce faisant, ces auteurs estiment une variable indicatrice binaire comme une fonction des caractéristiques socioéconomiques individuelles. L' un des principaux inconvénients de cette démarche est que l'importance d'un groupe démographique pour une activité culturelle donnée sera sous-estimée si le groupe en question participe à une fréquence anormalement élevée par période, et surestimée lorsque la fréquence absolue est anormalement faible (Seaman, 2005). Ainsi donc, il est tout à fait raisonnable de soutenir l'idée selon laquelle les facteurs qui déterminent si une personne participe ou non pourraient être significativement différents de ceux qui influent sur la fréquence de participation. En outre, la portée des études multivariées susmentionnées est fort étroite car elles excluent des types importants de consommation culturelle, comme aller au cinéma, lire des livres ou des revues, regarder des vidéos et écouter de la musique. Comme l'indiquent les graphiques 1 et 2 ci-dessous, ces types d'activités culturelles constituent des formes importantes de consommations culturelles attribuables aux Canadiens de tous les groupes de revenus et d'âge.3
Graphique 1
Participation à des activités culturelles selon le
revenu du ménage, Canada, 2005
Graphique 2
Participation à des activités culturelles selon
l'âge, Canada, 2005
Il existe actuellement une vaste littérature empirique supportant l'idée selon laquelle les antécédents éducationnels d'un individu (i.e., l'éducation des parents) jouent un rôle considérable dans son degré de consommation des commodités culturelles. Comme exemple, Borgonovi (2004), et Lewis et Seaman (2004) ont montré que les personnes dont la mère et le père possèdent des niveaux de scolarités très élevées sont plus susceptibles de faire partie des audiences des activités culturelles aux États-Unis, toute chose étant égale par ailleurs. Similairement, Bergonzi et Smith (1996) et Kracman (1996) ont également démontré que les Américains ayant des antécédents familiaux plus élevés sont plus susceptibles d'avoir été exposés aux activités culturelles durant leur enfance et leur adolescence. Ceci en retour, jouerait un rôle considérable dans leur consommation future de la grande majorité de biens et services culturels. Malgré ces évidences empiriques, les précédentes recherches quantitatives canadiennes portant sur la participation aux activités culturelles n'ont pas explicitement tenu compte de l'importance des antécédents familiaux dans l'explication de l'hétérogénéité observée dans la participation aux activités culturelles au Canada. En effet, les recherches canadiennes antérieures se sont intéressées essentiellement à l'influence des caractéristiques personnelles standard sur les habitudes de participation aux activités culturelles.
Comme complément à cette littérature empirique internationale, tout en allant au-delà des recherches quantitatives canadiennes passées, nous apportons de nouvelles preuves canadiennes de l'influence du « capital social » des personnes sur leur niveau de consommation de biens et services culturels.4 Mieux encore, nous allons plus loin en explorant d'un point de vue empirique, l'effet des relations contemporaines d'un adulte plus sur sa participation à des activités culturelles. Pour ce faire, nous avons contrôlé le niveau de scolarité du partenaire conjugal de la personne d'intérêt pour notre analyse. L'importance de tenir compte de l'éducation du partenaire conjugal dans l'analyse de la participation aux activités culturelles provient du fait qu'elle a été identifiée dans plusieurs recherches comme un bon indicateur capital social actuel des individus. Lequel capital joue un rôle essentiel dans la transmission des intérêts culturels, en plus de contribuer grandement à la formation des préférences (DiMaggio et Useem, 1978b; Upright, 2004, Van Berkel et De Graaf, 1995).
Pourquoi s'intéresser aux corrélats sociaux de la participation aux activités culturelles au Canada? L'élaboration d'un profil socioéconomique des personnes susceptibles de participer à diverses activités culturelles peut être d'une utilité de premier plan pour diverses parties prenantes. Par exemple, il peut permettre aux organismes chargés d'offrir et de commanditer des projets ou des programmes culturels de comprendre les personnes les plus susceptibles d'assister à leurs événements. Par ailleurs, l'indentification des groupes socioéconomiques et démographiques les plus à même d'assister de manière plus assidue aux événements culturels pourrait contribuer au développement des stratégies visant la croissance durable du marché des commodités culturelles au Canada.
Le reste du document est organisé comme suit. La section 2 donne un bref aperçu de l'Enquête de 2005 sur l'emploi du temps (sous-section 2.1), présente une analyse descriptive de nos variables d'intérêt (sous-section 2.2), ainsi qu'un examen des corrélations linéaires entre les différentes variables (sous-section 2.3). La section 3 décrit notre stratégie d'estimation (sous-section 3.1) et présente une justification empirique du choix des variables utilisées dans notre analyse (sous-section 3.2). Les estimations des équations de participation aux activités culturelles sont présentées à la section 4. La section 5 reporte la conclusion. Tous les tableaux mentionnés dans le texte se trouvent dans l'annexe.
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