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Série de documents de recherche - Revenu
Dynamique et déterminants du faible revenu selon différents seuils : nouvelles observations relatives au Canada en 2000 et après
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Statistiques sur l'échantillon
Profils de la dynamique du faible revenu d'une année à l'autre
Profils de la dynamique du faible revenu au fil du temps
De quelle manière le sexe, le type de famille et d'autres facteurs influent-ils sur les transitions relatives à une situation de faible revenu?
Quels sont les déterminants qui influent sur les situations de faible revenu transitoires et persistantes?
Quels sont les changements robustes du panel 3 au panel 4?
Début du texte
Statistiques sur l'échantillon
Lorsque nous avons mené nos travaux de recherche, la base de données de l'EDTR comptait quatre panels complets. Chaque panel est constitué d'environ 17 000 ménages et de quelque 34 000 adultes qui font l'objet d'un suivi pendant six années consécutives. Aux fins d'étudier la dynamique du faible revenu après 1999, nous étudions les panels 3 (de 1999 à 2004) et 4 (de 2002 à 2007) de l'EDTR. La population cible consiste en particuliers âgés de 16 ans ou plus durant les années que compte le panel.
Dans le panel 3 (de 1999 à 2004), les femmes constituent 51,4 % de la population et les hommes, 48,6 %, les immigrants, 18 % environ et les membres de minorités visibles, plus de 9 %1. On estime que, au début de 1999, le quart environ de la population faisait partie du groupe âgé de 35 à 44 ans, tandis que plus de 10 % avaient 65 ans ou plus; les trois quarts avaient à tout le moins un diplôme d'études secondaires, environ 15 % étaient des étudiants et 18 % avaient des limitations d'activités. En ce qui touche la composition de la famille, les familles monoparentales représentaient 5 % de la population. La proportion de personnes seules est demeurée stable à 15 %, tandis que celle des personnes vivant en famille et ayant des enfants est passée de près de 42 % en 1999 à environ 34 % en 2004.
Pour ce qui est du panel 4 (de 2002 à 2007), les femmes représentent 51,1 % de la population et les hommes, 48,9 %. Les immigrants constituent près de 20 % de la population, et les membres de minorités visibles, plus de 12 %. Au début de 2002, plus du cinquième des personnes au sein de la population faisaient partie du groupe âgé de 35 à 44 ans, plus de 12 % avaient 65 ans et plus, quelque 80 % avaient à tout le moins un diplôme d'études secondaires, environ 15 % étaient des étudiants et 23 % avaient des limitations d'activités. Concernant la composition de la famille, les familles monoparentales représentaient 5 % de la population. La proportion de personnes seules et de personnes vivant en famille et ayant des enfants a augmenté de façon constante, passant respectivement de 14 % à près de 17 % et de 24 % à près de 28 %
Profils de la dynamique du faible revenu d'une année à l'autre
Aux fins d'analyser la dynamique du faible revenu d'une année à l'autre, nous examinons les probabilités empiriques de transition vers une situation de faible revenu au sein de la population pour chaque panel au fil du temps en fonction de différents seuils de faible revenu. Le moyen le plus simple d'étudier la dynamique du faible revenu d'une année à l'autre consiste sans doute à examiner la proportion de gens qui deviennent à faible revenu ou qui cessent de l'être ainsi que les probabilités empiriques de transition d'une année à l'autre. Le tableau 1 présente les résultats obtenus pour la population cible ainsi que pour les hommes et les femmes.
Les résultats donnent à penser que, si les probabilités de transition d'une année à l'autre varient quelque peu entre les trois seuils de faible revenu pour les panels 3 et 4, ces probabilités demeurent généralement uniformes au niveau des seuils au fil du temps. Plus précisément, les deux tiers environ des particuliers à faible revenu demeurent dans la même situation au fil des ans, tandis que le tiers d'entre eux environ cessent de faire partie de cette catégorie. À peu près 97 % des particuliers qui ne sont pas à faible revenu demeurent dans la même situation, seulement 3 % d'entre eux environ passant dans la catégorie des particuliers à faible revenu. Cette observation est assez robuste à la fois pour la population totale et pour les sous-populations d'hommes et de femmes2.
Profils de la dynamique du faible revenu au fil du temps
Les taux de faible revenu chez les hommes et chez les femmes, à la fois selon le SFR et selon la MFR, sont assez comparables. Par rapport à ces deux seuils, la MPC se traduit par davantage de particuliers en situation de faible revenu. En d'autres termes, certains particuliers dont le revenu se situe légèrement au-dessus du SFR ou de la MFR sont à faible revenu selon la MPC.
Situation de faible revenu transitoire ou persistante
De nombreux Canadiens ont été en situation de faible revenu transitoire (de un à trois ans) au cours de la période visée par l'étude. Il n'y a qu'un très petit pourcentage de la population qui a connu une situation de faible revenu persistante (de quatre à six ans), et ce, peu importe le seuil de faible revenu utilisé. Dans le cas du panel 3 (de 1999 à 2004), la proportion de la population en situation de faible revenu persistante est de 5,2 % et de 5,5 % selon le SFR et la MFR respectivement, et de quelque 6,4 % selon la MPC. Pour ce qui est du panel 4 (de 2002 à 2007), cette proportion se chiffre à 5,1 % selon le SFR, à 5,6 % selon la MFR et à environ 5,8 % selon la MPC.
Nous constatons que, tant dans le panel 3 (de 1999 à 2004) que dans le panel 4 (de 2002 à 2007), il y a davantage de femmes que d'hommes qui sont en situation de faible revenu pendant des durées variées, peu importe le seuil de faible revenu employé. Nous constatons aussi que, comparativement aux hommes, il y a plus de femmes qui se retrouvent en situation de faible revenu transitoire mais moins de femmes qui sont en situation de faible revenu persistante.
Si les personnes âgées sont dans une situation nettement plus avantageuse que les particuliers appartenant aux autres groupes d'âge au Canada, du fait des politiques sociales en vigueur, comme la Sécurité de la vieillesse (SV) et le Supplément de revenu garanti (SRG), nous observons néanmoins un écart persistant entre les sexes chez les personnes âgées de 65 ans et plus, les femmes étant plus nombreuses que les hommes à être en situation de faible revenu. Mesurée selon le SFR, la proportion de personnes à faible revenu est de 6 % environ chez les hommes âgés mais d'approximativement 16 % chez les femmes âgées. C'est avec la MPC que cet écart est le moins marqué : 8 % chez les hommes et 11 % chez les femmes. Cet écart entre les sexes peut être associé à des différences dans le montant des pensions des régimes publics au Canada, ce montant étant fonction de la période durant laquelle les travailleurs ont cotisé aux régimes au cours de leur carrière ainsi que des sommes versées. Comme les travailleuses tendent à verser des cotisations plus faibles sur une période plus courte que les travailleurs, le montant de pension qu'elles reçoivent une fois à la retraite tend à être moins élevé.
Transitions au long du cycle de vie
L'examen des panels 3 et 4 permet d'observer des tendances remarquables au chapitre des transitions effectuées au long du cycle de vie. Si la plupart des gens — des deux tiers aux trois quarts de la population — ne sont à aucun moment en situation de faible revenu, les jeunes, les étudiants, les personnes seules et les parents seuls sont plus susceptibles de connaître des situations de faible revenu transitoires correspondant à des transitions durant leur cycle de vie.
En premier lieu, ce sont les jeunes âgés de 16 à 24 ans qui sont les plus susceptibles — plus de 25 % — d'être en situation de faible revenu transitoire; à l'opposé, les personnes âgées de 65 ans et plus sont les moins susceptibles de connaître une telle situation (moins de 10 %). La proportion de personnes en situation de faible revenu diminue de façon notable à mesure que l'on passe d'une cohorte d'âge à l'autre à partir de 25 ans jusqu'à 54 ans (c'est-à-dire de 25 à 34 ans, de 35 à 44 ans et de 45 à 54 ans). Il faut ajouter que les résultats relatifs à la plus forte proportion de jeunes âgés de 16 à 24 ans en situation de faible revenu transitoire sont robustes : la proportion observée demeure supérieure à 25 % selon les trois seuils de faible revenu, pour le panel 3 comme pour le panel 4.
En deuxième lieu, de tous les groupes d'âge, c'est celui des personnes âgées de 55 à 64 ans qui se classe au deuxième rang, après celui des personnes de 16 à 24 ans, au chapitre de la proportion de personnes en situation de faible revenu transitoire. C'est aussi dans le groupe des personnes de 55 à 64 ans que l'on observe la plus forte proportion de personnes en situation de faible revenu persistante. Les personnes de ce groupe d'âge peuvent présenter une vulnérabilité associée tant au marché du travail qu'à la santé ou à l'état matrimonial. Toutefois, au fil du temps, la proportion de personnes de ce groupe d'âge en situation de faible revenu transitoire diminue, passant de quelque 25 % au panel 3 à 20 % au panel 4.
En troisième lieu, c'est parmi les personnes âgées que l'on observe la plus faible proportion de personnes en situation de faible revenu transitoire ou persistante. Ainsi, la proportion de ces personnes en situation de faible revenu transitoire est inférieure à 5 %. La proportion est encore plus faible dans le cas des hommes par rapport aux femmes à l'intérieur de ce groupe d'âge.
L'un des plus importants changements au cours du cycle de vie a trait à la composition de la famille. Ce genre de changement peut être complexe, car il touchera plus d'un particulier (par exemple, le conjoint et les enfants). À partir du moment où le revenu familial est partagé entre les membres de la famille, le changement de la composition de cette dernière aura souvent un effet direct sur le revenu équivalent des membres de la famille, et donc sur le fait que ces membres soient ou non en situation de faible revenu d'après les seuils de faible revenu établis.
Nous constatons que, dans le panel 3 et le panel 4, les personnes seules et celles appartenant à une famille monoparentale sont plus susceptibles d'être en situation de faible revenu transitoire et persistante, peu importe le seuil de faible revenu utilisé. Les personnes seules comprennent les célibataires qui en sont au début de leur vie et les personnes qui en viennent à vivre seules à différentes étapes de leur vie. Soit ces personnes ont un revenu moins élevé, soit elles ont besoin d'un revenu supérieur pour joindre les deux bouts, soit ces deux facteurs sont réunis. Il n'est donc pas surprenant qu'une proportion élevée d'entre elles (plus de 15 % dans l'un et l'autre cas) soit en situation de faible revenu aussi bien transitoire que persistante.
De même, les parents seuls sont plus susceptibles d'être à faible revenu, car ces parents, qui sont le seul soutien de famille et comptent un ou plusieurs enfants à charge, tendent à répartir leur revenu entre davantage de membres de la famille. On observe une proportion nettement plus élevée de ces personnes en situation de faible revenu transitoire (25 % ou plus) et persistante (15 % ou plus).
Groupes à risque élevé
Selon nos résultats, les groupes à risque élevé sont les particuliers n'ayant pas achevé leurs études secondaires, ceux ayant des limitations d'activités, les membres de minorités visibles et les immigrants récents3. Nos observations concordent avec les études sur le sujet4.
D'abord, nous constatons que, dans le panel 3, 8 % des personnes n'ayant pas terminé leurs études secondaires sont en situation de faible revenu persistante, et ce, avec les trois seuils de faible revenu. Dans le panel 4, plus de 8 % de ces mêmes personnes sont en situation de faible revenu persistante selon le SFR et la MFR, tandis que la proportion selon la MPC est tout juste en dessous de 8 %. Conformément à la théorie du capital humain, le travailleur moins instruit obtient une rétribution moindre en contrepartie du capital humain qu'il représente, de sorte qu'il est plus susceptible d'être en situation de faible revenu5.
Ensuite, dans le panel 3, plus de 16 % des particuliers ayant des limitations d'activités sont en situation de faible revenu persistante selon les trois seuils de faible revenu. Il s'agit d'une proportion élevée si l'on considère que moins de 4 % des autres particuliers sont dans une telle situation selon chacun des seuils de faible revenu. Dans le panel 4, la proportion de particuliers ayant des limitations d'activités qui sont en situation de faible revenu persistante selon les trois seuils de faible revenu est d'environ 14 %, ce qui est là encore très élevé comparativement aux particuliers sans limitation d'activités, 3 % seulement d'entre eux étant en situation de faible revenu persistante.
L'examen du panel 3 montre que plus de 10 % des membres de minorités visibles sont en situation de faible revenu persistante selon les trois seuils de faible revenu, alors que la proportion est inférieure à 6 % chez les autres particuliers. Dans le panel 4, il y a moins de 9 % des membres de minorités visibles en situation de faible revenu persistante, la proportion n'étant que de 5 % chez les autres particuliers selon le SFR et la MFR. D'après la MPC, 11 % des membres de minorités visibles sont en situation de faible revenu persistante, contre environ 5 % des autres particuliers. Ces observations concordent avec des études antérieures6.
Enfin, dans le panel 3, plus de 11 % des immigrants récents (c'est-à-dire les immigrants arrivés au Canada après 1986) sont en situation de faible revenu persistante selon les trois seuils de faible revenu, contre moins de 6 % des particuliers nés au Canada. Dans le panel 4, plus de 9 % des immigrants récents (soit ceux arrivés au Canada après 1989) étaient en situation de faible revenu persistante, cette proportion étant de 5 % environ chez les particuliers nés au Canada. Ce résultat concorde avec les constatations empiriques récentes portant sur la population d'immigrants au Canada7.
De quelle manière le sexe, le type de famille et d'autres facteurs influent-ils sur les transitions relatives à une situation de faible revenu?
Les transitions relatives à une situation de faible revenu sur deux années adjacentes, et donc la probabilité de ces transitions, peuvent être classées en quatre catégories, selon que le particulier : cesse d'être en situation de faible revenu; devient en situation de faible revenu; demeure en situation de faible revenu; ou continue de ne pas être en situation de faible revenu. Étant donné que l'échantillon était de petite taille pour certains groupes de particuliers8, nous nous sommes penchés uniquement sur la probabilité conjointe de devenir ou de demeurer en situation de faible revenu. À l'exact opposé, on retrouve les situations complémentaires, c'est-à-dire cesser d'être, et continuer de ne pas être, en situation de faible revenu.
Étant donné que les profils diffèrent sensiblement selon le sexe et la composition de la famille, nous allons étudier les transitions d'une année à l'autre pour chaque sous-population. Le but de cette analyse est de mieux délimiter les facteurs qui déterminent le faible revenu ainsi que leurs effets marginaux selon le sexe et la composition de la famille9. Outre la constatation générale sur le rôle du sexe, nous observons que la dynamique de la composition de la famille, le nombre d'enfants, l'âge et le fait d'être étudiant sont d'importants facteurs du cycle de vie, tandis qu'un niveau de scolarité peu élevé, des limitations d'activités, l'appartenance à une minorité visible et le fait d'être immigrant récent sont des facteurs de risque clés.
Abordons d'abord le rôle du sexe et de la composition de la famille dans les panels 3 et 4 selon le SFR, la MFR et la MPC, à partir de nos estimations produites à l'aide des modèles logit en ce qui touche le fait de devenir ou de demeurer en situation de faible revenu. Les résultats montrent que, selon différents seuils de faible revenu, les femmes, les mères seules et, tout spécialement, les femmes seules sont plus susceptibles de devenir ou de demeurer en situation de faible revenu que les autres particuliers. Toutes choses étant égales par ailleurs, les femmes seules et les mères seules sont plus susceptibles d'être en situation de faible revenu que les hommes seuls et les pères seuls. En outre, la probabilité que ces femmes deviennent ou demeurent à faible revenu est plus élevée selon le SFR que selon la MFR et la MPC.
Examinons maintenant le rôle associé à la dynamique de la composition de la famille, c'est-à-dire les changements de type de famille d'une année à l'autre : d'une personne seule à un autre type de famille (couple sans enfant, couple avec enfants, parent seul, etc.), ou encore, bien sûr, d'un couple sans enfant, d'un couple avec enfants ou d'un parent seul à un type de famille différent.
En règle générale, la probabilité de se retrouver en situation de faible revenu lorsqu'un particulier qui vivait seul en vient à former un couple, avec ou sans enfant, est peu élevée selon les trois seuils de faible revenu et dans les deux panels. D'ailleurs, l'incidence de ce changement est plus marquée dans le cas des femmes seules que dans celui des hommes seuls. Autrement dit, le fait de former un couple semble avoir une incidence plus grande chez les femmes célibataires que chez les hommes célibataires en ce qui touche le fait de cesser, ou d'éviter, d'être en situation de faible revenu.
Concernant les familles monoparentales, le fait de devenir une famille de personne seule fait augmenter la probabilité d'être en situation de faible revenu. Par contre, les mères seules, mais non les pères seuls, étaient moins susceptibles d'être à faible revenu si elles en venaient à former un couple. Cela peut tenir au fait que les pères seuls qui se marient ou qui entament une union de fait ne sont peut-être pas aussi avantagés que les mères seules dans une telle situation dans l'optique de la mise en commun du revenu familial. En d'autres termes, le nouveau conjoint d'une mère seule aura tendance à apporter une aide plus importante pour permettre à la famille de cesser, ou d'éviter, d'être en situation de faible revenu que la nouvelle conjointe d'un père seul.
Examinons maintenant le rôle joué par le nombre d'enfants : les particuliers vivant en couple et comptant plus d'enfants sont plus susceptibles d'être en situation de faible revenu. Les couples sans enfant auront évidemment plus de ressources, du fait que leur famille compte moins de membres; ils pourraient aussi décider de ne pas avoir d'enfants, faute de ressources suffisantes à partager entre les membres de la famille. Les particuliers ayant plus d'enfants doivent répartir leur revenu entre un plus grand nombre de membres de la famille, mais ils peuvent aussi tirer parti d'économies d'échelle. Il est difficile d'établir une relation causale, mais l'on dispose de données empiriques robustes montrant que les particuliers vivant en couple et ayant plus d'enfants sont plus susceptibles d'être en situation de faible revenu.
Pour ce qui est du rôle associé à l'âge, les résultats empiriques dont nous disposons montrent que l'existence de la SV et du SRG au Canada fait en sorte que les citoyens âgés (65 ans et plus) sont moins susceptibles d'être à faible revenu, et ce, peu importe la composition de la famille. Par contre, les jeunes célibataires âgés de 16 à 24 ans et le groupe des personnes âgées de 55 à 64 ans, plus vulnérable, sont plus susceptibles d'être en situation de faible revenu. Les jeunes ont souvent un revenu plus bas au départ et continuent de constituer leur capital humain, alors que les personnes âgées de 55 à 64 ans peuvent se retrouver en situation de faible revenu pour différentes raisons, par exemple une cessation d'emploi, la rupture d'un mariage, une limitation d'activités ou un changement de la composition de la famille (comme le décès du conjoint ou le fait de vivre avec des enfants adultes).
Enfin, nous constatons aussi que les particuliers appartenant aux groupes à risque élevé sont généralement plus susceptibles d'être en situation de faible revenu lorsque des risques multiples sont présents — par exemple la probabilité de transition vers une situation de faible revenu sera particulièrement élevée dans le cas de parents seuls ayant un niveau de scolarité peu élevé et de particuliers vivant seuls et ayant des limitations d'activités.
Quels sont les déterminants qui influent sur les situations de faible revenu transitoires et persistantes?
L'analyse qui précède a porté sur les facteurs qui influent sur la probabilité marginale de transition vers une situation de faible revenu d'une année à l'autre. Nous allons maintenant recourir aux modèles logit pour examiner les facteurs qui font en sorte qu'un particulier se retrouvera en situation de faible revenu : a) pendant au moins un an; b) pendant au moins quatre ans; c) pendant la totalité des six années. Cela nous permettra de faire une distinction entre les déterminants d'une situation de faible revenu transitoire et les déterminants d'une situation de faible revenu persistante. Les résultats sont présentés aux tableaux 2-A à 2-F.
Nous constatons que les facteurs influant le plus sur le fait d'être en situation de faible revenu pendant au moins un an comprennent la composition de la famille (personnes seules et parents seuls), les limitations d'activités, un niveau de scolarité plus bas, le fait d'être étudiant et le fait d'être immigrant récent. Dans le cas d'une situation de faible revenu pendant la totalité des six années, les principaux facteurs sont la composition de la famille (personnes seules et parents seuls), les limitations d'activités et un niveau de scolarité plus bas. Cela laisse penser que le fait d'être étudiant et le fait d'être immigrant récent sont plus probablement les principaux facteurs qui sous-tendent une situation de faible revenu transitoire, tandis que la composition de la famille (personnes seules et parents seuls) les limitations d'activités et un niveau de scolarité moins élevé sont probablement les principaux facteurs entraînant à la fois une situation de faible revenu transitoire et une situation de faible revenu persistante. Ces observations sont assez robustes selon chacun des trois seuils de faible revenu et dans les deux panels.
Il pourrait être utile de faire l'hypothèse que les gens sont en mesure de niveler leur revenu au fil du temps. La question qu'il faut se poser est donc la suivante : est-ce que les occurrences de situations de faible revenu au cours de la période de six ans diffèrent de façon significative de celles observées sur une base annuelle? Pour y répondre, nous avons agrégé les revenus annuels des particuliers et les seuils de faible revenu annuels sur les six années des panels, puis nous avons comparé les revenus agrégés aux seuils de faible revenu agrégés ainsi qu'aux bornes supérieures et inférieures (125 % et 75 %) des seuils agrégés. Il semble ressortir des résultats que, peu importe le seuil de faible revenu utilisé, les groupes à risque élevé où l'on observe le plus d'occurrences de situations de faible revenu sont les parents seuls, les personnes seules, les personnes ayant des limitations d'activités et les immigrants récents, en particulier les immigrants récents qui appartiennent à une minorité visible.
Quels sont les changements robustes du panel 3 au panel 4?
La comparaison des estimations fondées sur les trois seuils de faible revenu pour le panel 3 avec celles établies pour le panel 4 met en lumière certains changements robustes au fil du temps.
D'abord, en ce qui touche la transition vers une situation de faible revenu ou hors d'une telle situation pour les femmes, on observe une amélioration par rapport aux trois seuils de revenu au fil des deux panels : l'immobilité est moins prononcée dans le cas des personnes en situation de faible revenu et plus prononcée dans le cas des personnes qui ne sont pas dans une telle situation. Il y a une diminution du nombre d'occurrences de situations de faible revenu persistante dans le cas des femmes, des jeunes, des personnes moins instruites et des parents seuls entre le panel 3 et le panel 4. Nous observons aussi une telle diminution chez les personnes âgées de 45 à 54 ans. Par contre, il y a eu une augmentation du nombre d'occurrences de situations de faible revenu transitoire chez les jeunes entre le panel 3 et le panel 4 selon la MPC.
Nous avons accordé une attention particulière à l'indice SST, cet indice constituant une mesure exhaustive et décomposable de la durée de la situation de faible revenu. Les résultats sont présentés au tableau 3. Le premier élément, πTt=1(δ ≥ 1/T), soit la proportion de la population ayant été en situation de faible revenu pendant une durée quelconque à l'intérieur d'une période de six ans, a augmenté selon la MFR mais a diminué légèrement selon le SFR et la MPC entre le panel 3 et le panel 4; le deuxième élément, qui est la durée moyenne normalisée de la situation de faible revenu, a diminué selon la MFR mais a augmenté légèrement selon les deux autres seuils. Le troisième élément, 1+ G(δT), qui constitue une mesure de l'inégalité des durées de faible revenu, a augmenté selon le SFR et la MPC mais a diminué légèrement selon la MFR.
Une fois ces éléments réunis, nous observons que la durée des situations de faible revenu s'est quelque peu accrue entre le panel 3 et le panel 4, l'indice passant de 0,2045 à 0,2065 selon le SFR, de 0,2276 à 0,2300 selon la MPC et de 0,2062 à 0,2089 selon la MFR. La hausse selon la MFR a été légèrement plus marquée qu'avec les deux autres seuils.
Notes
- Par souci de concision, seulement un certain nombre de tableaux clés sont présentés dans cet article. On trouvera le reste des résultats empiriques (tableaux et figures) dans la version complète du rapport.
- La probabilité de demeurer en situation de faible revenu est légèrement plus élevée et celle de ne pas se retrouver en situation de faible revenu, légèrement plus basse pour la sous-population des femmes que pour celle des hommes, à la fois avec les différents seuils de faible revenu utilisés et au fil des panels 3 et 4.
- Dans notre étude, le concept d'immigrant récent a un caractère dynamique. Ainsi, dans le contexte du panel 3, les immigrants récents sont ceux qui sont arrivés au Canada après 1986, et après 1989 pour ce qui est du panel 4, de manière à rendre compte du fait que ce dernier a débuté trois ans après le panel 3.
- Parmi les travaux pertinents, mentionnons ceux de Morissette et Zhang (2001), le document de recherche de RHDCC (2009) et l'étude de Valletta (2005).
- Les origines de la théorie du capital humain remontent jusqu'à Becker (1964) et Schultz (1971).
- Se reporter notamment à Statistique Canada (2001) et à Samuel (2006).
- Se reporter notamment à Picot et Hou (2003, 2007).
- Lorsque certaines transitions précises (fait de devenir en situation de faible revenu) sont analysées au moyen d'un cadre de régression comportant un nombre élevé de covariables, le nombre de cas associés à ces transitions relativement à certaines covariables est trop bas pour que cette information puisse être publiée, compte tenu des lignes directrices de Statistique Canada en matière de diffusion.
- L'effet marginal (aussi appelé effet partiel ou effet net) dans les modèles de régression logit désigne ici la contribution marginale de chaque covariable à la probabilité de devenir ou de demeurer en situation de faible revenu, toutes choses demeurant constantes par ailleurs. Lorsque toutes les covariables des modèles sont binaires (0/1), nous pouvons interpréter l'effet marginal de chaque covariable d'intérêt comme étant la contribution marginale de la covariable à la probabilité qu'une situation de faible revenu débute ou se poursuive lorsque cette covariable est activée (valeur passant de 0 à 1), toutes les autres covariables demeurant inactives (0). Pour ce faire, on exécute la commande logit et sa commande auxiliaire mfx au moyen de STATA (version 11.0).
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