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    Série de documents de recherche - Revenu

    Dynamique et déterminants du faible revenu selon différents seuils : nouvelles observations relatives au Canada en 2000 et après

    Introduction

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    Le débat sur la pauvreté et le faible revenu au Canada repose en grande partie sur des données transversales1. Il s'agit certes d'un aspect important, mais il conviendrait aussi d'examiner la dynamique du faible revenu dans une perspective longitudinale. À quelle fréquence les Canadiens deviennent-ils en situation de faible revenu ou cessent-ils de l'être au cours d'une période donnée? Combien de temps cette situation dure-t-elle, et avec quelle rapidité peut-on cesser d'être à faible revenu? Qui sont les plus susceptibles d'être en situation de faible revenu pendant une longue période? Quels sont les facteurs influant sur la dynamique et la persistance du faible revenu? Nous abordons ces questions ici afin de mieux comprendre la situation de faible revenu dans une perspective dynamique.

    La littérature consacrée au sujet fournit certaines indications au sujet de la dynamique et de la persistance du faible revenu au cours des années 1990 et avant. L'étude de Duncan et de ses collaborateurs (1993) est sans doute l'une des premières à avoir porté sur la dynamique du faible revenu dans différents pays, dont le Canada. Morissette et Zhang (2001) ont publié l'une des premières études entièrement consacrées à la dynamique et à la persistance du faible revenu au Canada. Se fondant sur les données du panel des années 1993 à 1998 de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu (EDTR), ils ont montré que quelque 8 % des Canadiens ont été en situation de faible revenu pendant quatre ans ou plus au cours de cette période de six ans, tandis que seulement 3 % ont été dans cette situation pendant les six années. Ils ont aussi décrit les profils de faible revenu au sein de différents groupes de population à risque élevé. Finnie et Sweetman (2003) ont également réalisé une importante étude canadienne sur la dynamique du faible revenu à l'aide des données de la Banque de données administratives longitudinales (BDAL) se rapportant aux années 1992 à 1996 (soit un panel de cinq ans). Ils ont constaté qu'environ 6 % des Canadiens avaient été en situation de faible revenu pendant ces cinq années. Près de 21 % avaient été dans cette situation pendant une période de un à quatre ans. Ces auteurs ont également montré que, comparativement aux couples mariés, les parents seuls, en particulier les mères, et les personnes seules étaient proportionnellement plus nombreux à être passés en dessous et au-dessus du seuil de faible revenu durant la période en question. Il faut toutefois préciser que ces études étaient fondées sur des données relatives aux années 1990 ou à des périodes antérieures. Dans la présente étude, nous voulons nous pencher sur la dynamique et la persistance du faible revenu au Canada depuis ce temps.

    Une autre caractéristique des études antérieures est l'utilisation d'un unique seuil de faible revenu. Morissette et Zhang (2001) utilisent le seuil de faible revenu (SFR); Finnie et Sweetman (2003) créent pour leur part un seuil relatif similaire à la mesure de faible revenu (MFR). Le SFR et la MFR sont tous deux établis par Statistique Canada. De son côté, Ressources humaines et Développement des compétences Canada (RHDCC) a mis de l'avant la mesure fondée sur un panier de consommation (MPC) au début des années 2000. Ces trois seuils étant déjà disponibles, nous entendons évaluer le degré de robustesse de notre analyse actualisée de la dynamique et de la persistance du faible revenu par rapport à chacun d'eux.

    L'évaluation des seuils de faible revenu se situe au fondement même de la mesure du faible revenu. Certains auteurs prônent l'approche relative; d'autres préconisent l'approche absolue, en mettant l'accent sur des éléments comme les aliments, les vêtements, le logement et d'autres facteurs essentiels afin de définir le seuil de pauvreté. Osberg et Xu (1999, 2000a), Myles et Picot (2000), Morissette et Zhang (2001), Finnie et Sweetman (2003) ainsi que l'Institut de la Banque mondiale (2005) ont opté pour l'approche relative. D'autres chercheurs, dont Sarlo (1996) et Pendakur (2001), jugent que le SFR et la MFR sont des seuils trop « généreux »; ils recommandent plutôt d'utiliser le coût de la vie de base afin d'établir un seuil du genre de la MPC.

    On tend à adopter l'approche relative en ce qui a trait au faible revenu et à la pauvreté dans les pays développés. Galbraith (1998) fait valoir que les seuils de faible revenu doivent être établis en fonction de collectivités bien précises. Il sous-entend que l'approche relative est préférable. Concernant la pertinence des seuils de faible revenu relatifs par rapport à des mesures absolues du dénuement, Sen (1992, p. 115) écrit que le dénuement relatif sur le plan du revenu peut entraîner un dénuement absolu sur le plan des capacités. Plus récemment, Osberg et Xu (2008) ainsi que Ravallion (2010) ont mis de l'avant de nouvelles données à l'appui du relativisme dans l'optique du faible revenu. En  ce qui a trait à l'aspect quantitatif des seuils de faible revenu, Osberg et Xu (2008) font aussi valoir que, si zA est un seuil de faible revenu « absolu » (peu importe sa définition) et si zR est un seuil de faible revenu relatif (exprimé sous forme de fraction de la médiane du revenu équivalent), le seuil de faible revenu optimal,  z = Maxmal[zR, zA].

    Néanmoins, en présence de plusieurs seuils de faible revenu — pouvant tous être aussi bien relatifs qu'absolus —, il faut se demander comment évaluer l'incidence des seuils choisis. Dans la présente étude, nous chercherons à répondre à cette question dans le contexte de l'analyse de la dynamique et de la persistance du faible revenu au Canada en 2000 et au-delà.

    Notre étude se démarque de différentes manières. D'abord, notre examen de la dynamique et de la persistance du faible revenu au Canada repose sur des données plus récentes. Ensuite, contrairement aux études précédentes, plusieurs seuils de faible revenu sont utilisés simultanément afin d'étudier la dynamique et la persistance du faible revenu. Également, nous accordons une attention particulière à l'élaboration de stratégies de recherche portant sur la dynamique et la persistance du faible revenu. Enfin, nous cherchons à donner certains éclaircissements d'ordre à la fois théorique et empirique concernant le choix des seuils de faible revenu2.

    Le présent document est structuré comme suit : la section 2 traite des questions conceptuelles et de nos stratégies de recherche. La section 3 expose les résultats empiriques. La section 4 est la conclusion.


    Notes

    1. Dans notre analyse, nous employons l'expression « faible revenu ». Statistique Canada n'assimile pas ce concept à la pauvreté; néanmoins, nous l'utilisons ici pour désigner à la fois le faible revenu et la pauvreté en général. Nous considérons que, d'un point de vue conceptuel, le faible revenu tel que défini par Statistique Canada comprend la pauvreté, l'inverse n'étant pas nécessairement vrai.
    2. Les commentaires théoriques et les résultats empiriques relatifs au choix des seuils sont présentés dans la version intégrale du rapport, que l'on peut obtenir en communiquant avec les auteurs.
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