Rapports sur la santé
Profil de cohorte : Cohortes santé et environnement du recensement canadien (CSERCan)

parMichael Tjepkema, Tanya Christidis, Tracey Bushnik et Lauren Pinault

Date de diffusion : le 18 décembre 2019

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x201901200003-fra

La réduction et l’élimination des inégalités en santé sont des objectifs permanents de la politique en matière de santé au CanadaNote 1Note 2Note 3. Pour soutenir et orienter les mesures visant à atteindre cet objectif, on a couplé en 2008 les données d’un échantillon de participants au Recensement de 1991 avec des données sur la mortalité qui couvraient une période de 10 ansNote 4 . Cet ensemble de données a ensuite servi à déterminer la répartition des résultats en matière de mortalité dans des groupes définis en fonction du revenu, du niveau de scolarité, de la profession, de l’état matrimonial, de la langue, de l’appartenance ethnique, du statut d’immigrant, de l’identité autochtone et de la situation vis-à-vis de l’incapacité. En 2009, on a approuvé la prolongation du suivi de la mortalité sur un certain nombre d’années ainsi que l’inclusion des données sur l’incidence du cancer et des données sur le lieu de résidence annuelNote 5. L’élargissement de l’ensemble de données avait pour objectif d’évaluer les répercussions de l’exposition prolongée à la pollution atmosphérique sur la santé humaine, dans le but de guider l’élaboration de normes pancanadiennes sur les principaux polluantsNote 6. Au cours des années suivantes, on a créé un ensemble de données couplées pour le Recensement de 2001Note 7 et un ensemble de données couplées pour le Recensement de 1996Note 8, que l’on a appelés Cohortes santé et environnement du recensement canadien (CSERCan).

Ces ensembles de données couplées ont joué un rôle essentiel dans l’examen des inégalités en matière de santé et des répercussions de l’exposition à des facteurs environnementaux sur la mortalité. Cependant, il y avait d’importantes différences en ce qui concerne l’admissibilité des populations, la méthodologie de couplage, les résultats en matière de santé et la disponibilité des poids d’échantillonnage. Ces différences ont empêché la réalisation du plein potentiel analytique des ensembles de données couplées, limitant surtout la capacité de faire des comparaisons entre les cohortes. Pour évaluer les progrès relatifs à la réduction des inégalités selon le groupe de population et le groupe socioéconomique, il est essentiel de mesurer de façon régulière et permanente les indicateurs de la santé de la populationNote 9Note 10. Ainsi, une approche plus normalisée pour la création des ensembles de données des CSERCan était nécessaire.

En 2017, une initiative de Statistique Canada appelée Environnement de couplage de données sociales (ECDS) a été approuvée. Elle avait pour objectifs de promouvoir l’utilisation novatrice des données administratives et d’enquête existantes, d’aborder des questions importantes et de guider les politiques socioéconomiques grâce au couplage d’enregistrementsNote 11. L’ECDS donnait l’occasion de créer une série d’ensembles de données de la CSERCan par l’utilisation efficace et rentable d’une méthodologie commune.

Les nouveaux ensembles de données des CSERCan (années de recensement de 1991 à 2011) constituent une ressource nationale en matière de données qui est abondante et qui peut servir à mesurer et à examiner les inégalités en matière de santé (comme la mortalité, l’incidence du cancer, les hospitalisations) selon les aspects socioéconomiques et ethnoculturels lors de différentes périodes et à divers endroits. Ils peuvent également servir à examiner les effets de l’exposition à des facteurs environnementaux sur la santé humaine. Voici les principaux objectifs des CSERCan :

En raison de leur grande taille, les CSERCan constituent une excellente ressource pour l’étude des résultats en matière de santé qui sont rares et des petits groupes de population. Elles conviennent parfaitement à la recherche sur la santé environnementale en raison de la couverture géographique de toutes les régions du Canada, des longues périodes de suivi et du couplage des données avec l’historique des codes postaux annuels.

Description des ressources en données

Création des cohortes

Les CSERCan sont une série d’ensembles de données couplées de manière probabiliste qui sont fondés sur la population et qui combinent les données de personnes ayant répondu au questionnaire détaillé du recensement ou à l’Enquête nationale auprès des ménages (ENM) de 2011 avec des données administratives sur la santé (p. ex. la mortalité, l’incidence du cancer, les hospitalisations, les soins ambulatoires d’urgence) et l’historique des codes postaux annuels.

On pouvait inclure les personnes dans les CSERCan si elles étaient des résidentes habituelles du Canada le jour du recensement (y compris les résidents permanents et non permanents) et si elles se trouvaient dans les enregistrements du questionnaire détaillé du recensementNote 12ou de l’ENM de 2011Note 13. La population vivant en établissement institutionnel (p. ex. les personnes qui vivent dans un établissement de soins infirmiers, dans un établissement correctionnel ou dans un foyer collectif) au moment de la collecte du recensement est donc exclue des CSERCan. En outre, la CSERCan de 2011 exclut tous les ménages collectifs, qu’ils soient institutionnels ou non institutionnels. Les rapports sur la qualité des données du recensement montrent qu’une petite proportion de la population canadienne (⋜4,3 %) est omise lors de tout recensement. En général, il s’agit de personnes qui sont plus susceptibles d’être jeunes, mobiles, à faible revenu, sans abri ou autochtones.Note 14 Contrairement aux années de recensement antérieures, la participation à l’ENM de 2011 était volontaire. Ainsi, le taux de réponse à l’ENM était inférieur (69 %) aux taux de réponse aux recensements (environ 95 %).

On a créé les ensembles de données des CSERCan à l’aide de l’ECDS, qui facilite la création de fichiers de données couplées sur la population grâce au Dépôt d’enregistrements dérivés (DED). Le DED est une base de données relationnelle dynamique qui renferme uniquement des identificateurs personnels de base. Il a été créé à partir des fichiers des naissances, des décès, d’immigration et de données fiscales. Les données des participants au recensement et à l’ENM qui étaient admissibles ont été couplées au DED de manière probabiliste et de manière déterministe selon la méthode normalisée de couplage d’enregistrements. En fonction des ensembles de données fiscales et de données du recensement couplées précédemmentNote 4Note 7Note 8 les données des CSERCan de 1991, de 1996 et de 2001 ont été couplées de manière déterministe au DED à l’aide des numéros d’assurance sociale. Le couplage probabiliste des enregistrements du recensement et de l’ENM qui étaient admissibles avec ceux du DED a permis de créer les CSERCan de 2006 et de 2011 dans l’ECDS. Le taux de couplage des enregistrements du recensement et de l’ENM qui étaient dans le champ d’enquête avec ceux du DED différait selon le groupe d’âge, l’état matrimonial, le lieu de résidence, le statut socioéconomique et l’identité autochtoneNote 4Note 7Note 8. Pour tenir compte de ces différents taux de couplage et veiller à la représentativité de chaque CSERCan, on a créé des poids à partir des poids existants du recensement et de l’ENM pour prendre en compte le non-couplage avec les données du DED. Des poids bootstrap ont été créés pour la prise en compte de la variance. Le tableau 1 présente l’admissibilité selon l’âge, les enregistrements du recensement et de l’ENM dans le champ d’enquête, la taille de la cohorte, la taille de la cohorte par rapport au nombre d’enregistrements dans le champ d’enquête (en pourcentage), la taille de la cohorte combinée avec les codes postaux annuels ainsi que la population estimée pour chaque année des CSERCan. La figure 1 montre la séquence de création des CSERCan.

Données administratives sur la santé

Une fois les données des CSERCan couplées à celles du DED, on a couplé des données administratives (déjà couplées à celles du DED) aux ensembles de données des CSERCan. Actuellement, il serait possible de coupler les données tirées de la base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civilNote 15, du Registre canadien du cancer (RCC)Note 16, de la Base de données sur les congés des patients (BDCP)Note 17 et du Système national d’information sur les soins ambulatoires (SNISA)Note 18 à celles des CSERCan (les données administratives qui sont couplées avec les données de chaque CSERCan varient d’une province à l’autre; voir le tableau 2). Le taux de couplage pour les années applicables de ces ensembles de données administratives sur la santé au DED allait de 92,7 % à 95,8 % dans le cas de la BDCP et du SNISA, de 98,1 % à 99,1 % dans le cas du RCC, et de 99,6 % à 99,9 % dans le cas de la base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civil.

Codes postaux annuels

Le fichier maître sur les particuliers T1 (FMPT1) était la principale source de données sur les adresses, y compris les codes postaux, dans le DED. Tous les résidents du Canada qui gagnent un revenu imposable sont tenus de produire une déclaration de revenus, c’est-à-dire de remplir un formulaire T1, après la fin de l’année au cours de laquelle ils ont touché le revenu. C’est pourquoi le FMPT1 comprend des données sur presque toutes les personnes qui ont produit une déclaration de revenus T1 individuelle pour l’année de référence. Cependant, il se pourrait que les données de certains déclarants retardataires en soient exclues. L’adresse d’un déclarant peut être modifiée plus tard dans l’année s’il communique avec l’Agence du revenu du Canada. Le DED contient également des adresses provenant d’autres fichiers, comme la base canadienne de données sur les naissances de la Statistique de l’état civil, la base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civil, le fichier d’identificateurs de la Prestation fiscale canadienne pour enfants et le Fichier des immigrants reçus.

Dans le DED, on a couplé les codes postaux annuels (qui remontent à 1981) aux données sur les membres de la cohorte ayant 15 ans ou plus. Dans les premières CSERCan, chaque enregistrement était couplé à au moins un code postal annuel, mais ce n’est pas le cas des CSERCan plus récentes. Deux raisons expliquent cette différence. Tout d’abord, les CSERCan de 2006 et de 2011 comprennent des personnes ayant répondu au questionnaire détaillé du recensement quand elles avaient moins de 15 ans. Ensuite, on pouvait coupler les codes postaux annuels aux enregistrements seulement si les personnes avaient autorisé le couplage de leurs renseignements à leur dossiers fiscaux tant dans le cadre du Recensement de 2006 que de l’ENM de 2011.

De 1981 à 2016, le pourcentage global des membres de la cohorte ayant 20 ans ou plus et disposant d’au moins un code postal annuel allait de 93 % à 95 %, en fonction de l’année de la CSERCan.

Caractéristiques des Cohortes santé et environnement du recensement canadien

Chaque CSERCan comporte des données tirées des enregistrements du questionnaire détaillé du recensement ou de l’ENM, des enregistrements de mortalité et des enregistrements d’incidence du cancer. Les enregistrements des hospitalisations et des soins ambulatoires d’urgence étaient disponibles pour certaines provinces dans la CSERCan de 2006 et les suivantes. Le questionnaire détaillé des recensements et le questionnaire de l’ENM ont permis de recueillir une panoplie de renseignements sur différents sujets comme la scolarité, le travail, le revenu, la langue, l’immigration, la diversité ethnoculturelle, l’identité autochtone et le logement (tableau 3). Les données administratives sur les résultats en matière de santé qui sont couplées aux données des CSERCan comprennent les causes initiales de décès, les causes contributives de décès, la date du décès, les diagnostics de cancer primitif, la date des diagnostics de cancer, les hospitalisations, les dates d’admission et de congé des patients, la durée du séjour, les procédures et les diagnostics, les diagnostics à l’urgence et la date d’arrivée à l’urgence.

Puisqu’on a appliqué des critères d’exclusion lors de la création des CSERCan (c.-à-d. les enregistrements des CSERCan comprennent des données portant seulement sur la population excluant les pensionnaires d’établissements institutionnels à la date de référence et ayant été dénombrée lors du recensement ou de l’ENM), la population des cohortes est en meilleure santé que la population canadienne. Les erreurs de couplage (qu’on évalue peu nombreuses) existent également (c.-à-d. les faux négatifs ou l’omission de couplages avec un fichier de données sur les résultats en matière de santé) et elles peuvent entraîner des sous-estimations (c.-à-d. des taux de mortalité, d’hospitalisations, d’incidence du cancer sous-estimés). Par rapport aux tables de mortalité officielles, qui sont fondées sur la population canadienne totale, les taux de mortalité tirés des CSERCan sont semblables pour les groupes d’âge plus jeunes et ils sont inférieurs pour les groupes d’âge les plus vieux, surtout chez les répondants ayant 85 ans et plus (tableau 4). Cette tendance concorde avec la répartition selon l’âge de la population vivant en établissement institutionnel. La proportion de la population vivant dans un établissement institutionnel, qui est donc exclue des CSERCan, est la plus faible dans les groupes d’âge plus jeunes (moins de 1 %) et elle est la plus élevée dans les groupes d’âge les plus vieux (supérieure à 5 % chez les personnes de 80 ans et plus) (données non présentées).

L’historique des codes postaux annuels est une caractéristique importante des CSERCan, surtout en ce qui concerne la recherche sur l’hygiène de l’environnement et l’exposition connexe à des facteurs environnementaux. L’historique des codes postaux était complet pour plus des deux tiers des membres des CSERCan ayant 20 ans et plus; la CSERCan de 2011 affichait le taux le plus élevé de personnes ayant un historique complet, soit 74 % (tableau 5). D’une cohorte à l’autre, le pourcentage de membres des CSERCan qui avaient déménagé (c.-à-d. qui avaient changé de code postal) pour une année donnée variait de 6,0 % à 10,0 %. Le pourcentage de personnes qui avaient déménagé dans une autre région du Canada, selon la première lettre du code postal, allait de 1,1 % à 1,7 % chaque année.

Utilisation des ressources en données

Au cours de la dernière décennie, on a eu largement recours aux CSERCan dans le cadre d’études traitant d’un vaste éventail de sujets, ce qui a mené à la publication de plus de 65 articles dans des revues à comité de lecture depuis 2008. On peut regrouper les travaux de recherche fondés sur les données des CSERCan en quatre grands thèmes de recherche : les résultats en matière de santé selon la situation socioéconomique comme le revenu, le niveau de scolarité et le niveau de compétence professionnelle; les résultats en matière de santé selon la profession, le groupe professionnel et les caractéristiques de l’emploi; les résultats en matière de santé selon le groupe de population, comme les Autochtones et les immigrants; la mesure de l’effet de l’exposition aux facteurs environnementaux sur la santé.

Situation socioéconomique

On a amplement utilisé les données des CSERCan pour examiner les indicateurs socioéconomiques ainsi que leur lien avec l’espérance de vie, la mortalité attribuable à des causes particulières, l’incidence du cancer et les hospitalisations. Les résultats de travaux de recherche soulignant ces inégalités ont été cités dans des rapports publiés par l’administrateur en chef de la santé publiqueNote 2 et l’Organisation de coopération et de développement économiquesNote 19. Dans l’ensemble, des niveaux supérieurs de scolarité, de revenu du ménage et de compétence professionnelle sont tous associés à une longévité accrueNote 20, à des taux de mortalité inférieurs pour la plupart des causes de décèsNote 21Note 22Note 23Note 24, à des taux d’incidence du cancer inférieurs pour de nombreux cancersNote 25Note 26 et à des taux inférieurs d’hospitalisations liées aux opioïdesNote 27. En outre, les inégalités en matière de mortalité selon le statut socioéconomique semblent avoir augmenté de 1991 à 2016 pour toutes les causes de décèsNote 28 ainsi que pour l’espérance de vie ajustée en fonction de la santéNote 29, ce qui semble indiquer que la réduction des inégalités en matière de santé continue d’être un enjeu pertinent au Canada. De manière générale, les ensembles de données de CSERCan sont définis comme étant une ressource importante pour l’étude des effets de la situation socioéconomique sur la mortalitéNote 30. À l’avenir, les CSERCan seront bien utiles pour l’étude des points de croisement des nombreux aspects de la situation socioéconomique et des groupes de population pendant différentes périodes.

Profession

La recherche permettant de déterminer les risques élevés de mortalité et de cancer qui sont associés à des professions particulières a également tiré parti des CSERCan. Par exemple, on a estimé les taux d’incidence du cancer selon le siège du cancer chez les policiers, les pompiers, le personnel des Forces arméesNote 31,les soudeursNote 32, les travailleurs agricolesNote 33, les travailleurs dont la profession est plus sédentaireNote 34 et les travailleurs qui peuvent être davantage exposés à une vibration globale du corpsNote 35. En ce qui concerne les résultats en matière de mortalité, on a évalué le suicide selon les grands groupes et les sous-groupes de professionsNote 36. Les taux de mortalité liés à toutes les causes de décès et aux maladies cardiovasculaires ont été estimés selon le niveau de surqualificationNote 37, et les taux de mortalité évitable ont été évalués par professionNote 38. Ces résultats peuvent aider à établir des programmes de surveillance selon la profession et à déterminer les professions vulnérables.

Groupes de population

Dans ses appels à l’action, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a déterminé que l’amélioration des données est une prioritéNote 39. Grâce aux données des CSERCan, on peut agir en ce sens en surmontant les défis méthodologiques qui survenaient lors de l’estimation des résultats en matière de santé comme l’espérance de vie et le fardeau du cancer chez les personnes des Premières Nations, les Métis et les Inuits vivant au Canada. Les travaux de recherche fondés sur les CSERCan ont montré que l’espérance de vie est systématiquement beaucoup plus courte chez les personnes des Premières Nations, les Métis et les Inuits par rapport à la population non autochtone pour toutes les années des CSERCan (de 1991 à 2011)Note 40. L’ampleur des inégalités en matière de mortalité entre la population non autochtone et les personnes des Premières Nations et les Métis varie considérablement selon la cause du décèsNote 41. Les travaux de recherche fondés sur la CSERCan de 1991 et les données couplées sur le cancer ont montré que les personnes des Premières Nations et les Métis affichent des taux de survie au cancer inférieurs et des taux d’incidence du cancer supérieurs pour quelques sièges du cancerNote 42Note 43Note 44. Désormais, les données des CSERCan peuvent représenter une excellente ressource pour la surveillance continue des résultats en matière de mortalité, de cancer et d’hospitalisation chez les Autochtones au Canada. Ces résultats pourront permettre de déterminer les inégalités qui n’avaient pas encore fait l’objet d’estimations et de mesurer les progrès réalisés pour réduire ces lacunes.

Les personnes qui font de la recherche ont utilisé les données des CSERCan pour examiner les résultats des immigrants en matière de mortalité et de cancer. De nombreuses études ont démontré la présence d’un effet de l’immigrant en bonne santé, c’est-à-dire que les immigrants affichent des taux de mortalité et de cancer inférieurs à ceux des personnes nées au Canada, l’avantage le plus grand ayant été observé chez les immigrants récentsNote 45Note 46Note 47Note 48. Ces mêmes études ont montré des variations importantes dans les sous-groupes d’immigrants selon la région de naissance, le temps qui s’est écoulé depuis l’arrivée au pays, la cause du décès et le siège du cancer. Dorénavant, il sera possible d’examiner les résultats en matière de santé selon la catégorie d’immigrant au fil du temps au fur et à mesure que de nouvelles sources de données, comme le Fichier des immigrants reçus, seront ajoutées au DED.

Hygiène de l’environnement

Au cours des deux dernières décennies, les ensembles de données des CSERCan ont servi de base pour la réalisation des travaux d’envergure en santé environnementale au Canada, notamment dans le secteur de la pollution atmosphérique. L’accès à l’historique des codes postaux annuels a permis aux chercheurs de suivre les membres d’une cohorte au fil du temps grâce à un historique résidentiel relativement exact et d’établir des liens avec l’exposition à différents facteurs environnementauxNote 49. Les chercheurs ont examiné les effets de l’exposition prolongée à la pollution de l’air ambiant sur la mortalité attribuable à des causes particulièresNote 50Note 51Note 52Note 53. Ces constats sont particulièrement importants à l’échelle internationale, puisque des effets nuisibles pour la santé ont été observés même aux niveaux d’exposition plus faibles que l’on trouve habituellement au Canada. En plus de fournir des données très utiles pour l’atteinte d’un consensus scientifique international sur la pollution atmosphérique et la santéNote 54Note 55, ces études ont aidé des organismes nationaux (comme l’Agence de la santé publique du Canada)Note 56 et internationauxNote 57 à déterminer les défis futurs en matière de réduction de la pollution atmosphérique.

Les données des CSERCan ont servi à associer le rayonnement ultraviolet ambiant à des taux croissants de mélanomeNote 58. Il s’agit d’un résultat qui a été instructif dans les campagnes de sensibilisation en matière de santé publique au CanadaNote 59.

En plus des risques environnementaux, on a utilisé les données des CSERCan dans le cadre d’études sur les avantages du point de vue de l’environnement. Le fait de vivre près d’espaces verts ou d’une étendue d’eau a été associé à une réduction de la mortalitéNote 60Note 61. Les résultats de ces études ont été ajoutés à un outil d’application des connaissances pour faire état des évaluations en matière d’hygiène de l’environnement partout au CanadaNote 62.

Points forts et points faibles

Les ensembles de données des CSERCan comportent de nombreuses forces. De par leur nature, les ensembles de données comblent des lacunes en permettant de coupler des données administratives nationales sur la santé qui sont propres aux personnes et qui sont dénuées d’identificateurs socioéconomiques et ethnoculturels avec les données propres aux personnes du questionnaire détaillé des recensements qui renferment ces variables. Ainsi, il est possible d’examiner les résultats en matière de santé sur le plan administratif en fonction de caractéristiques comme le revenu, le niveau de scolarité, la profession, la langue, l’appartenance ethnique, l’identité de personne des Premières Nations, de Métis ou d’Inuit, et le statut d’immigrant. La grande taille de l’échantillon et les périodes de suivi prolongées permettent d’examiner les résultats en matière de santé dans les petites populations (comme les personnes des Premières Nations, les Métis et les Inuits) et les résultats relatifs à des maladies rares ou peu fréquentes, surtout celles associées à l’exposition en milieu de travail.

Les CSERCan contiennent une panoplie de données sur la santé, allant des visites pour recevoir des soins ambulatoires d’urgence aux enregistrements de décès, qui peuvent servir à répondre à une variété de questions de recherche. Le DED est mis régulièrement à jour pour ajouter de nouvelles années ainsi que de nouvelles sources de données administratives. Dans le même ordre d’idées, les CSERCan peuvent être mises à jour continuellement pour prolonger les périodes de suivi et ajouter de nouvelles sources de données.

On peut désormais examiner les tendances au fil du temps tant au sein des CSERCan qu’entre celles-ci en raison de la méthodologie de couplage uniforme qui est fondée sur l’ECDS et qui sert à créer les cohortes. Il est possible d’examiner les cohortes simultanément ou de les regrouper pour réaliser une analyse combinée, ce qui est utile pour étudier les résultats rares en matière de santé (comme les causes de décès rares).

L’historique des codes postaux annuels qui remonte à 1981 indique l’endroit où les membres d’une cohorte vivent au fil des ans et, surtout, peuvent servir à associer l’exposition à des facteurs environnementaux au lieu de résidence d’une personne. Les codes postaux fournissent une approximation relativement exacte du lieu de résidence dans la plupart des villes, surtout en ce qui concerne les adresses en région urbaine ou les adresses des immeubles d’appartements, où il est possible de géocoder les adresses dans un rayon d’environ 200 mètresNote 63. Cependant, les codes postaux dans les régions rurales et ceux des entreprises ou des cases postales peuvent se trouver plutôt loin du lieu de résidence (en moyenne, de cinq à six kilomètres), ce qui limite l’approche du géocodage.

Les personnes qui font de la recherche devraient tenir compte des aspects suivants des CSERCan lorsqu’elles évaluent si les données conviennent à leurs besoins. Les caractéristiques du recensement sont recueillies uniquement au moment de la collecte du recensement; il est donc possible qu’elles ne reflètent pas les changements des caractéristiques socioéconomiques d’une personne tout au long de sa vie. Dans le cadre du recensement, on ne recueille aucun renseignement sur l’état de santé de base (sauf sur la limitation des activités) ni sur les facteurs de risque associés à un comportement influant sur la santé, comme le tabagisme et l’activité physique. Cependant, les techniques d’ajustement indirect au niveau de la population et au niveau de la personne ont été appliquées à l’aide des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennesNote 64Note 65. En outre, pour certaines CSERCan, des données administratives sur la santé sont disponibles pour certaines années précédant le jour du recensement. Plus précisément, on dispose de données qui remontent à 1992 pour le Registre canadien du cancer, à 2000 pour la Base de données sur les congés des patients et à 2002 pour le Système national d’information sur les soins ambulatoires.

En ce qui concerne la mortalité infantile (les décès qui se produisent au cours de la première année suivant la naissance), les ensembles de données des CSERCan donnent des résultats qui sont considérablement sous-estimés parce qu’environ les trois quarts de tous les décès infantiles ont lieu au cours des 28 premiers jours, ce qui rend le dénombrement du recensement incertainNote 66. Ainsi, il est impossible de produire une estimation fiable de l’espérance de vie à la naissance à l’aide des CSERCan.

La population vivant en établissement institutionnel le jour du recensement et les personnes qui n’ont pas été dénombrées lors du recensement sont exclues des CSERCan. Par conséquent, la population représentée par les données des CSERCan devrait être considérée comme une population en meilleure santé que l’ensemble de la population. Avec les poids d’échantillonnage, on peut considérer que les données des CSERCan sont représentatives de la population excluant les pensionnaires d’établissements institutionnels au moment de la collecte du recensement. Cependant, il peut exister des biais si les personnes exclues de la cohorte sont systématiquement différentes des personnes incluses dans la cohorte.

Le fichier des codes postaux annuels est principalement tiré des adresses postales fournies dans les enregistrements de données fiscales T1, et on ne peut pas l’associer au lieu de résidence d’une personneNote 49. Par exemple, l’adresse postale peut être celle d’une case postale, d’un bureau de comptables ou d’avocats, des parents d’un jeune adulte ou de l’enfant de parents âgés. En outre, les codes postaux manquants sont imputés lorsque c’est possible. Par exemple, si une personne ne produit pas de déclaration de revenus pendant deux ans, mais que la même adresse postale figure dans ses déclarations de revenus antérieures et dans celles des années qui suivent cette période de deux ans, l’ECDS indiquera automatiquement cette adresse comme adresse postale pour les deux années manquantes. On suppose alors que la personne n’a pas déménagé à une autre adresse au cours de ces deux années avant de revenir à l’adresse initiale.

La mise en place de l’ENM de 2011, une enquête à participation volontaire, a constitué un changement méthodologique important par rapport au questionnaire détaillé des recensements précédents. On ne connaît pas toutes les répercussions de ce changement sur la comparabilité des données avec les données tirées des cycles des CSERCan qui reposent sur le questionnaire détaillé obligatoire des recensements. Toutefois, l’élaboration de poids pourrait atténuer certains problèmes de comparabilité entre les cycles de recensement.

Enfin, pour réaliser une analyse qui porte sur toutes les années des CSERCan, il est important de tenir compte des changements apportés au questionnaire du recensement au fil du temps et il faut savoir que certaines variables du recensement sont peut-être indisponibles pour une année donnée ou qu’elles peuvent avoir subi des modifications au fil du temps.

Accès aux ressources en données

Les chercheurs qui en ont reçu l’approbation peuvent accéder aux données des CSERCan aux centres de données de rechercheNote 67 (CDR) et au Centre fédéral de données de recherche. Il est possible d’obtenir de l’information sur le Programme des CDR, y compris sur les lignes directrices et le processus de présentation d’une demande, à l’adresse www.statcan.gc.ca/fra/cdr/index.

Remerciements

Les auteurs souhaitent remercier toutes les personnes, qui sont trop nombreuses pour être nommées individuellement, ayant participé à ces couplages des données du recensement au cours des deux dernières décennies. Les auteurs souhaitent remercier Russell Wilkins (Statistique Canada, à la retraite), qui a joué un rôle essentiel dans l’élaboration de l’Étude canadienne de suivi de la mortalité selon le recensement, 1991 à 2001, ainsi que Richard Burnett (Santé Canada), qui a imaginé l’amélioration et l’utilisation de ces données à des fins de recherche sur la pollution de l’air ambiant. Les auteurs souhaitent également remercier l’Institut canadien d’information sur la santé et Santé Canada pour l’aide financière qu’ils ont accordée pour la création de quelques-uns des premiers couplages.

Références
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