Rapports sur la santé
Orientation sexuelle et santé mentale complète

par Heather Gilmour

Date de diffusion : le 20 novembre 2019

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x201901100001-fra

Les gais, les lesbiennes et les personnes bisexuelles sont plus susceptibles de faire une dépression, d’éprouver de l’anxiété, d’être en état de suicidabilité et d’abuser de l’alcool ou de drogues que leurs homologues hétérosexuelsNote 1Note 2Note 3Note 4Note 5Note 6Note 7Note 8Note 9Note 10Note 11Note 12. Les stress sociaux que vivent les populations des minorités sexuelles, comme la stigmatisation, les préjugés et la discrimination, en plus des sentiments internalisés de négativité et des attentes de rejet, sont considérés comme un facteur expliquant partiellement les différences de risques de troubles mentauxNote 1.

Jusqu’à présent, une grande partie des recherches ont porté sur la maladie ou la détresse mentale. On en sait moins sur la santé mentale positive et le bien-être dans les populations des minorités sexuellesNote 8Note 9Note 12Note 13. Le modèle à deux continuums de KeyesNote 14 décrit la maladie mentale et la santé mentale comme étant des concepts distincts, mais liés. Les personnes présentant une combinaison d’émotions positives élevées et de fonctionnement psychologique et social de niveau élevé, comme le mesure le questionnaire abrégé du continuum de santé mentaleNote 14, sont considérées comme ayant une santé mentale florissante. Cependant, l’absence de maladie mentale ne signifie pas la présence de la santé mentale, ou vice versaNote 14Note 15. La santé mentale complète désigne à la fois la présence d’une santé mentale florissante et l’absence de la maladie mentale. Les états qui ne correspondent pas à la santé mentale complète ont été associés à des limitations dans l’accomplissement des activités de tous les jours, à des absences au travail, à des problèmes physiques ainsi qu’à un plus grand recours aux services de soins de santé de courte durée et aux médicaments sur ordonnanceNote 14Note 16Note 17Note 18Note 19.

Dans des études antérieures, le concept de santé mentale complète était excluNote 8Note 9, une seule maladie mentale était examinée à la fois par rapport à la santé mentale florissanteNote 12, les jeunesNote 8Note 9Note 12Note 13 ou les personnes bisexuellesNote 13 étaient exclus de la population à l’étude, ou bien l’étude était fondée sur un échantillon non probabilisteNote 13 ou n’incluait aucune analyse multivariéeNote 12. À l’aide des données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2015 sur la population âgée de 15 ans et plus, on a défini la santé mentale complète comme une personne ayant une santé mentale florissante et n’ayant aucun diagnostic de troubles de l’humeur ou d’anxiété ni aucune idéation suicidaire au cours des 12 mois précédents. On présente les estimations de la prévalence pour les populations des minorités sexuelles ainsi que les disparités en matière de santé mentale complète entre les gais, les lesbiennes et les personnes bisexuelles et leurs homologues hétérosexuels. On a examiné les rapports de cotes ajustés de la santé mentale complète par rapport à l’orientation sexuelle tout en tenant compte des facteurs de corrélation sociodémographiques et relatifs à la santé. Les analyses sont stratifiées selon le sexe.

Méthodes

Source des données

L’ESCC, une enquête transversale, recueille des renseignements sur l’état de santé, l’utilisation de soins de santé et les déterminants de la santé dans la population canadienne âgée de 12 ans et plus. Sont exclus du champ de l’enquête les personnes vivant dans les réserves et d’autres peuplements autochtones situés dans les provinces, les membres à temps plein des Forces armées canadiennes, les jeunes de 12 à 17 ans vivant en famille d’accueil, la population vivant en établissement et les personnes vivant dans les régions sociosanitaires du Nunavik et des Terres-Cries-de-la-Baie-James au Québec. Ces exclusions représentent moins de 3 % de la population cible. Les données de l’ESCC ont été recueillies de janvier à décembre 2015. Le taux de réponse global était de 57,5 %; ce qui a donné un échantillon final de 51 545 personnes interrogées. La prévalence de l’orientation sexuelle était fondée sur un échantillon de 46 055 personnes (21 063 hommes et 24 992 femmes). Les régressions logistiques corrigées étaient fondées sur des échantillons de 20 528 hommes et de 24 440 femmes. On a déterminé le sexe de la personne en lui demandant si elle était un homme ou une femme; il n’y avait que ces deux catégories de réponse.

Définitions

Orientation sexuelle

En recherche, l’orientation sexuelle a été déterminée en fonction du comportement sexuel, de l’attirance sexuelle ou de l’auto-identification; chacun de ces trois concepts fournissant des estimations de prévalence légèrement différentesNote 20Note 21Note 22Note 23. L’identité fait référence à l’identité sociale des personnes, c’est-à-dire si elles se considèrent comme hétérosexuelles, homosexuelles ou bisexuelles. Le comportement sexuel indique si les partenaires sexuels d’une personne sont du même sexe qu’elle ou de sexe opposé. L’attirance sexuelle fait référence aux sentiments, peu importe le comportement. Dans le cadre de la présente étude, on a utilisé le concept de l’identité. On a déterminé l’orientation sexuelle des participants à l’enquête âgés de 15 ans et plus en leur demandant s’ils se considéraient hétérosexuels (relations sexuelles avec des personnes de sexe opposé), homosexuels, c’est-à-dire gais ou lesbiennes (relations sexuelles avec des personnes du même sexe) ou bisexuels (relations sexuelles avec des personnes des deux sexes). On a classé les participants à l’enquête dans les catégories suivantes : lesbiennes (n = 245), gais (n = 334), femmes bisexuelles (n = 477), hommes bisexuels (n = 224), femmes hétérosexuelles (n = 24 270) et hommes hétérosexuels (n = 20 505). Toutes les analyses ont été stratifiées selon le sexe, et on a exclu les personnes ayant répondu « Ne sait pas » (n = 529), celles dont la réponse était « Non déclaré » (n = 2 325) et celles ayant refusé de répondre (n = 58).

Santé mentale complète

Conformément au modèle de la santé mentale complèteNote 14, l’état de santé mentale a été déterminé comme la présence d’une santé mentale florissante ainsi que l’absence d’un diagnostic autodéclaré de troubles de l’humeur ou d’anxiété et l’absence d’idéation suicidaire au cours des 12 mois précédents.

On a déterminé la présence d’une santé mentale florissante à l’aide du questionnaire abrégé du continuum de santé mentale (annexe A). La structure du bien-être mental à trois facteurs employée dans des études sur d’autres populationsNote 15Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28Note 29 a été répétée dans cet échantillon de la population canadienne. La cohérence interne (coefficient alpha de Cronbach) pour les trois sous-échelles s’établissait à 0,80 pour le bien-être émotionnel, 0,76 pour le bien-être social et 0,81 pour le bien-être psychologique. La fiabilité de l’échelle au complet s’établissait à 0,88.

On a posé aux participants à l’enquête des questions sur des problèmes de santé qui avaient été diagnostiqués par un professionnel de la santé et qui avait duré ou devait durer six mois ou plus. Les troubles de l’humeur et les troubles d’anxiété étaient les seuls troubles mentaux figurant dans l’enquête. Les troubles de l’humeur ont été déterminés d’après la question « Êtes-vous atteint d’un trouble de l’humeur tel que la dépression, le trouble bipolaire, la manie ou la dysthymie? » et les troubles d’anxiété, d’après la question « Êtes-vous atteint d’un trouble d’anxiété tel qu’une phobie, un trouble obsessionnel-compulsif ou un trouble panique? »

On a demandé aux participants à l’enquête s’ils avaient déjà sérieusement songé à se suicider. On a également demandé aux personnes ayant répondu « Oui » si cela s’était produit au cours des 12 derniers mois.

Covariables

Les covariables connues comme étant associées à l’orientation sexuelle et à une santé mentale positive ont été incluses dans l’analyse.

On a défini quatre groupes d’âge : 15 à 24 ans, 25 à 44 ans, 45 à 64 ans et 65 ans et plus. L’âge était considéré comme une variable continue dans l’analyse multivariée.

Le revenu était représenté par le ratio corrigé du revenu du ménage par rapport au seuil de faible revenu correspondant à la taille du ménage et de la collectivité, et il a été divisé en quintiles. Le revenu a été déclaré par 71 % des personnes formant l’échantillon analytique et il a été imputé à 29 % d’entre elles; il n’y a donc aucune valeur manquante pour le revenu.

L’état matrimonial était classé dans les catégories suivantes : marié ou vivant en union libre, veuf, divorcé ou séparé, et jamais marié.

Les antécédents culturels ou ethniques ont été déterminés comme de race blanche ou d’une autre race pour la prévalence et comme Blanc, Sud-Asiatique, Chinois, Noir ou d’une autre origine pour la régression logistique.

Les personnes nées au Canada, aux États-Unis ou au Groenland et ayant déclaré appartenir à une Première Nation, être Métis ou être Inuit ont été classées comme des Autochtones.

On a additionné les problèmes de santé physique qui avaient été diagnostiqués par un professionnel de la santé et qui avaient duré ou devaient durer six mois ou plus et on les a classé dans les catégories de problèmes de santé chronique suivantes : aucun, un, deux, ou trois et plus. Les problèmes de santé ayant été diagnostiqués étaient l’asthme, l’arthrite, la fibromyalgie, les maux de dos (sauf la fibromyalgie et l’arthrite), les migraines, une maladie pulmonaire obstructive chronique, le diabète, l’apnée du sommeil, l’ostéoporose, la maladie du cœur, le cancer, les troubles dus à un accident vasculaire cérébral, la maladie d’Alzheimer ou toute autre forme de démence, le syndrome de fatigue chronique, la sensibilité aux agresseurs chimiques et l’hypertension.

Techniques d’analyse

On a calculé des fréquences pondérées et produit des tableaux croisés afin d’examiner les estimations de l’orientation sexuelle, de la santé mentale florissante, des troubles de l’humeur et des troubles d’anxiété, de l’idéation suicidaire et de la santé mentale complète. Une régression logistique multivariée a permis de déterminer les facteurs associés de manière indépendante à la santé mentale complète. Afin de tenir compte de la sous-estimation des erreurs types attribuable au plan de sondage complexe, on a appliqué des poids bootstrap à l’aide de la version 11.0 exécutable par SAS du logiciel SUDAANNote 30.

Résultats

En 2015, on estime que 1,9 % des hommes (252 000) se définissaient comme gais et 1,1 % (145 000) comme bisexuels (tableau 1) et que 1,1 % des femmes (153 000) se définissaient comme lesbiennes et 2,2 % (299 000) comme bisexuelles.

Dans les groupes d’âge plus jeunes, les femmes étaient beaucoup plus portées que les hommes à se définir comme bisexuelles. Dans les groupes de 25 à 44 ans et de 65 ans et plus, les hommes étaient proportionnellement plus nombreux que les femmes à se définir comme gais.

Tant chez les hommes que chez les femmes, les personnes bisexuelles tendaient à être plus jeunes et à appartenir à une tranche de revenu moins élevé que les personnes hétérosexuelles (tableau 2). Une proportion plus élevée de personnes hétérosexuelles que de gais, de lesbiennes et de personnes bisexuelles étaient mariées ou en union libre. Les femmes bisexuelles étaient plus portées à se déclarer Autochtones que leurs homologues hétérosexuelles, mais la petite taille des échantillons n’a pas permis d’examiner les différences d’identité autochtone entre les gais et les hommes bisexuels et les lesbiennes, et les personnes hétérosexuelles. Il n’existait aucune différence significative dans les antécédents culturels ou ethniques ou le nombre de problèmes de santé chroniques entre les gais, les lesbiennes ou les personnes bisexuelles et les personnes hétérosexuelles.

En combinant les personnes des deux sexes, on a trouvé que les personnes hétérosexuelles étaient moins susceptibles d’avoir reçu un diagnostic de troubles de l’humeur ou de trouble d’anxiété ou d’avoir eu des idées suicidaires au cours des 12 mois précédents que les gais, les lesbiennes ou les personnes bisexuelles (tableau 3). De plus, les personnes bisexuelles étaient moins susceptibles d’avoir une santé mentale florissante que les personnes hétérosexuelles. Par conséquent, les personnes hétérosexuelles étaient plus susceptibles d’être classées comme ayant une santé mentale complète que les gais, les lesbiennes et les personnes bisexuelles. Lorsqu’on a examiné séparément selon le sexe, on a relevé que les indicateurs de santé mentale des lesbiennes ne différaient pas significativement de ceux des femmes hétérosexuelles. Cependant, les femmes bisexuelles ont enregistré des résultats inférieurs à ceux des lesbiennes. Les différences entre les hommes bisexuels et les gais n’étaient pas significatives sur le plan statistique.

Les cotes non corrigées exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète était considérablement moins élevés chez les gais que chez les personnes hétérosexuelles, mais cette association n’était plus significative lorsqu’on tenait compte de facteurs de confusion éventuels. La probabilité d’avoir une santé mentale complète n’était pas significativement différente chez les lesbiennes que chez les femmes hétérosexuelles. Les cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète était beaucoup moins élevées chez les personnes bisexuelles que chez leurs homologues hétérosexuels tant dans les modèles non corrigés que dans les modèles entièrement corrigés.

Pour les hommes et les femmes, un âge plus élevé et un revenu supérieur étaient associés à une augmentation des cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète. Les cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète étaient moins élevées chez les personnes veuves, séparées, divorcées ou jamais mariées que chez les personnes mariées ou vivant en union libre.

Les cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète étaient beaucoup plus élevées chez les hommes et les femmes ayant des antécédents culturels ou ethniques sud-asiatiques que chez les personnes blanches, tout comme les hommes de race noire et les femmes ayant d’autres origines culturelles ou ethniques. L’identité autochtone était associée de façon significative à des cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète moins élevées dans les modèles non corrigés, mais cet écart disparaissait dans les modèles entièrement corrigés.

Un nombre croissant de problèmes de santé chroniques était associé à une baisse des cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète.

Discussion

Selon les donnes de l’ESCC de 2015, la proportion de Canadiens et de Canadiennes se définissant comme gais, lesbiennes ou bisexuels est similaire à celle que l’on trouve dans des enquêtes menées auprès de la population dans d’autres pays développésNote 8Note 31Note 32.

Certaines différences sociodémographiques entre les gais, les lesbiennes et les personnes bisexuelles et les personnes hétérosexuelles pourraient contribuer à la santé mentale et au bien-êtreNote 33. Les personnes bisexuelles avaient tendance à être plus jeunes et à avoir un statut socioéconomique inférieur et elles étaient plus souvent des femmes. Ces résultats sont similaires à ceux obtenus dans d’autres études basées sur la populationNote 11Note 34. Les gais, les lesbiennes et les personnes bisexuelles étaient également moins susceptibles d’être mariées ou de vivre en union libre.

La présente étude a relevé que les résultats défavorables en matière de santé mentale était plus fréquents chez les gais et les lesbiennes que chez les personnes hétérosexuelles. Ce constat correspond à ceux d’études antérieuresNote 7Note 10Note 11. Les groupes appartenant à des minorités sexuelles étaient plus susceptibles d’avoir eu des troubles de l’humeur ou des troubles d’anxiété ou d’être en état de suicidabilité et ils étaient proportionnellement moins nombreux à avoir une santé mentale florissante ou complète.

Selon l’analyse multivariée, l’identité gaie ou lesbienne n’était pas associée de façon indépendante à des cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète moins élevées. La petite taille de l’échantillon pourrait avoir contribué au manque de puissance statistique, ou d’autres facteurs du modèle auraient pu expliquer cette relation. Notamment, le fait que les cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète étaient moins élevées chez les gais que chez les hommes hétérosexuels a persisté après la correction du modèle pour tenir compte des caractéristiques sociodémographiques et de la santé physique (données non présentées), mais cet écart n’était plus significatif lorsqu’on ajoutait l’état matrimonial. Ce résultat correspond à des données probantes antérieures qui semblaient indiquer que l’officialisation d’une relation est un facteur de protection de la santé mentale chez les gais et les lesbiennesNote 35.

L’identité bisexuelle était associée de façon indépendante à des cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète moins élevées même après la prise en compte de facteurs de confusion éventuels. Cette observation concorde avec les résultats d’études antérieures qui ont relevé que les personnes bisexuelles présentaient des résultats défavorables en matière de santé mentale comparativement aux personnes hétérosexuelles ainsi qu’aux gais et aux lesbiennesNote 1Note 7Note 9Note 11Note 12. Des données probantes semblent également indiquer que les femmes bisexuelles ont de pires résultats en matière de santé mentale par rapport à leurs homologues homosexuelles et hétérosexuelles que l’écart existant chez les hommes bisexuelsNote 11. La prévalence des troubles mentaux, de la santé mentale florissante et des rapports de cotes de santé mentale complète dans la présente étude soutient également la notion que les résultats sont pires chez les femmes bisexuelles que chez les hommes bisexuels. De plus, un modèle multivarié distinct se limitant aux personnes bisexuelles a révélé que les cotes exprimant la possibilité d’avoir une santé mentale complète étaient considérablement moins élevées chez les femmes bisexuelles que chez les hommes bisexuels (rapport de cotes ajusté de 0,5, intervalle de confiance à 95 % de 0,3 à 0,8). Par conséquent, le sexe peut être un modérateur important de la relation existant entre la bisexualité et la santé mentaleNote 11.

L’explication prédominante de ces disparités est la théorie du stress minoritaireNote 1, selon laquelle des aspects comme le stress chronique, la stigmatisation et la discrimination que vivent les minorités sexuelles du fait de leur identité socialement stigmatisée contribuent au risque accru de troubles mentaux observé dans ces groupes. D’une part, on a formulé l’hypothèse que la discrimination envers les personnes bisexuelles de la part des personnes monosexuelles (les personnes hétérosexuelles, les gais, les lesbiennes) ainsi que l’invisibilité de la bisexualité au sein de la société et l’absence d’une communauté fournissant un soutien positif aux personnes bisexuelles sont des facteurs contributifs supplémentaires associés aux résultats défavorables en matière de santé mentale dans ce groupeNote 1Note 11Note 36.

D’autre part, l’identité lesbienne, gaie ou bisexuelle peut fournir des occasions d’appartenance à un groupe, de soutien social et de ressources d’adaptation pouvant compenser l’effet du stress découlant de l’identité de minorité sexuelle et favoriser une santé mentale positiveNote 1Note 37. Par conséquent, la relation entre l’identité de minorité sexuelle et la santé mentale positive pourrait être modérée par les aspects positifs de l’identité collective. Les résultats de la présente étude semblent indiquer que, du moins pour les personnes bisexuelles, l’effet des sources de stress dépassait celui des aspects positifs de l’identité de minorité sexuelle en ce qui a trait à la santé mentale complète.

D’autres examens de la relation complexe entre l’identité de minorité sexuelle et la santé mentale ainsi que des différences entre les groupes issus des minorités sexuelles et au sein de ces groupes sont nécessaires. Des études permettant de creuser davantage les facteurs associés au développement et au maintien d’une résilience et d’une santé mentale positive chez les personnes appartenant à une minorité sexuelle seraient particulièrement pertinentes du point de vue politique et clinique.

Forces et limites

L’une des forces de la présente étude est le vaste échantillon représentatif de la population. Cependant, le nombre relativement réduit de gais, de lesbiennes et de personnes bisexuelles ayant participé à l’enquête limite la capacité à évaluer la variabilité de la santé mentale complète au sein des groupes issus des minorités sexuelles. Il est probable que l’expérience des personnes issues des minorités sexuelles ne soit pas homogène et que l’examen de sous-groupes, comme les minorités raciales ou les groupes socioéconomiques, souligne d’importantes différences.

La présente étude inclut les personnes de 15 ans et plus sans limite d’âge supérieure, alors que les versions antérieures de l’ESCC étaient limitées aux personnes de 18 à 59 ans ou de 18 ans et plus.

Les données autodéclarées peuvent faire l’objet d’un biais de rappel et d’un biais dû à la désirabilité sociale. En particulier, la réticence à divulguer une orientation sexuelle dans le cadre d’une enquête peut entraîner un biais dû à la classification erronéeNote 38. De plus, les identités liées à l’orientation sexuelle qui allaient au-delà de l’hétérosexualité, de l’homosexualité et de la bisexualité n’ont pas été examinées et la catégorie de réponse « Autre » n’était pas offerte. Certaines personnes interrogées peuvent refuser d’être classées dans l’un des groupes énoncés dans la question ou peuvent indiquer leur appartenance à une identité non incluse dans la liste (p. ex. allosexuelle [queer], pansexuelle, bispirituelle)Note 21. Ces deux facteurs peuvent avoir contribué à la taille des catégories de réponse « Non déclaré / Refus / Ne sait pas » (6,3 %) pour la question relative à l’identité sexuelle. Une analyse du groupe « Non déclaré / Refus/ Ne sait pas » a révélé que ses membres étaient beaucoup plus susceptibles d’être âgés de 65 ans et plus, d’être veufs, séparés ou divorcés, d’appartenir au quintile de revenu le plus bas, d’avoir trois problèmes de santé chroniques ou plus et d’avoir des antécédents culturels ou ethniques sud-asiatiques ou autres (données non présentées).

La question sur l’identité sexuelle posée dans l’ESCC a présenté une concordance élevée, mais imparfaite (0,89) avec l’élément relatif à l’identité sexuelle du guide SMARTNote 23. Cela laisse croire que la présente étude sous-estime peut-être la prévalence des groupes issus des minorités sexuelles et, par conséquent, l’association avec la santé mentale complète.

L’auto-identification comme personne appartenant à une minorité sexuelle peut indiquer l’acceptation de soi. Les participants à l’ESCC ayant déclaré leur identité sexuelle peuvent être plus susceptibles d’avoir une bonne santé mentale. Cela peut entraîner une sous-estimation de l’association entre l’appartenance à une minorité sexuelle et la santé mentale complèteNote 6.

Les problèmes de santé chroniques, y compris les troubles de l’humeur et les troubles d’anxiété, étaient autodéclarés et non validés par une autre source.

Conclusion

Les résultats de la présente étude soulignent la moins bonne santé mentale des groupes issus des minorités sexuelles, en particulier la probabilité plus faible d’avoir une santé mentale complète chez les personnes bisexuelles comparativement aux personnes hétérosexuelles. Ces résultats soutiennent le nombre croissant d’études ayant relevé de telles disparités. La prise de conscience des résultats défavorables en matière de santé mentale, en particulier chez les personnes bisexuelles, peut aider à orienter les interventions visant l’amélioration de la santé mentale et du bien-être des populations des minorités sexuelles.

Annexe A

Questionnaire abrégé du continuum de la santé mentale (CSM-QA)

Bien-être émotionnel
Au cours du dernier mois, à quelle fréquenceappendix Note 1 vous êtes-vous senti(e)...

  1. heureux(se)?
  2. intéressé(e) par la vie?
  3. satisfait(e) à l’égard de votre vie?

Fonctionnement positif
Au cours du dernier mois, à quelle fréquenceappendix Note 1 avez-vous senti...

  1. que vous aviez quelque chose d’important à apporter à la société? (contribution sociale)
  2. que vous aviez un sentiment d’appartenance à une collectivité (comme un groupe social, votre quartier, votre ville, votre école)? (intégration sociale)
  3. que notre société devient un meilleur endroit pour les gens comme vous? (croissance sociale)
  4. que les gens sont fondamentalement bons? (acceptation sociale)
  5. que le fonctionnement de la société a du sens pour vous? (cohérence sociale)
  6. que vous aimiez la plupart des facettes de votre personnalité? (acceptation de soi)
  7. que vous étiez bon(ne) pour gérer les responsabilités de votre quotidien? (maîtrise de l’environnement)
  8. que vous aviez des relations chaleureuses et fondées sur la confiance avec d’autres personnes? (rapports positifs avec d’autres)
  9. que vous viviez des expériences qui vous poussent à grandir et à devenir une meilleure personne? (épanouissement personnel)
  10. capable de penser ou d’exprimer vos propres idées et opinions? (autonomie)
  11. que votre vie a un but ou une signification? (but dans la vie)

Une santé mentale florissante nécessite une réponse « Presque tous les jours » ou « Tous les jours » à au moins 1 des 3 questions sur le bien-être émotionnel et à au moins 6 des 11 questions sur le fonctionnement positif

Source:C.L.M. Keyes, Brief description of the Mental Health Continuum Short Form (MHC-SF), disponible à l’adresse : https://www.aacu.org/sites/default/files/MHC-SFBEnglish.pdf, document consulté le 30 novembre 2018.
Références
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