Rapports sur la santé
Facteurs de risque de l’hypertension au Canada

par Alexander A. Leung, Tracey Bushnik, Deirdre Hennessy, Finlay A. McAlister et Douglas G. Manuel

Date de diffusion : le 20 février 2019

L’hypertension artérielle (ou la tension artérielle élevée) est un des principaux facteurs de risque modifiables des maladies cardiovasculaires et représente plus de 10 % de la fraction étiologique du risque de la mortalité dans le mondeNote 1Note 2. L’hypertension touche près de 1 adulte canadien sur 4Note 2Note 3,et on estime l’incidence de l’hypertension artérielle au cours de la vie à 90 %Note 4.

Au cours des dernières décennies, la détection, le traitement et le contrôle de l’hypertension ont fait des progrès impressionnantsNote 5Note 6Note 7Note 8Note 9Note 10, mais bien peu de travaux ont été faits, en comparaison, en matière de promotion de la prévention primaire, un sujet qui suscite de plus en plus d’intérêt. Fait encourageant, une accumulation de preuves indiquent que les facteurs liés à un mode de vie sain (comme une alimentation saine et une augmentation de l’activité physique) favorisent la baisse de la tension artérielleNote 11Note 12Note 13Note 14 et que la gestion de ces risques pourrait compenser, du moins dans une certaine mesure, la prédisposition génétique à l’hypertension et l’apparition de séquelles cardiovasculaires subséquentesNote 15. De plus, les approches communautaires peuvent être efficaces pour abaisser la tension artérielle de même que d’autres facteurs de risque cardiovasculaires au sein de la populationNote 16Note 17.

Les effets possibles du vieillissement de la populationNote 18, de l’aggravation des taux d’obésitéNote 19, des modes de vie sédentairesNote 20, et de la consommation élevée de sodiumNote 21 sur le fardeau de l’hypertension exigent une meilleure compréhension des principaux facteurs de risque associés à l’hypertension. Des études antérieures ont souvent indiqué qu’un âge plus avancéNote 22Note 23Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28, le sexe fémininNote 22Note 24Note 27,une élévation de l’indice de masse corporelle ou du tour de tailleNote 22Note 23Note 24Note 25Note 26Note 27Note 28, et des antécédents familiaux d’hypertension ou de maladie cardiovasculaire prématuréeNote 22Note 24Note 25Note 27, constituent d’importants prédicteurs d’une tension artérielle élevée. De nombreux modèles de prédiction se limitent toutefois aux personnes de race blancheNote 22Note 23Note 24Note 28 et à celles qui n’ont pas le diabèteNote 22Note 23Note 24Note 25. Par conséquent, leur généralisabilité est limitée. De plus, peu de modèles ont permis d’examiner les liens entre l’hypertension et la nutrition, l’activité physique ou le mode de vie, et aucun modèle n’a été appliqué au Canada. Il est important de quantifier les principaux facteurs de risque de l’hypertension à l’aide de mesures de qualité qui sont prises au Canada pour éclairer les politiques en matière de santé et les interventions ciblées à l’échelle nationale. À cette fin, reposant sur des données tirées des quatre premiers cycles de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS), la présente étude examine les principaux facteurs de risque de l’hypertension chez les Canadiens de 20 à 79 ans et emploie une cote de risque combinée pour prédire l’hypertension chez les femmes et les hommes d’une large fourchette d’âges.

Données et méthodes

Source des données

Les données sont tirées du premier (2007 à 2009), du deuxième (2009 à 2011), du troisième (2012 à 2013) et du quatrième (2014 à 2015) cycles de l’ECMS. Il s’agit d’une enquête permanente qui est conçue pour fournir des mesures directes et exhaustives de la santé à l’échelle nationale et dans le cadre de laquelle on recueille des données auprès de personnes vivant à domicile. Les membres à temps plein des Forces armées canadiennes, les personnes vivant dans les réserves ou les autres établissements autochtones, les personnes vivant en établissement et les personnes vivant dans certaines régions éloignées sont exclus de l’enquête (ce qui correspond collectivement à environ 3 % de la population canadienne)Note 29. L’ECMS comporte une interview à domicile et une visite subséquente à un centre d’examen mobile (CEM). L’interview à domicile permet de recueillir des données démographiques et socioéconomiques ainsi que des renseignements détaillés sur la santé, la nutrition et le mode de vie. Au CEM, on prend des mesures physiques directes, notamment par le prélèvement d’échantillons de sang et d’urine. Les renseignements sur la consommation de médicaments sont recueillis durant l’interview à domicile ainsi qu’au CEM. Les participants à l’ECMS reçoivent un accéléromètre qu’ils doivent porter pendant une semaine pour enregistrer leur niveau d’activité. Des renseignements détaillés sur l’ECMS sont publiés en ligneNote 30Note 31Note 32Note 33Note 34.

Les 4 cycles combinés ont enregistré un total de 13 533 participants âgés de 20 à 79 ans. Le taux de non-réponse combiné était de 52 %. On a exclu 108 sujets de la présente étude en raison d’une grossesse et 18 autres parce qu’il manquait des valeurs pour leur tension artérielle systolique (TAS) et de leur tension artérielle diastolique (TAD). La taille de l’échantillon analytique résultant était de 13 407 participants.

Mesures

Tension artérielle. La TAS et la TAD ont été mesurées au CEM au moyen de l’appareil BPM-300 de BpTRUMC (BpTRU Medical Devices Ltd., Coquitlam, Colombie-Britannique). L’appareil BpTRUMC est un moniteur électronique automatisé qui a été validé et recommandé par Hypertension CanadaNote 35Note 36. Même si les mesures de la TAS et de la TAD prises avec le BpTRUMC se sont révélées légèrement inférieures aux mesures traditionnelles de la tension artérielle qui sont prises manuellement, les mesures du BpTRUMC pourraient permettre d’évaluer la tension artérielle avec plus d’exactitudeNote 37. Après une période de repos de cinq minutes, six mesures ont été prises à des intervalles de une minute pendant que chaque participant était seul, puis la moyenne des cinq dernières mesures a permis d’établir les TAS et TAD moyennesNote 38. Au cours de l’interview à domicile, on a mesuré la tension artérielle de 56 participants âgés de 20 à 79 ans qui ne pouvaient pas se rendre au CEM au moyen de l’appareil BPM-100 de BpTRUMC.

Consommation de médicaments. Les médicaments que prenaient les participants ont été consignés durant les interviews à domicile et au CEM, et on leur a attribué les codes tirés du Système de classification anatomique thérapeutique chimique (ATC) qui correspondaient aux bêta-bloquants, aux agents agissant sur le système rénine-angiotensine, aux diurétiques thiazidiques, aux inhibiteurs calciques et aux autres agents antihypertenseurs (codes ATC de la catégorie C02, à l’exception du C02KX01)Note 39.

Diabète. Les participants ont été classés dans la catégorie des personnes diabétiques si la mesure d’hémoglobine glyquée (HbA1c) sérique était égale ou supérieure à 6,5 %, s’ils prenaient un hypoglycémiant (codes ATC de la catégorie A10) ou s’ils avaient déclaré avoir reçu un diagnostic de diabète établi par un professionnel de la santéNote 40.

Hypertension. Les participants étaient réputés hypertendus si leur TAS moyenne était égale ou supérieure à 140 mm Hg ou leur TAD moyenne était égale ou supérieure à 90 mm Hg, ou s’ils avaient pris un médicament antihypertenseur dans le mois précédant la mesure. Les participants hypertendus faisaient partie de la catégorie de l’hypertension contrôlée s’ils prenaient un médicament antihypertenseur et que leur TAS moyenne était inférieure à 140 mm Hg et leur TAD moyenne, inférieure à 90 mm Hg.

Covariables

Caractéristiques sociodémographiques. On a classé les participants en groupes d’âge (de 20 à 39 ans, de 40 à 59 ans, de 60 à 69 ans et de 70 à 79 ans). On a défini l’état matrimonial comme « marié ou en union libre » ou non. On a défini le niveau de scolarité comme « études secondaires sans avoir obtenu de diplôme » ou « diplôme d’études secondaires ou études postsecondaires ». Le revenu du ménage (n = 2 720 cas imputés) a fait l’objet d’une correction relativement à la taille du ménage et a été classé dans les catégories « quintile de revenu du ménage le plus bas » ou « supérieur au quintile le plus bas ». On a déterminé que les participants étaient de race blanche ou d’une autre race en fonction de leur réponse à la question sur le groupe racial ou culturel auquel ils appartiennent.

Antécédents personnels ou familiaux. Le fait d’avoir un médecin de famille entrait dans la catégorie « oui » ou « non ». L’usage du tabac comportait deux catégories, soit la personne « fume tous les jours ou à l’occasion » ou la personne « ne fume pas ». On a défini la maladie cardiovasculaire selon les cas de maladie du coeur, de crise cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral (AVC) autodéclarés. Les antécédents familiaux d’hypertension comportaient les catégories « oui », « non » ou « inconnu » (on a classé les participants pour lesquels ce renseignement était manquant [n = 887] dans la catégorie « inconnu »). On a déterminé qu’il y avait des antécédents familiaux de maladie cardiovasculaire précoce si un membre de la famille immédiate avait reçu un diagnostic de maladie cardiovasculaire ou d’AVC avant l’âge de 60 ans.

Facteurs de risque. A priori, les facteurs de risque ont été sélectionnés selon un protocole prédéfini et éclairé par un raisonnement clinique. On a classé l’exercice physique dans deux catégories, soit moins de 150 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par semaine ou 150 minutes ou plus par semaine. Cette variable repose sur les données valides mesurées par un accéléromètre pendant quatre jours (les participants pour lesquels on n’avait pas les données requises [n = 3 063] ont été classés dans la catégorie « inconnu »).

On a classé la consommation de fruits et légumes selon une fréquence de moins de cinq fois par jour ou de cinq fois par jour ou plus (un indicateur de la qualité de l’alimentation)Note 41. Cette valeur correspond à la somme de la fréquence de la consommation quotidienne des aliments suivants : du jus de fruit pur à 100 %; des fruits; des tomates ou de la sauce tomate (sauf la pâte de tomates, le ketchup et la sauce à pizza); de la laitue ou de la salade verte; des pommes de terre (y compris cuites au four, bouillies, en purée et en salade, mais non les patates douces); les épinards, les feuilles de moutarde ou les feuilles de chou vert (sauf le chou frisé); d’autres types de légumes (non mentionnés ici).

On considérait que les participants faisaient de l’embonpoint ou étaient obèses si l’indice de masse corporelle (IMC) mesuré à partir de leur taille et de leur poids était de 25,0 kg/m2 ou plus. La présence de diabète a été déterminée de la manière décrite ci-dessus. On a défini la maladie rénale chronique comme un débit de filtration glomérulaire estimatif de moins de 60 ml/min/1,73 m2Note 42. Les catégories du cholestérol correspondaient au cholestérol non à lipoprotéines de haute densité (cholestérol non-LHD) mesuré non à jeun, soit un taux de 4,3 mmol/l ou plus ou un taux inférieur à 4,3 mmol/l (calculé en soustrayant la mesure de cholestérol LHD sanguin de la mesure du cholestérol total dans le sang)Note 43. La somme de ces facteurs correspondait à la cote de risque, dont les valeurs variaient entre 0 (absence de facteur de risque) à 6 (présence des six facteurs), pour établir si la composante des facteurs de risque est additive.

Il manquait des données pour certaines variables analytiques : l’état matrimonial (n = 8), le niveau de scolarité (n = 139), l’usage du tabac (n = 41), la consommation de fruits et légumes (n = 66), l’embonpoint ou l’obésité (n = 48), la maladie rénale chronique (n = 194), le cholestérol non-HDL (n = 192), la cote de risque (n = 342) et la TAS (n = 8).

Analyse statistique

Des statistiques descriptives ont servi à examiner les caractéristiques de la population à l’étude et la prévalence de l’hypertension. Deux ensembles de modèles de régression logistique ont été appliqués séparément pour les hommes et les femmes, et on a estimé les risques relatifs (RR). Le modèle 1 a permis d’estimer le lien entre les facteurs de risque et l’hypertension, après correction pour tenir compte d’autres covariables. Le modèle 2 a permis d’estimer le lien entre la cote de risque et l’hypertension, après correction pour tenir compte d’autres covariables. On a appliqué le modèle 1 à six reprises, en insérant un paramètre d’interaction entre le groupe d’âge et un seul facteur de risque à la fois afin de vérifier si l’âge modifie le lien entre le facteur de risque et l’hypertension. On a aussi répété le modèle 2, en insérant un paramètre d’interaction entre le groupe d’âge et la cote de risque. Pour tenir compte du plan d’échantillonnage complexe de l’enquête, toutes les analyses ont été pondérées au moyen du poids de sondage combiné des cycles 1, 2, 3 et 4 de l’ECMSNote 34. Les poids de rééchantillonnage générés par Statistique Canada ont servi à l’estimation de la variance (intervalle de confiance [IC] à 95 %) et au test de significationNote 30Note 31Note 32Note 33. Les données ont été analysées à l’aide des logiciels SAS 9.3 et SUDAAN 11.0 (au moyen de 46 degrés de liberté du dénominateur dans les énoncés de procédures de SUDAAN).

Pour estimer la proportion de cas d’hypertension associés à un facteur de risque donné, on a calculé les fractions étiologiques du risque (FER) selon la modification suivante de la formule de LevinNote 44 :FER = Pe (RRe-1) / [1 + Pe (RRe-1)], où Pe est la prévalence de l’exposition dans la population (p. ex. la proportion de patients diabétiques) et RRe, le risque relatif de l’hypertension associé à cette exposition. Pour les besoins de la présente étude, les estimations de la prévalence sont tirées du tableau 1, et les RRe sont fondés sur les RR corrigés du tableau 2. À titre d’exemple, le calcul de la FER attribuable au diabète chez les hommes tient compte de la prévalence de 9,4 % (tableau 1) et du RR corrigé de 1,68 (tableau 2) pour en arriver à l’estimation de 6,0 % [0,094 (1,68-1)] / [1 + 0,094 (1,68-1)].

On a effectué deux analyses de sensibilité. Tout d’abord, on a corrigé les mesures moyennes de la tension artérielle prises avec l’appareil BpTRUMC au moyen des facteurs de correction suivants : TAS prise avec le BpTRUMC et corrigée = 11,4+(0,93 × TAS prise avec l’appareil) et TAD prise avec l’appareil et corrigée = 15,6+(0,83 × TAD prise avec l’appareil)37. Ces valeurs corrigées ont ensuite servi à définir l’hypertension à partir des seuils de démarcation de 140 mm Hg pour la TAS et de 90 mm Hg pour la TAD. Cela a permis de comparer les données de la présente étude à celles d’autres études ayant utilisé des mesures manuelles. Ensuite, on a appliqué des seuils de démarcation de 130 mm Hg pour la TAS et de 80 mm Hg pour la TAD aux composantes de la TAS et de la TAD de la définition de l’hypertension pour qu’elles soient conformes aux récentes lignes directrices cliniques sur la tension artérielle de l’American College of Cardiology et de l’American Heart AssociationNote 45. On a examiné la prévalence générale et le lien entre les facteurs de risque ou la cote de risque et l’hypertension selon cette définition modifiée.

Résultats

La prévalence de l’hypertension dans la population de Canadiens âgés de 20 à 79 ans s’est avérée nettement plus élevée chez les hommes (24,5 %, IC à 95 % : 22,7 % à 26,4 %) que chez les femmes (21,5 %, IC à 95 % : 19,8 % à 23,2 %). Les hommes étaient en moyenne un peu plus jeunes que les femmes et plus susceptibles d’être fumeurs, d’avoir une maladie cardiovasculaire, de consommer des fruits et légumes moins de cinq fois par jour, d’être en surpoids ou obèses, d’être diabétiques et d’avoir un taux de cholestérol non-LHD égal ou supérieur à 4,3 mmol/l (tableau 1). En revanche, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de faire moins de 150 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par semaine, d’avoir des antécédents familiaux d’hypertension ou de maladie cardiovasculaire précoce ou d’avoir une maladie rénale chronique. En moyenne, les hommes présentaient une cote de risque moyenne plus élevée (2,3, IC à 95 % : 2,2 à 2,3) que les femmes (2,1, IC à 95 % : 2,0 à 2,1).

Après une correction des covariables, cinq des six facteurs de risque candidats étaient significativement associés à un risque accru d’hypertension chez les femmes âgées de 20 à 79 ans (tableau 2) : faire moins d’activité physique (RR, 1,26, IC à 95 % : 1,05 à 1,51), consommer des fruits et légumes moins de cinq fois par jour (RR, 1,15, IC à 95 % : 1,00 à 1,34), être en surpoids ou obèse (RR, 1,57; IC à 95 % : 1,35 à 1,83), avoir le diabète (RR, 2,25, IC à 95 % : 1,92 à 2,65) et avoir une maladie rénale chronique (RR, 1,49, IC à 95 % : 1,21 à 1,83). Chez les hommes âgés de 20 à 79 ans, être moins actif physiquement (RR, 1,19, IC à 95 % : 1,01 à 1,39), consommer des fruits et légumes moins de cinq fois par jour (RR, 1,18, IC à 95 % : 1,02 à 1,36), être en surpoids ou obèse (RR, 1,45; IC à 95 % : 1,18 à 1,78) et avoir le diabète (RR, 1,68, IC à 95 % : 1,41 à 2,01) étaient significativement associés à un risque accru d’hypertension.

Une estimation de la proportion de cas d’hypertension dus à chacun des facteurs de risque dans la population s’en est suivie (tableau 2). Pour les hommes et les femmes, être en surpoids ou obèse constituait le principal facteur de risque de l’hypertension, puisqu’il était à l’origine de 24 % des cas. Consommer des fruits et légumes moins de cinq fois par jour correspondait à 9 % des cas d’hypertension chez les femmes et à 12 % chez les hommes. La fraction de l’hypertension attribuable au diabète était comparable chez les femmes (8 %) et les hommes (6 %). En revanche, être moins actif physiquement contribuait à plus de cas d’hypertension chez les femmes (12 %) que chez les hommes (7 %). Chez les femmes, quelque 3 % des cas d’hypertension étaient attribuables à une maladie rénale chronique. Moins de 1 % des cas d’hypertension étaient attribuables à une maladie rénale chronique chez les hommes et à des taux élevés de cholestérol non-LHD chez les deux sexes.

La force du lien entre l’hypertension et de nombreux facteurs de risque variait en fonction du groupe d’âge. Chez les personnes âgées de 70 à 79 ans, aucun des facteurs de risque n’était associé à l’hypertension chez les hommes, et seul le diabète était nettement associé à l’hypertension chez les femmes (annexe, tableau 1). De plus, l’embonpoint ou l’obésité constituait un facteur de risque principalement chez les femmes de 40 à 69 ans, tandis que la maladie rénale chronique était un facteur de risque essentiellement chez les 20 à 39 ans. Chez les hommes, la consommation de fruits et légumes moins de cinq fois par jour constituait un facteur de risque chez les 40 à 59 ans, alors qu’être moins actif physiquement ou être en surpoids ou obèse étaient des facteurs de risque principalement chez les 60 à 69 ans. Avoir un taux de cholestérol non-LHD égal ou supérieur à 4,3 mmol/l n’était pas associé à un risque accru d’hypertension chez les hommes adultes dans leur ensemble, mais était associé à une réduction importante du risque d’hypertension chez les hommes de 60 à 69 ans.

Une fois les facteurs de risque additionnés pour créer une cote de risque, la prévalence de l’hypertension a nettement augmenté (p < 0,05) en fonction de chaque unité d’élévation de la cote chez les femmes et les hommes de 20 à 79 ans (figure 1).

La cote de risque était aussi associée à la tension artérielle systolique (TAS). Dans la population non hypertendue, la TAS moyenne augmentait significativement en fonction de chaque unité d’élévation de la cote de risque (figure 2). Ce gradient n’était pas évident chez les personnes ayant reçu un diagnostic d’hypertension, ce qui s’explique en grande partie par le fait que ces personnes prennent des médicaments antihypertenseurs (résultats non affichés). En fait, aucun des facteurs de risque de la cote n’était associé à des niveaux de contrôle de l’hypertension (annexe, tableau 2).

Analyse de sensibilité

L’application de facteurs de correction aux valeurs de la TAS et de la TAD mesurées à l’aide de l’appareil BpTRUMC n’a eu presque aucun effet sur l’estimation de la prévalence de l’hypertension (femmes : 22 %, IC à 95 % : 20 % à 23 %; hommes : 25 %, IC à 95 % : 23 % à 27 %) comparativement aux résultats présentés au tableau 1. De même, cela n’aura eu aucune incidence sur le lien entre les facteurs de risque ou la cote de risque et l’hypertension (résultats non affichés). Un abaissement du seuil de démarcation de la TAS à 130 mm Hg et de celui de la TAD à 80 mm Hg pour définir l’hypertension a occasionné une augmentation absolue de 9 % de la prévalence de l’hypertension chez les femmes (31 %, IC à 95 % : 28 % à 34 %) et une augmentation absolue de 17 % de la prévalence chez les hommes (41 %, IC à 95 % : 39 % à 44 %). En ce qui a trait aux facteurs de risque, un taux de cholestérol non-LHD égal ou supérieur à 4,3 mmol/l est devenu nettement associé au risque d’hypertension chez les hommes et les femmes, tandis que la consommation de fruits et légumes moins de cinq fois par jour est devenue seulement légèrement significative chez les hommes (annexe, tableau 3). Même si la prévalence prédite de l’hypertension selon la cote de risque était plus élevée dans l’ensemble, on a tout de même observé un gradient positif du même ordre que ce qui apparaît dans la figure 1.

Discussion

Dans le cadre de la présente étude, on a constaté que près du quart des personnes âgées de 20 à 79 ans étaient hypertendues. Pratiquer moins de 150 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse par semaine, consommer des fruits et légumes moins de cinq fois par jour, être en surpoids ou obèse, avoir le diabète et avoir une maladie rénale chronique étaient autant d’éléments associés indépendamment à une tension artérielle plus élevée et à un risque accru d’hypertension. Lorsqu’on combinait ces facteurs de risque pour former une cote de risque (dans laquelle la présence de chaque facteur de risque équivaut à un point), il y avait un fort gradient positif pour prédire l’hypertension. Il est important de souligner que la plus grande fraction attribuable des cas d’hypertension au sein de la population s’explique par les principaux facteurs de risque : le surpoids ou l’obésité, la consommation moins fréquente de fruits et légumes, le manque d’activité physique et le diabète. Le fait que ces facteurs de risque ne soient pas associés à des niveaux de contrôle de l’hypertension rend compte de la très grande sensibilisation des patients hypertendus au sein de cette population et de leur très grande utilisation des traitements antihypertenseurs.

Ces résultats concordent avec ceux d’autres rapports — ils les approfondissent même —, établissant un lien entre l’adoption d’un mode de vie et de comportements sains et un meilleur contrôle de la tension artérielleNote 11Note 12Note 13. La pratique d’activité physique d’intensité modéréeNote 46Note 47, une alimentation riche en fruits et légumesNote 48Note 49Note 50, et le maintien d’un poids santéNote 51Note 52Note 53 ont tous été décrits comme des éléments qui font baisser la tension artérielle. De plus, les services de consultation qui favorisent l’adoption de comportements sains (comme l’activité physique, une alimentation saine et la gestion du poids corporel) sont efficaces pour faire baisser la tension artérielle chez les personnes qui ne font pas d’hypertension ou ne présentent pas de facteurs de risque de maladie cardiovasculaire connusNote 14. Il est toutefois difficile de déterminer les effets indépendants de chaque composante d’un mode de vie sain sur la tension artérielle, puisque ces facteurs de risque sont étroitement liés les uns aux autres. De nombreux effets positifs pourraient être attribuables à des mécanismes psychologiques décritsNote 11Note 12. Une plus grande tendance à respecter les conseils et les traitements médicaux chez les personnes qui adoptent un mode de vie sain pourrait procurer des bienfaits additionnels. Dans la présente étude, l’activité physique constituait un plus grand facteur de risque de l’hypertension chez les femmes, tandis que la consommation de fruits et légumes était un facteur plus important chez les hommes. Le risque d’hypertension observé chez les personnes plus jeunes est notable parce des interventions ciblées auprès de ces personnes pourraient s’avérer particulièrement efficaces.

Les liens entre l’hypertension et le diabète, la maladie rénale chronique et un taux élevé de cholestérol non-LHD sont complexes. Le diabète et l’hypertension coexistent souvent. Plus de la moitié des patients diabétiques font également de l’hypertensionNote 54, et les personnes dont la tension artérielle est élevée sont presque 2,5 fois plus susceptibles d’avoir le diabèteNote 55. En effet, dans la présente analyse, le diabète constituait le facteur de risque le plus fortement associé à une tension artérielle élevée, conférant un risque deux fois plus élevé d’hypertension dans l’ensemble, et on a observé le plus grand risque chez les plus jeunes, même après avoir tenu compte des différences possibles quant aux seuils de démarcation de la tension artérielle (à savoir 140/90 mm Hg ou plus par rapport à 130/80 mm Hg ou plus). À l’opposé, la maladie rénale chronique était associée à un risque relatif d’hypertension plus élevé chez les femmes, indépendamment du diabète, tandis que ce n’était pas le cas chez les hommes. Les écarts entre hommes et femmes en ce qui a trait au risque pourraient en partie s’expliquer par le lien complexe qui existe entre la maladie rénale chronique et l’hypertension. Par exemple, la prévalence de la tension artérielle élevée chez les personnes atteintes d’une maladie rénale chronique varie en fonction de l’étiologie du dysfonctionnement rénalNote 56, selon les origines ethniquesNote 57Note 58, et selon divers facteurs socioéconomiquesNote 58. Enfin, un taux élevé de cholestérol non-LHD à lui seul n’était pas associé de façon significative à l’hypertension. Par contre, lorsqu’on l’a intégré à la cote de risque, il a fait augmenter de plus en plus le risque d’hypertension en présence d’autres facteurs de risque. L’importance d’une hypercholestérolémie isolée dans la prédiction de l’hypertension est incertaine et mérite un examen plus poussé.

Les facteurs de risque de l’hypertension sont souvent modifiables. Jusqu’à maintenant, la majorité des efforts de prévention ont mis l’accent sur des interventions individuelles faisant la promotion de l’activité physiqueNote 46Note 47, d’une alimentation saineNote 48Note 49Note 50 et de la perte de poidsNote 52Note 53. Cependant, une réduction de la tension artérielle qui serait significative sur le plan clinique pourrait nécessiter d’importants changements dans le mode de vieNote 14, ce qui pourrait bien aller au-delà de ce qu’une personne moyenne est capable de réaliser seule. Par conséquent, il est important d’avoir une politique publique qui fait la promotion des conditions nécessaires à un mode de vie sain (p. ex. qui favorise le potentiel piétonnier dans un cadre bâti; qui accroît l’accès aux fruits et légumes et les rend plus abordables; qui modifie la préparation des aliments afin de réduire l’apport en sel)Note 16Note 17.

La présente étude comporte de nombreux points forts. Il s’agit de la première étude basée sur la population qui est menée au Canada et qui examine les risques évitables associés à l’hypertension. Cette étude est aussi la première à quantifier la fraction étiologique du risque de l’hypertension qui est évitable. En plus d’examiner chacun des facteurs de risque de l’hypertension, la présente étude montre également qu’il existe un fort effet additif associé à des facteurs de risque cumulatifs. Cela indique que de nombreux cas d’hypertension observés au Canada sont largement évitables. Les données ont été tirées d’un échantillon représentatif de la population nationale et formé de Canadiens dont la tension artérielle a été mesurée à l’aide d’un appareil automatique, conformément à une technique normalisée. De plus, toutes les autres données techniques utilisées dans l’analyse ont été recueillies prospectivement selon des méthodologies systématiques.

La présente étude comporte un certain nombre de limites. D’abord, malgré l’observation de liens solides entre un certain nombre de facteurs de risque et l’hypertension, les données étaient transversales et ne permettaient pas d’établir un lien temporel. Deuxièmement, la présence de certaines comorbidités, l’utilisation de médicaments et les apports alimentaires étaient autodéclarés et non vérifiés de façon indépendante, ce qui peut donner lieu à une classification erronée. Troisièmement, il est probable que quelques-uns des facteurs de risque aient concouru à une élévation de la tension artérielle par une exposition cumulative. Une mesure unique de ces facteurs fournit tout au plus une estimation brute de la réelle exposition à vie et pourrait ne pas être représentative de la variation de jour en jour (p. ex. de l’alimentation ou de l’activité physique). Quatrièmement, même si l’embonpoint ou l’obésité était associé à près du quart des cas d’hypertension, il faut reconnaître qu’un grand nombre de facteurs de risque connus étaient fortement liés les uns aux autres (p. ex. l’indice de masse corporelle, l’alimentation et l’activité physique) et difficiles à séparer. Par conséquent, la mise en place de politiques et de mesures fructueuses devra probablement tenir compte des effets conjoints de multiples facteurs de risque. Cinquièmement, des données mesurées avec un accéléromètre ont servi à estimer l’activité physique, et près du quart des participants disposaient de moins de quatre jours de données valides. Les données manquantes ont été gérées à l’aide d’un codage fictif et, par conséquent, on ne peut exclure l’éventualité de biais d’information. Sixièmement, l’apport alimentaire en sodium et la consommation d’alcool n’étaient pas pris en compte dans la présente étude en raison des difficultés à quantifier l’exposition avec précision. Enfin, pour certaines expositions à faible prévalence, comme la maladie rénale chronique, il était impossible de procéder à des analyses stratifiées selon le sexe et le groupe d’âge.

Conclusion

La présente étude montre que l’inactivité physique, une alimentation pauvre en fruits et légumes, l’embonpoint ou l’obésité, le diabète et la maladie rénale chronique constituent d’importants facteurs de risque de la tension artérielle élevée, et que le risque d’hypertension s’accroît de façon linéaire avec chaque exposition additionnelle. Beaucoup de ces facteurs de risque sont modifiables. Par conséquent, les résultats de la présente étude pourraient être importants pour les politiques en matière de santé et la pratique clinique. D’autres études sont nécessaires pour déterminer s’il est possible de retarder l’apparition de l’hypertension, voire de la prévenir grâce à des interventions précoces ciblant ces facteurs de risque.

Annexe

Références
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