Rapports sur la santé
Hospitalisations en soins de courte durée pour troubles mentaux et troubles du comportement chez les Premières Nations

par Gisèle Carrière, Evelyne Bougie et Dafna Kohen

Date de diffusion : le 20 juin 2018

Chaque année, un Canadien sur sept reçoit un traitement pour une maladie mentaleNote 1. La recherche sur la santé mentale de la population, sur les dépendances et les traitements attire fortement l’attention. Cependant, comme le notent des rapports fédéraux, des données pertinentes pour l’élaboration de politiques et de programmes sont requises dans de nombreux domaines clésNote 2Note 3Note 4Note 5. En particulier, les statistiques nationales sur l’utilisation des services de santé mentale par les Autochtones, surtout les Premières Nations vivant dans une réserve, sont insuffisantesNote 6. La nécessité de combler les lacunes statistiques est mise en évidence par des renseignements récents confirmant une prévalence supérieure des pensées suicidaires chez les Premières Nations vivant hors réserve, les Métis et les Inuits, par rapport à celle observée chez la population non autochtoneNote 7.

Il a été reconnu que les processus découlant du contexte historique de la colonisation au Canada représentent des « déterminants de la santé clés sous-jacents » pour les AutochtonesNote 6Note 8Note 9Note 10 et que les disparités actuelles en ce qui concerne la santé mentale chez les Autochtones ont été attribuées à certains facteurs, comme les effets intergénérationnels des pensionnats indiens, le déplacement forcé de communautés, le retrait forcé d’enfants de leurs familles et de leurs communautés et les services inadéquats aux personnes vivant dans les réservesNote 11Note 12Note 13Note 14Note 15.

La Commission de vérité et réconciliation du Canada (CVR)Note 15 a exprimé ses préoccupations concernant les lacunes persistantes dans les résultats en matière de santé des populations autochtones par rapport à celle des populations non autochtones. La Commission a demandé au gouvernement fédéral de produire des rapports sur les données relatives à la santé mentale, aux dépendances et à l’accès aux services de santé appropriés chez les Autochtones. Parmi les défis à relever pour dresser le portrait national de l’utilisation des services de santé mentale par les Autochtones, il y a le fait que les données administratives, de manière générale, ne permettent pas d’identifier les AutochtonesNote 16. Les études sur l’utilisation des services hospitaliers en soins de courte durée en santé mentale par les Autochtones se sont limitées à des régions particulièresNote 16Note 17 où il existait des renseignements permettant de déterminer l’appartenance à une Première Nation. Cependant, les méthodes ne sont pas normalisées. Des identificateurs de certaines communautés des Premières Nations sont absentsNote 16.

À l’échelon provincial, la Colombie-Britannique et le Manitoba ont couplé des enregistrements provenant du Registre des Indiens, de données d’enquête et de dossiers administratifs pour surmonter les défis associés à l’identification des Autochtones dans les dossiers administratifs de la santéNote 18Note 19. Plus récemment, Statistique Canada a ajouté les identificateurs des Autochtones aux dossiers d’hospitalisation lors de couplages nationaux avec le Recensement de 2006.Note 20 Grâce à ces données, il a été possible d’analyser l’ensemble des hospitalisations en soins de courte durée selon l’identité autochtoneNote 21. Cette dernière étude avait relevé un taux d’hospitalisation pour troubles mentaux et troubles du comportement supérieur chez les Autochtones; cependant, elle faisait état d’hospitalisations pour ces troubles de manière générale. La présente étude s’appuie sur cette analyse. Elle décrit l’utilisation des services hospitaliers en soins de courte durée par les Premières Nations (le groupe d’identité autochtone le plus nombreux) vivant dans une réserve et hors réserve par rapport à celle observée chez les non-Autochtones, pour sept catégories de troubles mentaux et de troubles du comportement (troubles liés à l’utilisation de substances, troubles de l’humeur, troubles schizophréniques et psychotiques, troubles anxieux et d’adaptation, troubles organiques, troubles de la personnalité et tous les autres troubles mentaux et troubles du comportement correspondant aux codes F00 à F99 de la Classification internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, dixième révision, Canada [CIM-10-CA]). Les données portent sur huit provinces (à l’exception de l’Ontario et du Québec) et sur les trois territoires.

Méthodes

Sources de données

Le Recensement de la population de 2006 a été couplé à la Base de données sur les congés des patients (BDCP) de l’Institut canadien d’information sur la santé pour la période de 2006-2007 à 2008-2009Note 20. Chaque année, la BDCP compile environ trois millions de dossiers d’hospitalisation provenant de tous les établissements de soins de courte durée et de certains établissements de soins psychiatriques, de soins aux malades chroniques, de réadaptation et de chirurgie d’un jour, dans toutes les provinces, à l’exception du Québec, et tous les territoiresNote 22Note 23Note 24. Puisque les données d’hospitalisation ne sont pas disponibles pour le Québec, les résidents de cette province ne sont pas représentés dans la présente étude et les hospitalisations au Québec de résidents d’autres provinces sont aussi exclues. En outre, l’Ontario enregistre l’utilisation des services de santé mentale dans le Système d’information ontarien sur la santé mentale depuis 2005, au lieu d’enregistrer l’ensemble des services utilisés par les personnes hospitalisées dans la BDCPNote 25. Par conséquent, la présente analyse exclut aussi les répondants ontariens au recensement ainsi que les congés de patients en Ontario.

Des renseignements détaillés sur la méthode de couplage peuvent être obtenus ailleursNote 20. Une étude de validation du fichier de la cohorte couplé a déterminé que ce fichier est pertinent dans le cadre d’études sur la santé et qu’il représente de manière générale la population au CanadaNote 20, même si les taux de couverture du recensement et d’admissibilité au couplage étaient inférieurs chez les Autochtones.

Le couplage a été effectué conformément à la Politique relative au couplage d’enregistrementsNote 26 et a été approuvé par le Conseil exécutif de gestion de Statistique CanadaNote 27. Statistique Canada veille au respect de la vie privée des répondants lors du couplage et de l’utilisation subséquente des fichiers couplés. Seuls les employés qui interviennent directement dans le processus ont accès aux données d’identification nécessaires au couplage (comme le nom et le sexe); cependant, ces employés n’ont pasaccès aux renseignements relatifs à la santé. Une fois le couplage de données terminé, un fichier analytique est créé, dans lequel les données d’identification sont supprimées. Les analystes ont accès uniquement au fichier exempt de données d’identification.

Dans la présente étude, on se sert de renseignements fournis par les répondants au questionnaire détaillé du recensement, ce qui représente habituellement environ 20 % de la population ne vivant pas en établissement institutionnel. Cependant, tous les ménages au Nunavut, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon (sauf Yellowknife et Whitehorse, où 20 % de la population avait reçu un questionnaire détaillé), ainsi que dans les établissements indiens et les réserves indiennes, devaient remplir le questionnaire détaillé. Puisque le questionnaire détaillé n’est pas transmis aux pensionnaires d’établissements institutionnels, les maladies psychiatriques graves et la démence, dont la prévalence est supérieure chez ces pensionnaires, peuvent être sous-représentées.

La cohorte admissible au couplage à la BDCP comprenait 4,65 millions de répondants au questionnaire détaillé du recensement. Au cours des exercices financiers 2006-2007 à 2008-2009, 1 028 604 hospitalisations en soins de courte durée ont été couplées à ces répondants au recensementNote 20. Selon l’étude de validation, entre 7,2 % et 7,7 % des Autochtones ont été couplés à au moins un dossier d’hospitalisation au cours de ces trois années. Les chiffres correspondants étaient de 7,6 % à 8,1 % dans le cas des Premières Nations et de 5,0 % à 5,4 % dans le cas des non-Autochtones. Dans la présente analyse, on a utilisé des données couplées non pondérées : 2 298 200 répondants au questionnaire détaillé du recensement auxquels 563 643 hospitalisations en soins de courte durée ont été couplées au cours de ces trois années (tableau A de l’annexe).

Identité autochtone

Tout au long de cette analyse, le terme « Autochtone », utilisé lors de la collecte du Recensement de 2006, est employé. Il a été possible de déterminer l’identité autochtone au moyen des réponses à la question du recensement suivante : « Cette personne est-elle un Autochtone, c’est-à-dire un Indien de l’Amérique du Nord, un Métis ou un Inuit (Esquimau)? ». Les répondants indiquaient toutes les réponses pertinentes. Cette étude met l’accent sur les répondants qui ont déclaré une identité unique, celle d’Indien d’Amérique du Nord (Premières Nations).

L’emplacement géographique a servi à repérer les personnes vivant dans une réserve (les réserves indiennes ou les établissements indiens) ou hors réserve. Selon le Recensement de 2006, la population vivant dans une réserve comprenait les habitants de huit types de subdivisions de recensement (SDR) légalement affiliées aux Premières Nations/bandes indiennes ainsi que les habitants des SDR sélectionnées situées en Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon qui comptent de grandes concentrations de Premières Nations. Par « réserves », on entend au sens de la loi les réserves indiennes, les établissements indiens, d’autres types de terres créées grâce à la ratification d’accords sur l’autonomie gouvernementale de même que d’autres collectivités du Nord rattachées aux Premières Nations, conformément aux critères établis par Affaires autochtones et du Nord Canada.

Hospitalisation

La fréquence totale des hospitalisations attribuables à des troubles mentaux ou à des troubles du comportement pendant la période de 2006-2007 à 2008-2009 a été compilée séparément pour les Premières Nations vivant dans une réserve et hors réserve et pour les non-Autochtones, en fonction de l’identité autochtone déclarée lors du recensement par le patient et de l’emplacement géographique, au lieu du dossier d’hospitalisation transmis par la province. Ainsi, on a pu déclarer les hospitalisations dans une province autre que la province de résidence du répondant au moment du Recensement de 2006. En tout, 26 870 hospitalisations pour troubles mentaux ou troubles du comportement ont été couplées, ce qui représentait 4,8 % de tous les dossiers d’hospitalisation couplés. De ces hospitalisations, 4 064 touchaient les Premières Nations vivant dans une réserve, 1 000 touchaient les Premières Nations vivant hors réserve et 21 806 touchaient des non-Autochtones.

Diagnostic principal et diagnostics secondaires

Chaque dossier d’hospitalisation renferme jusqu’à 25 diagnostics codés en fonction de la Classification internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, dixième révision, Canada (CIM-10-CA)Note 28. Le diagnostic principal est le trouble le plus important qui a été diagnostiqué ou le trouble pour lequel la durée du séjour a été la plus longue. Un maximum de 24 diagnostics additionnels pouvait apparaître dans un dossier d’hospitalisation donné; tous les diagnostics ont été pris en considération pour déterminer les diagnostics secondaires de troubles mentaux ou de troubles du comportement. Pour minimiser les écarts attribuables à des méthodes de codage différentes d’une province à l’autreNote 29, les diagnostics n’ont été utilisés que si le « type » enregistré indiquait que les exigences de l’Institut canadien d’information sur la santé pour déterminer la comorbidité avaient été respectées.

Les dossiers ont été classés en sept groupesNote 30Note 31Note 32 de troubles mentaux et troubles du comportement : 1) troubles liés à l’utilisation de substances; 2) troubles de l’humeur; 3) troubles schizophréniques et psychotiques; 4) troubles anxieux; 5) troubles organiques (comme la maladie d’Alzheimer); 6) troubles de la personnalité; 7) tous les autres troubles mentaux et troubles du comportement correspondant aux codes F00 à F99 de la CIM-10-CA. Chaque groupe représente des agrégations de diagnostics définies en fourchette de codes (tableau B de l’annexe). Sept indicateurs de groupe de troubles mentaux dichotomiques ont été créés pour déterminer si un diagnostic précis au sein de chaque groupe de la CIM-10-CA apparaissait au moins une fois.

Un dossier d’hospitalisation unique pouvait renfermer plus d’un indicateur de groupe de troubles mentaux ou de troubles du comportement. Une personne pouvait donc être représentée plus d’une fois dans les sept groupes de troubles. Les personnes pouvaient être représentées plus d’une fois si elles avaient été hospitalisées à de nombreuses reprises pendant la période de 2006-2007 à 2008-2009. Les fréquences et les taux enregistrés pour un trouble donné représentent le nombre d’hospitalisations, pas le nombre de personnes.

Techniques analytiques

Les taux d’hospitalisation normalisés selon l’âge (THNA) pour 100 000 habitants, les rapports de taux utilisant la cohorte non autochtone comme référence et les intervalles de confiance à 95 % ont été calculés pour les Premières Nations vivant dans une réserve, pour les Premières Nations vivant hors réserve ainsi que pour les non-Autochtones. Le regroupement des dossiers d’hospitalisation des trois exercices financiers (2006-2007, 2007-2008 et 2008-2009) a permis de réduire l’écart qui peut être observé lorsque les données sont présentes en petit nombre.

Pour calculer les THNA, on a pris comme numérateur la somme des dossiers d’hospitalisation couplés pour chaque cohorte de Premières Nations et de non-Autochtones et on l’a divisé par le nombre non pondéré de personnes dans la même cohorte d’étude couplée (dénominateur), puis on a multiplié le résultat par trois (nombre d’années de données de la BDCP). La normalisation selon l’âge utilisait la méthode directe pour appliquer la structure par âge de la population autochtone nationale d’après le Recensement de 2006. Les groupes d’âge étaient les suivants : 0 à 9 ans, 10 à 19 ans, 20 à 29 ans, 30 à 39 ans, 40 à 49 ans et 50 ans et plus.

Résultats

Les troubles mentaux et les troubles du comportement représentaient des pourcentages semblables du total des hospitalisations pour chaque groupe de la cohorte : 5,0 % et 6,5 % respectivement pour les Premières Nations vivant dans une réserve et pour celles vivant hors réserve et 4,6 % pour les non-Autochtones (annexe C).

Diagnostic principal

En fonction du diagnostic principal, les THNA pour les troubles mentaux et les troubles du comportement étaient de 740 pour 100 000 habitants chez les Premières Nations vivant dans une réserve et de 621 chez les Premières Nations vivant hors réserve (tableau 1). Ces taux étaient plus de deux fois supérieurs au taux observé chez les non-Autochtones (309 pour 100 000 habitants).

En ce qui concerne les Premières Nations vivant dans une réserve, près de la moitié du THNA tenait compte des troubles liés à l’utilisation de substances (348 pour 100 000 habitants); chez les personnes vivant hors réserve, il s’agissait d’environ le tiers du THNA (212 pour 100 000 habitants). Les troubles de l’humeur (128 et 165 pour 100 000 habitants pour les Premières Nations vivant dans une réserve et pour celles vivant hors réserve, respectivement) et les troubles schizophréniques et psychotiques (95 et 98 pour 100 000 habitants, respectivement) se classaient au deuxième et au troisième rang, respectivement.

Chez les non-Autochtones, les trois mêmes groupes de diagnostics se démarquaient; cependant, leur classement différait. Les troubles de l’humeur se classaient au premier rang, ayant enregistré un THNA de 105 pour 100 000 habitants, suivis des troubles schizophréniques et psychotiques (53 pour 100 000 habitants) et des troubles liés à l’utilisation de substances (50 pour 100 000 habitants).

Les rapports de taux (RT) montrent des THNA beaucoup plus élevés pour la plupart des troubles mentaux et des troubles du comportement chez les Premières Nations par rapport à ceux observés chez les non-Autochtones (tableau 2). Les disparités les plus importantes touchaient les troubles liés à l’utilisation de substances, pour lesquels les taux étaient 7,0 fois supérieurs chez les Premières Nations vivant dans une réserve et 4,3 fois supérieurs chez les Premières Nations vivant hors réserve.

Les Premières Nations vivant dans une réserve étaient presque deux fois plus susceptibles que les non-Autochtones d’être hospitalisées pour des troubles anxieux (RT = 2,3), pour des troubles schizophréniques et psychotiques (RT = 1,8) et pour la catégorie regroupant tous les autres troubles mentaux et troubles du comportement (RT = 1,7). Les RT pour les troubles de la personnalité et les troubles organiques n’étaient pas plus élevés chez les Premières Nations vivant dans une réserve par rapport à ceux observés chez les non-Autochtones.

Les Premières Nations vivant hors réserve étaient presque deux fois plus susceptibles que les non-Autochtones d’être hospitalisées pour des troubles schizophréniques ou psychotiques (RT = 1,9). Les RT étaient aussi élevés pour les troubles anxieux (RT = 1,7), pour les troubles de l’humeur (RT = 1,6) et pour la catégorie regroupant tous les autres troubles mentaux ou troubles du comportement (RT = 1,5). Les THNA pour les troubles de la personnalité et les troubles organiques chez les Premières Nations vivant hors réserve ne différaient pas de ceux observés chez les non-Autochtones.

Diagnostics secondaires

Les principaux diagnostics secondaires de troubles mentaux ou de troubles du comportement différaient légèrement des principaux diagnostics (tableau 1). En ce qui concerne les Premières Nations vivant dans une réserve et hors réserve, les troubles liés à l’utilisation de substances et les troubles de l’humeur faisaient partie des diagnostics secondaires les plus fréquents. Les troubles anxieux se classaient au troisième rang. Chez les non-Autochtones aussi, les troubles liés à l’utilisation de substances étaient les diagnostics secondaires les plus fréquents. En ce concerne les troubles organiques (comme la démence) et les troubles de l’humeur, ils se classaient respectivement au deuxième rang et au troisième rang.

Les THNA pour les troubles mentaux et les troubles de comportement comme diagnostics secondaires chez les Premières Nations vivant dans une réserve et hors réserve étaient supérieurs aux THNA pour toutes les catégories de troubles, à l’exception des troubles organiques, chez les non-Autochtones (tableau 2).

Discussion

S’appuyant sur des études antérieuresNote 21, on a examiné, dans la présente étude, les taux d’hospitalisation des Premières Nations et des non-Autochtones pour des troubles mentaux ou pour des troubles du comportement, en fonction de sept groupes de troubles au Canada, à l’exception du Québec et de l’Ontario.

Chez les Premières Nations vivant dans une réserve ou hors réserve, les troubles liés à l’utilisation de substances faisaient partie du plus important diagnostic principal de trouble mental ou de trouble du comportement. Par rapport à la cohorte des non-Autochtones, les taux étaient sept fois plus élevés chez les Premières Nations vivant dans une réserve et plus de quatre fois supérieurs chez les Premières Nations vivant hors réserve. Les taux d’hospitalisation pour les troubles schizophréniques ou psychotiques et les troubles anxieux étaient environ deux fois plus élevés.

Ces conclusions coïncident avec les analyses fondées sur les données administratives des hôpitaux provinciauxNote 16Note 17Note 33 et des données d’enquête nationaleNote 34. Les résultats correspondent aussi à ceux tirés des études sur la population des Indiens d’AmériqueNote 35.

Un certain nombre de facteurs peuvent avoir une incidence sur les taux d’hospitalisation pour troubles mentaux et troubles du comportement supérieurs chez les Premières Nations. Les traumatismes et le sentiment d’impuissance attribuables aux pensionnats indiens, le déplacement forcé de communautés et le retrait forcé d’enfants de leurs familles sont, par exemple, des facteurs qui font en sorte que les Autochtones affichent un risque élevé de maladie mentaleNote 11Note 12Note 13Note 14Note 15, comme la dépression et la détresse psychologiqueNote 6Note 36Note 37. Les inégalités relatives aux déterminants sociaux de la santé peuvent aussi influer sur les disparités en ce qui concerne le taux d’hospitalisation. Dans de nombreuses communautés des Premières Nations, les infrastructures municipales (évacuation des eaux d’égout et traitement de l’eau potable) sont inadéquatesNote 38. L’accès aux études et les possibilités d’emploi sont limitées. La prévalence d’un faible revenu est élevéeNote 39. En outre, ces gens peuvent faire face à des obstacles lorsqu’ils cherchent à obtenir des soins de santé primaires Note 6Note 36Note 40 ou percevoir de la discrimination en tant que patientsNote 41. Les problèmes de santé chroniques supplémentaires représentent aussi un facteur de risque d’hospitalisation pour des problèmes de santé mentaleNote 1. Par exemple, l’asthme, la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC) et le diabète sont plus fréquents chez les Autochtones que chez les non-Autochtones.

En ce qui concerne l’hospitalisation pour des troubles mentaux ou des troubles du comportement, les écarts entre les Premières Nations et les non-Autochtones peuvent illustrer des différences en ce qui a trait à la gestion des patients, comme des transferts vers des établissements spécialisés. L’emplacement éloigné ou rural de la résidence pourrait jouer un rôle, surtout en ce qui concerne les réserves qui sont éloignées des services de santé spécialisés. Des analyses exploratoires ont révélé des différences quant à la durée du séjour à l’hôpital entre les Premières Nations et les non-Autochtones, dans le cas où un trouble mental ou un trouble du comportement était le diagnostic principal (données non présentées). Cependant, un examen plus approfondi était hors du champ d’observation de la présente étude. Il est nécessaire de réaliser des études portant sur la durée du séjour et sur les admissions à l’hôpital pour des troubles mentaux ou des troubles du comportement.

En outre, les résultats de la présente étude pourraient être bonifiés par des études supplémentaires qui utilisent ces données et les corrigent pour tenir compte des différences entre les Premières Nations et les non-Autochtones en ce qui concerne les caractéristiques socioéconomiques, la distance à parcourir pour se rendre à l’hôpital et l’emplacement géographique.

Limites

Les hospitalisations en soins de courte durée représentent seulement une petite portion des traitements en santé mentale; les données couplées du recensement et de la Base de données sur les congés des patients (BDCP) ne tiennent pas compte de la plupart des services de soins en santé mentale habituellement utilisés, comme le médecin traitant et le service de consultation. Par conséquent, les résultats ne devraient pas être considérés comme s’ils représentaient la prévalence des troubles mentaux ou des troubles du comportement ou l’utilisation de l’ensemble des services de santé mentale.

Même les hospitalisations sont sous-représentées dans la présente étude. Les tendances pourraient être différentes si les données de l’Ontario et du Québec avaient été disponibles. En ce qui concerne l’Ontario, les renseignements sur 60 200 personnes ayant déclaré être des Premières Nations ont été exclus. En ce qui concerne le Québec, les renseignements sur 65 085 personnes ayant déclaré être des Premières Nations, fondés sur les estimations provenant du Recensement de 2006, ne pouvaient pas être pris en considération. En outre, on estime à environ 40 000 personnes celles qui vivaient dans les 22 réserves indiennes et établissements indiens qui ont été partiellement dénombrés en 2006Note 42. Ces personnes résidaient principalement en Ontario.

Au cours de la période de référence de l’étude, des changements notables ont été apportés à la structure de gouvernance et à la prestation de soins de santéNote 43Note 44. Par conséquent, les tendances décrites dans la présente étude pourraient ne pas être révélées lors des analyses de différentes séries de données.

Les taux de couverture du recensement étaient inférieurs chez les AutochtonesNote 20. Les taux d’admissibilité au couplage avec la BDCP étaient inférieurs chez les personnes déclarant une origine autochtone, les personnes ayant un statut socioéconomique inférieur, les personnes vivant en milieu rural ou vivant dans une exploitation agricole ainsi que les résidents du Nunavut et ceux de la Colombie-Britannique. La validation des fichiers couplés utilisés dans le cadre de la présente étude a fait ressortir une couverture plus faible des populations dans les territoires et des groupes d’âge plus jeunesNote 20.

Une couverture du recensement plus faible est la plupart du temps synonyme de sous-représentation. Un taux d’admissibilité au couplage inférieur signifie qu’un plus petit nombre de dossiers renfermaient suffisamment de renseignements pour réaliser le couplage. Parmi les répercussions éventuelles, il y a une sous-estimation des THNA des Premières Nations ainsi qu’un biais vers le bas en ce qui concerne les estimations des différences entre les Premières Nations et les non-Autochtones.

Les données n’ont pas été corrigées en fonction du décès de participants de la cohorte à l’étude. Le risque de mortalité prématurée est supérieur chez les AutochtonesNote 45Note 46. Il est donc possible qu’un nombre disproportionné de personnes de la cohorte des Premières Nations soient décédées au cours de la période à l’étude.

La présente étude examinait les taux d’hospitalisation à l’échelle nationale (à l’exception de l’Ontario et du Québec). Cependant, une analyse de niveaux géographiques, de collectivités ou de régions plus précis pourrait révéler des taux inférieurs. La désagrégation des données nationales pour les Premières Nations vivant dans une réserve peut aussi souligner le fait que les communautés des Premières Nations ont réussi à faire la promotion de la santé mentale positive et à assurer son maintienNote 47.

Malgré ces limites, les analyses montrent qu’il existe des possibilités d’intervention. Ces données sont importantes dans le cadre du suivi et de la surveillance des services de santé mentale utilisés par les Autochtones. Elles appuient donc les stratégies d’intervention. De futures études utilisant d’autres sources de données pourraient mettre l’accent sur les causes fondamentales de la santé mentale et des troubles liés à l’utilisation de substances ainsi que sur les facteurs axés sur les points forts qui sont associés à la résilience et au mieux-être.

Conclusion

Les taux d’hospitalisation pour les troubles mentaux ou les troubles de comportement ont été significativement supérieurs chez les Premières Nations vivant dans une réserve et hors réserve par rapport aux taux observés chez les non-Autochtones, surtout en ce qui concerne les troubles liés à l’utilisation de substances. Le lourd fardeau des hospitalisations attribuables à des troubles mentaux ou à des troubles du comportement chez les Premières Nations fournit des repères où les admissions à l’hôpital représentent des occasions d’intervenir et de faire de la prévention.

Remerciements

Cette étude a été parrainée par la Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits (DGSPNI), anciennement au sein de Santé Canada. La DGSPNI a été officiellement transférée au nouveau ministère des Services aux Autochtones Canada. Les auteurs remercient la DGSPNI pour son soutien financier ainsi que les données et commentaires fournis lors de la conception et l’établissement du plan de sondage et lors de l’analyse et de l’interprétation des données.

Annexe

Références
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