Les habitudes alimentaires des enfants autochtones

Avertissement Consulter la version la plus récente.

Information archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

par Kellie A. Langlois, Leanne C. Findlay et Dafna E. Kohen

On s’est beaucoup penché sur la question de la santé des enfants autochtones1-3, mais on sait relativement peu de choses au sujet de leur nutrition. La publication Bien manger avec le Guide alimentaire canadien – Premières Nations, Inuit et Métis (GAC)4, de Santé Canada, comprend des recommandations relatives aux aliments considérés comme traditionnels chez les Autochtones, comme la bannique et le gibier. À partir des résultats de l’Enquête sur les enfants autochtones (EEA), de Statistique Canada (2006), les auteurs de la présente étude offrent un aperçu de la fréquence à laquelle les enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves, les enfants métis et les enfants inuits de deux à cinq ans consomment divers types d’aliments (voir Les données).

Grands groupes d’aliments

Le GAC4 recommande que les enfants de deux à cinq ans consomment chaque jour au moins (selon leur âge) deux à quatre portions dans le groupe lait et substituts, une à deux portions dans le groupe viandes et substituts, quatre à six portions de légumes et fruits et trois à six portions de produits céréaliers. Lors de l’EEA, plutôt que le nombre de portions, on a demandé aux parents/tuteurs à quelle fréquence l’enfant consommait divers types d’aliments. Même si la fréquence de consommation est différente du nombre de portions, les résultats de l’EEA donnent une indication de la nature de l’apport alimentaire des enfants autochtones.

Selon les données déclarées par les parents/tuteurs, 96 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves et des enfants métis consomment du lait ou des produits laitiers au moins une fois par jour (tableau 1). Environ 80 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves et des enfants métis mangent de la viande, du poisson ou des œufs au moins une fois par jour, près de 90 % consomment des fruits au moins une fois par jour, et plus de 80 % consomment des légumes au moins une fois par jour.

Chez les enfants inuits de deux à cinq ans, la fréquence de consommation de produits provenant de ces groupes alimentaires est différente. Environ 86 % des enfants inuits consomment du lait ou des produits laitiers au moins une fois par jour; deux tiers d’entre eux mangent de la viande, du poisson ou des œufs au moins une fois par jour; près de 70 % consomment des fruits au moins une fois par jour; 52 % consomment des légumes au moins une fois par jour et 14 % ne mangent pas de légumes (données non présentées).

Deux autres études ont porté sur les habitudes alimentaires des enfants autochtones au Canada5,6. Selon les résultats préliminaires de la Regional Health Survey de 2007-2008, les pourcentages d’enfants des Premières nations qui consomment respectivement du lait, des protéines, des légumes et des fruits plusieurs fois par jour sont de 60 %, 37 %, 35 % et 49 %5.

Selon les résultats de l’Inuit Child Health Survey6, les pourcentages d’enfants inuits de trois à cinq ans vivant au Nunavut qui respectent ou dépassent les recommandations du GAC sont de 24 % (lait), 97 % (viande) et 9 % (fruits et légumes). Les différences par rapport aux résultats de l’EEA peuvent dépendre des méthodes d’enquête. Les données provenant de l’étude sur le Nunavut ont été recueillies à l’aide d’un rappel alimentaire de 24 heures, qui permet une évaluation rigoureuse de l’apport alimentaire. Cette étude comportait également une mesure de la taille des portions et une liste élargie des aliments entrant dans chaque groupe alimentaire.

On dispose de peu de renseignements à partir desquels comparer la consommation d’aliments chez les enfants visés par l’EEA avec celle pour d’autres enfants au Canada. Une étude menée au Québec auprès d’enfants de quatre ans a trouvé que 48 % d’entre eux respectaient la recommandation du GAC concernant le lait, 39 %, celle concernant la viande, et 17 %, celle relative aux fruits et légumes12. Dans le cas d’un échantillon national d’enfants un peu plus âgés (quatre à huit ans), un peu moins des deux tiers respectaient la recommandation à l’égard du lait, 77 % respectaient celle concernant la viande, et 29 %, celle pour les fruits et légumes9. Ces deux études étaient également fondées sur un rappel alimentaire de 24 heures.

Autres aliments

Environ les deux tiers des enfants autochtones de deux à cinq ans consomment des aliments transformés ou de restauration rapide au moins une fois par semaine (tableau 1), tandis que 11 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves, 9 % des enfants métis et 24 % des enfants inuits les consomment quotidiennement (données non présentées). En revanche, dans le cas de 7 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves, de 5 % des enfants métis et de 14 % des enfants inuits, les parents/tuteurs ont déclaré qu’ils ne consomment jamais d’aliments transformés ou de restauration rapide. Plus de la moitié des enfants autochtones prennent une boisson gazeuse ou du jus au moins deux fois par jour et consomment des grignotines salées, des sucreries ou des desserts au moins une fois par jour.

Aliments traditionnels

Dans Bien manger avec le Guide alimentaire canadien – Premières Nations, Inuit et Métis4, on retrouve des aliments traditionnels parmi les exemples d’aliments entrant dans certains groupes alimentaires; ainsi, « Viandes traditionnelles et gibier » fait partie des « Viandes et substituts ». Selon l’EEA de 2006, 70 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves, 62 % des enfants métis et 90 % des enfants inuits consomment des aliments traditionnels (tableau 2).

Le quart des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves consomment de la bannique ou du pain frit au moins une fois par semaine, tout comme 15 % des enfants métis. Un très petit nombre d’enfants (moins de 5 %) en consomment tous les jours; en fait, 46 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves et 60 % des enfants métis ne mangent pas du tout de bannique ou de pain frit. Le poisson d’eau douce ou de mer est consommé au mois une fois par mois par 39 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves et 37 % des enfants métis. De même, 33 % des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves consomment du gros gibier au moins une fois par mois, tout comme 28 % des enfants métis. Les pourcentages d’enfants qui consomment du gibier à plumes et du petit gibier sur une base mensuelle sont plus faibles : dans le cas des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves, 8 % et 5 % consomment respectivement du gibier à plumes et du petit gibier et, dans celui des enfants métis, les valeurs correspondantes sont de 8 % et 4 %. À peu près aucun enfant des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves ou enfant métis ne consomme de mammifères marins.

Des pourcentages relativement élevés d’enfants inuits consomment régulièrement des aliments traditionnels. Le quart des enfants inuits consomment de la bannique ou du pain frit tous les jours, tandis que 60 % d’entre eux, en consomment au moins une fois par semaine. Au moins une fois par mois, 76 % des enfants inuits consomment du gros gibier, et 68 %, du poisson d’eau douce ou de mer. Le tiers consomment du gibier à plumes au moins une fois par mois, mais la consommation mensuelle de petit gibier a été déclarée pour seulement 6 % d’entre eux. Plus de la moitié des enfants inuits consomment des mammifères marins, et le quart le font au moins une fois par semaine (données non présentées).

Peu d’autres études ont porté sur la consommation d’aliments traditionnels par les enfants autochtones, mais l’Inuit Child Health Survey a montré que 99 % des enfants inuits d’âge préscolaire vivant au Nunavut avaient consommé des aliments traditionnels au cours du dernier mois, et 46 % en avaient consommés le jour précédent5.

Différences géographiques

Les chercheurs ont noté que les habitudes alimentaires des enfants autochtones, particulièrement dans les collectivités éloignées, peuvent varier en fonction de la disponibilité d’aliments, comme les fruits et les légumes, et de l’accès à ceux-ci13,14.

Un examen des profils de consommation des enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves et des enfants métis a révélé peu de différences entre les profils d’enfants vivant dans une région métropolitaine de recensement / agglomération de recensement (RMR/AR) et ceux d’enfants vivant ailleurs (données non présentées). Toutefois, les enfants inuits qui vivaient dans une RMR/AR (15,8 % de l’échantillon) étaient plus susceptibles que ceux ne vivant pas dans une RMR/AR de consommer du lait ou des produits laitiers au moins deux fois par jour, de consommer du poisson, des œufs ou de la viande au moins une fois par jour, et de consommer des fruits et légumes au moins trois fois par jour. Ils étaient aussi moins susceptibles de consommer des boissons gazeuses ou du jus au moins deux fois par jour.

Les enfants autochtones vivant dans une RMR/AR étaient moins susceptibles de consommer tout type d’aliment traditionnel, comparativement à ceux ne vivant pas dans une RMR/AR.

Conclusion

Selon l’EEA de 2006, les enfants des Premières nations vivant à l’extérieur des réserves et les enfants métis ont tendance à consommer des aliments provenant des grands groupes alimentaires à la même fréquence. Si des pourcentages plus faibles d’enfants inuits consomment régulièrement de ces aliments, des pourcentages relativement élevés d’entre eux consomment des aliments traditionnels. Environ les deux tiers des enfants autochtones consomment des aliments transformés et de restauration rapide au moins une fois par semaine, et un peu plus de la moitié, des grignotines salées, des sucreries ou des desserts au moins une fois par jour. La fréquence de consommation des aliments diffère selon que le lieu de résidence se situe ou non dans une RMR/AR.