Regards sur la société canadienne
Portrait des Canadiennes et Canadiens ayant vécu en situation d’itinérance

par Sharanjit Uppal

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Note de reconnaissance

La présente étude a été financée par Femmes et Égalité des genres Canada.

Aperçu de l’étude

Fondée sur les données de l’Enquête canadienne sur le logement de 2018, la présente étude se penche tout d’abord sur les caractéristiques des Canadiens qui, bien qu’ils soient aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, ont vécu une situation d’itinérance cachée ou sans abri dans le passé. Le deuxième objectif de l’étude est d’examiner la situation actuelle des personnes ayant déjà vécu en situation d’itinérance, sur le plan des caractéristiques du logement, du statut économique et de l’état de santé.

  • Environ 3 % des personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage au Canada ont déclaré avoir vécu une situation d’itinérance sans abri à un moment de leur vie. Pour 1 personne sur 5, la durée de l’épisode d’itinérance le plus long qu’elle a vécu a été d’un an ou plus.
  • Environ 15 % des personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage ont vécu une situation d’itinérance cachée.
  • Parmi les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, les Premières Nations vivant hors réserve (12 %), les Métis (6 %) et les Inuits (10 %) étaient plus susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri que les non-Autochtones. L’itinérance était également plus courante chez les femmes de minorité sexuelle (8 %).
  • Les Canadiens qui ont vécu une situation d’itinérance dans le passé, mais qui sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, affichaient des résultats socioéconomiques et en matière de santé beaucoup moins bons que ceux n’ayant pas vécu une telle situation. Par exemple, ils étaient plus susceptibles de faire état d’une santé générale et d’une santé mentale « passables » ou « mauvaises ». En outre, ils étaient plus susceptibles d’avoir récemment été aux prises avec des difficultés économiques, et d’avoir dû, par exemple, faire appel à des organismes de bienfaisance parce que leur ménage était à court d’argent.
  • Parmi les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, les femmes ayant vécu en situation d’itinérance ont fait état de moins bons résultats socioéconomiques et en matière de santé que les hommes ayant vécu la même situation. Par exemple, parmi les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée dans le passé, les femmes étaient 23 points de pourcentage plus susceptibles que les hommes de déclarer avoir eu de la difficulté à répondre à leurs besoins financiers au cours de l’année précédente.
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Introduction

Il existe de nombreuses définitions de l’itinérance. La plupart d’entre elles décrivent cependant une situation dans laquelle se trouve une personne ou une famille qui n’a pas de logement stable, sécuritaire, permanent et adéquat, ou qui n’a pas la possibilité, les moyens ou la capacité de s’en procurer un dans l’immédiatNote  Note . L’itinérance peut comprendre différentes situations, comme le fait de vivre dans la rue, de vivre dans des lieux qui ne sont pas conçus pour l’habitation humaine, ou encore de résider dans des refuges. L’itinérance cachée, soit le fait de vivre temporairement avec des membres de la famille ou des amis sans pouvoir immédiatement trouver un logement permanent, constitue une autre forme d’itinérance.

Des études réalisées dans différents pays ont permis d’examiner les causes de l’itinérance. Selon la plupart d’entre elles, l’itinérance constitue l’aboutissement d’une interaction complexe de facteurs individuels, d’événements de la vie et de facteurs structurels (économique et sociétaux). Parmi les facteurs individuels et les événements démographiques liés à une hausse du risque d’itinérance, on peut compter un faible niveau de scolarité, le manque de compétences professionnelles, la toxicomanie, les problèmes de santé mentale, la violence et l’instabilité familiale, les séparations, l’exclusion sociale attribuable à l’orientation sexuelle et les expériences négatives pendant l’enfanceNote . Parmi ces facteurs, celui qui favorise le plus l’itinérance est la mauvaise santé mentale, car elle peut faire en sorte qu’il est plus difficile d’avoir un revenu stable ou de maintenir des relations avec la famille et les amisNote  Note  Note . La violence familiale représente également un facteur important, car elle peut mener des personnes et des familles, tout particulièrement les jeunes et les femmes ayant des enfants, à quitter le foyer soudainementNote .

Des facteurs structurels ou sociaux entrent également en ligne de compte. Par exemple, le manque d’accès à des logements sociaux et abordables, les conditions défavorables du marché du travail, le manque d’accessibilité aux prestations publiques, la discrimination raciale au travail ou sur le marché du logement, le manque de soutien aux immigrants et aux réfugiés, le fait de devenir trop âgé pour demeurer en famille d’accueil (en l’absence de soutien adéquat pour la vie autonome) et la sortie de prison sont tous des facteurs liés à une hausse du risque d’itinéranceNote  Note  Note .

Dans le passé, l’itinérance était un problème qui touchait principalement les hommes célibatairesNote . Plus récemment, le problème a crû auprès d’autres populations. Les études ont mis l’accent sur les femmesNote , les peuples autochtonesNote , les jeunesNote , les immigrants récentsNote , les anciens combattantsNote et les minorités sexuellesNote . Certaines études laissent entendre que plus de 200 000 Canadiennes et Canadiens vivent en situation d’itinérance (dont les définitions varient) au cours d’une année donnéeNote .

Il demeure cependant difficile d’identifier la population itinérante. Cette situation s’explique en partie par son caractère transitoire et l’absence d’une adresse permanente des personnes itinérantes. La stigmatisation et les préjugés à l’égard de cette population peuvent également faire en sorte que certaines personnes ne déclareront pas qu’elles vivent en situation d’itinérance. Aussi, la plupart des données canadiennes recueillies par les villes le sont lors de dénombrements ponctuels de la situation pendant une journée préciseNote . À l’échelle nationale, le Recensement de la population, réalisé tous les cinq ans, constitue une autre source; celle-ci n’identifie cependant que les itinérants qui vivent dans un refuge et dans d’autres types de logements collectifsNote . Parmi les autres stratégies visant à identifier les personnes qui ont déjà vécu en situation d’itinérance ou qui pourraient vivre une telle situation, il y a la tenue d’enquêtes rétrospectives. Dans de telles enquêtes, on demande aux répondants s’ils ont déjà vécu une situation d’itinérance dans le passé. Il s’agit de l’approche adoptée dans le présent article.

Au moyen des données de l’Enquête canadienne sur le logement (ECL) de 2018, la présente étude met l’accent sur les personnes qui, même si elles sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, ont déjà vécu en situation d’itinérance. L’étude met l’accent sur cette population particulière, car dans le cadre de l’ECL, on ne pose des questions sur l’itinérance qu’à la personne responsable des décisions relatives au logement pour le ménage, ou la personne de référence (voir Sources de données, méthodes et définitions).

En raison de la population cible particulière de la présente étude, il faut faire preuve de prudence lors de l’interprétation des résultats. Les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage ne sont pas représentatives de l’ensemble des Canadiennes et Canadiens de 15 ans et plus. Par exemple, les enfants adolescents et adultes qui vivent avec leurs parents ne seront probablement pas pris en compte dans l’étude, car ils sont très peu nombreux à être les décideurs principaux au sein de leur ménage. Malgré tout, il est possible que ces jeunes aient vécu une situation d’itinérance dans le passé. De ce fait, le taux d’expériences passées d’itinérance chez les jeunes pourrait ne pas être représentatif du taux pour l’ensemble des jeunes au Canada. La même logique s’applique aux autres membres d’un ménage qui ne sont pas les principaux décideurs.

Ces limites sont soulignées tout au long de l’article, particulièrement par l’utilisation de l’expression « personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage » pour décrire les résultats. Même s’il est impossible de surmonter ces limites en raison de la nature des données, les avantages que procurent ces données dépassent leurs limites. Les renseignements sur l’itinérance sans abri sont très rares, et l’ECL, dont le contenu est riche, peut grandement améliorer notre compréhension de cet enjeu social au Canada.

L’étude a deux grands objectifs. La première section traite des groupes démographiques qui sont plus susceptibles de vivre deux types d’itinérance :

Les résultats sont présentés séparément selon le sexe, l’identité autochtone (Premières Nations, Métis et Inuits), les minorités visibles, la minorité sexuelle et le statut d’ancien combattant.

La deuxième section traite du bien-être actuel des personnes ayant vécu une situation d’itinérance dans le passé. Même si elles ont été en mesure d’obtenir un logement permanent et qu’elles sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, il est possible que ces personnes doivent encore composer avec des difficultés socioéconomiques ou liées à la santé. Pour mieux comprendre ces conséquences à plus long terme, l’étude se penche aussi sur les différences quant aux situations actuelles en matière de logement, d’économie et de santé entre les ménages ayant vécu en situation d’itinérance et ceux qui n’ont pas vécu une telle situation.

Parmi les personnes qui sont actuellement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, environ 3 % ont vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé

Selon les résultats de l’ECL de 2018, environ 3 % des personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage ont déclaré avoir vécu une situation d’itinérance sans abri à un moment de leur vie (tableau 1). Les proportions affichées par les hommes (2,6 %) et les femmes (2,3 %) étaient similaires Note . Cependant, les hommes et les femmes de différents groupes d’âge n’étaient pas aussi susceptibles de vivre en situation d’itinérance, ce qui donne à penser qu’il existe des différences entre les générations et un risque accru chez les générations plus jeunes de femmes.

Plus précisément, chez les jeunes de 15 à 39 ans qui étaient responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d’avoir vécu au moins un épisode d’itinérance sans abri. En revanche, chez les personnes de 60 ans et plus, les hommes étaient beaucoup plus susceptibles d’avoir vécu ce type d’itinérance.

En ce qui concerne l’état matrimonial des personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, les personnes actuellement mariées ou vivant en union libre étaient beaucoup moins susceptibles (1 %) d’avoir vécu en situation d’itinérance que les personnes actuellement célibataires (5 %) et que les personnes actuellement divorcées ou séparées (5 %). La proportion était particulièrement élevée chez les hommes actuellement divorcés ou séparés (7 %).

De manière générale, on reconnaît qu’un niveau de scolarité supérieur procure des compétences plus nombreuses et de meilleure qualité, ce qui est également lié à un emploi stable et à une rémunération plus élevée Note . Ces facteurs réduisent également le risque lié au fait de vivre en situation d’itinérance. Comme le montrent des études antérieures, les personnes ayant des niveaux de scolarité moins élevés étaient plus susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance que leurs homologues affichant des niveaux de scolarité plus élevés. Par exemple, près de 5 % des personnes n’ayant pas terminé leurs études secondaires ont fait état d’une situation passée d’itinérance sans abri, par rapport à 1 % des personnes ayant un grade universitaire. Les différences étaient similaires entre les deux genres.


Tableau 1
Taux d’itinérance sans abri et cachée, selon certaines caractéristiques, personnes de 15 ans et plus responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, Canada, 2018
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Taux d’itinérance sans abri et cachée Type d’itinérance, Sans abri, Cachée, Tous, Hommes et Femmes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Type d’itinérance
Sans abri Cachée
Tous Hommes Femmes Tous Hommes Femmes
pourcentage
Genre
Hommes (réf.) 2,6 2,6 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 14,2 14,2 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer
Femmes 2,3 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 2,3 15,0 Note ...: n'ayant pas lieu de figurer 15,0
Groupe d’âge
15 à 29 ans 2,0Note * 1,5Note * 2,4Note *Tableau 1 Note  18,3 16,6 19,4
30 à 39 ans (réf.) 3,2 2,6 3,8Tableau 1 Note  20,0 19,9 20,1
40 à 49 ans 2,8 2,7 2,8 18,0Note * 17,5 18,5
50 à 59 ans 3,0 3,4 2,6Note * 14,6Note * 14,7Note * 14,5Note *
60 à 69 ans 2,5 3,1 1,9Note *Tableau 1 Note  11,8Note * 11,4Note * 12,4Note *
70 ans et plus 1,0Note * 1,4Note * 0,5Note *Tableau 1 Note  6,8Note * 6,2Note * 7,4Note *
Plus haut niveau de scolarité atteint
Sans diplôme d’études secondaires (réf.) 4,7 4,7 4,7 15,5 16,0 14,9
Diplôme d’études secondaires 3,0Note * 3,6 2,4Note *Tableau 1 Note  15,3 16,1 14,6
Certificat ou diplôme d’une école de métiers 3,4Note * 3,5 3,2 17,2 16,0 19,4Note *
Autre certificat ou diplôme d’études postsecondaires 2,5Note * 2,6Note * 2,4Note * 15,6 13,8 16,9Tableau 1 Note 
Grade universitaire 1,2Note * 1,0Note * 1,3Note * 12,5Note * 12,2Note * 12,6Note *
État matrimonial
Célibataire (réf.) 4,5 4,8 4,2 22,1 21,9 22,2
Marié ou vivant en union libre 1,4Note * 1,3Note * 1,5Note * 11,0Note * 10,6Note * 11,5Note *
Divorcé ou séparé 4,9 6,5Note * 3,9Tableau 1 Note  23,3 24,1 22,9
Veuf 1,1Note * 1,9Note * 0,8Note *Tableau 1 Note  7,6Note * 7,5Note * 7,6Note *
Orientation sexuelle
Hétérosexuel (réf.) 2,3 2,6 2,0Tableau 1 Note  14,0 13,8 14,2
Minorité sexuelle 5,2Note * 2,7 7,6Note *Tableau 1 Note  29,7Note * 24,3Note * 34,1Note *Tableau 1 Note 
Identité autochtone
Premières Nations 11,7Note * 9,2Note * 13,1Note * 28,9Note * 24,6Note * 31,4Note *
Métis 6,3Note * 9,1Note * 3,8Note *Tableau 1 Note  30,9Note * 26,2Note * 34,5Note *
Inuit 10,3Note * 11,4Note * 9,5Note * 21,5Note * 21,8 21,2Note *
Non-Autochtone (réf.) 2,3 2,4 2,1 14,2 13,9 14,4
Statut d'ancien combattant
Oui 3,8Note * 3,9Note * Note F: trop peu fiable pour être publié 15,0 15,2 14,2
Non (réf.) 2,4 2,5 2,3 14,6 14,2 15,0
Statut d’immigrant
Immigrant, de 1980 à 2018 1,4Note * 0,8Note * 2,3Tableau 1 Note  11,9Note * 10,7Note * 13,7Tableau 1 Note 
Né au Canada ou immigrant avant 1980 (réf.) 2,7 3,0 2,3Tableau 1 Note  15,2 15,1 15,2
Appartenance à une minorité visible
Oui 1,7Note * 1,0Note * 2,7Tableau 1 Note  12,2Note * 11,6Note * 12,9Note *
Non (réf.) 2,7 3,1 2,2Tableau 1 Note  15,2 14,9 15,4
Minorités visibles
Sud-Asiatique 1,1Note * 0,9Note * 1,7 9,6Note * 8,9Note * 11,4
Chinois 0,9 Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 8,3Note * 8,3Note * 8,1Note *
Noir 4,6Note * 3,0 6,1Note *Tableau 1 Note  18,1 17,3 18,9
Philippin Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 10,0Note * 7,5Note * 11,9
Latino-Américain 1,8 Note F: trop peu fiable pour être publié 2,8 13,8 11,8 15,4
Arabe 1,0Note * Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 13,6 15,4 9,0
Asiatique du Sud-Est Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 14,9 14,5 15,6
Asiatique occidental 3,6 Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 20,0 23,3 15,5
Coréen Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 7,8 Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié
Japonais Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 18,3 Note F: trop peu fiable pour être publié 22,5
Minorité visible, n.i.a Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 18,1 18,0 18,4
Minorités visibles multiples Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié Note F: trop peu fiable pour être publié 19,5 19,2 19,9
N’appartenant pas à une minorité visible (réf.) 2,7 3,1 2,2Tableau 1 Note  15,2 14,9 15,4
Province ou territoire
Terre-Neuve-et-Labrador 1,2Note * 1,6 0,9Note * 12,4Note * 13,4 11,7Note *
Île-du-Prince-Édouard 1,9 2,3 1,6 12,3Note * 11,8 12,7
Nouvelle-Écosse 2,9 3,6Note * 2,3 17,3Note * 16,4 18,0
Nouveau-Brunswick 2,0Note * 2,5 1,5Note *Tableau 1 Note  13,9 13,9 13,9
Québec 1,0Note * 1,1Note * 0,9Note * 11,2Note * 11,1Note * 11,3Note *
Ontario (réf.) 2,8 2,2 3,3Tableau 1 Note  15,0 14,0 15,8
Manitoba 2,4 2,7 2,1Note * 16,2 16,3 16,0
Saskatchewan 2,5 2,9 2,2Note * 16,2 15,9 16,5
Alberta 3,3 3,9Note * 2,5Tableau 1 Note  17,0Note * 16,8Note * 17,0
Colombie-Britannique 3,8Note * 4,9Note * 2,7Tableau 1 Note  17,3Note * 17,1Note * 17,4
Yukon 7,8Note * 10,7Note * 5,5 24,4Note * 20,8Note * 27,3Note *
Territoires du Nord-Ouest 5,9Note * 6,9Note * 5,2Note *Tableau 1 Note  17,7Note * 16,9Note * 18,5Note *
Nunavut 13,7Note * 14,6Note * 12,7Note * 30,2Note * 31,2Note * 29,2Note *

Les expériences passées en matière d’itinérance varient selon l’identité autochtone, l’orientation sexuelle et l’origine ethnoculturelle

Les taux plus élevés d’itinérance chez les Autochtones sont bien documentés. Ils sont liés à des obstacles systémiques à l’emploi et à l’éducation, à la discrimination raciale en milieu de travail ou sur le marché du logement, et aux effets intergénérationnels de la colonisation et des expériences en pensionnat Note . Conformément aux études antérieures, les non-Autochtones étaient beaucoup moins susceptibles que les Autochtones de déclarer avoir vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé. Plus précisément, chez les Autochtones responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, environ 12 % des Premières Nations vivant hors réserve Note , 10 % des Inuits et 6 % des Métis ont déclaré avoir vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé (tableau 1) Note . La proportion correspondante chez les non-Autochtones était de 2 %.

Les personnes de minorité sexuelle, et tout particulièrement les jeunes ayant une orientation sexuelle minoritaire, sont plus vulnérables à l’itinérance sans abri. Cette situation est attribuable, en partie, à des taux plus élevés de violence familiale, de discrimination et de victimisationNote . Conformément aux conclusions antérieures, les personnes de minorité sexuelle (personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles, ainsi que celles d’autres minorités sexuelles) étaient plus de deux fois plus susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé que les personnes hétérosexuelles (5 % par rapport à 2 %). Cependant, cette association variait selon le genre. Chez les femmes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, près de 8 % de celles ayant une orientation sexuelle minoritaire avaient vécu une situation d’itinérance sans abri, comparativement à 2 % des femmes hétérosexuelles.

Parmi les personnes appartenant à des groupes désignés comme minorités visibles, les résultats étaient différents chez les hommes et les femmes. Spécifiquement, les hommes appartenant à une minorité visible (1 %) étaient moins susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri que les hommes n’appartenant pas à une minorité visible (3 %). En comparaison, aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les femmes, selon leur statut de minorité visible. Cependant, les femmes noires étaient particulièrement sujettes à avoir vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé (6 % par rapport à 2 % des femmes n’appartenant pas à une minorité visible).

Les hommes ayant immigré au Canada de 1980 à 2018 étaient moins portés à avoir vécu une situation d’itinérance sans abri comparativement aux hommes ayant immigré avant 1980 et aux hommes nés au Canada (1 % par rapport à 3 %). Il n’y avait pas de différence chez les femmes.

Comme d’autres études réalisées au Canada et à l’étranger l’ont indiquéNote , les anciens combattants ayant servi dans les Forces armées canadiennes qui sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage étaient plus susceptibles de déclarer avoir vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé que les personnes qui n’étaient pas des anciens combattants (4 % par rapport à 2 %).

Enfin, en tenant compte de la province ou du territoire de résidence, les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage qui habitent aujourd’hui au Nunavut (14 %) étaient les plus susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passéNote . Les résidents du Yukon (8 %) et des Territoires du Nord-Ouest (6 %) affichaient aussi des taux plus élevés d’itinérance. En revanche, les résidents du Québec (1 %) affichaient le taux le moins élevé d’itinérance. Les résultats étaient similaires entre les hommes et les femmes.

Parmi les Canadiennes et Canadiens qui sont actuellement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, plus de 1 personne sur 7 a vécu une situation d’itinérance cachée dans le passé

L’itinérance cachée ― qui renvoie au fait d’avoir à demeurer temporairement avec des membres de la famille ou des amis, ou ailleurs, parce que la personne n’a nulle part d’autre où aller ― était environ cinq fois plus courante que l’itinérance sans abri. Plus précisément, en 2018, environ 15 % des personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage ont déclaré avoir vécu une situation d’itinérance cachée dans le passéNote . La différence dans les proportions chez les hommes et les femmes n’était pas statistiquement significative (tableau 1).

La proportion des personnes ayant vécu une situation d’itinérance cachée dans le passé diminuait parmi les groupes plus âgés, et ce, même si le nombre d’années pendant lesquelles les personnes plus âgées auraient pu vivre une telle situation est plus élevé. Cela peut laisser entendre qu’il existe des différences générationnelles. Par exemple, la probabilité que les personnes de 60 à 69 ans aient vécu une situation d’itinérance à un moment de leur vie était inférieure d’un peu plus de moitié à la probabilité que les personnes de 30 à 39 ans en aient vécu une (12 % par rapport à 20 %). Le fait que l’itinérance est également associée à de moins bons résultats en matière de santé, et donc à une espérance de vie plus courte, pourrait aussi être un facteur en ce qui concerne la plus faible proportion d’anciens itinérants chez les cohortes plus âgées.

De façon générale, les proportions pour l’itinérance cachée étaient supérieures à celles de l’itinérance sans abri parmi tous les groupes démographiques. Aussi, de nombreux groupes désagrégés qui affichaient des proportions supérieures d’itinérance sans abri affichaient également des proportions supérieures d’itinérance cachée. Par exemple, les personnes de minorité sexuelle (30 %) étaient beaucoup plus susceptibles que les personnes hétérosexuelles (14 %) d’avoir vécu une situation d’itinérance cachée (voir le tableau 1 pour obtenir des résultats détaillés).

Le cinquième des personnes ayant déjà vécu en situation d’itinérance ont déclaré que l’épisode le plus long avait duré un an ou plus

Les itinérants ont tendance à ne pas avoir facilement accès aux produits nécessaires pour combler les besoins fondamentaux que bon nombre tiennent pour acquis, dont la sécurité, la nourriture, le logement et l’hygiène. La durée de l’itinérance d’une personne a été associée à une réduction de l’espérance de vie et à une hausse de la morbidité, cela même s’il n’est pas totalement clair si c’est la diminution de la santé physique ou mentale qui mène à l’itinérance ou le contraire. Malgré tout, il est préférable d’avoir été itinérant moins longtempsNote . Puisque les conséquences à long terme de l’itinérance sans abri peuvent être plus graves que celles de l’itinérance cachée, cette section porte sur la première situation.

Parmi les personnes ayant déclaré avoir vécu une situation d’itinérance sans abri et qui sont actuellement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, plus du quart (27 %) ont déclaré que l’épisode avait duré moins d’un mois, 53 % ont déclaré qu’il avait duré entre un mois et moins d’un an, et 20 % ont indiqué qu’il avait duré un an ou plus (graphique 1). Les femmes (79 %) étaient plus susceptibles que les hommes (69 %) d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri pendant un mois ou plus.

graphique 1

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1 Moins d'un mois, Un mois à moins d'un an et Un an ou plus, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Moins d'un mois Un mois à moins d'un an Un an ou plus
pourcentage
Tous 26,5 53,3 20,3
Hommes 30,9 49,3 19,8
Femmes 21,5Note * 57,6Note * 20,9

Les femmes étaient également plus susceptibles de faire état du fait d’avoir vécu récemment une situation d’itinérance sans abri. Par exemple, environ 37 % des femmes avaient vécu une situation d’itinérance sans abri de 2010 à 2018, et 29 % ont déclaré qu’une telle situation s’était produite la dernière fois de 2000 à 2009 (graphique 2). Les proportions comparables chez les hommes étaient de 21 % et de 26 %, respectivement. Ces résultats vont de pair avec la conclusion d’ordre général, à savoir que l’itinérance, qui était dans le passé un problème touchant principalement les hommes, devient une réalité pour un nombre croissant de femmes.

graphique 2

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
s Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2 Hommes et Femmes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Hommes Femmes
pourcentage
Avant 1980 17,7 10,6Note *
De 1980 à 1989 16,4 9,7Note *
De 1990 à 1999 17,9 12,3
De 2000 à 2009 26,8 29,6
De 2010 à 2019 21,3 37,7Note *

Enfin, on constate des différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne l’âge auquel ils ont vécu leur plus récent épisode d’itinérance sans abri. Chez les personnes de 50 ans et plus responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage et ayant vécu en situation d’itinérance au moins une fois, les femmes ont vécu leur plus récente situation d’itinérance sans abri à un âge médian plus avancé que les hommes, soit à 38 ans par rapport à 29 ans.

Cela semble indiquer que les événements démographiques qui mènent à l’itinérance chez les femmes se produisent à un âge plus avancé que chez les hommes (à tout le moins chez les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage). Cela dit, parmi les personnes de moins de 50 ans, l’écart dans l’âge médian au moment du dernier épisode d’itinérance sans abri était moindre : 22 ans chez les hommes par rapport à 24 ans chez les femmes.

Les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée dans le passé éprouvaient actuellement de nombreuses difficultés financières

Les expériences passées d’itinérance peuvent avoir des conséquences durables chez les individus et les familles. Puisque de nombreux autres facteurs liés au contexte et aux antécédents entrent en ligne de compte, il est impossible d’établir un lien causal direct entre les expériences d’itinérance passées et la situation actuelle des personnes. Cependant, il est possible d’évaluer le niveau général de bien-être des personnes ayant vécu en situation d’itinérance, y compris la santé, la situation du logement et le bien-être financier.

Pour y parvenir, quatre profils différents ont été créés pour décrire les expériences passées d’itinérance: les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée (2 %); les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri seulement (1 %); les personnes ayant vécu une situation d’itinérance cachée seulement (13 %); les personnes n’ayant pas vécu de situation d’itinérance (85 %)Note .

Comme il a été mentionné à la première section, les personnes ayant vécu une situation d’itinérance dans le passé présentent des caractéristiques personnelles différentes de celles des personnes qui n’ont pas vécu une telle situation. Par exemple, elles ont tendance à avoir des niveaux de scolarité moins élevés, elles sont plus susceptibles d’être divorcées ou séparées, en plus d’être plus susceptibles d’être de minorité sexuelle.

Pour examiner la situation courante des personnes actuellement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, mais qui ont vécu une situation d’itinérance dans le passé, ces facteurs de différenciation, qui sont également liés à des résultats socioéconomiques, ont été pris en compte lors d’une analyse multivariée (voir le tableau 2).

En fonction de presque toutes les mesures du bien-être économique et financier actuel, les personnes ayant vécu en situation d’itinérance, tout particulièrement l’itinérance sans abri, affichaient des résultats beaucoup moins bons que les personnes n’ayant pas vécu de situation d’itinérance.

L’emploi comme principale activité au cours de l’année est un bon exemple de ce constat général. Parmi les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, celles ayant vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé (une situation d’itinérance sans abri seulement, ou en combinaison avec une situation d’itinérance cachée) étaient beaucoup moins portées à avoir un emploi comme principale activité au cours des 12 mois précédents. Plus précisément, la probabilité d’avoir un emploi était de 16 à 20 points de pourcentage inférieure chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri par rapport aux personnes n’ayant pas vécu de situation d’itinérance.


Tableau 2
Probabilités prédites des modèles logistiques évaluant la situation d’activité, la propriété du logement, l’état du logement, les indicateurs de difficultés économiques, la santé et la satisfaction à l’égard de la vie autodéclarées, selon le type d’expérience passée en matière d’itinérance, 2018
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Probabilités prédites des modèles logistiques évaluant la situation d’activité A vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée, A vécu une situation d’itinérance sans abri seulement, A vécu une situation d’itinérance cachée seulement , N’a pas vécu de situation d’itinérance (réf.) et probabilités prédites(figurant comme en-tête de colonne).
A vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée A vécu une situation d’itinérance sans abri seulement A vécu une situation d’itinérance cachée seulement N’a pas vécu de situation d’itinérance (réf.)
probabilités prédites
Principale activité au cours des 12 mois précédents
Principale activité au cours des 12 mois précédents, avoir un emploi 0,43Note * 0,39Note * 0,55Note * 0,59
Situation du logement
Propriétaire du logement 0,43Note * 0,45Note * 0,59Note * 0,71
Besoins impérieux en matière de logement 0,25Note * 0,23Note * 0,16Note * 0,10
Difficultés financières (au cours des 12 derniers mois)
A demandé de l’aide financière auprès de la famille et d’amis 0,33Note * 0,24Note * 0,25Note * 0,12
A contracté des dettes ou vendu des actifs 0,32Note * 0,17Note * 0,23Note * 0,12
A fait appel à un organisme de bienfaisance 0,26Note * 0,14Note * 0,09Note * 0,03
A éprouvé des difficultés financières en raison d’une hausse du loyer 0,23Note * 0,18Note * 0,19Note * 0,11
A eu de la difficulté à répondre à ses besoins financiers 0,46Note * 0,37Note * 0,33Note * 0,20
Santé et satisfaction à l’égard de la vie
Santé générale passable ou mauvaise 0,33Note * 0,26Note * 0,23Note * 0,13
Santé mentale passable ou mauvaise 0,28Note * 0,19Note * 0,17Note * 0,09
Cote de satisfaction à l’égard de la vie de 6 ou moins 0,44Note * 0,30Note * 0,33Note * 0,21

Cet écart considérable en matière d’emploi entre les personnes ayant vécu en situation d’itinérance et celles qui n’ont pas vécu une telle situation était observé parmi presque toutes les mesures de la sécurité ou de l’insécurité financière. En général, les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée ont fait état de la situation la moins bonne. Par exemple, lorsque d’autres caractéristiques sociodémographiques étaient prises en compte, la probabilité qu’une personne ait demandé de l’aide financière à la famille et à des amis au cours de l’année précédente était près de trois fois supérieure chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée par rapport aux personnes n’ayant pas vécu une telle situation (33 % et 12 %, respectivement).

L’écart le plus évident et marqué était lié au recours à un organisme de bienfaisance au cours de l’année précédente, parce qu’un membre du ménage manquait d’argent. Tandis que la probabilité de faire appel à un organisme de bienfaisance était de 3 % chez les personnes n’ayant pas vécu de situation d’itinérance, elle passait à 9 % chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance cachée seulement, à 14 % chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri seulement, et à 26 % chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée.

Les Canadiennes et Canadiens qui sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, mais qui ont vécu une situation d’itinérance dans le passé, étaient également plus susceptibles, au cours des 12 mois précédents, d’avoir contracté des dettes ou vendu des biens, d’avoir éprouvé des difficultés financières en raison d’une hausse du loyer et, de manière générale, d’avoir eu des difficultés à répondre à leurs besoins financiers (tableau 2).

Envisagés ensemble, ces résultats montrent que de nombreuses personnes ayant vécu une situation d’itinérance à un moment de leur vie peuvent avoir besoin de soutien financier à plus long terme, lorsqu’elles obtiennent une adresse permanente et deviennent responsables de leur logement. Cela est particulièrement remarquable, parce que les difficultés financières importantes constituent un facteur de risque connu pour l’itinérance, et parce que les personnes ayant déjà vécu en situation d’itinérance peuvent être exposées à un plus grand risque de connaître de nouveaux épisodes d’itinérance.

Les Canadiennes et Canadiens ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée dans le passé étaient moins susceptibles d’être propriétaires d’une résidence en 2018

Parmi les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, celles ayant vécu en situation d’itinérance sont plus susceptibles d’éprouver des difficultés financières actuelles. Étant donné cette réalité, il est probable que les indicateurs de la sécurité financière à plus long terme montrent des tendances similaires.

L’achat d’une propriété, qui fait partie des investissements les plus importants que font les Canadiennes et Canadiens, affichait une telle tendance. En 2018, la probabilité d’être propriétaire de son logement, lorsque d’autres facteurs étaient pris en compte, était de 71 % chez les personnes qui n’avaient jamais vécu de situation d’itinérance au cours de leur vie. Le fait d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri (seulement ou en combinaison avec une situation d’itinérance cachée) était lié à une probabilité significativement plus faible d’être propriétaire d’un logement (de 43 % à 45 %). Les personnes n’ayant vécu qu’une situation d’itinérance cachée dans le passé se trouvaient dans une situation intermédiaire (59 %).

On dit d’un ménage qu’il éprouve des besoins impérieux en matière de logement si son habitation est non conforme à au moins l’une des normes d’acceptabilité des logements (qualité, taille et abordabilité) et si son revenu avant impôts est égal ou inférieur au seuil de revenu déterminé selon la collectivité et le nombre de chambres à coucher.

Les personnes ayant vécu en situation d’itinérance, même si elles étaient moins souvent propriétaires d’un logement, étaient plus susceptibles d’éprouver des besoins impérieux en matière de logement. Plus particulièrement, chez les personnes qui n’ont pas déclaré d’antécédents en matière d’itinérance, la probabilité d’éprouver des besoins impérieux en matière de logement était de 10 % lorsque d’autres caractéristiques étaient prises en compte. En revanche, les besoins impérieux en matière de logement étaient plus de deux fois plus élevés chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée (25 %). Encore une fois, les personnes n’ayant vécu qu’une situation d’itinérance cachée se trouvaient dans une situation intermédiaire.

En 2018, les Canadiennes et Canadiens ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée étaient plus susceptibles de faire état d’une santé générale ou d’une santé mentale « passable » ou « mauvaise »

La mauvaise santé est liée à un risque d’itinérance accru, par exemple, lorsqu’elle mène à la perte d’un emploi ou à l’incapacité de travailler. Cependant, l’itinérance peut également contribuer à une mauvaise santé. Les personnes ayant vécu une forme d’itinérance dans le passé étaient plus susceptibles d’avoir indiqué que leur santé générale ou mentale était passable ou mauvaise par rapport aux personnes n’ayant pas vécu une telle situation.

Par exemple, lorsque d’autres caractéristiques individuelles étaient prises en compte, les probabilités prédites pour une santé passable ou mauvaise chez les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée atteignaient 33 % par rapport à 13 % chez les personnes n’ayant pas vécu une telle situation. L’écart était encore plus prononcé en ce qui concerne la santé mentale. Les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée étaient trois fois plus susceptibles de faire état d’une santé mentale passable ou mauvaise (28 % par rapport à 9 %).

Parmi les personnes ayant vécu en situation d’itinérance, les femmes étaient plus susceptibles que les hommes de faire état de difficultés financières

Comme le montre le tableau 1, chez les personnes qui sont actuellement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, les femmes sont tout aussi susceptibles que les hommes d’avoir vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée dans le passé. Tandis que les causes de ces épisodes d’itinérance peuvent différer chez les hommes et les femmes, de nombreuses conséquences sont semblables.

Afin d’examiner les profils socioéconomiques, financiers et en matière de santé chez les hommes et les femmes ayant vécu des expériences différentes de l’itinérance, des analyses supplémentaires ont été réalisées selon le genre. Ces analyses ont permis d’obtenir, en grande partie, les mêmes conclusions qualitatives.

Par exemple, les femmes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir un emploi et d’être propriétaires de leur logement par rapport aux femmes n’ayant pas vécu une telle situation. Les mêmes conclusions s’appliquaient aux hommes. En outre, les tendances générales étaient, en grande partie, les mêmes lorsqu’on examinait séparément les difficultés économiques et la santé des femmes et des hommes. L’itinérance, et particulièrement l’itinérance sans abri, a été associée à plus de difficultés financières et à une moins bonne santé chez les hommes et les femmes.

Tandis que ces tendances générales étaient semblables parmi les hommes et les femmes, les hommes et les femmes ayant des expériences passées d’itinérance similaires n’ont pas nécessairement eu les mêmes résultats. En effet, les femmes ayant vécu en situation d’itinérance affichent des résultats socioéconomiques et en santé moins bons que les hommes ayant vécu une expérience semblable (tableau 3).

En ce qui concerne l’activité principale des gens au cours des 12 mois précédents, les femmes étaient beaucoup moins susceptibles d’avoir un emploi que les hommes. Cependant, cet écart n’était pas principalement lié à leur expérience passée d’itinérance. Qu’elles aient vécu des épisodes d’itinérance dans le passé ou non, les femmes étaient moins susceptibles que les hommes d’avoir un emploi (et l’amplitude était similaire dans chaque cas).

Le scénario était cependant différent en ce qui concerne les difficultés économiques et financières. Chez les personnes responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, les hommes et les femmes n’ayant jamais vécu en situation d’itinérance étaient tout aussi susceptibles de faire état de difficultés financières récentes. En revanche, chez les femmes et les hommes ayant vécu une situation d’itinérance dans le passé (tout particulièrement les situations d’itinérance sans abri et cachée), les femmes étaient aux prises avec des difficultés beaucoup plus considérables que les hommes.

Par exemple, au sein de cette population, les femmes étaient 14 points de pourcentage plus susceptibles que les hommes d’avoir demandé une aide financière à leur famille et à leurs amis. Par rapport aux hommes dans la même situation, les femmes ayant vécu une expérience d’itinérance sans abri et cachée dans le passé étaient également plus susceptibles d’avoir fait appel aux services d’un organisme de bienfaisance et d’avoir contracté des dettes dans le passé.

Enfin, les résultats pour la santé générale étaient similaires : par rapport aux hommes ayant vécu une expérience d’itinérance sans abri et cachée dans le passé, les femmes étaient plus susceptibles de faire état d’une santé générale passable ou mauvaise.

En résumé, les résultats illustrent qu’il existe une corrélation négative entre les situations passées d’itinérance et la situation financière et l’état de santé actuels de la personne. Ils montrent également que les femmes, plus que les hommes, peuvent subir des conséquences à plus long terme de ces situations d’itinérance passées.


Tableau 3
Différence entre les femmes et les hommes, probabilités prédites, en fonction des modèles logistiques évaluant la situation d’activité, la propriété du logement, l’état du logement, les indicateurs de difficultés économiques, la santé et la satisfaction à l’égard de la vie autodéclarées, selon le type d’expérience passée en matière d’itinérance, 2018
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Différence entre les femmes et les hommes A vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée, A vécu une situation d’itinérance sans abri seulement, A vécu une situation d’itinérance cachée seulement et N’a pas vécu de situation d’itinérance, calculées selon Différence entre les femmes et les hommes unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
A vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée A vécu une situation d’itinérance sans abri seulement A vécu une situation d’itinérance cachée seulement N’a pas vécu de situation d’itinérance
différence entre les femmes et les hommes
Principale activité au cours des 12 mois précédents
Principale activité au cours des 12 mois précédents, personne occupée -0,13Note * -0,10 -0,15Note * -0,11Note *
Situation du logement
Propriétaire du logement -0,01 -0,14 -0,01 0,00
Besoins impérieux en matière de logement 0,07 0,11 0,03 0,02Note *
Difficultés financières (au cours des 12 derniers mois)
A demandé de l’aide financière auprès de la famille et d’amis 0,14Note * 0,08 0,07Note * 0,02Note *
A contracté des dettes ou vendu des actifs 0,11Note * 0,11 0,04Note * 0,01Note *
A fait appel à un organisme de bienfaisance 0,12Note * 0,11Note * 0,05Note * 0,01Note *
A éprouvé des difficultés financières en raison d’une hausse du loyer 0,06 0,04 0,01 0,01
A eu de la difficulté à répondre à ses besoins financiers 0,23Note * -0,03 0,03 0,02Note *
Santé et satisfaction à l’égard de la vie
Santé générale passable ou mauvaise 0,12Note * -0,05 -0,01 0,01
Santé mentale passable ou mauvaise 0,10 -0,05 0,02 0,02Note *
Cote de satisfaction à l’égard de la vie de 6 ou moins 0,03 0,17Note * -0,01 -0,01

Conclusion

Depuis les années 1980, l’itinérance est considérée comme une préoccupation sociale au Canada. Au cours de cette période, elle est devenue un phénomène touchant un segment diversifié de la population, plutôt qu’un phénomène touchant principalement les hommes célibataires. Dans la présente étude, on a utilisé des données de l’Enquête canadienne sur le logement de 2018 pour étudier les caractéristiques individuelles liées à des situations d’itinérance passées, ainsi que les liens entre l’itinérance passée et la situation du logement, la situation économique et l’état de santé actuels.

Chez les Canadiennes et Canadiens qui sont actuellement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage, environ 3 % ont déclaré avoir vécu une situation d’itinérance sans abri à un moment de leur vie. Cette proportion était plus élevée chez les Autochtones, notamment les Premières Nations vivant hors réserve et les Inuits. Parmi les autres groupes de population plus susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance dans le passé figurent les femmes de minorité sexuelle (personnes gaies, lesbiennes et bisexuelles, ainsi que celles d’autres minorités sexuelles).

L’itinérance cachée ― soit le fait pour une personne d’avoir eu à vivre temporairement avec la famille ou des amis, ou ailleurs, parce qu’elle n’avait nulle part d’autre où aller ― était plus fréquente. Environ 15 % de ceux qui sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage ont déclaré avoir vécu une situation d’itinérance cachée à un moment de leur vie. Encore une fois, cette proportion était beaucoup plus élevée chez les groupes autochtones, particulièrement les femmes autochtones. Les membres des groupes de minorité sexuelle étaient plus susceptibles d’avoir vécu une situation d’itinérance cachée par rapport à leurs homologues hétérosexuels. Cette situation était particulièrement vraie chez les femmes des minorités sexuelles.

Les personnes qui sont aujourd’hui responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage et qui ont vécu une situation d’itinérance dans le passé, tout particulièrement l’itinérance sans abri, ont indiqué être aux prises avec de nombreuses difficultés financières. Par exemple, elles étaient plus susceptibles d’avoir demandé de l’aide financière à des amis ou à des personnes apparentées pour payer leurs dépenses quotidiennes au cours des 12 mois précédents; elles étaient plus susceptibles de vivre au sein d’un ménage dont au moins l’un des membres a contracté des dettes ou a vendu des actifs pour payer les dépenses quotidiennes; et elles étaient plus susceptibles d’avoir fait appel aux services d’un organisme de bienfaisance au cours des 12 mois précédents parce qu’elles manquaient d’argent. Elles étaient moins susceptibles d’être actuellement propriétaires de leur logement, et plus susceptibles d’éprouver des besoins impérieux en matière de logement. Enfin, elles ont fait état d’une santé physique et mentale moins bonne, ainsi que d’un niveau inférieur de satisfaction à l’égard de la vie.

La plupart de ces résultats s’appliquaient particulièrement aux ménages au sein desquels une femme était responsable des décisions relatives au logement.

Enfin, les personnes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri ou cachée dans le passé étaient plus portées à faire état d’une santé générale ou d’une santé mentale passable ou mauvaise. Les femmes et les hommes ayant vécu une situation d’itinérance sans abri et cachée étaient plus susceptibles de faire état d’une santé mentale passable ou mauvaise.

La présente étude permet de comprendre l’itinérance de nombreuses façons. Tout d’abord, elle quantifie l’enjeu social en fournissant des estimations nationales, alors que d’autres études mettent plutôt l’accent sur des régions géographiques plus petites. Ensuite, elle permet de faire des comparaisons entre la définition plus classique de l’itinérance, qui prend la forme de l’itinérance sans abri dans le présent article, et la version la plus courante, soit l’itinérance cachée. Les études antérieures à l’échelle nationale ont porté principalement sur l’itinérance cachée. Enfin, elle montre que les femmes n’affichent pas seulement un risque similaire d’itinérance par rapport aux hommes, mais que, parmi les personnes ayant vécu en situation d’itinérance, elles affichent un profil financier et en santé moins bon que celui des hommes.

Cette étude montre que l’itinérance ne touche pas l’ensemble des Canadiennes et Canadiens de la même façon. En effet, certaines personnes sont plus touchées par l’itinérance que d’autres. En outre, les personnes ayant vécu une situation d’itinérance dans le passé ont des besoins accrus par rapport à celles qui n’ont pas vécu une telle situation. Autrement dit, le fait de sortir d’une situation d’itinérance et de vivre dans un logement ne signifie pas qu’il n’y aura pas d’effets persistants. Davantage d'efforts sont nécessaires pour assurer la stabilité socioéconomique générale des personnes ayant vécu une situation d’itinérance dans le passé.

Il convient de noter que l’étude comporte un certain nombre de limites. Tout d’abord, il n’était pas possible de déterminer des facteurs individuels et structurels pendant la période d’itinérance, en raison de l’absence de ces renseignements dans l’ensemble de données. Ensuite, la population cible de l’enquête était constituée de personnes qui vivent dans un logement privé et qui sont responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage; par conséquent, l’étude ne rend pas compte des expériences en matière d’itinérance des membres du ménage qui ne sont pas responsables des décisions relatives au logement, comme celles des enfants adolescents ou adultes qui vivent avec leurs parents. Enfin, la population cible exclut la population vivant dans des établissements institutionnels ou qui vivaient en situation d’itinérance au moment de l’enquête. Les travaux futurs pourraient corriger ces limites, en posant des questions sur l’expérience en matière d’itinérance d’un échantillon représentatif de l’ensemble des Canadiennes et des Canadiens, au lieu de s’adresser uniquement aux personnes principalement responsables des décisions relatives au logement pour leur ménage.


Sharanjit Uppal est chercheur principal au Centre de renseignements et d’innovation en données sociales de Statistique Canada.


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Sources de données, définitions et méthodes

L’Enquête canadienne sur le logement (ECL) de 2018 était une enquête à participation volontaire dont les données ont été recueillies sur une période de cinq mois (novembre 2018 à mars 2019). La population cible était constituée de ménages privés dans les 10 provinces, du Yukon et du NunavutNote . Les données pour les Territoires du Nord-Ouest ont été tirées de l’Enquête communautaire des Territoires du Nord-Ouest de 2019, laquelle a permis de recueillir des renseignements sur le logement comparables à ceux recueillis dans le cadre de l’ECLNote .

L’unité d’échantillonnage pour l’ECL était le logement. Un questionnaire a été rempli par logement, par le répondant (personne de référence) de 15 ans et plus qui était responsable des décisions relatives au logement pour le ménageNote .

Les questions sur l’itinérance ne concernaient que la personne de référence. Puisque les renseignements sur l’itinérance ne sont accessibles que pour la personne de référence, cette étude porte sur les ménages au sein desquels la personne de référence a vécu (ou non) en situation d’itinérance, plutôt que l’expérience d’une personne. De plus, lorsqu’on réfère à des caractéristiques personnelles, elles portent sur la personne de référence. L’enquête comportait six questions à propos des expériences d’itinérance vécues :

  1. Avez-vous déjà été une personne sans-abri, c’est-à-dire que vous avez eu à habiter dans un refuge pour sans-abri, dans la rue, dans un parc, dans un abri de fortune ou dans un bâtiment abandonné?
  2. Quelle est la plus longue période pendant laquelle vous avez été sans-abri?
  3. À quelle année remonte votre dernière période sans-abri?
  4. Combien de temps avez-vous été sans-abri pendant cette période?
  5. Avez-vous déjà été obligé d’habiter temporairement chez des membres de la famille, des amis ou ailleurs parce que vous n’aviez pas d’autre endroit où habiter?
  6. Quelle est la plus longue période pendant laquelle vous avez eu à habiter chez des membres de la famille, des amis ou ailleurs parce que vous n’aviez pas d’autre endroit où habiter?

Aux fins de l’étude, on considère que les personnes ayant répondu « oui » à la première question ont vécu une situation d’itinérance sans abri dans le passé, alors que celles ayant répondu « oui » à la cinquième question ont vécu une situation d’itinérance cachée.

Puisque les personnes vivant dans un refuge ou dans la rue au moment de l’enquête étaient exclues, les personnes vivant « actuellement » une situation d’itinérance sans abri pendant cette période ne sont pas comprises dans l’étude. Certaines de ces personnes ont peut-être également vécu une situation d’itinérance dans le passé.

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Renseignements additionnels

Articles connexes

Sources de données

Références bibliographiques

  1. Documents consultés
  2. Comment citer le présent article

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