Les hauts et les bas du salaire minimum

par Diane Galarneau et Eric Fecteau

[Communiqué dans Le Quotidien] [Article intégral en PDF]

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Début de l'encadré

Aperçu de l’étude

Cet article fournit des informations sur l’évolution du salaire minimum au Canada depuis 1975, sur la rémunération horaire moyenne, ainsi que sur le ratio entre ces deux indicateurs. L’article jette également un éclairage sur la hausse de la proportion des employés rémunérés au salaire minimum survenue entre 1997 et 2013, ainsi que sur les caractéristiques des travailleurs les plus susceptibles d’être rémunérés à ce taux minimum.

  • En 2013, le salaire minimum oscillait autour de 10 $ dans toutes les provinces. En dollars constants, ce taux était semblable à celui observé à la fin des années 1970.
  • Le salaire minimum est souvent exprimé en proportion de la rémunération horaire moyenne, mais ce ratio peut varier en fonction de la source de données utilisée. En 2013, le taux global de salaire minimum était situé entre 42 % et 49 % de la rémunération horaire moyenne, selon la source utilisée.
  • Entre 1997 et 2013, la part des employés rémunérés au salaire minimum est passée de 5,0 % à 6,7 %. La plus grande partie de cette hausse est survenue entre 2003 et 2010.
  • Lorsque le salaire minimum est revu à la hausse, la proportion des employés rémunérés au salaire minimum peut s’accroître. Cela s’explique par le fait qu’une partie des employés qui avaient un salaire au-dessus de l’ancien taux deviennent rémunérés au nouveau taux, et s’ajoutent alors à ceux qui étaient déjà rémunérés au salaire minimum.
  • Le profil des travailleurs rémunérés au salaire minimum n’a pas changé entre 1997 et 2013, car les jeunes travailleurs,  les travailleurs moins scolarisés et les travailleurs du secteur des services demeuraient plus susceptibles d’êtres rémunérés au salaire minimum.

Fin de l'encadré

Introduction

Les études sur le salaire minimum suscitent beaucoup d’intérêt étant donné les liens souvent faits entre le salaire minimum, l’emploi et la pauvreté. Si les effets du salaire minimum sur la pauvreté et les inégalités ne font pas consensusNote 1, les liens avec l’emploi sont quant à eux bien documentés. Au Canada, les effets d’une hausse du salaire minimum sur l’emploi total seraient généralement faibles, ou inexistantsNote 2. En fait, une hausse du salaire minimum serait plutôt associée à une diminution de l’emploi chez les adolescentsNote 3, qui sont les plus susceptibles d’être rémunérés à ce taux horaire.

L’ampleur de l’effet sur l’emploi dépend d’un ensemble de facteursNote 4, dont le ratio entre le salaire minimum et la rémunération horaire moyenne (RHM). Plus ce ratio est élevé, c’est-à-dire, plus le salaire minimum se rapproche de la rémunération horaire moyenne (toutes choses étant égales par ailleurs), plus les lois du salaire minimum touchent un nombre élevé de travailleurs et plus les effets sur l’emploi sont importantsNote 5. Ces effets ne se manifestent pas nécessairement par des mises à pied, mais plutôt par une diminution des embauches, ce qui diminue les perspectives d’emploi chez les adolescentsNote 6.

En premier lieu, cet article examine l’évolution, depuis 1975, du salaire minimum réel, de la rémunération horaire moyenne et du ratio entre ces deux indicateurs, à partir des données de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) et de l’Enquête sur la population active (EPA).

En deuxième lieu, l’article tente d’expliquer la hausse légère de la proportion des employés rémunérés au salaire minimum, qui est passée de 5,0 % en 1997 à 6,7 % en 2013. L’article se penche également sur les caractéristiques des employés rémunérés au salaire minimum pour déterminer si la hausse récente à cet égard est expliquée par un changement du profil de ces travailleurs. Autrement dit, certains groupes d’employés sont-ils aujourd’hui plus susceptibles d’être rémunérés au salaire minimum qu’à la fin des années 1990?

Le salaire minimum réel est semblable au niveau observé à la fin des années 1970

Au Canada, les lois du salaire minimum sont de compétence provinciale, de sorte que les salaires peuvent varier d’une province à l’autre. Il est possible d’obtenir une valeur du salaire minimum pour le Canada, en calculant la moyenne des salaires minimums provinciaux, pondérés par les niveaux d’emploi de chacune des 10 provinces depuis 1975. Ces valeurs peuvent ensuite être ajustées pour tenir compte de l’inflation à l’aide des indices des prix à la consommation (IPC) propres à chacune des provinces pour obtenir un salaire minimum « canadien » réel (en dollars de 2013).

Depuis 1975, cette moyenne canadienne du salaire minimum réel a oscillé entre 7 $ et 11 $ et a atteint sa valeur la plus élevée durant les années 1975 et 1976 (graphique 1). Par la suite, le salaire minimum moyen a diminué jusqu’à moins de 8 $ au milieu des années 1980, et n’a pas beaucoup bougé jusqu’en 2005. Il a ensuite connu une nouvelle remontée jusqu’à environ 10 $ en 2010 et s’est maintenu autour de ce niveau jusqu’en 2013.

Graphique 1 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 1

Les niveaux de la rémunération horaire moyenne (RHM) dépendent quant à eux de la source utilisée. Dans cet article, deux sources de données sont utilisées : l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures (EERH), qui recueille des informations auprès des entreprises sur les salaires versés à leurs employés; et l’Enquête sur la population active (EPA), qui recueille des données auprès des ménages sur les gains « habituels » des travailleurs rémunérés (voir Sources de données, méthodes et définitions). Quatre versions de la RHM ont été calculées:

  1. La RHM des salariés rémunérés à l’heure du secteur de la fabrication de l’EERH, de 1975 à 2013;
  2. La RHM des salariés rémunérés à l’heure pour l’ensemble des secteurs industriels de l’EERH, de 1983 à 2013;
  3. La RHM des salariés rémunérés à l’heure pour l’ensemble des secteurs industriels de l’EPA, de 1997 à 2013Note 7;
  4. La RHM pour l’ensemble des employés rémunérés de l’EPA (quelle que soit la méthode de rémunération), de 1997 à 2013.

La série de l’EERH portant sur le secteur de la fabrication est la seule qui permet de remonter jusqu’en 1975. D’après cette série, la RHM des employés rémunérés à l’heure du secteur de la fabrication est demeurée relativement stable autour de 22 $ (en dollars constants de 2013) pendant la période. Cependant, la part de ce secteur dans l’emploi total a diminué au fil du temps, de 19 % en 1975 à 10 % en 2013. En outre, l’écart de la RHM entre le secteur de la fabrication et l’ensemble des secteurs a également diminuéNote 8. Les tendances affichées par la série du secteur de la fabrication sont donc devenues moins représentatives de celles de l’ensemble des employés au cours des dernières années.

La série portant sur les employés rémunérés à l’heure de l’ensemble des secteurs industriels de l’EERH, qui débute en 1983Note 9, est représentative d’une plus grande part des travailleurs rémunérés au Canada. D’après cette série, la RHM est demeurée stable autour de 20 $ jusqu’au milieu des années 2000, mais celle-ci a progressivement augmenté au cours des dernières années pour atteindre plus de 22 $ en 2013.

Cette tendance récente à la hausse est également confirmée par les deux séries de l’EPA dont les données remontent à 1997. Dans le cas de la première série de l’EPA portant sur les employés rémunérés à l’heure, la RHM est passée de  18 $ en 1997 à 20 $ en 2013. Du côté de la RHM de l’EPA portant sur tous les employés, la RHM est passée de 21 $ à 24 $ au cours de la période. Les niveaux plus élevés de la RHM dans cette dernière série s’expliquent par le fait qu’elle porte non seulement sur les employés rémunérés à l’heure, mais également sur les employés à salaires fixes dont la RHM est plus élevée.

Un ratio s’approchant des valeurs du milieu des années 1970

Un élément important permettant de déterminer l’effet des hausses du salaire minimum sur l’emploi est le ratio entre le salaire minimum et la rémunération horaire moyenne (RHM).  Puisque la RHM est demeurée relativement stable sur notre période d’observation, les fluctuations du ratio sont attribuables en grande partie aux variations en termes réels du salaire minimum.

Quatre ratios ont été calculés à partir des quatre versions de la RHM décrites ci-dessus. Bien que le ratio varie dans le temps et selon la série utilisée, il est possible de distinguer quatre grandes périodes : une période de déclin survenue entre 1975 et 1986, une période de hausse entre 1986 et 1997, un nouveau déclin jusqu’en 2005, et enfin, une nouvelle hausse entre 2005 et 2013 (graphique 2).

Graphique 2 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 2

Au cours de la première période de 1975 à 1986, la série fondée sur les données de l’EERH du secteur de la fabrication indique un déclin, le ratio étant passé d’un sommet de 47 % en 1976 à un creux de 35 % en 1986. Cette diminution a été le résultat d’une baisse plus rapide du salaire minimum (de 11 $ à moins de 8 $) que de la RHM (de 23 $ à 22 $).

Durant la deuxième période, soit de 1986 à 1997, le salaire minimum a augmenté d’environ 1 $ l’heure alors que la RHM est demeurée relativement stable (à près de 22 $ dans le secteur manufacturier et près de 20 $ pour l’ensemble des secteurs), ce qui a fait augmenter le ratio de 5 à 6 points de pourcentage, selon la série utilisée.

Au cours de la troisième période, de 1997 à 2005, le ratio a chuté de nouveau de 3 à 4 points de pourcentage, puisque le salaire minimum réel a diminué d’environ 40 cents, alors que la RHM a augmenté de 50 à 80 cents, selon la série.

Enfin, depuis 2005, la tendance générale du ratio est à la hausse, et ce, quelle que soit la série utilisée. La hausse s’est produite principalement de 2005 à 2010 alors que le ratio est demeuré stable par la suite (jusqu’en 2013). D’après la série de l’EERH portant sur l’ensemble des secteurs industriels, le ratio est passé de 41 % en 2005 à 46 % en 2013. Dans le cas de la série de l’EERH portant sur le secteur de la fabrication, le ratio a augmenté encore plus rapidement (de 37 % à 45 %). Quant au ratio calculé à partir de la RHM de l’EPA, la hausse a été de 39 % à 42 % dans le cas de l’ensemble des employés et de 45 % à 49 % pour les employés rémunérés à l’heure.

Remontée récente du ratio dans la plupart des provinces

En 1975, le salaire minimum réel (en dollars de 2013) atteignait près de 10 $ l’heure dans toutes les provinces. Même s’il a évolué différemment dans chacune d’elles durant la période d’observation, en 2013, il était de nouveau aux environs de 10 $ dans la plupart des provinces.

Tout comme c’était le cas à l’échelle canadienne, le ratio entre le salaire minimum et la RHM de chacune des provinces a connu diverses fluctuations au cours des dernières décennies. Cependant, depuis une dizaine d’années, le ratio s’est accru dans la plupart d’entre elles (graphiques 3.1 à 3.3). Cela reflète la croissance plus rapide du salaire minimum que de la RHM au cours des dernières annéesNote 10.

Graphique 3.1 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 3.1

 

Graphique 3.2 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 3.2

 

Graphique 3.3 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 3.3

Dans les provinces de l’Atlantique, la hausse s’est produite à partir de 2005, le ratio gagnant entre 9 et 11 points de pourcentage dans chacune de ces provinces. À Terre-Neuve-et-Labrador, le ratio est même passé de 35 % en 2005 à 50 % en 2010, avant de redescendre à 44 % en 2013. En Ontario, le ratio a gagné plus de 7 points de pourcentage à partir de 2003 (de 40 % à 47 %) alors qu’en Colombie-Britannique, il a fait un bond de 7 points de 2010 à 2013 (de 39 % à 46 %). Le ratio s’est également accru en Alberta (à partir de 2004) et au Manitoba (à partir de 2005) de 6 et 7 points de pourcentage respectivement.

Par contraste, la Saskatchewan et le Québec ont connu de moins grandes fluctuations au cours de la période. En Saskatchewan, le ratio s’est maintenu entre 40 % et  44 % pendant toute la période, alors que celui du Québec a oscillé entre 44 % et 48 % au cours des années 2000Note 11.

Hausse récente de la proportion des employés rémunérés au salaire minimum

Depuis que l’EPA collecte des informations sur la rémunération des employés rémunérés, il est possible de suivre l’évolution du nombre de ceux qui sont rémunérés au salaire minimum, et de l’exprimer en proportion du total des employés rémunérésNote 12. Depuis 1997, on a noté un accroissement modeste, de 5,0 % à 6,7 %, de la fréquence du travail au salaire minimum. Cette hausse a parfois été interprétée comme un accroissement de la proportion des emplois peu rémunérés.

Or, une hausse du salaire minimum peut contribuer à accroître de façon « automatique » la fréquence du travail au salaire minimum. En effet, lorsque le salaire minimum est révisé à la hausse, une partie des employés dont le salaire se situait auparavant au-dessus de l’ancien niveau du salaire minimum deviennent alors rémunérés au nouveau taux et s’ajoutent à ceux qui étaient déjà rémunérés au salaire minimum.

Cet effet était particulièrement marqué chez les jeunes employés de 15 à 19 ans entre 2003 et 2010, alors que les salaires minimums ont augmenté dans plusieurs provinces. Au cours de cette période, la fréquence du travail au salaire minimum des jeunes employés est passée de 30 % à 45 % (graphique 4). Cette hausse a coïncidé avec une diminution de la proportion des employés de ce groupe d’âge qui étaient rémunérés entre le salaire minimum et un taux supérieur de 10 % au salaire minimum; leur proportion est en effet passée de 31 % à 21 % (en faisant abstraction de la possibilité de pertes d’emploi).

Graphique 4 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 4

Ainsi, il existe une corrélation positive entre le ratio du salaire minimum à la RHM et la part des employés rémunérés au salaire minimum. Plus le ratio est élevé et que le salaire minimum se rapproche de la RHM, plus la part des employés rémunérés au salaire minimum augmente. Ces deux indicateurs ont d’ailleurs tendance à fluctuer de façon parallèle (graphique 5)Note 13.

Graphique 5 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 5

Le profil des employés rémunérés au salaire minimum n’a pas beaucoup changé

La hausse du salaire minimum a-t-elle été proportionnellement plus marquée parmi certains groupes de la population? Afin de répondre à cette question, il convient d’utiliser l’EPA qui comporte des données sur les salaires depuis 1997 en plus d’un large éventail de caractéristiques sociodémographiques.

En 2013 (tout comme en 1997), les jeunes, les femmes et les personnes ayant un faible niveau de scolarité constituaient les groupes les plus susceptibles d’être rémunérés au salaire minimum (tableau 1). Ainsi, en 2013, 50 % des employés âgés de 15 à 19 ans et 13 % de ceux âgés de 20 à 24 ans étaient rémunérés au salaire minimum. Chez les femmes, la fréquence atteignait 8 % (comparativement à 6 % chez les hommes); chez les plus faiblement scolarisés, soit ceux ayant moins d’un diplôme d’études secondaires, la proportion s’élevait à 20 %, comparativement à moins de 3 % chez les diplômés universitaires.

Tableau 1
Fréquence du travail au salaire minimum et répartition des employés rémunérés au salaire minimum, 1997 et 2013
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Fréquence du travail au salaire minimum et répartition des employés rémunérés au salaire minimum Fréquence du travail au salaire minimum, Répartition des employés rémunérés au salaire minimum, 2013 et 1997, calculées selon pourcentage et en milliers unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Fréquence du travail au salaire minimum Répartition des employés rémunérés au salaire minimum
2013 1997 2013 1997
pourcentage en milliers
Ensemble 6,7 5,0 1 007,1 568,5
Sexe pourcentage
Hommes 5,5 3,9 41,1 40,8
Femmes 8,0 6,2 58,9 59,2
Groupe d'âge  
15 à 19 ans 50,2 31,5 39,8 36,0
20 à 24 ans 13,4 9,7 21,0 20,9
25 à 34 ans 3,5 3,0 12,0 16,0
35 à 64 ans 2,8 2,3 24,8 25,8
65 ans et plus 7,0 8,3 2,5 1,3
Scolarité (15 ans et plus)  
Moins d'un diplôme d'études secondaires 20,4 11,3 29,3 40,1
Diplôme d'études secondaires et études postsecondaires partielles 10,2 5,9 41,8 36,3
Diplôme d'études postsecondaires 3,4 2,7 18,2 17,7
Grade universitaire 2,6 1,6 10,6 5,9
Régime de travail  
Temps plein 3,4 2,8 41,0 45,0
Temps partiel 21,8 14,9 59,0 55,0
Secteur industriel  
Biens 2,6 2,1 8,3 10,7
Services 7,8 6,0 91,7 89,3
Commerce de détail 17,4 10,2 32,9 25,3
Hébergement et restauration 26,9 21,0 27,8 28,7
Province  
Terre-Neuve-et-Labrador 5,9 9,2 1,2 2,7
Île-du-Prince-Édouard 9,3 4,7 0,6 0,4
Nouvelle-Écosse 5,9 7,9 2,3 4,5
Nouveau-Brunswick 7,9 6,8 2,4 3,2
Québec 6,2 3,6 21,5 17,2
Ontario 8,9 5,6 51,5 43,4
Manitoba 6,0 3,9 3,2 2,9
Saskatchewan 4,5 5,7 2,0 3,5
Alberta 1,8 3,0 3,3 6,1
Colombie-Britannique 6,4 6,1 12,0 16,1

Une faible scolarité est plus souvent associée au salaire minimum chez les femmes. En 2013, la fréquence du travail au salaire minimum pour les femmes de 25 à 64 ans détenant moins d’un diplôme d’études secondaires oscillait entre 11 % et 15 %, comparativement à 4 % et 5 % chez leurs homologues masculins (graphique 6).

Graphique 6 de l'article Les hauts et les bas du salaire minimum

Description du graphique 6

Certaines caractéristiques de l’emploi étaient également associées à une fréquence plus élevée. C’était le cas des employés à temps partiel, dont 22 % gagnaient le salaire minimum, ainsi que ceux des secteurs du commerce de détail (17 %) et de l’hébergement et de la restauration (27 %).

Les politiques du salaire minimum touchaient relativement peu d’employés en Alberta et en Saskatchewan. C’est en Alberta que la fréquence du travail au salaire minimum était la plus faible en 2013, soit d’à peine 2 %Note 14. La Saskatchewan suivait avec une fréquence de moins de 5 %. En revanche, l’Île-du-Prince-Édouard et l’Ontario affichaient les fréquences les plus élevées (près de 9 %).

Entre 1997 et 2013, la part des employés rémunérés au salaire minimum s’est accrue de manière généralisée (mis à part les 65 ans et plus, et dans certaines provinces telles que l’Alberta, la Saskatchewan, Terre-Neuve-et-Labrador, et la Nouvelle-Écosse), de sorte qu’il n’y a pas de sous-groupes plus susceptibles aujourd’hui qu’en 1997 d’être représentés parmi les employés rémunérés au salaire minimumNote 15.

Le profil des employés rémunérés au salaire minimum n’a donc pas beaucoup changé au cours de la période, puisque la grande majorité d’entre eux sont encore des jeunes, des employés à temps partiel, et des employés dans les industries de services. Ainsi, 61 % des employés au salaire minimum étaient âgés de 15 à 24 ans en 2013 (57 % en 1997). De plus, 59 % d’entre eux occupaient des emplois à temps partiel en 2013 (55 % en 1997). Enfin, en 2013, 61 % de tous les employés au salaire minimum se trouvaient dans le secteur du commerce au détail ou dans celui de l’hébergement et de la restauration (54 % en 1997).

Conclusion

Cet article a permis de mettre en perspective l’évolution, en dollars constants, du salaire minimum, de la rémunération horaire moyenne (RHM) et du ratio entre ces deux indicateurs, au Canada et dans les provinces depuis 1975. Bien que le salaire minimum réel ait fluctué au cours de la période, le salaire minimum de 2013 était presque identique aux valeurs observées au milieu des années 1970. Afin d'étudier le ratio entre le salaire minimum et la rémunération moyenne, plusieurs versions de la RHM ont été mises à contribution, chacune couvrant une période d’observation plus ou moins longue. Bien que les résultats du ratio varient en fonction de la source utilisée pour la RHM, les tendances permettent de dégager quatre périodes, soit une diminution du ratio, couvrant les années 1975 à 1986; suivie d’une remontée, entre 1986 et 1997; puis d’une nouvelle baisse, entre 1997 et 2005; et enfin d’une nouvelle hausse, entre 2005 et 2013. Puisque la RHM est demeurée relativement stable sur notre période d’observation, les fluctuations du ratio sont attribuables en grande partie aux variations en termes réels du salaire minimum.

Entre 1997 et 2013, la proportion des travailleurs rémunérés au salaire minimum est passée de 5,0 % à 6,7 %. Cette hausse a principalement eu lieu entre 2003 et 2010, alors que plusieurs provinces revoyaient à la hausse leur taux horaire minimum. Les hausses du salaire minimum coïncident souvent avec une augmentation de la fréquence du travail au salaire minimum. Cela était particulièrement le cas chez les travailleurs rémunérés de 15 à 19 ans : entre 2003 et 2010, ceux-ci ont vu leur fréquence du salaire minimum augmenter de 15 points de pourcentage, tandis que ceux rémunérés à un taux situé entre le salaire minimum et 10 % de plus que le salaire minimum ont vu leur part diminuer de 10 points de pourcentage au cours de la même période.

Bien que la fréquence du travail au salaire minimum ait augmenté entre 1997 et 2013 pour la plupart des groupes démographiques, les groupes les plus susceptibles d’être rémunérés à ce salaire sont demeurés les mêmes. En 2013, tout comme en 1997, les jeunes, les personnes moins scolarisées et les employés à temps partiel étaient les plus susceptibles d’être rémunérés au salaire minimum. Les secteurs du commerce de détail, de la restauration et de l’hébergement demeuraient toujours ceux où l’on observait la plus grande proportion de travailleurs rémunérés au salaire minimum.

Diane Galarneau est analyste principale à la Division de la statistique du travail de Statistique Canada et Eric Fecteau est un étudiant participant au programme d’enseignement coopératif de l’université d’Ottawa.

Notes


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