Logo StatCan et la COVID-19: Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur Les perceptions des Autochtones à l’égard de la sécurité pendant la pandémie de COVID-19

par Paula Arriagada, Tara Hahmann et Vivian O’Donnell

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En raison de la pandémie de COVID-19 et des perturbations sociales qui en découlent, de nombreuses personnes éprouvent des sentiments d’incertitude, de stress et de peur. Le sentiment de sécurité personnelle, que ce soit à la maison ou dans les espaces publics, constitue un aspect important de cette incertitude. Un manque de sécurité perçu peut avoir un effet négatif important sur les personnes et les collectivités (Perreault, 2017), en particulier parmi les populations les plus vulnérables.

Des études récentes fondées sur des données obtenues par approche participative ont mis en évidence certains des impacts négatifs de la pandémie de COVID-19 chez les participants autochtones, notamment des impacts plus grands sur la santé mentale et des répercussions économiques plus importantes par rapport aux participants non autochtones (Arriagada et coll., 2020a, 2020b). S’appuyant sur ces résultats, le présent article porte sur les perceptions à l’égard de la sécurité, tant à la maison qu’en public, chez les Autochtones.

L’analyse est fondée sur deux initiatives de collecte de données selon l’approche participative. Du 12 au 25 mai, environ 1 400 membres des Premières Nations, Métis et Inuits âgés de 15 ans et plus ont répondu à un questionnaire en ligne sur les « Répercussions de la COVID-19 sur les Canadiens : Perceptions à l’égard de la sécurité ». Du 24 avril au 11 mai 2020, 1 400 Autochtones ont répondu à un questionnaire en ligne sur les « Répercussions de la COVID-19 sur les Canadiens : Santé mentale ». Il convient de souligner que les données issues de l’approche participative ne reposent pas sur les principes de l’échantillonnage. Ainsi, les résultats obtenus ne peuvent être appliqués à l’ensemble de la population autochtone. Toutefois, ceux-ci jettent un éclairage précieux sur les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur le bien-être des participants autochtones, tel que mesuré par leurs perceptions à l’égard de la sécurité.

Ce sont les femmes participantes autochtones qui sont les plus inquiètes quant à l’impact du confinement sur les tensions familiales

Depuis le début de la pandémie de COVID-19, les Canadiens passent plus de temps à la maison. Les taux plus élevés de surpeuplement au sein de la population autochtone (Statistique Canada, 2020) et les répercussions plus grandes de la COVID-19 sur la santé mentale (Arriagada et coll., 2020a) combinés aux recommandations relatives au confinement peuvent accroître la vulnérabilité à la victimisation (Bradbury-Jones et Isham, 2020).

Les inquiétudes concernant l’impact du confinement sur les tensions familiales peuvent donner des indications sur les perceptions à l’égard de la sécurité à la maison. Parmi les participants autochtones, 41 % ont déclaré être « beaucoup » ou « énormément » préoccupés de l’impact du confinement sur les tensions familiales, par rapport à 28 % chez les participants non autochtones (graphique 1). Les femmes autochtones participantes (47 %) étaient plus susceptibles de déclarer une telle inquiétude que les hommes autochtones (33 %).

Graphique 1 Inquiétude concernant l'impact de la COVID-19 sur le stress familial dû au confinement, participants autochtones et non autochtones, du 24 avril au 12 mai 2020

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données pour le graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 1 Autochtones, Non autochtones, Tous, Femmes et Hommes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Autochtones Non autochtones
Tous Femmes Hommes Tous Femmes Hommes
pourcentage
Pas du tout inquiet 23 20 26 31 29 33
Assez inquiet 37 33 41 41 40 42
Très inquiet ou énormément inquiet 41 47 33 28 31 25

Les participants autochtones étaient plus susceptibles de se dire inquiets de l’impact de la COVID-19 sur la violence familiale dans leur logement

On a également posé des questions aux participants sur leur niveau d’inquiétude à l’égard de l’impact de la COVID-19 sur la violence familiale dans leur logement. Il s’agit d’un sujet qui suscite une préoccupation croissante en raison des mesures d’isolement volontaire qui augmentent le risque de conflit interpersonnel (Bradbury-Jones et Isham, 2020). Si la plupart des participants autochtones et non autochtones ont déclaré qu’ils n’étaient « pas du tout » inquiets, 11 % des participants autochtones ont fait part d’un certain degré d’inquiétude (quelque peu/beaucoup/énormément)Note  concernant l’impact de la pandémie sur la violence familiale dans leur logement, soit plus du double du pourcentage correspondant chez les participants non autochtones (5 %) (graphique 2). Le niveau d’inquiétude chez les participants concernant la violence familiale dans le logement était plus élevé chez les femmes autochtones (13 %) que chez les hommes autochtones (9 %).

Graphique 2 Pourcentage ayant déclaré un certain niveau d’inqiuétude concernant l'impact de la COVID-19 sur la violence familiale, participants autochtones et non autochtones, du 24 avril au 11 mai 2020

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données pour le graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 2 Autochtones, Non autochtones, Tous, Femmes et Hommes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Autochtones Non autochtones
Tous Femmes Hommes Tous Femmes Hommes
pourcentage
Pourcentage ayant déclaré un certain niveau d’inqiuétude concernant l'impact de la COVID-19 sur la violence familiale 11 13 9 5 5 4

Les participants autochtones signalent un sentiment de sécurité moindre dans leur voisinage par rapport aux participants non autochtones

On a demandé aux participants s’ils pensaient que la criminalité dans leur voisinage depuis le début de la pandémie de COVID-19 avait augmenté, diminué ou était restée la même. Bien que les perceptions à l’égard de la criminalité ne correspondent pas nécessairement aux tendances de la criminalité rapportée par la police, ces perceptions sont importantes, car la peur de la criminalité peut avoir un impact sur le sentiment de bien-être d’une personne et sur la cohésion de la collectivité (Perreault, 2017).

Parmi les participants autochtones, 17 % ont déclaré croire que le nombre d'actes criminels avait augmenté dans leur voisinage depuis le début de la pandémie, par rapport à 11 % chez les participants non autochtones (graphique 3). On a observé peu de différences entre les sexes parmi les participants autochtones et non autochtones.

Le sentiment de sécurité lorsque l’on se promène seul dans le voisinage après la tombée de la nuit constitue un autre aspect des perceptions à l’égard de la sécurité dans le voisinage, et les femmes autochtones participantes étaient les moins susceptibles de déclarer se sentir très en sécurité lorsqu’elles le faisaient. Parmi les participants autochtones, 24 % des femmes ont déclaré se sentir très en sécurité lorsqu’elles se promenaient seules dans leur voisinage après la tombée de la nuit, par rapport à 43 % des hommes. Chez les participants non autochtones, 30 % des femmes et 49 % des hommes ont déclaré se sentir très en sécurité. Cela correspond aux résultats précédents d’enquêtes représentatives; en général, les hommes se sentent plus en sécurité que les femmes lorsqu’ils se promènent seuls après la tombée de la nuit (Perreault, 2017).

Graphique 3 Pourcentage ayant déclaré avoir le sentiment que le taux de criminalité dans leur quartier a augmenté depuis le début de la pandémie, du 12 au 25 mai, 2020

Tableau de données du graphique 3 
Tableau de données pour le graphique 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données pour le graphique 3 Autochtones, Non autochtones, Tous, Femmes et Hommes, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Autochtones Non autochtones
Tous Femmes Hommes Tous Femmes Hommes
pourcentage
A le sentiment que le taux de criminalité dans son voisinage a augmenté depuis le début de la pandémie 17 16 18 11 11 11

Les participants autochtones sont deux fois plus susceptibles d’avoir le sentiment que les gens sont harcelés ou attaqués en raison de leur origine ethnique ou de la couleur de leur peau

Les perceptions à l’égard de la sécurité pendant la pandémie de COVID-19 pourraient également être influencées par les réactions discriminatoires ou racistes perçues ou vécues face à la peur à l’égard des groupes marginalisés (Devakumar et coll., 2020). Plus de 1 participant autochtone sur 5 (22 %) avait le sentiment que les gens sont harcelés ou attaqués « souvent » ou « parfois » en raison de leur race, de leur origine ethnique ou de la couleur de leur peau dans leur voisinage. À titre comparatif, 11 % des participants non autochtones étaient de cet avis. Les différences de perception entre les hommes et les femmes autochtones participants étaient petites.

Des experts ont montré comment l’isolement social et les mesures de confinement pouvaient entraîner une augmentation de la violence familiale, alors que les options de soutien étaient réduites et/ou que le mode de prestation de ce soutien avait changé (Usher et coll., 2020; Illesinghe, 2020). Ainsi, alors que les participants ont exprimé des inquiétudes concernant leur sécurité à la maison et en public, leur accès aux services de soutien pourrait être limité pendant la pandémie. Néanmoins, 22 % des participants autochtones et 9 % des participants non autochtones ont contacté des services d’aide (à l’exception de la police) pour des raisons liées à la criminalité, les services de counseling, de psychologie et de travail social étant ceux les plus souvent citésNote .

Le présent article est le cinquième d’une série de diffusions visant à fournir des renseignements sur les défis économiques, sociaux et en santé auxquels les Autochtones font face pendant la pandémie de COVID-19. Un premier article dans Le Quotidien examinait les vulnérabilités sanitaires et sociales des Autochtones vivant dans des collectivités rurales, isolées et nordiques, tandis qu’un second article portait sur les vulnérabilités aux impacts socio-économiques chez les Autochtones qui vivent en milieu urbain. Un troisième article portait sur la santé mentale des Autochtones pendant la pandémie, et un quatrième article sur l’emploi et les conséquences financières de la pandémie chez les Autochtones. Au cours des prochains mois, Statistique Canada continuera de fournir des renseignements sur les impacts de la pandémie chez les Autochtones.

Méthodologie

L’analyse est fondée sur deux initiatives de collecte de données selon l’approche participative : Répercussions de la COVID-19 sur les Canadiens –Santé mentale, recueillies entre le 24 avril et le 11 mai 2020, et Répercussions de la COVID-19 sur les Canadiens – Perceptions à l’égard de la sécurité, recueillies entre le 12 et le 25 mai 2020. Il s’agit de deux initiatives de collecte par approche participative distinctes avec des groupes de participants différents.

Contrairement aux autres enquêtes menées par Statistique Canada, les données qui sont recueillies selon l’approche participative ne le sont pas au moyen d’un plan de sondage probabiliste. Des ajustements ont été apportés à la méthodologie pour tenir compte des différences selon l’âge, le sexe et la province. Toutefois, ces ajustements s’appliquent à la population canadienne en général et ne tiennent pas compte des différences de structure par âge et de répartition géographique au sein de la population autochtone. En raison de ces limites, il n’a pas été possible de faire état, de manière distincte, des résultats pour les membres des Premières Nations, les Métis ou les Inuits ou pour différentes sous-populations de la population autochtone (comme les personnes qui vivent dans une réserve ou celles qui vivent dans l’Inuit Nunangat). Il convient donc d’interpréter les résultats avec prudence.

Références

Arriagada, P, Hahmann, T. et O’Donnell, V. 2020a. « Les Autochtones et la santé mentale durant la pandémie de COVID-19 », StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur. produit no 45-28-0001 au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, Statistique Canada.

Arriagada, P, Frank, K., Hahmann, T. et Hou F. 2020b. « Répercussions économiques de la COVID-19 chez les Autochtones », StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur. No 45-28-0001 au catalogue de Statistique Canada. Ottawa, Statistique Canada,

Bradbury-Jones, C. et Isham, L. 2020. « The pandemic paradox: the consequences of COVID-19 on domestic violence », Journal of clinical nursing, 29:13-14. DOI : 10.1111/jocn.15296.

Devakumar, D., Shannon, G., Bhopal, S. et Abubakar, I. 2020. « Racism and discrimination in COVID-19 responses », The Lancet, 395:10231, 1194.

Illesinghe, V. 2020. « The connection between social isolation, entrapment and domestic violence were apparent long before the pandemic », Options politiques, Dossiers, La pandémie de coronavirus : la réponse du Canada.

Perreault, S. 2017. « Les perceptions des Canadiens à l’égard de la sécurité personnelle et de la criminalité, 2014 », Statistique Canada. Produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada, Ottawa.

Statistique Canada, 2020. « Premières Nations, Métis, Inuits et la COVID-19 : Caractéristiques sociales et de la santé : Caractéristiques sociales et de la santé », Le Quotidien. Produit no 11-001-X au catalogue de Statistique Canada. Ottawa. Statistique Canada.

Usher, K., Bhullar, N., Durkin, J., Gyamfi, N. et Jackson, D. 2020. « Family violence and covid-19: Increased vulnerability and reduced option for support », International Journal of mental health nursing. DOI : 10.111/inm.12735.

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