Les enquêtes probabilistes sont-elles vouées à disparaître pour la production de statistiques officielles ?
Section 3. Approches fondées sur le plan de sondage
Les approches
fondées sur le plan de sondage permettent de construire des estimateurs de
convergents par rapport au plan de sondage
même quand la source non probabiliste produit des estimations comportant un
biais de sélection important. Dans ce contexte, l’utilisation d’un échantillon
non probabiliste a pour objectif une réduction de la variance des estimateurs
de
Les gains d’efficacité réalisés peuvent être
utilisés pour justifier une réduction de la taille de l’échantillon
probabiliste, réduisant ainsi les coûts de collecte et le fardeau sur les
répondants. Les méthodes que nous considérons aux sections 3.1 et 3.2
nécessitent de recueillir les valeurs de la variable d’intérêt
dans l’échantillon probabiliste tout comme les
méthodes d’estimation sur petits domaines décrites à la section 4.4. On
peut toutefois s’attendre à ce que les gains d’efficacité soient généralement
plus modestes que ceux obtenus au moyen des méthodes d’estimation sur petits
domaines. À la section 3.1, on considère le scénario
tandis qu’à la section 3.2, on considère
le scénario
3.1 Pondération par l’inverse de la probabilité
d’inclusion dans l’échantillon combiné
Le cas idéal survient quand
On
a alors un recensement et on peut calculer directement la valeur du paramètre
d’intérêt
sans se soucier du biais ou de la variance
puisque, dans cette section, on travaille sous l’hypothèse que
En
général, on se trouvera plutôt dans un contexte de sous-couverture au sens où
est de plus petite taille que la population
Dans une approche fondée sur le plan de
sondage, on peut remédier au biais potentiel de sous-couverture en
sélectionnant un échantillon probabiliste
à partir de
et en recueillant les valeurs de la variable
pour les unités échantillonnées. Idéalement,
l’échantillon probabiliste est tiré de
mais il est possible que les unités dans
ne puissent pas être couplées à celles de la
base de sondage
pour ainsi déterminer l’ensemble
En général, plus la taille de l’échantillon
non probabiliste sera grande, plus il sera possible de réduire la taille de
l’échantillon probabiliste sans compromettre la précision souhaitée des
estimations.
On aimerait pouvoir estimer
en
utilisant toutes les données recueillies dans l’échantillon combiné
On
peut définir l’indicateur d’inclusion dans
comme étant
Pour obtenir une estimation sans biais de
on
pondère chaque unité
par
où
Sous les hypothèses 1 et 2,
et
nous obtenons
L’estimateur
qui en résulte s’écrit :
Il est à noter que l’estimateur (3.1)
nécessite que l’indicateur
soit disponible pour toutes les unités de
l’échantillon
Pour les unités
on
dispose de deux valeurs :
et
En
principe, on devrait avoir
mais il est possible que cette relation ne soit
pas satisfaite exactement. Ces unités peuvent servir à valider l’hypothèse
Si
les différences sont trop importantes, il peut être préférable de ne pas
considérer cette approche et de s’en remettre aux méthodes de la section 3.2
qui utilisent les données de la source non probabiliste comme données
auxiliaires. Si on a plutôt confiance dans la qualité des données de la source
non probabiliste alors il peut être judicieux de ne pas collecter la variable
dans l’échantillon probabiliste pour les
unités également présentes dans l’échantillon non probabiliste afin de réduire
les coûts de collecte et le fardeau sur les répondants.
On peut voir le problème comme si on avait
deux bases de sondages :
et
Un
échantillon
est
tiré aléatoirement de
et
on recense toutes les unités de
On
peut ainsi calculer la probabilité de sélection dans l’échantillon
pour chaque unité
et
on retrouve l’estimateur (3.1) en pondérant chaque unité
par l’inverse de cette probabilité. Cette approche a été proposée par Bankier
(1986) pour traiter le problème des bases de sondage multiples. Dans le
contexte de l’intégration d’un échantillon probabiliste et non probabiliste,
l’estimateur (3.1) a été proposé par Kim et Tam (2020).
La dernière somme de (3.1) est un estimateur sans
biais de
Si
un vecteur de variables auxiliaires,
est
disponible pour
de
même que le total
alors on peut remplacer le poids
dans (3.1) par un poids calé
(ex.: Deville et Särndal, 1992; Haziza
et Beaumont, 2017). Les poids calés minimisent une fonction de distance entre
et
sous la contrainte de satisfaire l’équation de
calage
Idéalement, le calage est fait seulement sur
la portion non couverte par l’échantillon non probabiliste,
c’est-à-dire que le vecteur de calage utilisé
est
et
l’équation de calage devient :
Ce
n’est pas possible quand
n’est pas connu.
Remarque : Si l’hypothèse 2 n’est pas appropriée alors
Pour contourner ce problème, on
peut enlever de
toutes les unités dont les
données ont été recueillies après la sélection de l’échantillon
L’hypothèse 2 est alors
respectée mais on peut omettre ainsi beaucoup de données disponibles. Pour
profiter de l’ensemble complet
il faudra se résoudre à faire
quelques hypothèses et à s’éloigner partiellement de l’approche fondée sur le
plan de sondage. En supposant que
on peut montrer en utilisant le
théorème de Bayes que
pour les unités
L’estimation de
nécessite donc de postuler un
modèle pour
Sous certaines hypothèses,
l’estimation de
peut se faire en utilisant les
données de l’échantillon probabiliste et, par exemple, un modèle de régression
logistique. L’estimation de
peut se faire en utilisant les
méthodes décrites à la section 4.3 qui ne reposent pas sur la validité de
l’hypothèse 2 telle que la méthode de Chen, Li et Wu (2019). Ces méthodes
requièrent que les variables auxiliaires utilisées pour modéliser cette
probabilité soient disponibles pour toutes les unités de l’échantillon combiné
Contrairement à la
section 4.3, on peut ici profiter du fait que les valeurs
sont disponibles pour toutes les
unités des deux échantillons et on peut utiliser la variable d’intérêt comme
variable auxiliaire. On estime ensuite
en remplaçant
dans (3.1) par une estimation de
Des approches similaires ont été
proposées par Beaumont, Bocci et Hidiroglou (2014) pour tenir compte des
répondants tardifs à l’Enquête nationale sur les ménages de Statistique Canada,
c’est-à-dire les ménages qui ont répondu au questionnaire initial après que
l’échantillon probabiliste de suivi des non-répondants ait été tiré.
3.2 Calage de
l’échantillon probabiliste sur la source non probabiliste
Les données de sources non probabilistes
telles que, par exemple, les données fournies par des répondants d’un panel Web
peuvent être entachées d’erreurs de mesure suffisamment importantes pour mettre
en doute l’hypothèse que
De
telles données ne peuvent donc pas être utilisées pour remplacer directement
les valeurs de la variable
On
peut cependant les utiliser comme données auxiliaires pour enrichir l’enquête
probabiliste au moyen de la technique du calage. La source non probabiliste
contient les valeurs
pour
et possiblement les valeurs d’autres
variables. À partir de toutes ces variables, on peut former un vecteur de
variables auxiliaires
disponibles pour
qui pourrait contenir une ordonnée à
l’origine. On note son total par
On peut aussi disposer d’un autre vecteur de
variables auxiliaires,
de même que son total pour toute la population
Les poids calés
sont obtenus en minimisant une fonction de
distance entre
et
sous la contrainte de satisfaire l’équation de
calage
Il est à noter que ce calage ne peut être
effectué que si
est
disponible dans l’échantillon probabiliste pour toutes les unités
L’estimateur de
s’écrit encore comme
où
est
le poids calé satisfaisant l’équation de calage ci-dessus. Aucune hypothèse de
modèle n’est requise pour la validité de l’approche et les estimations
résultantes demeurent convergentes par rapport au plan peu importe la force de
la relation entre
et
les variables auxiliaires
et
Une
relation forte permettra de réduire la variance d’échantillonnage de
Kim
et Tam (2020) discutent de l’emploi d’un tel calage.
L’Enquête sur la population active (EPA)
du Canada fournit un exemple d’application potentielle de cette méthode de
calage. Le taux de chômage, défini comme étant le nombre de personnes sans
emploi divisé par le nombre de personnes dans la population active, est un
paramètre d’intérêt important que l’EPA permet d’estimer. Afin d’améliorer la
précision des estimations de l’EPA, une variable de calage indiquant si une
personne reçoit de l’assurance-emploi ou non pourrait être efficace puisqu’il
existe assurément un lien entre recevoir de l’assurance-emploi et être sans
emploi. Le total de cette variable de calage, le nombre de bénéficiaires
d’assurance-emploi, est nécessaire pour effectuer ce calage et disponible à
partir d’une source administrative. L’application de cette méthode
nécessiterait toutefois l’addition d’une question à l’EPA pour identifier les
répondants de l’EPA qui reçoivent de l’assurance-emploi. Cette information
pourrait également être obtenue au moyen d’un appariement entre l’EPA et la
source administrative. Il reste à déterminer si une telle variable de calage
pourrait mener à des gains significatifs à l’EPA.
ISSN : 1712-5685
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