Les enquêtes probabilistes sont-elles vouées à disparaître pour la production de statistiques officielles ?
Section 4. Approches fondées sur un modèle
Les approches
fondées sur un modèle permettent d’éliminer le biais de sélection de la source
non probabiliste et d’obtenir des inférences statistiques valides pourvu que
leurs hypothèses sous-jacentes tiennent la route. L’objectif des méthodes des
sections 4.1, 4.2 et 4.3 est de réduire le fardeau sur les répondants et
les coûts en éliminant la collecte de quelques variables d’intérêt dans un
échantillon probabiliste. Plus le nombre de variables d’intérêt pour lesquelles on ne recueille
pas les valeurs sera grand, plus la réduction des coûts de collecte et du
fardeau sur les répondants sera importante. Ces méthodes supposent cependant que les variables
d’intérêt sont mesurées sans erreur dans l’échantillon non probabiliste
À partir de
l’échantillon non probabiliste
on
peut obtenir l’estimateur naïf
du
total
où
est
le nombre d’unités dans
et
est
la taille de la population
Il
est bien connu que l’estimateur naïf peut être entaché d’un biais de sélection
important (voir, par exemple, Bethlehem, 2016). L’objectif des méthodes des
sections 4.1, 4.2 et 4.3 consiste à utiliser un vecteur de variables
auxiliaires,
pour réduire le biais dont souffre
l’estimateur naïf. On va noter par
la
matrice qui contient les valeurs du vecteur
On
suppose que
est
mesuré sans erreurs dans les deux échantillons
et
À la section 4.4, on discute brièvement d’estimation
sur petits domaines et du modèle de Fay et Herriot (1979). Les méthodes
d’estimations sur petits domaines sont habituellement utilisées pour améliorer
la précision d’estimations pour des sous-groupes (domaines) de la population
dont la taille de l’échantillon probabiliste est petite. Elles nécessitent de
recueillir la variable
dans l’échantillon probabiliste mais pas dans
l’échantillon non probabiliste. Elles ne requièrent donc pas la condition
Idéalement, l’échantillon non probabiliste
contient des variables corrélées à
4.1 Calage de l’échantillon non probabiliste
L’approche la
plus naturelle pour corriger le biais de sélection d’une source non
probabiliste consiste à modéliser la relation entre la variable d’intérêt
et
les variables auxiliaires
et
ensuite à prédire le total
en
prédisant la variable
pour chacune des unités hors de l’échantillon
non probabiliste. Cette approche par prédiction est décrite dans Royall (1970)
et généralisée dans Royall (1976); voir aussi Elliott et Valliant (2017). On
réfère le lecteur à Valliant, Dorfman et Royall (2000) pour plus de détails.
Avec cette approche, les inférences sont conditionnelles à
et
Par
conséquent,
est
considéré aléatoire de même que
(sauf si
. Si un échantillon probabiliste est
utilisé,
est
également considéré aléatoire. On fait habituellement l’hypothèse que le
mécanisme de sélection des unités de l’échantillon
n’est pas informatif :
Hypothèse 3 :
et
sont indépendants après avoir
conditionné sur
L’hypothèse 3
est clé pour éliminer le biais de sélection. Plus on a accès à des variables
auxiliaires fortement reliées à
et
plus l’hypothèse 3 devient plausible.
Autrement dit, plus
est
riche, plus l’indépendance conditionnelle entre
et
devient une hypothèse réaliste. On discute de
cette hypothèse, appelée hypothèse d’échangeabilité,
dans Mercer, Kreuter, Keeter et Stuart (2017). Schonlau et Couper (2017)
discutent également du choix des variables auxiliaires et soulignent leur
importance pour la réduction du biais de sélection.
Souvent, on
considère un modèle linéaire pour lequel on suppose que les observations
sont mutuellement indépendantes avec
et
où
est
un vecteur de paramètres inconnus du modèle et
est
une fonction connue des variables du vecteur
Le
meilleur prédicteur linéaire sans biais de
(voir, par exemple, Valliant, Dorfman et
Royall, 2000) est donné par
où
Le prédicteur
peut aussi être ré-écrit sous la forme
pondérée
où
On peut
facilement montrer que
est
un poids calé qui satisfait l’équation de calage
Par
conséquent, l’approche par prédiction est équivalente à faire un calage quand
un modèle linéaire est utilisé pour décrire la relation entre
et
L’équation de calage permet de satisfaire ce
que Mercer et coll. (2017) appellent l’hypothèse de composition. Cette approche nécessite de connaître le vecteur des
totaux de contrôle
S’il n’est pas connu, une alternative consiste
à le remplacer dans (4.1) ou (4.2) par une estimation,
provenant d’une enquête probabiliste (Elliott
et Valliant, 2017). Si les hypothèses 1 à 3 sont satisfaites, on peut
montrer que le prédicteur
est
sans biais, c’est-à-dire que
que
ou
soit utilisé pourvu que ce dernier soit sans
biais par rapport au plan, c’est-à-dire que
La
propriété d’être sans biais du prédicteur
nécessite bien sûr que le modèle linéaire soit
valide.
Remarque : En pratique, les variables
auxiliaires pour lesquelles le total de population est connu seront
généralement peu nombreuses et pas suffisamment prédictives de la variable
pour éliminer le biais de
sélection. On les complètera avec d’autres variables auxiliaires dont le total
peut être estimé au moyen d’une enquête probabiliste existante. Le vecteur des
totaux de population sera donc un mélange de totaux connus et estimés. Si
l’enquête probabiliste est elle-même calée sur des totaux connus de population
alors on pourra utiliser uniquement les totaux estimés
provenant de l’enquête
probabiliste.
Un modèle
linéaire n’est pas toujours approprié. C’est le cas lorsque la variable
est
catégorielle. Un autre exemple typique survient lorsqu’on est intéressé à
estimer le total d’une variable quantitative dans un domaine d’intérêt. La
variable
est
alors définie comme le produit de cette variable quantitative et d’une variable
binaire indiquant l’appartenance au domaine d’intérêt. Pour modéliser une telle
variable, il est naturel de considérer un mélange d’une distribution dégénérée
à 0 et d’une distribution continue. Lorsque la relation entre
et
n’est pas linéaire, le calage assisté par un
modèle de Wu et Sitter (2001) peut être utilisé pour préserver la forme
pondérée du prédicteur de
tout en tenant compte de la non-linéarité de
la relation. Supposons qu’on remplace le modèle linéaire ci-dessus par un
modèle non-linéaire (ou non paramétrique) tel que
où
est
une certaine fonction. Le calage de Wu et Sitter (2001) consiste d’abord à
prédire
par
où
est
une estimation de
obtenue au moyen du modèle. Ensuite, on
calcule le total
et
on trouve des poids,
qui
satisfont l’équation de calage :
Autrement
dit, on peut utiliser l’équation (4.2) en remplaçant
par
Cette méthode requiert de connaître la taille
de population
de
même que les valeurs du vecteur
pour toutes les unités de la population
Si
et
ne
sont pas connus, on peut les remplacer par des estimations provenant d’une
enquête probabiliste. Par exemple, on peut remplacer
par
et
par
L’approche peut également se généraliser au
cas où on a plusieurs variables d’intérêt.
Nous avons
mentionné que le biais de sélection sera réduit considérablement si le vecteur
est
riche et contient des variables qui sont à la fois reliées à
et
ce
qui rend l’hypothèse 3 plus réaliste. Il peut donc être utile en pratique
de considérer un grand nombre de variables auxiliaires potentielles et de
choisir les plus importantes au moyen d’une technique de sélection de
variables. Chen, Valliant et Elliott (2018) suggèrent la technique du LASSO
pour sélectionner les variables auxiliaires et montrent ses bonnes propriétés.
Il est à
noter que le prédicteur
se
réduit à l’estimateur naïf,
dans le cas le plus simple possible où on ne
considère qu’une seule variable auxiliaire constante :
L’estimateur naïf est habituellement fortement
biaisé. Son biais peut être réduit considérablement si on peut subdiviser la
population
en
poststrates,
disjointes et exhaustives, de taille
On
postule alors le modèle de poststratification,
qui
est un cas particulier important du modèle linéaire ci-dessus. En supposant la
variance
constante pour
le
prédicteur
s’écrit :
où
est
l’ensemble des unités de
qui
font partie de l’échantillon
et
est
la taille de
Si
les tailles de population
sont inconnues, elles peuvent être remplacées
par des estimations,
provenant d’une enquête probabiliste, où
est
l’ensemble des unités de
qui
font partie de l’échantillon
Les
arbres de régression pourraient s’avérer une approche intéressante pour la
formation de poststrates, particulièrement quand les variables auxiliaires sont
catégorielles.
Si plusieurs
variables auxiliaires catégorielles sont disponibles, il peut être utile de
former un grand nombre de poststrates pour réduire le biais de sélection. Si un
trop grand nombre de variables auxiliaires sont croisées, les tailles
d’échantillon
pourraient devenir très petites rendant ainsi
les estimateurs
très instables. Gelman et Little (1997) suggèrent l’utilisation d’un
modèle de régression à plusieurs niveaux pour obtenir des estimateurs
plus stables que
Ils
considèrent ensuite le prédicteur poststratifié:
La
méthode est connue de nos jours sous le nom de Mr.P ou MRP (Multilevel Regression and Poststratification);
voir, par exemple, Mercer et coll. (2017). Une approche similaire
consisterait à utiliser des méthodes d’estimation sur petits domaines (Rao et
Molina, 2015) pour stabiliser les estimateurs
Bien que de telles méthodes soient
susceptibles de produire des estimations beaucoup plus précises de la moyenne
de la variable
sur
la population
il
reste à déterminer si de telles méthodes peuvent produire des gains
d’efficacité significatifs pour l’estimation du total global
par
rapport au simple prédicteur poststratifié
Il
semble que les arbres de régression fournissent une autre façon de contrôler
l’instabilité des estimateurs
puisqu’un critère est habituellement utilisé
pour éviter une subdivision trop fine de la population. Ces différentes
méthodes méritent d’être investiguées plus en profondeur dans la recherche
future. L’estimation précise des tailles de population
si
elles ne sont pas connues, est également un problème à ne pas négliger quand la
population est divisée en un grand nombre de poststrates.
4.2 Appariement statistique
L’appariement
statistique, ou la fusion de données, est une approche qui a été développée
pour combiner les données de deux sources différentes qui contiennent des
variables propres à chaque source mais aussi des variables communes. On réfère
le lecteur à D’Orazio, Di Zio et Scanu (2006) ou Rässler (2012) pour une revue des méthodes d’appariement statistique. Dans
le contexte de cet article, l’appariement statistique consiste à modéliser la
relation entre
et
les variables auxiliaires
communes aux deux sources, en utilisant les
données de l’échantillon non probabiliste. Tout comme dans l’approche par
calage, on doit faire l’hypothèse que le mécanisme de sélection de
l’échantillon non probabiliste n’est pas informatif et choisir les variables
auxiliaires judicieusement pour rendre l’hypothèse 3 la plus plausible
possible. Une fois qu’un modèle a été déterminé, on l’utilise pour prédire les
valeurs de
dans un échantillon probabiliste. On peut voir
l’appariement statistique comme un problème d’imputation avec un taux
d’imputation de 100 %. Le prédicteur de
obtenu à partir de l’échantillon probabiliste,
prend la forme :
où
est
la valeur imputée pour l’unité
Tout comme pour le calage, les inférences sont
conditionnelles à
et
L’hypothèse 3, dans un contexte
d’appariement statistique, peut être vue comme l’analogue de l’hypothèse Population Missing At Random (PMAR)
introduite par Berg, Kim et Skinner (2016) dans un contexte de non-réponse.
Si le modèle
de régression linéaire
est
utilisé alors la valeur imputée pour l’unité
est
et
le prédicteur résultant est donné par
Si
les hypothèses 1 à 3 sont satisfaites et
l’appariement statistique produit un
prédicteur,
sans biais, c’est-à-dire que
De
plus, si
pour un certain vecteur connu
on
peut montrer que
et
le prédicteur
est
équivalent au prédicteur
si
on remplace
dans (4.1) par
On
peut aussi montrer que pour un modèle de poststratification où on impute
par
le
prédicteur
se
réduit à
L’appariement statistique et le calage
produisent donc des prédicteurs semblables, même identiques dans certains cas,
lorsqu’un modèle linéaire est postulé et que les totaux
sont estimés.
Le choix
entre l’appariement statistique ou le calage peut dépendre du point de vue de
l’utilisateur. Par exemple, si c’est le contenu de la source non probabiliste,
en termes de variables d’intérêt, qui est pertinent pour l’utilisateur, alors
il semble naturel de pondérer l’échantillon non probabiliste pour ainsi espérer
réduire le biais de sélection pour toutes les variables d’intérêt. La technique
du calage est un choix évident pour obtenir une telle pondération tout comme
les méthodes de la section 4.3. À l’opposé, si c’est plutôt le contenu de
l’enquête probabiliste qui est pertinent, alors l’appariement statistique est
le choix approprié. Cette méthode permet d’enrichir l’enquête probabiliste en
imputant les variables d’intérêt manquantes.
L’appariement
statistique se généralise facilement au cas de modèles non linéaires ou non
paramétriques tels que
Les
valeurs imputées
sont simplement obtenues en prédisant les
valeurs manquantes
au
moyen du modèle choisi. Le prédicteur
reste sans biais si les hypothèses 1 à 3
sont satisfaites et si
L’imputation par donneur ou par le plus proche
voisin est une méthode d’imputation non paramétrique fréquemment utilisée pour
traiter la non-réponse (voir, par exemple, Beaumont et Bocci, 2009) qui ne
requiert pas une relation linéaire entre
et
Dans le contexte de l’appariement d’un
échantillon non probabiliste à un échantillon probabiliste, l’imputation par
donneur a été popularisée par Rivers (2007). Pour une unité donnée
la
méthode consiste à trouver le donneur le plus proche, selon les variables
auxiliaires
parmi les unités de l’échantillon non
probabiliste et à remplacer la valeur manquante
par
la valeur de la variable
de
ce donneur. Pour l’imputation par donneur, la condition
est
satisfaite si, pour chaque receveur
le
donneur a exactement les même valeurs du vecteur
que
le receveur. Lorsqu’une ou plusieurs variables auxiliaires sont continues,
cette condition n’est satisfaite qu’asymptotiquement en général. Un échantillon
non probabiliste de très grande taille fournit un grand bassin de donneurs, ce
qui devrait aider à satisfaire approximativement cette condition.
Remarque : Dans certaines applications,
on peut avoir accès à un très grand panel non probabiliste de volontaires,
qui contient quelques variables
auxiliaires pour l’appariement,
mais aucune variable d’intérêt.
Idéalement, les variables d’intérêt seraient recueillies pour toutes les unités
du panel
mais ce n’est pas possible en
raison du coût et du fardeau sur les membres du panel. En pratique, on choisira
donc un sous-échantillon
de
en utilisant des méthodes
d’échantillonnage aléatoires ou non. L’échantillonnage par quotas (ex.:
Deville, 1991) est souvent considéré dans ce contexte. En plus de recueillir
les variables d’intérêt pour toutes les unités de
on pourrait aussi vouloir
recueillir d’autres variables auxiliaires pour l’appariement afin d’enrichir le
vecteur
L’appariement peut ensuite être
effectué à l’échantillon probabiliste, souvent de beaucoup plus petite taille,
pourvu que ce dernier contienne les mêmes variables auxiliaires que celles du
sous-échantillon non probabiliste
En choisissant judicieusement
les variables auxiliaires pour l’appariement, le potentiel de réduction du
biais est accru (Schonlau et Cooper, 2017). L’implémentation proposée par Rivers
(2007) est légèrement différente. Rivers (2007) suggère d’effectuer
l’appariement entre l’échantillon probabiliste et le panel
en utilisant les variables
auxiliaires disponibles dans les deux sources. La collecte des variables
d’intérêt se fait uniquement sur l’ensemble des donneurs dans
qui ont été appariés à une unité
de l’échantillon probabiliste ce qui permet de réduire considérablement les
coûts de collecte et le fardeau. L’hypothèse implicite est que les membres du
panel, étant initialement des volontaires, sont plus susceptibles de répondre
que des individus choisis au hasard dans la population. Évidemment, la
non-réponse est inévitable et ce problème doit être traité, possiblement par
imputation. L’avantage de cette méthode est que l’appariement se fait à partir
du panel
plutôt que d’un sous-échantillon
de ce panel. Le bassin de donneurs est donc plus grand. En contrepartie,
l’appariement ne peut pas être effectué en utilisant le vecteur enrichi de
variables auxiliaires car il n’est pas disponible pour les unités de
ce qui limite le potentiel de
réduction du biais.
Lavallée et
Brisbane (2016) notent le lien entre l’appariement statistique et
l’échantillonnage indirect (Lavallée, 2007; Deville et Lavallée, 2006). Ils
proposent un estimateur qui est obtenu en imputant chaque valeur manquante
par
une moyenne pondérée des valeurs
de
donneurs proches. En réalité, leur estimateur peut également être obtenu de
façon équivalente en imputant les valeurs manquantes au moyen de la méthode
d’imputation fractionnelle par donneur (par exemple, Kim et Fuller, 2004).
L’utilisation de plus d’un donneur pour imputer les valeurs manquantes permet
une réduction de variance quoique typiquement modeste.
Plusieurs des
méthodes d’imputation utilisées en pratique peuvent être considérées comme
étant linéaires (Beaumont et Bissonnette, 2011). C’est le cas de l’imputation
par la régression linéaire, de l’imputation par donneur et de l’imputation
fractionnelle par donneur. Une méthode d’imputation est dite linéaire si la
valeur imputée
peut être écrite sous le forme
où
est
une fonction de
ou
mais pas de
Par
exemple, pour l’imputation par donneur ou plus proche voisin,
si
l’unité
est
donneuse pour l’unité receveuse
sinon,
Pour une méthode d’imputation linéaire, on
peut réécrire l’estimateur
comme une somme pondérée sur l’échantillon non
probabiliste :
où
Pour les méthodes d’imputation linéaire,
l’appariement statistique est donc une alternative au calage et aux méthodes de
la section 4.3 si l’objectif est de pondérer adéquatement l’échantillon
non probabiliste.
Jusqu’à
maintenant, nous n’avons considéré que l’estimation du total
L’échantillon probabiliste contient cependant
d’autres variables et on pourrait être intéressé à la relation entre deux ou
plusieurs variables, certaines provenant de l’enquête probabiliste et d’autres
étant imputées à partir de l’échantillon non probabiliste. À des fins
d’exemple, supposons qu’on veuille estimer le total
où
est
une variable qui est recueillie par l’enquête probabiliste mais non disponible
dans l’échantillon non probabiliste. Elle pourrait, par exemple, définir
l’appartenance à un domaine d’intérêt. On peut utiliser l’appariement
statistique pour estimer ce paramètre par
Notons par
le
vecteur qui contient les valeurs de la variable
On
peut montrer que
est
sans biais,
si
les hypothèses 1 à 3 sont satisfaites en plus de l’hypothèse
suivante :
Hypothèse 4 :
et
sont indépendants après avoir
conditionné sur
et
L’hypothèse 4
est connue comme étant l’hypothèse d’indépendance conditionnelle dans la
littérature sur l’appariement statistique.
4.3 Pondération par l’inverse du score de
propension
Au lieu de
modéliser la relation entre
et
on
peut modéliser la relation entre
et
L’avantage principal de cette approche est de
simplifier l’effort de modélisation quand il y a plusieurs variables d’intérêt
puisqu’il n’y a toujours qu’une seule variable
. Avec cette approche, les inférences sont
conditionnelles à
et
et
on suppose habituellement que l’hypothèse 3 est valide de telle sorte que
On
estime ensuite la probabilité de participation
par
et
on calcule l’estimation
où
On
doit faire l’hypothèse que
Elle est appelée l’hypothèse de positivité par Mercer et coll.
(2017). Elle peut également être requise dans les approches par calage et par
appariement statistique. Par exemple, on pourrait observer des poststrates
vides
si
elle n’est pas satisfaite. Pour corriger ce problème, on regroupe généralement
ces poststrates vides avec d’autres poststrates non vides. Un tel regroupement
peut compromettre la validité de l’hypothèse 3 si les poststrates
regroupées sont différentes.
L’estimation
de
peut être effectuée en postulant un modèle
paramétrique
où
est
une certaine fonction, normalement bornée par 0 et 1, et
est
un vecteur de paramètres inconnus du modèle. La fonction logistique
domine dans les applications (voir Kott, 2019,
pour une application récente). On note l’estimateur de
par
et
la probabilité estimée par
Idéalement, on estimerait
en
utilisant
pour toutes les unités de la population
comme on le ferait dans un contexte de
non-réponse. Par exemple, en supposant l’utilisation de la fonction logistique,
on pourrait estimer
en
résolvant l’équation du maximum de vraisemblance
Ce n’est pas
possible quand
n’est pas connu pour toutes les unités
ce
qui est presque toujours le cas en pratique. Iannacchione, Milne et Folsom
(1991) ont proposé une autre équation d’estimation sans biais pour
(voir aussi Deville et Dupont, 1993) :
L’avantage principal de l’équation (4.4) est qu’elle ne
requiert pas de connaître
pour chaque unité
Il
faut toutefois avoir accès au vecteur de totaux
à
partir d’une source externe. Une propriété intéressante de l’équation (4.4) est
que
les poids résultants
satisfont l’équation de calage
tout comme les poids
de
l’équation (4.2). On peut d’ailleurs montrer que la solution de (4.4) donne
si
on utilise le modèle
C’est toutefois un modèle moins naturel que le
modèle logistique ci-dessus pour la modélisation d’une probabilité.
Pour
contourner le problème des valeurs manquantes
Chen et coll. (2019) suggèrent d’estimer
dans (4.3) au moyen d’une enquête
probabiliste. L’équation à résoudre devient :
L’équation (4.5) est sans biais conditionnellement à
et
pourvu que l’enquête probabiliste permette
d’estimer sans biais, conditionnellement à
et
n’importe quel total de population qui n’est
pas une fonction de
tel
que
Les hypothèses 1 et 3 sont requises mais
pas l’hypothèse 2. En utilisant l’idée de Iannacchione et coll.
(1991), une alternative à (4.5) consiste à résoudre :
L’équation (4.6) produit des poids
qui
satisfont l’équation de calage
(voir également Lesage, 2017; et Rao, 2020).
Les estimateurs de
obtenus au moyen de (4.5) ou (4.6) sont
vraisemblablement moins efficaces que ceux obtenus au moyen de (4.3) ou (4.4).
Si on connaît
ou
le vecteur
alors on privilégiera l’utilisation de (4.3)
ou (4.4). Autrement, on se tournera vers (4.5) ou (4.6). Ces dernières
requièrent toutefois que
soit recueilli dans une enquête probabiliste.
Il est à noter que les indicateurs
n’ont pas besoin d’être observés dans
l’échantillon probabiliste.
Les équations
(4.5) et (4.6) peuvent être plus difficiles à résoudre que les équations (4.3)
et (4.4) et pourraient ne pas avoir de solutions. Prenons par exemple le cas où
on a une seule variable auxiliaire :
En
utilisant (4.5) ou (4.6), on observe que la probabilité estimée doit
être :
Si
la taille de l’échantillon probabiliste est assez grande, on s’attend à ce que
Pour de petites tailles d’échantillon, il
pourrait arriver que
dû
à la variabilité de
Dans ce cas, les équations (4.5) et (4.6)
n’auraient pas de solution si la fonction logistique est utilisée puisqu’elle
exige que
Pour éviter ce problème, il pourrait être
utile de considérer d’autres fonctions non bornées par 1 telle que
Kim et Wang
(2019) proposent d’utiliser l’échantillon probabiliste pour estimer la
probabilité de participation. En supposant la fonction logistique, l’équation à
résoudre est :
La méthode
requiert de connaître les indicateurs
dans l’échantillon probabiliste et la validité
des hypothèses 1, 2 et 3 pour que l’équation d’estimation soit sans biais.
De plus, l’échantillon probabiliste est habituellement de petite taille en
comparaison à l’échantillon non probabiliste et il peut être numériquement
difficile d’estimer
particulièrement quand le vecteur
contient beaucoup de variables et que le
chevauchement entre les deux échantillons est petit.
Lee (2006), voir aussi Rivers (2007), Valliant et
Dever (2011) et Elliott et Valliant (2017), propose de combiner les deux
échantillons et d’estimer ensuite
au
moyen d’une régression logistique. Il semble qu’on y fait l’hypothèse implicite
que les deux échantillons ne se chevauchent pas, c’est-à-dire que
pour toutes les unités dans
En
utilisant encore la fonction logistique, l’équation d’estimation qui en résulte
est :
où
est un certain poids pour les
unités de l’échantillon non probabiliste. La méthode est un peu similaire à
celle de Chen et coll. (2019) mais l’équation d’estimation (4.7) n’est pas
sans biais, conditionnellement
à
et
contrairement aux équations
(4.5) et (4.6). Cependant, si on pose
et si
est petit alors l’équation (4.7)
devient approximativement équivalente à l’équation (4.5). Lee (2006) n’utilise
toutefois pas directement les probabilités estimées découlant de (4.7).
L’auteur les utilise seulement pour ordonner l’union des deux échantillons et
ensuite créer des classes homogènes. L’utilisation de classes homogènes apporte
une certaine robustesse par rapport à une mauvaise spécification du modèle et
peut aider à éviter des probabilités estimées très petites et ainsi des poids
très grands. Dans le contexte de la non-réponse, la formation de classes
homogènes d’imputation ou de repondération a été étudiée, entre autres, par Little
(1986), Eltinge et Yansaneh (1997) et Haziza et Beaumont (2007). Haziza et
Lesage (2016) illustrent la robustesse de la méthode quand la fonction
est incorrectement spécifiée. La
méthode est utilisée régulièrement dans les enquêtes de Statistique Canada pour
le traitement de la non-réponse.
Plutôt que
d’utiliser (4.7), la formation de classes homogènes pourrait être effectuée en
partant des équations non biaisées (4.5) ou (4.6). Notons ces probabilités
estimées initiales par
L’échantillon
est
ensuite ordonné selon
et
réparti en
classes homogènes de tailles égales ou non.
Notons par
l’ensemble des unités de
qui
font partie de la classe
L’ensemble des unités de
qui
font partie de la classe
est
noté par
Le
poids
pour une unité
est
égal à l’inverse du taux de participation estimé dans la classe
et
est donné par
où
et
est
le nombre d’unités dans
Ce
poids assure la propriété de calage :
Le
nombre de classes doit être suffisamment grand pour capturer un fort
pourcentage de la variabilité des probabilités initiales
et
ainsi permettre de réduire le biais. En contrepartie, il ne doit pas être trop
grand pour éviter que certaines classes deviennent vides car les poids
ne
peuvent pas être calculés si
Les
arbres de régression peuvent s’avérer une alternative efficace pour la
formation de classes. Dans un contexte de non-réponse, ils ont été étudié par Phipps
et Toth (2012). L’estimateur
obtenu en faisant des classes homogènes a
exactement la même forme que l’estimateur poststratifié décrit dans l’approche
par calage à la section 4.1, la seule différence étant que les classes
sont construites en modélisant
plutôt que
L’hypothèse 3
peut ne pas être réaliste dans certains contextes de telle sorte que
Dans ce cas, on pourrait vouloir modéliser la
probabilité de participation
au
moyen d’un vecteur de variables explicatives
définies en utilisant la variable d’intérêt
(ou
les variables d’intérêt s’il y en a plusieurs) et possiblement d’autres
variables auxiliaires
On
peut considérer un modèle paramétrique,
pour modéliser la probabilité de
participation. Les équations (4.5) et (4.6) ne peuvent pas être utilisées pour
estimer
parce que
(et
par conséquent
n’est pas disponible dans l’échantillon
probabiliste. On peut toutefois utiliser une équation similaire à (4.6) :
Le vecteur
de
même dimension que
contient des variables de calage, aussi
appelées variables instrumentales dans la littérature économétrique. On va
noter par
la
matrice qui contient les valeurs du vecteur
L’équation
(4.8) requiert de connaître les variables de calage
pour les deux échantillons. Par contre, les
variables explicatives
peuvent n’être observées que pour les unités
de l’échantillon non probabiliste. L’équation (4.8) produit des poids
qui
satisfont l’équation de calage
Une
équation similaire à (4.8) a été initialement proposée par Deville (1998) pour
traiter la non-réponse (voir aussi Kott, 2006; et Haziza et Beaumont, 2017). L’équation (4.8)
est sans biais, conditionnellement à
et
si
les variables instrumentales
peuvent être choisies de telle sorte que
l’hypothèse suivante est satisfaite :
Hypothèse 5 :
et
sont indépendants après avoir
conditionné sur
et
L’hypothèse 3 n’est plus requise mais
elle est remplacée par une autre hypothèse. Le choix de variables
instrumentales
qui
satisfont l’hypothèse 5 n’est pas toujours évident en pratique. Elles ne
doivent pas être prédictives de
après avoir conditionné sur
Idéalement, pour des raisons d’efficacité, les
variables instrumentales sont choisies de telle sorte qu’elles soient
prédictives de
tout en ne compromettant pas
l’hypothèse 5. Contrairement aux équations (4.5) et (4.6), l’équation
(4.8) ne permet pas la formation de classes homogènes parce que les
probabilités de participation
ne
peuvent pas être calculées pour les unités de l’échantillon probabiliste. On
perd ainsi la propriété de robustesse qui vient avec l’utilisation de classes
homogènes. En raison de ces inconvénients, l’équation (4.8) ne devrait être
considérée que lorsqu’on a de fortes raisons de croire que l’hypothèse 3
n’est pas appropriée.
Une fois que des poids
ont
été calculés selon une des méthodes de cette section, il est toujours possible
de les rajuster en faisant un calage. L’objectif de ce calage est d’améliorer
la précision de l’estimateur
et
aussi d’obtenir une propriété de double robustesse (voir Chen et coll.,
2019).
En général, on va observer la variable
pour tout l’échantillon non probabiliste et on
peut utiliser l’estimateur pondéré par l’inverse du score de propension,
ou
un estimateur pondéré obtenu par calage ou par appariement statistique. Il peut
arriver que l’échantillon non probabiliste soit trop volumineux et que la
variable
ne
puisse être recueillie que pour un sous-échantillon de
L’échantillonnage par quotas (ex.:
Deville, 1991) est une méthode fréquemment utilisée pour tirer le
sous-échantillon si des variables auxiliaires sont disponibles pour
Une
alternative à l’échantillonnage par quotas est de calculer les poids
pour tout l’échantillon non probabiliste et ensuite
de les utiliser pour sélectionner un sous-échantillon aléatoire avec
probabilités proportionnelles aux poids. La variable
ne
sera recueillie que pour le sous-échantillon et les estimations pourront être
obtenues comme si le sous-échantillon avait été tiré de la population selon un
plan à probabilités égales. Cette approche s’appelle l’échantillonnage inverse
dans la littérature sur les sondages probabilistes (voir, par exemple, Hinkins,
Oh et Scheuren, 1997; ou Rao, Scott et Benhin, 2003) et a été proposée par Kim
et Wang (2019) dans le cas des échantillons non probabilistes.
4.4 Estimation sur petits
domaines
Dans la
plupart des enquêtes, on s’intéresse non seulement à estimer le total de la
variable
pour toute la population
mais également pour différents sous-groupes de
la population appelés domaines. Les enquêtes probabilistes menées par les
agences nationales de statistique produisent généralement des estimations
fiables pour des domaines qui contiennent suffisamment d’unités
échantillonnées. Leur biais est contrôlé par les différentes procédures
d’échantillonnage et de collecte et leur variance est typiquement assez petite
pour être en mesure de tirer des conclusions justes. Lorsque le domaine
d’intérêt contient peu d’unités échantillonnées, les estimations de l’enquête
peuvent devenir si instables qu’elles en deviennent inutilisables même quand
leur biais demeure contrôlé. Pour pallier à un manque de données dans un
domaine d’intérêt, on peut considérer l’utilisation de méthodes d’estimation
sur petits domaines. Ces méthodes compensent le manque de données observées
dans un domaine par des hypothèses de modèle qui relient des données
auxiliaires aux données de l’enquête. Deux types de modèle sont fréquemment
utilisés : les modèles au niveau des unités et les modèles au niveau des
domaines. Le modèle au niveau des domaines de Fay et Herriot (1979) est sans
contredit le plus populaire en pratique. Il requiert la disponibilité de
données auxiliaires uniquement au niveau des domaines, contrairement aux
modèles au niveau des unités qui nécessitent d’observer les variables
auxiliaires pour chaque unité de la population
On réfère le lecteur à Rao et Molina (2015) pour une excellente couverture
des différentes approches. Dans ce qui suit, on se concentre sur le modèle de
Fay-Herriot.
Supposons qu’on
veuille estimer
totaux,
où
sont
sous-ensembles disjoints de la population. À
partir d’une enquête probabiliste, on peut estimer
par
où
est
l’ensemble des unités échantillonnées qui tombent dans le domaine
On
appelle
l’estimateur direct de
car
il utilise des valeurs
seulement pour des unités appartenant au domaine
Les
techniques d’estimation sur petits domaines mènent généralement à des
estimateurs indirects qui combinent les valeurs échantillonnées
du
domaine
avec des valeurs
pour des unités en-dehors du domaine
On
va supposer qu’on a accès à un vecteur de variables auxiliaires disponibles au
niveau des domaines et qui proviennent de sources indépendantes de
l’échantillon probabiliste. On va noter ce vecteur pour le domaine
par
Par exemple, on pourrait considérer le vecteur
où
est la taille de population dans le domaine
est
la moyenne de la variable
dans un échantillon non probabiliste,
est
l’ensemble des unités de l’échantillon non probabiliste qui tombent dans le
domaine
et
est
la taille de l’échantillon non probabiliste dans le domaine
Si
la taille de population
n’est pas connue, on peut la remplacer par une
estimation indépendante de l’enquête probabiliste. On va noter par
la
matrice qui contient les valeurs du vecteur
Il
est à noter que le vecteur
est
caché dans la matrice
dans cette section.
Le modèle de
Fay-Herriot a deux composantes : le modèle d’échantillonnage et le modèle
de lien. Le modèle d’échantillonnage est fondé sur l’hypothèse que,
conditionnellement à
les
estimateurs directs
sont indépendants et sans biais, c’est-à-dire
que
Leur variance par rapport au plan est notée
par
Le
modèle d’échantillonnage est habituellement écrit sous la forme :
où
est l’erreur d’échantillonnage
telle que
et
L’hypothèse d’indépendance des
estimateurs
(et donc des erreurs
d’échantillonnage
peut être mise en doute lorsque
les strates ne coïncident pas avec les domaines d’intérêt. La section 8.2
de Rao et Molina (2015) discutent de méthodes pour tenir compte des
corrélations dans les erreurs d’échantillonnage. En pratique, on suppose
souvent que ces corrélations sont faibles et on les ignore.
Le modèle de
lien suppose que, conditionnellement à
les
totaux
sont indépendants,
et
où
sont des constantes connues utilisées pour
contrôler l’hétéroscédasticité, et
et
sont des paramètres inconnus du modèle. Le
modèle de lien est habituellement écrit sous la forme :
où
est l’erreur du modèle telle que
et
Lorsque les paramètres
d’intérêt,
sont des totaux, il est souvent
approprié de poser
À partir de (4.9) et (4.10), on
obtient le modèle combiné :
où
est l’erreur combinée. Lorsqu’on
utilise le modèle de Fay-Herriot (4.11), on choisit habituellement de faire les
inférences conditionnellement à
. On peut facilement montrer que
et
où
est appelée la variance lissée (Beaumont
et Bocci, 2016; et Hidiroglou, Beaumont et Yung, 2019).
Supposons maintenant qu’on considère prédire le total
au
moyen d’un prédicteur linéaire
où
sont des constantes à déterminer. Un
prédicteur linéaire utilise toutes les données de l’échantillon probabiliste
pour prédire
et
pas seulement celles provenant du domaine
C’est ainsi qu’il tire son efficacité.
Cependant, les prédicteurs linéaires ne sont pas tous appropriés pour la
prédiction de
Une
stratégie souvent utilisée pour choisir les constantes
consiste à minimiser la variance de l’erreur
de prédiction,
sous la contrainte que le prédicteur doit être
sans biais,
Le
prédicteur résultant, appelé meilleur prédicteur linéaire sans biais, est noté,
et
peut être écrit sous la forme (voir, par exemple, Rao et Molina, 2015) :
où
est compris entre 0 et 1 et
Le prédicteur
(4.12) est une moyenne pondérée de l’estimateur direct
et
de la prédiction,
souvent appelée l’estimateur synthétique. On
donne plus de poids à l’estimateur direct quand la variance lissée,
est
petite par rapport à la variance du modèle de lien,
Le
prédicteur
est
alors semblable à l’estimateur direct. Cette situation survient normalement
quand la taille d’échantillon dans le domaine est grande. À l’opposé, si
l’estimateur direct est instable et a une grande variance lissée alors on donne
plus de poids à l’estimateur synthétique. Si le nombre de domaines est grand,
la variance de prédiction de
est
approximativement égale à
Puisque
la
constante
peut être interprétée comme étant un facteur
de réduction de variance obtenu en utilisant
plutôt
que
La
réduction de variance est donc plus importante quand
est
petit, c’est-à-dire quand l’estimateur direct n’est pas précis. En
contrepartie, si le modèle de lien n’est pas correctement spécifié, le risque
d’un biais important est plus grand quand
est
petit. Pour mieux comprendre ce point, supposons que le vrai modèle de lien est
tel que
pour une certaine fonction
Sous ce modèle, on peut montrer que le biais
du prédicteur
est
donné par
où
Si le modèle
linéaire
est
valide alors le biais disparaît. Autrement, le biais n’est pas nul et augmente
à mesure que
diminue ou que l’erreur de spécification du
modèle de lien,
augmente. Quand
est
près de 1, le biais est généralement négligeable mais la réduction de variance
l’est aussi.
Remarque : Il est à noter que le
prédicteur
et le biais (4.13) dépendent de
la variance
Si le modèle linéaire (4.10)
n’est pas valide, les paramètres
et
n’existent plus. On peut
toutefois continuer de postuler le modèle de lien (4.10) et estimer ses
paramètres à partir des données observées comme si le modèle était valide. On
peut voir
qui intervient dans le calcul du
prédicteur
et du biais (4.13), comme étant
la valeur vers laquelle un estimateur de
converge.
Le prédicteur
(4.12) ne peut pas être calculé parce qu’il dépend des variances inconnues
et
Lorsqu’on remplace
et
dans (4.12) par des estimateurs
et
on obtient le meilleur prédicteur
linéaire sans biais empirique, noté par
Il
existe plusieurs méthodes pour estimer
(voir Rao et Molina, 2015). Une des méthodes
les plus fréquemment utilisées est celle du maximum de vraisemblance restreint.
Pour estimer
on
peut supposer qu’on dispose d’un estimateur sans biais sous le plan de
noté par
Cette hypothèse s’écrit formellement :
Il
s’ensuit que
L’estimateur
est
donc sans biais pour
mais peut être très instable quand la taille
d’échantillon dans le domaine est petite. Une approche plus efficace pour
estimer
consiste à modéliser
en
fonction des variables auxiliaires
En
pratique, on a souvent recours à un modèle linéaire pour
et
on suppose que les erreurs de ce modèle suivent une loi normale (par exemple, Rivest
et Belmonte, 2000). Beaumont et Bocci (2016), voir aussi Hidiroglou
et coll. (2019), fournissent une méthode de moments pour estimer
qui
ne nécessite pas l’hypothèse de normalité.
Le modèle de
Fay-Herriot requiert la disponibilité de données auxiliaires uniquement au
niveau des domaines d’intérêt. La variable
doit être mesurée sans erreur dans l’enquête
probabiliste mais il n’est pas essentiel que la source auxiliaire soit
parfaite, ce qui ouvre la porte à toutes sortes de fichiers externes à
l’enquête probabiliste tels que des fichiers de données massives. Kim, Wang,
Zhu et Cruze (2018) est un exemple récent où on a utilisé une extension du
modèle de Fay-Herriot avec des données auxiliaires provenant d’images
satellite. Les méthodes d’estimation sur petits domaines permettent souvent
d’obtenir des réductions de variance significatives, parfois impressionnantes
(voir, par exemple, Hidiroglou et coll., 2019). Le prix à payer pour ces
gains est l’introduction d’hypothèses de modèle et le risque que ces hypothèses
ne soient pas appropriées. La validation du modèle est donc une étape critique
de la production d’estimations sur petits domaines tout comme c’est le cas de
toute approche fondée sur un modèle.
Les méthodes
d’estimation sur petits domaines sont généralement utilisées pour améliorer
l’efficacité d’estimateurs pour des domaines dont la taille d’échantillon est
petite. Elles pourraient également être utilisées pour réduire les coûts de
collecte et le fardeau sur les répondants en réduisant la taille d’échantillon
globale d’une enquête probabiliste pour quelques variables de l’enquête si ce
n’est pas toutes les variables. Les estimations obtenues à partir de
l’échantillon réduit et du modèle de Fay-Herriot, par exemple, pourraient ainsi
avoir une précision similaire aux estimations directes de l’enquête
probabiliste obtenues à partir de l’échantillon complet. Dans ce contexte, les
méthodes d’estimation sur petits domaines ne seraient pas utilisées pour
améliorer la précision pour les domaines contenant peu d’unités mais plutôt
pour diminuer l’effort global de collecte tout en préservant la qualité des
estimations.