Les enquêtes probabilistes sont-elles vouées à disparaître pour la production de statistiques officielles ?
Section 2. Contexte
Une des premières étapes pour répondre à
des besoins d’informations est de définir la population cible pour laquelle on
désire obtenir ces informations. Nous allons noter cette population cible par
Ensuite, il faut définir les paramètres
d’intérêt, c’est-à-dire ce qu’on veut savoir sur la population cible. En
pratique, on est souvent intéressé à estimer un grand nombre de paramètres.
Pour simplifier la discussion, nous allons supposer qu’un seul paramètre est
d’intérêt : le total de la variable
où
est
la valeur de la variable
pour l’unité
de
la population
On
note par
le
vecteur contenant les valeurs
pour
Finalement, il faut déterminer un ensemble de
procédures qui permettront d’estimer le paramètre
en
tenant compte de différents facteurs tels que le budget disponible, le fardeau
sur les répondants, la précision souhaitée, etc. Au cours de ce processus, il
faudra identifier la ou les sources de données qui seront utilisées,
probabilistes ou non, et un cadre d’inférence statistique qui permettra
d’évaluer les propriétés des estimations produites telles que le biais et la
variance.
La séquence ci-dessus, qui consiste
d’abord à déterminer la population cible et les paramètres d’intérêt et ensuite
les sources de données et les procédures d’estimation, est en accord avec la
proposition de Citro (2014). Elle suggère que les agences nationales de
statistique déterminent d’abord les besoins d’informations avec les
utilisateurs potentiels. Ensuite, elles peuvent travailler à identifier la ou
les sources de données qui permettront de répondre à ces besoins tout en
préservant une qualité acceptable des estimations, en maintenant les coûts à
l’intérieur du budget établi et en contrôlant le fardeau sur les répondants. Il
semble préférable d’éviter la procédure inverse, même si tentante, qui consiste
d’abord à identifier des sources de données disponibles et ensuite à déterminer
artificiellement les besoins en fonction de ce qui peut être produit par ces
sources. Une telle procédure ne peut généralement pas permettre de répondre
adéquatement aux besoins réels des utilisateurs.
On va supposer qu’on a accès à des données
d’une source non probabiliste (ex.: données administratives, données
d’une enquête Web, etc.). On observe les valeurs de quelques variables, dont
une variable
pour toutes les unités d’un sous-ensemble de
noté par
La
variable
n’est pas nécessairement égale à
à
cause de différences conceptuelles et/ou d’erreurs de mesure. On espère au
moins qu’il existe une forte association entre les deux variables. On note par
l’indicateur d’inclusion dans
c’est-à-dire,
si
l’unité
est
dans
et
autrement. Le vecteur des indicateurs
d’inclusion
pour
est
noté par
On peut aussi avoir accès à des données
d’une enquête probabiliste. Pour une telle enquête, un échantillon
de
la population
est
sélectionné aléatoirement avec probabilité
La
matrice
contient des informations disponibles sur la
base de sondage qui sont utilisées pour définir le plan de sondage, comme, par
exemple, les identificateurs de strates pour chaque unité de la population. Les
indicateurs d’inclusion dans l’échantillon,
sont définis comme suit : on pose
si
l’unité
est
choisie dans l’échantillon
autrement, on pose
On
note par
le
vecteur contenant les indicateurs d’inclusion dans l’échantillon pour
La
probabilité que l’unité
de
la population
soit choisie dans l’échantillon est notée par
La
plupart du temps, elle est connue ou elle peut être approchée. On suppose que
Pour chaque unité
on
recueille les valeurs de certaines variables, incluant ou non la variable
On va noter par
l’ensemble de toutes les informations
auxiliaires utilisées pour faire les inférences. Entre autres,
inclut les informations du plan de sondage,
si
un échantillon probabiliste est utilisé, et possiblement d’autres variables
auxiliaires telles que des variables de calage, des variables d’appariement ou
des variables explicatives d’un modèle (voir sections 3 et 4).
L’indicateur d’inclusion
peut aussi être utilisé comme variable
auxiliaire soit pour stratifier la population ou pour le calage (voir
section 3). Le vecteur
peut donc être inclus dans
et
Les deux hypothèses suivantes seront
utilisées tout au long de l’article :
Hypothèse 1 :
est indépendant de
et
après avoir conditionné sur
Hypothèse 2 :
et
sont indépendants après avoir
conditionné sur
et
L’hypothèse 1 implique que les
valeurs des variables incluses dans
et
ne
sont pas affectées par l’appartenance ou non à l’échantillon
Elle est implicite dans la littérature sur les
sondages probabilistes et résulte de la définition même du plan de sondage qui
ne dépend que de
L’hypothèse 2 est automatiquement
satisfaite si la source non probabiliste (et ainsi
est
disponible avant la sélection de l’échantillon probabiliste. Notons que si
est
utilisé comme variable auxiliaire pour stratifier la population alors
est
inclus dans
et
l’hypothèse 2 reste satisfaite. Elle ne sera pas satisfaite si le fait
d’être choisi dans
a
une incidence sur le fait de fournir des données à la source non probabiliste.
Par exemple, le fait d’être choisi dans
(et
contacté) peut être un rappel indirect pour l’individu sélectionné de remplir
des formulaires exigés par le gouvernement (source non probabiliste). On peut
s’attendre à ce que les hypothèses 1 et 2 soient satisfaites dans la
plupart des cas.
L’union de
et
contient toutes les informations utilisées
pour faire les inférences. Les différentes approches d’inférence exposées aux
sections 3 et 4 diffèrent dans ce qu’elles traitent comme étant fixe et ce
qu’elles traitent comme étant aléatoire. Par exemple, dans l’approche
d’inférence fondée sur le plan de sondage, tout est considéré comme étant fixe
à l’exception du vecteur
c’est-à-dire que l’inférence est
conditionnelle à
et
Pour simplifier la notation, on va noter par
l’union de
et
Ainsi, les espérances par rapport au plan de
sondage seront notées par
plutôt que par
Dans l’approche d’inférence fondée sur le plan
de sondage, on choisit habituellement un estimateur
de
tel
que le biais par rapport au plan,
est
nul ou négligeable. Sous les hypothèses 1 et 2, on note que
Pour l’estimation du total
on
utilise la plupart du temps un estimateur de la forme
où
est
un poids de sondage pour l’unité
Le
poids de base classique est
Ce
poids assure que l’estimateur
est
exactement sans biais pour
On
peut ensuite modifier le poids de base au moyen de techniques de calage
(ex.: Deville et Särndal, 1992; Haziza et Beaumont, 2017). L’avantage de
cette approche est son caractère non paramétrique : aucune hypothèse de
modèle n’est nécessaire pour faire des inférences valides sur la population
puisque les deux premiers moments du plan de sondage sont contrôlés par le
statisticien et habituellement connus. L’approche n’est toutefois pas exempte
d’hypothèses, par exemple, pour assurer la convergence et la normalité
asymptotique des estimateurs, mais elle ne requiert aucun modèle paramétrique.
En pratique, on observe souvent de la
non-réponse dans les enquêtes probabilistes de même que d’autres erreurs non
dues à l’échantillonnage. La non-réponse de certaines unités échantillonnées
est souvent vue comme une phase additionnelle d’échantillonnage qui n’est pas
contrôlée par le statisticien. Autrement dit, le mécanisme de non-réponse n’est
pas connu, contrairement au plan de sondage. Sous l’hypothèse d’un modèle
adéquat pour le mécanisme de non-réponse, on peut construire des estimateurs
qui n’ont peu ou pas de biais, par exemple, en repondérant les unités
répondantes par l’inverse de leur probabilité de réponse estimée. Cela requiert
toutefois une modélisation minutieuse des indicateurs de réponse. Dans le reste
de cet article, on ignore les erreurs non dues à l’échantillonnage et on
suppose que les estimations provenant de l’enquête probabiliste sont peu
biaisées ou, au moins, que leur biais est petit par rapport au biais des estimations
provenant seulement de la source non probabiliste. Cette hypothèse n’est
peut-être pas toujours satisfaite en pratique mais elle est raisonnable dans
bien des contextes (voir Brick, 2011), en particulier dans les grandes enquêtes
menées par les agences nationales de statistique.
L’acquisition de données de sources non
probabilistes s’avère généralement peu coûteuse en comparaison du coût de la
collecte des données d’une enquête probabiliste. Alors, on aimerait idéalement
les utiliser pour remplacer les données d’une enquête probabiliste. Ce
remplacement de données n’est valide que si
Cette hypothèse ne sera pas satisfaite avec
toutes les sources de données non probabilistes mais on peut penser qu’elle est
réaliste avec certaines sources de données administratives. Aux sections 3
et 4, nous distinguerons les méthodes fondées sur l’hypothèse que
des
méthodes ne requérant pas cette hypothèse. Plusieurs des méthodes décrites aux
sections 3 et 4 sont également passées en revue dans l’article à venir de
Rao (2020) qui a été présenté, entre autres, à Statistique Canada à l’été 2018.
ISSN : 1712-5685
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N° 12-001-X au catalogue
Périodicité : semi-annuel
Ottawa