Estimation du niveau et de la variation du chômage au moyen de modèles de séries chronologiques structurels
Section 4. Estimation sur petits domaines de séries chronologiques
Les
estimations mensuelles initiales du domaine pour les vagues distinctes,
accompagnées d’estimations de la variance et de la covariance, sont les données
d’entrée pour les modèles de séries chronologiques. À l’étape suivante, on
appliquera les MSCS pour lisser les estimations initiales et corriger le biais
de renouvellement. On utilise les modèles estimés pour prévoir des fractions du
chômage provincial, des tendances du chômage provincial et des variations de
ces tendances d’un mois à l’autre. Dans la sous-section 4.1, les MSCS sont
définis, puis exprimés en tant que modèles espace-état ajustés dans un cadre
fréquentiste. La sous-section 4.2 explique comment ces MSCS peuvent être
exprimés sous la forme de modèles multiniveaux de séries chronologiques ajustés
dans un cadre bayésien hiérarchique.
4.1 Modèle espace-état
Dans la
présente section, on élabore un modèle de séries chronologiques structurel pour
les données mensuelles à l’échelle provinciale de 12 provinces simultanément
afin de tirer parti des données d’échantillonnage temporelles et transversales.
Soit
le
vecteur à cinq dimensions contenant les estimations par la régression des
données d’enquête
définies par (3.1) dans la période
et
le domaine
On
peut modéliser ce vecteur à l’aide du modèle de séries chronologiques
structurel suivant (Pfeffermann, 1991; van den Brakel et Krieg, 2009,
2015) :
où
est un scalaire désignant le
paramètre de population vrai pour la période
dans un domaine
est un vecteur à cinq dimensions
qui modélise le biais de renouvellement et
un vecteur à cinq dimensions
avec erreurs d’échantillonnage. Le paramètre de population
dans (4.1) est modélisé
comme suit :
où
désigne un modèle de tendance
stochastique pour saisir la variation de faible fréquence (tendance plus cycle
économique),
une composante saisonnière
stochastique pour modéliser les fluctuations mensuelles et
un bruit blanc pour la variation
inexpliquée dans
Pour la composante de tendance
stochastique, on utilise le modèle dit de tendance lisse, défini par l’ensemble
suivant d’équations :
Pour la composante saisonnière
stochastique, on utilise la formule trigonométrique, voir Boonstra et
van den Brakel (2016) pour plus de détails. Le bruit blanc
dans (4.2) est défini comme étant
Le biais de
renouvellement entre les séries d’estimations par la régression des données
d’enquête est modélisé dans (4.1) avec
On
identifie le modèle en prenant
Cela implique que le biais relatif dans les
vagues de suivi par rapport à la première vague est estimé et qu’on suppose que
les estimations par la régression des données d’enquête de la première vague
sont les approximations les plus fiables de
voir la justification dans
van den Brakel et Krieg (2009). Les autres composantes modélisent la
différence systématique entre la vague
par
rapport à la première vague et elles sont modélisées comme des marches aléatoires
pour permettre des profils dépendant du temps dans le biais de renouvellement.
Enfin, on a
élaboré un modèle de séries chronologiques pour les erreurs d’enquête. Soit
le
vecteur à cinq dimensions contenant les erreurs d’enquête des cinq vagues. On
utilise les estimations de la variance des estimations par la régression des
données d’enquête comme information a priori dans le modèle de séries
chronologiques pour tenir compte de l’hétéroscédasticité causée par les tailles
d’échantillon variables dans le temps au moyen du modèle d’erreur d’enquête
suivant :
et
défini par (3.2). Comme la
première vague est observée pour la première fois, il n’y a pas
d’autocorrélation avec des échantillons observés auparavant. Pour modéliser
l’autocorrélation entre les erreurs d’enquête des vagues de suivi, on dérive
des modèles AR appropriés pour
en appliquant les équations de
Yule-Walker aux coefficients de corrélation
qui sont dérivés des microdonnées
décrites à la section 3. À partir de cette analyse, on suppose un modèle
AR(1) pour les vagues 2 à 5 où les coefficients d’autocorrélation
dépendent de la vague et du mois. Ces considérations donnent le modèle suivant
pour les erreurs d’enquête :
avec
les coefficients d’autocorrélation
partielle dépendant du temps entre les vagues
et
dérivés de (4.6). Par
conséquent,
et
pour
Les variances
sont des paramètres d’échelle
avec des valeurs proches de 1 pour la première vague et proches de
pour les autres vagues, où
indique la longueur de la série
observée.
Le
modèle (4.1) utilise les données d’échantillonnage observées pendant les
périodes précédentes dans chaque domaine pour améliorer la précision de
l’estimateur par la régression des données d’enquête et il tient compte du
biais de renouvellement et de la corrélation sérielle induite par le plan
d’échantillonnage à panel rotatif. Pour tirer parti des données
d’échantillonnage entre domaines, on peut combiner le modèle (4.1) conçu
pour les domaines séparés dans un modèle multivarié unique :
où
désigne le nombre de domaines,
qui est égal à 12 dans la présente application. Ce cadre multivarié permet
d’utiliser l’information de l’échantillon entre les domaines en modélisant la
corrélation entre les termes de perturbation des différentes composantes
structurelles des séries chronologiques (tendance, saisonnière, biais de
renouvellement) ou en définissant les hyperparamètres ou les variables d’état
de ces composantes comme étant égaux dans tous les domaines. Dans l’article,
les modèles présentant une corrélation transversale entre les termes de perturbation
de la pente de la tendance (4.3) sont pris en compte, c’est-à-dire que
La structure de covariance la plus
parcimonieuse est une matrice diagonale où tous les domaines partagent une même
composante de variance, soit
pour tous les
et
tous les
et
Il s’agit de modèles de séries
chronologiques structurels dits apparemment non liés, qui constituent une
méthode synthétique d’utilisation des données d’échantillonnage entre domaines.
Une structure de covariance légèrement plus complexe et réaliste serait une
matrice diagonale où chaque domaine a une composante de variance distincte,
soit
pour tous les
et
Dans ce cas, le modèle emprunte
de l’information seulement dans le temps et ne tire pas parti de l’information
transversale. La structure de covariance la plus complexe permet une matrice de
covariance complète. Une forte corrélation entre les perturbations de pente
dans tous les domaines peut produire des tendances cointégrées. Cela implique
que les tendances communes
sont nécessaires à la
modélisation de dynamique des tendances pour les domaines
et permettent la spécification
des modèles dits à tendance commune (Koopman, Harvey, Doornik et Shephard,
1999; Krieg et van den Brakel, 2012). Les premières analyses de MSCS
ont montré que la composante saisonnière et la composante de biais de
renouvellement sont indépendantes du temps. Par conséquent, il ne serait pas
judicieux de modéliser des corrélations entre les termes de perturbation
saisonnière et de biais de renouvellement. Étant donné que les hyperparamètres
des paramètres du domaine de population de bruit blanc tendent à être nuls, il semble
préférable de supprimer complètement cette composante du modèle, ce qui
implique que les corrélations de modélisation entre le bruit de la population
ne sont pas prises en compte. Les corrélations entre les erreurs d’enquête pour
différents domaines ne sont pas non plus prises en compte, car les domaines
sont des régions géographiques dont les échantillons sont tirés indépendamment.
Comme
solution de substitution à un modèle avec matrice de covariance complète pour
les perturbations de pente, on considère un modèle de tendance qui a un modèle
de tendance lisse commun à toutes les provinces plus les composantes de
tendance
qui
décrivent l’écart de chaque domaine par rapport à cette tendance globale. Dans
ce cas, (4.2) est donné par
Ici,
est la composante de tendance
lisse globale, définie par (4.3), et
est l’écart par rapport à la
tendance globale pour les domaines distincts, définis comme échelles locales
ou comme des tendances lisses comme
dans (4.3). Ces modèles de tendance permettent implicitement des
corrélations (positives) entre les tendances des différents domaines.
Les
paramètres qu’il faut estimer dans la méthode de modélisation de séries
chronologiques sont la tendance et le signal. Ce dernier se définit comme la
tendance plus la composante saisonnière. La méthode des séries chronologiques
convient particulièrement à l’estimation des variations d’un mois à l’autre.
Les profils saisonniers compliquent l’interprétation des variations d’un mois à
l’autre des estimations directes et des signaux lissés. C’est pourquoi les
variations d’un mois à l’autre sont calculées seulement pour les tendances. En
raison de la forte corrélation positive entre les niveaux des périodes
consécutives, les erreurs-types des variations d’un mois à l’autre du niveau
des tendances sont considérablement plus faibles que celles des variations d’un
mois à l’autre des estimations directes, par exemple. La variation d’un
mois à l’autre de la tendance est définie comme étant
pour les modèles avec tendances séparées pour
les domaines ou
pour les modèles avec une tendance globale et
des tendances
pour l’écart des domaines distincts par
rapport à la tendance globale. Cette méthode de modélisation est également
utile pour l’estimation des évolutions d’une année à l’autre pour les tendances
définies comme étant
ou
Il
est également judicieux de calculer les variations d’une année à l’autre pour
les signaux, puisque la plus grande part de la composante saisonnière s’annule.
Ces évolutions sont définies d’une manière équivalente aux évolutions de la
tendance d’une année à l’autre.
On analyse
les modèles de séries chronologiques structurels ci-dessus en les mettant sous
une forme dite d’espace-état. On applique ensuite le filtre de Kalman pour
ajuster les modèles, où les hyperparamètres inconnus sont remplacés par leurs
estimations par le MV. L’analyse est réalisée au moyen d’un logiciel développé
dans OxMetrics en combinaison avec les sous-routines de SsfPack 3.0
(Doornik, 2009; Koopman, Shephard et Doornik, 1999, 2008). Les estimations par
le MV des hyperparamètres sont obtenues à l’aide de la procédure d’optimisation
numérique maxBFGS dans OxMetrics. Voir Boonstra et van den Brakel
(2016) pour plus de détails sur la représentation espace-état, l’initialisation
du filtre de Kalman et le logiciel utilisé aux fins d’ajustement de ces
modèles.
4.2 Modèle multiniveau de séries chronologiques
Pour la
description de la représentation des séries chronologiques multiniveau des
MSCS, les estimations initiales
sont combinées dans un vecteur
c’est-à-dire que l’indice de vague s’exécute plus rapidement que
l’indice temporel qui est plus rapide que l’indice de domaine. Le nombre de
domaines, de périodes et de vagues est représenté par
et
respectivement. La longueur totale de
est
par conséquent
12(domaines)* 72(mois)* 5(vagues) = 4 320.
De même, les estimations de la variance
sont mises dans le même ordre sur la diagonale
d’une matrice de covariance
La matrice de
covariance
n’est pas diagonale en raison des corrélations
induites par le plan d’échantillonnage par panel. Il s’agit d’une matrice bande
parcimonieuse, et l’ordre du vecteur
est
tel qu’il produit une largeur de bande minimale, ce qui est avantageux pour les
calculs.
Les modèles
multiniveaux envisagés pour la modélisation du vecteur des estimations directes
prennent une forme additive linéaire générale
où
est une matrice du plan
d’expérience
pour les effets fixes
et les
sont les matrices du plan
d’expérience
pour les vecteurs d’effets
aléatoires
Ici, la somme sur
s’exécute sur plusieurs termes
possibles d’effet aléatoire à différents niveaux, comme une tendance lisse à
l’échelle nationale, les tendances d’échelle locale provinciales, le bruit
blanc, etc. Cela est expliqué plus en détail ci-dessous. Les erreurs d’échantillonnage
sont considérées comme
distribuées normalement comme suit :
où
avec
comme matrice de covariance pour
les estimations initiales de la province
et
un paramètre d’échelle de la
variance propre à la province qu’il faut estimer. Comme on l’a décrit à la
section 3, les variances par rapport au plan dans
sont regroupées sur toutes les
provinces et, en raison de la nature discrète des données sur le chômage, elles
perdent ainsi une partie de leur dépendance à l’égard du niveau de chômage. On
a constaté que l’intégration des facteurs d’échelle de la variance
permet au modèle de rééchelonner
les variances par rapport au plan estimées à un niveau améliorant l’ajustement
des données.
Pour décrire
le modèle général de chaque vecteur
d’effets aléatoires, nous supprimons
l’exposant
Chaque vecteur
a
composantes correspondant à
effets autorisés à varier sur
niveaux d’une variable de facteur. En
particulier,
où
et
sont des matrices de covariance
et
respectivement. Comme à la
section 4.1, la matrice de covariance
peut être paramétrée de trois
manières différentes. La plupart du temps, il s’agit d’une matrice de
covariance non structurée, c’est-à-dire entièrement paramétrée. Les formes plus
parcimonieuses sont
ou
Si
les trois paramétrisations sont
équivalentes. La matrice de covariance
décrit la structure de
covariance entre les niveaux de la variable de facteur et elle est supposée
connue. Il est généralement plus pratique d’utiliser la matrice de précision
car elle est parcimonieuse pour
de nombreuses structures courantes de corrélation temporelle et spatiale (Rue
et Held, 2005).
4.2.1 Relations entre les représentations
espace-état et les représentations multiniveaux des séries chronologiques
On peut
représenter une tendance lisse unique comme une ordonnée à l’origine aléatoire
variant dans le temps
avec une corrélation temporelle déterminée par
une matrice de précision parcimonieuse
de
bande
associée à une marche aléatoire du second
ordre (Rue et Held, 2005). Dans ce cas
et
la matrice du plan d’expérience
est
la matrice des indicateurs
pour le mois, c’est-à-dire la matrice avec un
seul 1 dans chaque rang pour le mois correspondant et des 0 ailleurs.
La parcimonie de
et
peut être exploitée dans les calculs. La
matrice de précision pour la composante de tendance lisse a deux vecteurs
singuliers,
et
Cela signifie que la spécification
correspondante (4.14) est complètement non informative sur le niveau global et
la tendance linéaire. Afin d’éviter la non-identifiabilité entre les différents
termes du modèle, on peut supprimer le niveau global et la tendance de
en
imposant les contraintes
où
est
la matrice
avec les deux vecteurs singuliers comme rangs.
Le niveau global et la tendance sont ensuite inclus dans le vecteur
des
effets fixes. Dans la représentation espace-état, on obtient ce modèle en
définissant un modèle de tendance (4.3) pour tous les domaines, c’est-à-dire
et
pour tous les
Définir les variables d’état pour la tendance
comme étant égales dans les domaines est une méthode très synthétique
d’utilisation des données d’échantillonnage provenant d’autres domaines, qui se
fonde sur des hypothèses qui, dans la plupart des cas, ne se vérifient pas.
On obtient
une tendance lisse pour chaque province avec
et
une
matrice de covariance
soit diagonale avec un seul paramètre de
variance, diagonale avec des paramètres de variance
ou
non structurée, c’est-à-dire entièrement paramétrée pour ce qui est des
paramètres de variance
et
des paramètres de corrélation
Dans ce cas, la matrice du plan d’expérience
est
Dans la représentation espace-état, on obtient
ces modèles avec le modèle de tendance (4.3) et la structure de
covariance (4.9).
Un autre
modèle de tendance consisterait en une seule tendance globale lisse (marche
aléatoire de second ordre) complétée par une tendance d’échelle locale, c’est-à-dire
une marche aléatoire ordinaire (de premier ordre) pour chaque province. Ce
dernier peut être modélisé de la manière décrite dans le paragraphe précédent,
mais avec une matrice de précision associée à une marche aléatoire de premier
ordre. Ce modèle de tendance correspond aux modèles (4.10) et (4.11)
dans le contexte espace-état. À la différence de la méthode espace-état, il n’est
pas nécessaire de supprimer du modèle une des tendances de la marche aléatoire
provinciale aux fins d’identifiabilité. Cela s’explique par le fait que les
contraintes de la méthode multiniveau sont imposées de façon à ce que la
tendance lisse globale ainsi que toutes les tendances de marche aléatoire
provinciale soient à somme nulle dans le temps. Les composantes contraintes
correspondent aux ordonnées à l’origine globales et provinciales, qui sont
incluses séparément dans le modèle en tant qu’effets fixes, avec l’exclusion
d’un effet fixe provincial.
On peut
également exprimer les effets saisonniers en termes d’effets aléatoires
corrélés (4.14). La composante saisonnière trigonométrique est équivalente au
modèle saisonnier de la variable nominale équilibrée (Proietti, 2000; Harvey,
2006), qui correspond à des marches aléatoires de premier ordre dans le temps
pour chaque mois, sujettes à une contrainte à somme nulle pour tous les mois.
Dans ce cas
(saisons),
et
étant la matrice de précision d’une marche
aléatoire de premier ordre. Les contraintes à somme nulle sur les saisons pour
chaque temps, ainsi que les contraintes à somme nulle dans le temps pour chaque
marche aléatoire peuvent être imposées comme
avec
étant la matrice
Accompagné d’effets fixes pour chaque
saison (encore une fois avec une contrainte à somme nulle imposée), ce terme
d’effet aléatoire est équivalent à la saisonnalité trigonométrique. Il peut
être étendu à une composante saisonnière pour chaque province, avec un
paramètre de variance distinct pour chaque province.
Pour tenir
compte du biais de renouvellement, le modèle multiniveau comprend des effets
fixes pour les vagues 2 à 5. Facultativement, on peut modéliser ces
effets dynamiquement en ajoutant des marches aléatoires dans le temps pour
chaque vague. Il faut aussi faire un autre choix, à savoir si les effets fixes
et aléatoires sont croisés avec la province.
On peut
inclure d’autres effets fixes dans le modèle, par exemple ceux associés
aux variables auxiliaires utilisées dans les estimations par la régression des
données d’enquête. On pourrait aussi modéliser certaines interactions à effet
fixe, par exemple saison
province ou vague
province, en tant qu’effets aléatoires
pour réduire le risque de surajustement.
Enfin, on
peut ajouter un terme de bruit blanc au modèle pour tenir compte des variations
inexpliquées par domaine et par temps dans le signal.
Le
modèle (4.12) peut être considéré comme une généralisation du modèle au
niveau du domaine de Fay-Herriot. Le modèle de Fay-Herriot ne comprend qu’un
seul vecteur d’effets aléatoires non corrélés sur les niveaux d’une variable à
un seul facteur (généralement des régions). Les modèles utilisés dans le
présent article comprennent diverses combinaisons d’effets aléatoires non
corrélés et corrélés sur des régions et des mois. Des modèles de séries
chronologiques multiniveaux étendant le modèle de Fay-Herriot ont été présentés
dans Rao et Yu (1994), Datta et coll. (1999), et You (2008). Dans Datta et coll.
(1999) et You (2008) des modèles de séries chronologiques sont utilisés avec
des effets de domaine indépendants et des marches aléatoires de premier ordre
dans le temps pour chaque domaine. Rao et Yu (1994) utilisent un modèle avec
effets aléatoires indépendants et un processus autorégressif AR(1) stationnaire
au lieu d’un modèle de marche aléatoire dans le temps. You et coll. (2003)
ont constaté que le modèle de marche aléatoire correspondait légèrement mieux
aux données canadiennes sur le chômage que les modèles AR(1) avec un paramètre
d’autocorrélation fixé à 0,5 ou 0,75. Nous ne nous intéresserons pas
aux modèles AR(1) dans cet article et nous renvoyons à Diallo (2014) pour une
approche permettant à la fois des tendances stationnaires et non stationnaires.
Comparé aux références ci-dessus, notre modèle présente une nouvelle
caractéristique, à savoir que l’on tient compte des tendances lisses plutôt que
des marches aléatoires de premier ordre ou des composantes autorégressives, ou
en plus de celles-ci. Nous incluons également les effets aléatoires
indépendants de zone dans le temps comme terme de bruit blanc tenant compte de
la variation inexpliquée au niveau d’agrégation d’intérêt.
4.2.2 Estimation de modèles multiniveaux de séries
chronologiques
On utilise
une approche bayésienne pour adapter le modèle (4.12)-(4.14). Cela signifie que
nous avons besoin de distributions a priori pour tous les (hyper)paramètres du
modèle. Les lois a priori suivantes sont utilisées :
- On attribue aux paramètres de variance au
niveau des données
pour
des
lois du chi carré inverses avec des degrés de liberté et des paramètres
d’échelle égaux à 1.
- Les effets fixes se voient attribuer une loi a
priori normale avec une matrice de variance diagonale fixe et une moyenne
nulle, présentant de très grandes valeurs (1e10).
- Pour une matrice de covariance entièrement paramétrée
dans
(4.14), nous utilisons la loi de de Wishart inverse a priori mise à l’échelle
proposée dans O’Malley et Zaslavsky (2008) et recommandée par Gelman et Hill
(2007). Conditionnellement à un paramètre vectoriel dimensionnel
- où
est
choisi et
On
attribue au vecteur
une
distribution normale
- On attribue à tous les autres paramètres de
variance apparaissant dans une matrice diagonale
dans (4.14), conditionnellement à un
paramètre auxiliaire
des
lois a priori du chi carré inverses avec un degré de liberté de 1 et un
paramètre d’échelle
On
attribue à chaque paramètre
une
loi a priori
Marginalement, les paramètres de l’écart-type
ont des demi-distributions de Cauchy a priori. Gelman (2006) montre que ces
lois a priori sont de meilleures lois a priori par défaut que les lois a priori
du chi carré inverses, plus courantes.
Le modèle est
ajusté au moyen d’un échantillonnage par méthode de Monte-Carlo par chaînes de
Markov (MCMC), en particulier l’échantillonneur de Gibbs (Geman et Geman, 1984;
Gelfand et Smith, 1990). Les modèles multiniveaux considérés appartiennent à la
classe des modèles gaussiens latents additifs dont les termes d’effet aléatoire
sont des champs aléatoires gaussiens de Markov (GMRF), et nous utilisons la
matrice parcimonieuse et les techniques d’échantillonnage par blocs décrites
dans Rue et Held (2005) pour ajuster efficacement ces modèles aux données. De
plus, la paramétrisation selon les paramètres auxiliaires susmentionnés
(Gelman, Van Dyk, Huang et Boscardin, 2008)
améliore considérablement la convergence de l’échantillonneur de Gibbs utilisé.
Voir Boonstra et van den Brakel (2016) pour plus de détails sur
l’échantillonneur de Gibbs utilisé, y compris les spécifications des
distributions conditionnelles complètes. Les méthodes sont mises en œuvre
en R au moyen du paquet en R mcmcsae (Boonstra, 2016).
Pour chaque
modèle considéré, l’échantillonneur de Gibbs est exécuté dans trois chaînes
indépendantes avec des valeurs de départ aléatoires. Chaque chaîne s’exécute
pendant 2 500 itérations. Les 500 premiers tirages sont
supprimés en tant « qu’échantillon de rodage ». Sur les 2 000
tirages restants de chaque chaîne, nous conservons un tirage sur cinq pour
économiser de la mémoire tout en réduisant l’effet d’autocorrélation entre les
tirages successifs. Cela nous laisse
3 * 400 = 1 200 tirages pour calculer les
estimations et les erreurs-types. On a constaté que le nombre réel de tirages
indépendants était de près de 1 200 pour la plupart des paramètres du
modèle, ce qui signifie que la plupart des autocorrélations sont éliminées par
la réduction. On évalue la convergence de la simulation par MCMC au moyen de
tracés et de graphiques d’autocorrélation ainsi que du facteur de réduction
d’échelle potentiel de Gelman-Rubin (Gelman et Rubin, 1992), qui diagnostique
le mélange de chaînes. Les diagnostics suggèrent que toutes les chaînes
convergent correctement à l’étape de rodage, et que les chaînes se mélangent
bien, puisque tous les facteurs de Gelman-Rubin sont proches de 1. De
plus, les erreurs de simulation de Monte-Carlo estimées (qui tiennent compte de
toute autocorrélation restant dans les chaînes) sont faibles comparativement
aux erreurs-types a posteriori pour tous les paramètres, si bien que le nombre
de tirages conservés suffit à nos besoins.
On peut
exprimer les paramètres à estimer d’intérêt sous forme de fonctions des
paramètres, et l’application de ces fonctions aux données de sortie de la
méthode MCMC des paramètres donne des résultats tirés des lois a posteriori
pour ces paramètres à estimer. Dans l’article, nous synthétisons ces tirages en
fonction de leur écart moyen et de leur écart-type, qui servent respectivement
d’estimations et d’erreurs-types. Toutes les estimations prises en compte
peuvent être exprimées sous forme de prédicteurs linéaires, c’est-à-dire sous
forme de combinaisons linéaires des paramètres du modèle. On calcule les
estimations et les erreurs-types pour les paramètres à estimer suivants :
- Signal : le vecteur
y
compris tous les effets fixes et aléatoires, sauf ceux associés aux
vagues 2 à 5. Ces valeurs correspondent aux valeurs ajustées
associées à une rangée sur cinq
de
et
des matrices du plan d’expérience.
- Tendance : prédiction de la tendance à
long terme. On réalise ce calcul en incorporant seulement les composantes des
tendances de chaque modèle dans le prédicteur linéaire. Pour la plupart des
modèles considérés, la tendance correspond aux chiffres désaisonnalisés, c’est-à-dire
à des prédictions du signal dont tous les effets saisonniers sont éliminés.
- Croissance de la tendance : les
différences entre les tendances au cours de deux mois consécutifs.