Combinaison d’échantillons probabilistes indépendants
Section 2. Combiner des estimations distinctes
Supposons que
nous avons
estimateurs,
d’un total de population
résultant de
échantillons indépendants de la même
population. Nos possibilités dépendent fortement des renseignements
disponibles. Si nous avons des estimations et les estimations de la variance
correspondante, une combinaison linéaire fondée sur des poids calculés à partir
de variances estimées pourrait alors être une solution intéressante. Nous
pourrions aussi pondérer les estimateurs en fonction de la taille de
l’échantillon, si elle est connue, mais on sait que cela est loin d’être
optimal dans certaines situations. Rappelons la théorie de combinaison linéaire
optimale d’estimateurs indépendants sans biais. La combinaison linéaire de
ayant la plus petite variance est
où
sont des poids positifs dont la somme
est égale à 1. La variance de
est
Il est
courant d’utiliser les estimations de la variance à la place des variances
inconnues dans le calcul des poids
comme dans Cochran et Carroll (1953) et
Cochran (1954). Si les estimateurs de la variance sont convergents, cette
méthode fournira asymptotiquement la pondération optimale. De plus, si on
suppose que les estimateurs de la variance sont indépendants des estimateurs
l’estimateur qui en résulte
est sans biais et sa variance dépend uniquement de la
variance de
et des EQM des
voir Rubin et Weisberg (1974).
Toutefois, comme nous le montrerons bientôt, l’hypothèse d’indépendance est
susceptible de ne pas être respectée dans de nombreuses applications d’échantillonnage.
Dans le cas de corrélations positives entre les estimateurs et leurs
estimateurs de variance, nous donnons un poids plus important aux petites
estimations, car elles ont tendance à avoir des variances estimées plus
petites. Ainsi, l’estimateur combiné (utilisant des poids basés sur des
variances estimées) aura un biais négatif, susceptible d’augmenter à mesure qu’augmente
le nombre d’enquêtes indépendantes que nous combinons (voir l’exemple 1).
L’opposé est également vrai en cas de corrélation négative, mais cette
situation est probablement plus rare dans les applications d’échantillonnage.
Exemple 1 : Voici un exemple simpliste illustrant la
possibilité d’augmentation du biais à mesure qu’augmente le nombre d’enquêtes
indépendantes que nous combinons. Supposons que l’estimateur sans biais
pour un échantillon a pour valeur 1 ou 2
avec des probabilités égales et soit un estimateur de la variance dont la
valeur est
fois l’estimateur (corrélation parfaite) et qui
est sans biais
De toute évidence, la valeur espérée de
est 1,5. Considérons ensuite la combinaison
linéaire de deux estimateurs indépendants
du même type que
au moyen des variances estimées. La paire
a les quatre résultats possibles suivants (1,1), (1,2), (2,1), (2,2), chacun ayant une
probabilité de 1/4. Les résultats
correspondants pour la combinaison linéaire
avec les variances estimées
sont 1, 4/3, 4/3, 2 avec une espérance de
Le biais est négatif. Si un troisième estimateur indépendant du
même type est ajouté, nous avons les huit résultats suivants (1,1,1,1), (1,1,2), (1,2,1), (1,2,2), (2,1,1), (2,1,2), (2,2,1), (2,2,2), chacun ayant une
probabilité égale de 1/8. Les
résultats correspondants pour
sont 1, 6/5, 6/5, 3/2,
6/5, 3/2, 3/2, 2 avec une espérance de
Le biais est encore plus négatif et il continue de croître à mesure que
d’autres estimateurs indépendants du même type sont ajoutés à la combinaison.
2.1 Pourquoi a-t-on fréquemment une corrélation
positive entre l’estimateur et l’estimateur de la variance dans les
applications d’échantillonnage ?
La question
de la corrélation positive entre l’estimateur d’un total et l’estimateur de sa
variance a été constatée auparavant par Gregoire et Schabenberger (1999) quand
l’échantillonnage rend asymétriques des populations biologiques, mais nous
montrons qu’une forte corrélation peut apparaître dans des applications
d’échantillonnage plus générales. Supposons que la variable cible n’est pas
négative et que
pour exactement
unités. La proportion de
non
nuls (positifs) est désigné par
Cette situation est très courante dans
l’échantillonnage et nous obtenons une variable cible de ce type si nous
estimons un total de domaine
à
l’extérieur du domaine) ou si un sous-ensemble de la population seulement a la
propriété d’intérêt.
L’estimateur
de Horvitz-Thompson (HT) sans biais fondé sur le plan est donné par
où
désigne l’ensemble aléatoire d’unités
échantillonnées et
Selon des plans à taille fixe,
la variance de
est
où
est la probabilité d’inclusion
du second ordre. L’estimateur de la variance correspondant est
Si tous les
sont strictement positifs, l’estimateur
de la variance est alors un estimateur sans biais de
Le nombre de
non
nuls dans
(et
par conséquent dans
est
noté ici par
et
est habituellement un nombre aléatoire. On peut montrer que le nombre
d’éléments non nuls dans
est
approximativement proportionnel à
si
est
petit, ce qui indique la possibilité d’une forte corrélation entre
et
en
général si
est
petit. Pour montrer que le nombre de termes non nuls dans
est
approximativement proportionnel à
nous observons trois cas, le troisième étant
le plus général.
Cas 1 : Supposons que toutes les valeurs
non nulles sont différentes, c’est-à-dire
pour
et
pour tous les
La double somme dans
contient alors
termes non nuls ayant la forme
où
est égal à
ou
et
Il y a
termes non nuls ayant la forme
où
Le nombre total de termes non
nuls est
Si
est plutôt grand et
est petit, alors
et nous avons à peu près
Ainsi, le nombre de termes non
nuls est approximativement proportionnel à
Cas 2 : Supposons que toutes les valeurs
non nulles sont égales, par
exemple
est une variable d’indicateur et
et
pour tous les
Alors la double somme dans
contient
termes non nuls ayant la forme
où
est égal à
ou
et
Si
est plutôt grand et
est petit, alors
nous avons à peu près
Ainsi, le nombre de termes non
nuls est encore approximativement proportionnel à
Cas 3 : Si certaines valeurs
non nulles sont égales et que
les autres sont différentes, alors le nombre de termes non nuls sera entre
(cas 2) et
(cas 1). Ainsi, le nombre
de termes non nuls dans
est toujours approximativement
proportionnel à
si
est petit.
Si
pour tous les
alors tous les termes non nuls sont positifs.
Cette condition se vérifie, par exemple, pour les plans d’échantillonnage
aléatoire simple (EAS) et avec probabilités inégales à grande entropie, comme
sous un échantillonnage de Poisson conditionnel, de Sampford et de Pareto. Pour
un traitement plus détaillé de l’entropie des plans d’échantillonnage, voir par
exemple Grafström (2010). Il est peu probable que la taille moyenne des
termes positifs dans
ou
dépende beaucoup de
Par
conséquent, si
contient
termes positifs, et
contient un nombre de termes positifs
proportionnel à
leurs tailles sont principalement déterminées
par
Une
variance relative élevée dans
peut causer une forte corrélation entre
et
voir l’exemple 2.
Des plans
courants peuvent produire une variance relative élevée pour
Si
nous utilisons un échantillonnage aléatoire simple sans remise, nous obtenons
et
ce
qui signifie qu’il nous faut un grand
ou
une grande fraction d’échantillon
afin d’obtenir une petite variance relative
pour
Dans de nombreuses applications, nous aurons
une valeur
plutôt petite et une petite fraction
d’échantillon
et,
par conséquent, pour de nombreux plans (qui n’utilisent pas de renseignements
antérieurs pouvant expliquer dans une certaine mesure si
ou
non), il y aura une variance relative élevée pour
Afin d’illustrer la grandeur de la corrélation
résultant entre l’estimateur et son estimateur de variance, voici un exemple
d’échantillonnage aléatoire simple sans remise.
Exemple 2 : Dans cet exemple, nous
simulerons d’abord une population de taille
où
c’est-à-dire
Les 100 valeurs
non nulles sont simulées à partir de
sachant que
et
Nous sélectionnons des échantillons de taille
avec échantillonnage aléatoire simple, de
sorte que
et
pour
La corrélation observée entre
et
était de 0,974 pour
échantillons, voir la figure 2.1 pour les
1 000 premières observations de
Si nous augmentons
à 0,3, la corrélation est encore supérieure
à 0,9. Les résultats ne changent pas si le rapport
demeure inchangé; nous obtenons par exemple les mêmes corrélations si
et
Supposons maintenant que nous avons accès
à plus d’un échantillon pour l’estimation de
Comme on l’a indiqué précédemment, en cas de
corrélations positives élevées entre les estimateurs et les estimateurs de
variance correspondants, il y a un risque de biais important quand on utilise
une combinaison linéaire avec des variances estimées. L’intérêt de
l’utilisation de données combinées peut être plus grand pour les petits
domaines ou les propriétés rares, cas dans lesquels le problème de forte
corrélation est le plus probable. Nous aborderons ensuite d’autres solutions
d’utilisation de renseignements combinés provenant de plusieurs échantillons.

Description de la figure 2.1
Graphique en nuage de points présentant la relation entre l’estimateur de Horvitz-Thompson et son estimateur de variance pour une variable à 90 % nulle, pour les 1 000 premiers points. L’estimation de variance est sur l’axe des y, allant de 20 000 à 70 000. L’estimation est sur l’axe des x, allant de 400 à 1 800. La corrélation de 0,974 observée entre l’estimation et sa variance se traduit par une relation linéaire positive forte entre x et y.