Combinaison d’échantillons probabilistes indépendants
Section 3. Combiner des échantillons
Nous calculons ici les éléments du plan (par
exemple probabilités d’inclusion du premier et du second ordre) pour
l’échantillon combiné. Il existe toutefois différentes façons de combiner des
échantillons. Nous devons par exemple choisir entre un comptage multiple ou un
comptage unique pour le plan combiné. Quand on combine des échantillons
indépendants provenant de la même population, nous devons connaître les
probabilités d’inclusion de toutes les unités des échantillons, pour tous les
plans. Les probabilités d’inclusion du second ordre sont nécessaires pour
l’estimation de la variance. Dans certains cas, il nous faut aussi des
identificateurs uniques (étiquettes) pour les unités de façon afin qu’elles
puissent être appariées, par exemple, quand on utilise un comptage unique ou
quand au moins un plan distinct a des probabilités inégales. Bankier (1986) a
examiné la méthode du comptage unique pour le cas particulier de la combinaison
de deux échantillons aléatoires simples stratifiés sélectionnés indépendamment
et tirés de la même base de sondage. Roberts et Binder (2009) et
O’Muircheartaigh et Pedlow (2002) ont discuté des différentes possibilités pour
combiner des échantillons indépendants tirés d’une même base de sondage, mais
pas avec des plans d’échantillonnage généraux.
Un problème quelque peu semblable est
l’estimation fondée sur des échantillons provenant de bases multiples
chevauchantes, voir par exemple les articles de synthèse de Lohr (2009,
2011) et les articles qu’il cite. Bien que le fait d’avoir la même base de
sondage puisse être considéré comme un cas particulier de bases multiples, nous
n’avons pas trouvé de calculs des éléments du plan (en particulier des
probabilités d’inclusion du second ordre et l’ordre deux du nombre espéré
d’inclusions) pour la combinaison des plans d’échantillonnage généraux. Pour le
cas des plans de sondage probabiliste généraux, nous présentons ci-dessous en
détail deux façons principales de combiner les échantillons probabilistes et de
calculer les caractéristiques de plan correspondantes nécessaires pour
l’estimation sans biais et l’estimation de la variance sans biais.
3.1 Combinaison à comptage unique
Ici, nous combinons d’abord deux
échantillons indépendants
et
tirés de la même population, et nous étudions
l’union des deux échantillons dans notre échantillon combiné. Ainsi,
l’inclusion d’une unité n’est comptée qu’une seule fois, même si l’unité est
incluse dans plus d’un échantillon. Les probabilités d’inclusion du
premier ordre sont :
où
et
pour
Soit
et
l’indicateur d’inclusion de
l’unité
dans
et
respectivement. Le plan qui en
résulte n’est plus un plan à taille fixe (bien que les plans distincts soient
de taille fixe). La taille espérée de l’union
est donnée par
où
désigne la taille aléatoire de l’union.
Si nous voulons savoir dans quelle mesure les échantillons se chevaucheront en
moyenne, la taille espérée du chevauchement est donnée par la somme
Les probabilités d’inclusion du second
ordre
pour l’union
peuvent s’exprimer en termes des probabilités
d’inclusion du premier et du second ordre des deux plans respectifs. Soit
alors
En conditionnant sur les résultats pour
et
dans
on
obtient les quatre cas suivants
Tableau 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau 1. Les données sont présentées selon (equation) (titres de rangée) et (equation)(figurant comme en-tête de colonne).
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| 1 |
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1 |
| 2 |
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| 3 |
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| 4 |
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où
pour
Les événements
sont disjoints et
Par conséquent, on a par la
formule des probabilités totales
Cela donne
On peut généraliser les
équations (3.1) et (3.2) pour obtenir de façon récursive les
probabilités d’inclusion du premier et du second ordre de l’union d’un nombre
arbitraire
d’échantillons indépendants.
Après avoir calculé les probabilités de l’union des deux premiers échantillons,
nous pouvons combiner le résultat avec les probabilités du troisième plan en
utilisant les mêmes formules, et ainsi de suite. À titre d’exemple, soit
la probabilité d’inclusion du
premier ordre de l’unité
dans l’union des premiers
échantillons
On a alors
comme probabilité d’inclusion du
premier ordre de l’unité
dans l’union des
premiers échantillons. De même,
pour les probabilités d’inclusion du second ordre, nous obtenons la formule
récursive
Désormais,
pour la combinaison de
échantillons indépendants, nous utilisons la
notation simplifiée
et
Étant donné que les échantillons individuels
sont suceptibles de se chevaucher, le plan qui en résulte n’est pas de taille
fixe. L’estimateur combiné sans biais à comptage unique, sous forme
d’estimateur de Horvitz-Thompson, est donné par
La variance est
et l’estimateur de la variance sans
biais est
Pour la combinaison d’échantillons
indépendants avec des probabilités d’inclusion positives du premier ordre, nous
avons toujours
pour toutes les paires
ce qui est nécessaire pour que l’estimateur
de la variance ci-dessus soit sans biais. En ce qui concerne l’EQM, il peut être
avantageux de ne pas utiliser l’estimateur à un comptage unique, mais plutôt un
estimateur qui tienne compte de la taille de l’échantillon aléatoire.
Toutefois, dans ce cas, nous nous limitons à n’utiliser que des estimateurs
sans biais.
3.2 Combinaison
à comptage multiple
Nous
examinons d’abord la manière de combiner deux échantillons indépendants
et
sélectionnés dans la même population, où nous
permettons que chaque unité puisse être incluse plusieurs fois. Le nombre
d’inclusions de l’unité
dans l’échantillon combiné est noté par
et
il est égal à la somme du nombre d’inclusions de l’unité
dans les deux échantillons combinés,
c’est-à-dire
où
est
le nombre d’inclusions de l’unité
dans l’échantillon
Le
nombre espéré d’inclusions de l’unité
dans la combinaison est donné par
où
est le nombre espéré d’inclusions
de l’unité
dans l’échantillon
La taille de l’échantillon
(pouvant être aléatoire) est la somme
de toutes les inclusions
individuelles et la taille espérée de l’échantillon est la somme
de tous les nombres individuels espérés
d’inclusions. On peut montrer que
où
sont le nombre espéré d’inclusions
du second ordre dans l’échantillon
De toute évidence,
si le plan pour l’échantillon
est sans remise. Notons que,
parce que
peut prendre d’autres valeurs
que 0 ou 1,
est en général non égal à
mais
On peut utiliser les
équations (3.3) et (3.4) de façon récursive pour obtenir
et
pour la combinaison d’un nombre
arbitraire
d’échantillons indépendants.
Nous obtenons alors les formules récursives
et
Les résultats précédents
et (3.4) découlent du fait que
et que
et
sont indépendants. Nous avons
par exemple
Pour la combinaison de
échantillons indépendants, nous
utilisons maintenant la notation simplifiée
et
On peut estimer le total
sans biais avec l’estimateur à comptage
multiple, l’estimateur de Hansen-Hurwitz (Hansen et Hurwitz, 1943) en étant un
cas particulier. Il est donné par
Nous obtenons l’estimateur de
Hansen-Hurwitz si
où
est le nombre d’unités tirées et
avec
sont les probabilités d’un
tirage indépendant unique. La variance de
peut être exprimée comme étant
Un des estimateurs de la variance est
Il s’ensuit directement que l’estimateur
de la variance ci-dessus est sans biais, car quand on combine des échantillons
indépendants avec des probabilités d’inclusion du premier ordre positives, nous
avons toujours
pour toutes les paires
3.3 Comparer des estimateurs combinés et distincts
Deux exemples
montrent que l’estimateur combiné n’est pas nécessairement aussi bon que le
meilleur estimateur distinct.
Exemple 3 : Supposons que le premier
échantillon,
est de taille fixe avec
et que le deuxième est un échantillon aléatoire simple avec
Alors, l’estimateur de Horvitz-Thompson
a une variance nulle, mais l’estimateur à comptage unique combiné avec
a une variance positive. Par conséquent, l’estimateur combiné est
moins performant que le meilleur estimateur distinct.
Exemple 4 : Supposons que le plan du
premier échantillon est stratifié de telle sorte qu’il n’y a pas de variation à
l’intérieur des strates. Alors, l’estimateur distinct
a une variance nulle. Si le premier échantillon est combiné à un
deuxième échantillon non stratifié, alors le plan d’échantillonnage qui en
résulte n’a pas de tailles d’échantillon fixes dans les strates. Par
conséquent, l’estimateur combiné a une variance positive.
Ces exemples
montrent qu’il faut faire preuve de prudence avant de combiner des plans
d’échantillonnage très différents, comme un plan à probabilités inégales avec
un plan à probabilités égales, ou un plan de sondage stratifié avec un plan de
sondage non stratifié. Il faut se montrer particulièrement prudent si nous
voulons estimer le total directement à partir de l’échantillon combiné. Notons
toutefois qu’en cas de combinaison d’échantillons de plans relativement
semblables, il est probable que l’estimateur combiné soit meilleur que le meilleur
des estimateurs distincts.
Nous
examinerons ensuite comment utiliser la méthode combinée pour l’estimation des
variances distinctes, puis l’estimateur en combinaison linéaire. En fait, comme
nous le verrons ultérieurement, l’utilisation de la méthode combinée pour
l’estimation de la variance de variances distinctes peut agir comme
stabilisateur des poids de la combinaison linéaire quand les poids sont basés
sur des variances estimées. On a une sorte d’effet de regroupement pour les
estimateurs de variance quand ils sont estimés avec le même ensemble de
renseignements.
3.4 Utiliser un échantillon combiné pour l’estimation
des variances d’estimateurs distincts
Au lieu
d’estimer directement le total
à
partir du plan combiné, on peut utiliser le plan combiné pour estimer les
variances des estimateurs distincts, puis continuer avec une combinaison
linéaire des estimateurs distincts. Supposons que nous avons accès à
échantillons indépendants et que nous voulons
estimer la variance d’un estimateur distinct, dont la variance est une double
somme des unités de population. Il y a deux possibilités principales pour
l’estimateur de variance : multiplier par
dans la formule de variance pour
obtenir un estimateur sans biais de la variance basé sur la combinaison de la
totalité des
échantillons
Par exemple, en supposant que la
variance de
est
nous pouvons utiliser la combinaison
de
pour estimer
par l’estimateur à comptage
unique
ou l’estimateur à comptage multiple
Notons que
et
de sorte que les estimateurs de
la variance ci-dessus utilisent tous les renseignements disponibles sur la
variable cible. Par conséquent, ces estimateurs de la variance peuvent être
considérés comme des estimateurs de la variance groupés généraux. Il s’ensuit
directement que les deux estimateurs sont sans biais, car tous les plans ont
des probabilités d’inclusion du premier ordre positives, ce qui implique que
tous les
et tous les
sont strictement positifs. De
façon intéressante, les estimateurs de la variance ci-dessus sont sans biais
bien que le plan distinct 1 ait certaines probabilités d’inclusion du
second ordre nulles, ce qui empêche l’estimation de la variance sans biais basée
sur le seul échantillon
Bien que la
production d’un estimateur de la variance sans biais pour tout plan soit une
propriété séduisante, on ne peut pas recommander les estimateurs de la variance
ci-dessus pour les plans ayant un degré élevé de probabilités d’inclusion du
second ordre nulles (comme en cas d’échantillonnage systématique). En effet,
les estimateurs peuvent être très instables pour ces plans et produire une
proportion élevée d’estimations de la variance négatives.
Comme nous le
verrons, si nous souhaitons utiliser un estimateur en combinaison linéaire, il
est important que toutes les variances soient estimées de la même manière. Il
est alors probable que les rapports, par exemple
soient stables (qu’ils aient une
petite variance). Les rapports sont plus stables parce que les estimateurs dans
le numérateur et le dénominateur se fondent sur les mêmes informations et sont
estimés avec les mêmes poids pour toutes les paires
dans tous les estimateurs. Avec
les variances estimées, nous obtenons
donc si les rapports des estimateurs
de la variance ont une petite variance, alors
a une petite variance. La
pondération dans la combinaison linéaire
se stabilise alors. Comme le
montre l’exemple suivant, le rapport des estimateurs de la variance peut même
avoir une variance nulle. Par conséquent, il peut parfois donner une
pondération optimale y compris quand les variances sont inconnues.
Exemple 5 : Supposons que nous voulons
combiner des estimations résultant de deux échantillons aléatoires simples de
taille différente. Nous pouvons bien entendu le faire de façon optimale sans
estimer les variances, mais à titre d’exemple, nous utiliserons la méthode
ci-dessus pour estimer les variances distinctes au moyen de l’échantillon
combiné. Dans ce cas, l’utilisation des estimateurs
et
donne la pondération optimale, de même que
et
Ce résultat découle du fait que si les deux plans sont un
échantillonnage aléatoire simple, nous avons :
qui se vérifie simplement. Si on a deux échantillons aléatoires
simples, la situation correspond à l’utilisation d’une estimation groupée pour
(la
variance de la population de
dans les expressions des
estimations de la variance, et cette estimation groupée est ensuite annulée
dans le calcul des poids.
On en conclut
que cette procédure est aussi susceptible de fournir une pondération plus
stable pour les plans qui s’écartent de l’échantillonnage aléatoire simple,
dans la mesure où les plans concernés ont une grande entropie (un caractère
aléatoire élevé). Le problème du biais de l’estimateur en combinaison linéaire
avec des variances estimées sera réduit par rapport à l’utilisation
d’estimateurs de la variance distincts et donc indépendants.
Nous pensons
que cela peut être une solution de substitution très intéressante, car
l’estimateur du total basé sur le plan combiné ne donne pas nécessairement une
plus petite variance que le meilleur des estimateurs distincts. Au moyen de
cette stratégie, nous pouvons améliorer les estimateurs de la variance
distincts, particulièrement pour un plus petit échantillon (si les données sont
disponibles pour un plus grand échantillon). Ainsi, la combinaison linéaire résultante
avec des variances estimées conjointement peut être une stratégie très
avantageuse.
En cas de
comptage unique, nous pourrions utiliser un estimateur de la variance de type
ratio comme
où
En cas de comptage multiple,
nous pouvons remplacer
par
Cet estimateur par le ratio
utilise la taille connue de la population des paires
qui est
et divise par la somme des poids
d’échantillon des paires. Il faut noter que
Cette correction est utile, car
le nombre de paires dans l’estimateur peut être aléatoire (puisque l’union des
échantillons peut avoir une taille aléatoire). Cela permet de rééchelonner les
poids de l’échantillon (des paires) pour les additionner à
Ceci introduira un certain biais
(comme toujours avec les estimateurs par le ratio), mais l’objectif est de
réduire la variance de l’estimateur de la variance. Toutefois, cette méthode n’est
utile que si nous nous intéressons à la variance distincte, car le terme de
correction sera identique pour tous les estimateurs de la variance distincts.
Par conséquent, cela ne change pas la pondération d’un estimateur en
combinaison linéaire avec des variances estimées.