Estimation du chômage sur petits domaines à l’aide des modèles latents de Markov
Section 5. Résultats
Dans cette section, nous présentons les
résultats de l’application du modèle MLM d’estimation sur petits domaines à
niveaux de zones aux données de l’EPA à la section 2. Nous ajustons le
modèle avec
états latents. Pour chaque valeur de
nous exécutons une chaîne de Markov à
100 000 itérations, puis considérons une période de rodage de
50 000 itérations. Nous approchons la moyenne postérieure par la
moyenne des échantillons MCMC retenus. De même, nous approchons la variance
postérieure de
par
la variance des échantillons. Nous sélectionnons
par
la méthode proposée de sélection de modèle. En fait, nous employons
l’expression (A.4) et obtenons les valeurs suivantes pour la densité
postérieure des données :
et
Nous validons notre procédure de sélection
de modèle en comparant le choix final au choix obtenu par le critère
d’information de déviance (CID). Plus précisément, nous nous attachons à
états latents pour lesquels la règle de Bayes
fournit les valeurs les plus élevées. Le CID confirme nos résultats, puisque
nous obtenons 8 334,0 et 8 362,4 respectivement pour
et
La figure 5.1 compare les estimations
représentées du premier et du dernier trimestre de toute la période. Celles-ci
peuvent être mises en correspondance avec les estimations directes à la
figure 2.1. Plus particulièrement, nous obtenons les estimations à la
première ligne de la figure 5.1 par le modèle MLM proposé à niveaux de
zones. Nous obtenons les estimations à la deuxième ligne par un modèle
transversal de Fay-Herriot (F-H) calculé avec le paquet R hbsae (Boonstra, 2012). Enfin, les estimations
à la dernière ligne s’obtiennent par le modèle YRG (You et coll., 2003) pour
lequel nous avons considéré trois choix possibles pour
0,50; 0,75 et 1,00, comme dans You et coll.
(2003). Pour mesurer l’ajustement global des trois modèles YRG possibles, nous
avons comparé les valeurs
prédictives postérieures (Meng, 1994). Il
s’agit en particulier de tirer des valeurs simulées d’une mesure de divergence
appropriée de la distribution prédictive postérieure, puis de les comparer à la
mesure correspondante pour les données observées. Plus précisément, si
est
une mesure de divergence qui dépend des données observées,
et
de la matrice des paramètres,
la
valeur
prédictive postérieure se définit comme
où
est
un échantillon tiré de la distribution prédictive postérieure. Si un modèle
s’ajuste bien aux données d’observation, les deux valeurs de la mesure de
divergence sont semblables. Par conséquent, la valeur
devrait être proche de 0,5. En revanche, les
valeurs
proches de 0 ou de 1 indiquent que le modèle
n’est pas bien ajusté aux données. Comme dans Datta et coll. (1999) et You et coll. (2003), nous utilisons en ajustement global la mesure de divergence
suivante :
La mesure prédictive
postérieure fait voir que le modèle avec
est mieux ajusté aux données. En
fait, il prend la valeur 0,188 pour
0,103 pour
et 0,032 pour
À noter que, pour notre modèle, nous
obtenons une valeur
de 0,311. Nous avons aussi appliqué la méthode
d’estimation de Datta et coll. (1999), mais le nombre de zones et le
nombre global d’observations ont rendu l’estimation prohibitive en fait de
calcul. C’est pourquoi nous ne l’avons pas retenue.
À la figure 5.1, nous pouvons
observer que toutes les estimations par modèle sont plus lisses que les
estimations directes initiales. Les cartes sont en codage couleur en fonction
des quartiles des estimations directes pour le premier trimestre de 2004. En
règle générale, les estimations de ce trimestre présentent un clivage assez net
entre les régions du nord, du centre et du sud de l’Italie et avec une
fréquence relativement supérieure du chômage dans la région méridionale. Au
quatrième trimestre de 2014, la fréquence du chômage est bien plus grande
partout au pays, conséquence d’une crise économique qui sévit en Italie depuis
2008. Les modèles MLM et F-H présentent une configuration semblable et
s’accordent avec la configuration de l’estimateur direct. Par ailleurs, le
modèle YRG produit des estimations plus contractées, ce qui ressort plus
particulièrement au quatrième trimestre de 2014 où il y a une sous-estimation
générale et bien distincte. C’est le comportement qui se dégage à tous les
points temporels. En fait, la figure 5.2 indique la différence absolue
entre les estimations directes et les estimations de modélisation. Les zones
sont ordonnées selon la variance estimée des estimations directes. Tous les
estimateurs par modèle ont un même comportement général avec des différences
moindres pour les estimations plus précises et des différences de plus en plus
marquées pour les estimations directes plus variables. Nous pouvons toutefois
remarquer que le modèle YRG fait voir des différences positives
systématiquement plus prononcées, ce qui suscite certaines préoccupations en
matière de biais.

Description de la figure 5.1
Figure présentant six cartes de l’Italie pour comparer les fréquences du chômage estimées par les modèles MLM, F-H et YRG pour 2004-T1 et 2014-T4. En règle générale, les estimations de ce trimestre présentent un clivage assez net entre les régions du nord, du centre et du sud de l’Italie et avec une fréquence relativement supérieure du chômage dans la région méridionale. Au quatrième trimestre de 2014, la fréquence du chômage est bien plus grande partout au pays. Les modèles MLM et F-H présentent une configuration semblable et s’accordent avec la configuration de l’estimateur direct. Par ailleurs, le modèle YRG produit des estimations plus contractées, ce qui ressort plus particulièrement au quatrième trimestre de 2014 où il y a une sous-estimation générale et bien distincte.

Description de la figure 5.2
Figure présentant trois graphiques en nuages de points pour illustrer les différences entre les estimations directes et les estimations par modèle sur petites régions. Les modèles sont MLM, F-H et YRG. Les zones s’ordonnent selon la variance estimée croissante de l’estimateur direct. Pour chaque graphique, la différence entre les estimations directes et les modèles (dir-mlm, dir-fh et dir-yrg) sont sur l’axe des y, allant de -5 à 15. Les EQM ordonnées sont sur l’axe des x, allant de 0 à 25 000.
Comme nous
l’avons mentionné, le modèle MLM fait appel à une variable aléatoire
discontinue pour modéliser l’hétérogénéité inobservée plutôt que d’y aller de
l’hypothèse plus répandue d’un traitement continu (ordinairement gaussien).
C’est pourquoi on peut regrouper les petits domaines selon l’état latent auquel
appartiennent les zones à chaque moment. Dans cette application, nous ordonnons
les états latents et pouvons les rattacher au niveau de chômage,
conditionnellement étant donné les covariables. La figure 5.3 montre
l’évolution du regroupement des petits domaines selon les états latents le long
de 44 points temporels. La quatrième grappe est très petite et comprend
des zones à fréquence très élevée de chômage. De plus, la configuration paraît
très stable dans le temps, la probabilité de changement d’état latent étant
très ténue. À noter que, bien qu’une tendance temporelle soit perceptible dans
les données, cet aspect est appréhendé par les variables fictives de la
tendance et de la saisonnalité. Ces résultats sont étayés par les probabilités
initiales et transitoires estimées :

Description de la figure 5.3
Figure montrant la distribution des états latents entre le premier trimestre de 2004 et le quatrième trimestre de 2014. Les ZMLT sont sur l’axe des y et le temps est sur l’axe des x. Les états latents sont séparés en quatre grappes, u = 1 à 4. La configuration paraît très stable dans le temps, la probabilité de changement d’état latent étant très ténue. La grappe u = 2 est la plus large, ensuite viennent les grappes u = 1 et u = 3 et finalement, la grappe u = 4 est de loin la plus petite.
La
figure 5.4 présente les séries chronologiques des estimations directes et
des estimations correspondantes par modèle pour un choix de petits domaines.
Aoste (a) est une petite ZMLT tout au nord du pays où le chômage est faible.
Dans ce cas, le modèle MLM lisse plus les estimations directes que les autres
méthodes, alors que le modèle YRG suit le tracé des estimations directes, mais
avec un biais négatif constatable. Milan (b) est une grande ville
septentrionale de l’Italie et la ZMLT qui y correspond présente habituellement
une très grande taille d’échantillon. Comme on pouvait s’y attendre, les
modèles F-H et MLM suivent les valeurs des estimations directes, tandis que le
modèle YRG accuse une nette tendance à la sous-estimation. Pérouse et Brindisi
sont deux villes de taille intermédiaire se situant respectivement au centre et
au sud de la botte italienne. La configuration des estimateurs par modèle est
très claire : le modèle MLM assure un très bon lissage de la tendance
plutôt irrégulière des estimations directes, mieux que le modèle F-H, et le
modèle YRG présente là encore une tendance à un biais négatif, plus
particulièrement après les quelques premiers trimestres.
On s’attend à
ce que les estimations par modèle non seulement livrent des estimations pour
les zones hors échantillon, mais apportent aussi des gains d’efficacité par
rapport aux estimations directes. À la figure 5.5, nous présentons la
distribution des c.v. dans une comparaison des estimations par modèle de
petites zones pour chaque point temporel et dans un classement selon les
différentes valeurs applicables de c.v. comme à la figure 2.3. Le modèle
F-H donne des estimations pour les zones hors échantillon, mais ne paraît pas
devoir constituer une méthode d’estimation utile dans le cas de ces données,
puisqu’il n’y a qu’une poignée d’estimations dont le c.v. soit de moins de
16 %. En revanche, le modèle YRG améliore très largement l’efficacité
estimée et presque toutes les estimations ont un c.v. inférieur à 33,3 %.
Le modèle MLM fait faire un bon gain par rapport au modèle F-H, car seulement
15 % environ des estimations sur petits domaines ont un c.v. de plus de
33,3 %.

Description de la figure 5.4
Figure composée de quatre graphiques linéaires pour comparer les séries temporelles des estimations directes et par modèle pour un choix de quatre petits domaines. Pour chaque graphique, l’axe des x est le temps allant de 2004-T1 à 2014-T4. Il y a quatre courbes sur chaque graphique : les estimations directes, F-H, YRG et MLM. Le premier graphique présente Aosta, avec le chômage sur l’axe des y allant de 0 à 5. On voit que le modèle MLM lisse plus les estimations directes que les autres méthodes, alors que le modèle YRG suit le tracé des estimations directes, mais avec un biais négatif constatable. Le deuxième graphique présente Milan, avec le chômage sur l’axe des y allant de 0 à 4. Ici, les modèles F-H et MLM suivent les valeurs des estimations directes, tandis que le modèle YRG accuse une nette tendance à la sous-estimation. Les troisième et quatrième graphique présentent Pérouse (le chômage sur l’axe des y allant de 0 à 10) et Brindisi (le chômage sur l’axe des y allant de 0 à 9). Pour ces deux villes, le modèle MLM assure un très bon lissage de la tendance plutôt irrégulière des estimations directes, mieux que le modèle F-H, et le modèle YRG présente là encore une tendance à un biais négatif, plus particulièrement après les quelques premiers trimestres.
Ajoutons que les estimations sur petits
domaines devraient être proches des chiffres de population là où ces données
sont disponibles. Ici, nous prenons les données du recensement italien de la
population de 2011 et adoptons comme cadre de référence les valeurs de
fréquence de chômage des ZMLT de ce recensement. Plus particulièrement, nous
évaluons les distances entre les estimations du point temporel le plus proche,
à savoir le quatrième trimestre de 2011, et les valeurs correspondantes du
recensement
et
nous calculons l’erreur relative absolue (ERA) pour chaque zone
Les
sont aussi une sorte de mesure du
biais relatif, et il importe d’évaluer et de comparer le rendement pour ce qui
est de l’erreur globale des estimations. À noter que, pour les petits domaines,
le paramètre d’intérêt et la quantité correspondante du recensement n’ont pas
exactement la même définition. En fait, l’EPA est une enquête permanente et la
fréquence de chômage qui y correspond est celle d’un trimestre, alors que les
données du recensement concernent un jour civil déterminé. Il faut aussi dire
que l’ordre et le libellé des deux questionnaires d’évaluation du chômage
diffèrent légèrement. À la figure 5.6, nous comparons la distribution des
pour les modèles MLM et YRG. Par la
distribution empirique des
nous remarquons que le modèle MLM livre
systématiquement des valeurs inférieures à celles du modèle YRG. Si nous
prenons le sous-groupe des zones échantillonnées, nous pouvons comparer cette
distribution à celle de l’estimateur direct pour conclure que le modèle MLM
s’accorde avec les estimations directes pour presque la moitié des petites
zones, puis qu’il fournit des estimations avec des valeurs
relativement moindres. On peut conclure que
les estimations YRG présentent une variance estimée inférieure, mais un biais
estimé supérieur dans une comparaison avec les données du recensement et les
estimations directes. Cela suscite des préoccupations en matière de couverture.
Par ailleurs, les estimations MLM ne sont pas aussi bonnes que les estimations YRG
pour ce qui est du coefficient de variation, mais si on regarde le biais, le
comportement d’ensemble semble être bien plus fiable.

Description de la figure 5.5
Figure composée de quatre graphiques : la distribution des coefficients de variation des estimations directes (DIR) et des estimations MLM, F-H et YRG, de 2004-T1 à 2014-T4. Les ZMLT sont sur l’axe des y et le temps est sur l’axe des x. Les c.v. sont séparés en trois classes : inférieur à 16,6 %, entre 16,6 et 33,3 % et supérieur à 33,3 %. Le premier graphqiue montrant la distribution des c.v. des estimations directes est le même que la figure 2.3. La distribution des c.v. des estimations F-H montre que peu d’estimations ont un c.v. inférieur à 16,6 %. En revanche, preque toutes les estimations YRG ont un c.v. inférieur à 33,3 % et une large portion a un c.v. plus petit que 16,6 %. Finalement, MLM fait faire un bon gain par rapport au modèle F-H, car seulement 15 % environ des estimations sur petits domaines ont un c.v. de plus de 33,3 %.

Description de la figure 5.6
Figure composée de deux graphqiues linéaires pour présenter la distribution empirique des pour les zones échantillonnées et pour l’ensemble des zones. Les sont sur l’axe des x allant de 0 à 1,5. Sur le premier graphique illustrant les zones échantillonnées, il y a trois courbes pour montrer les estimations MLM, YRG et DIR. On peut voir que le modèle MLM s’accorde avec les estimations directes pour presque la moitié des petites zones, puis qu’il fournit des estimations avec des valeurs relativement moindres. Sur le deuxième graphique pour l’ensemble des zones, il y a deux courbes pour illustrer les estimations MLM et YRG. Pour les deux graphiques, le modèle MLM livre systématiquement des valeurs inférieures à celles du modèle YRG.
ISSN : 1712-5685
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