Commentaires à propos de l’article « Inférence statistique avec des échantillons d’enquête non probabiliste »
Section 4. Hypothèses non vérifiables : découvertes récentes au chapitre de l’analyse de sensibilité
Wu pose quatre hypothèses clés
nécessaires pour corriger le biais de sélection dans les enquêtes non
probabilistes en utilisant des données d’enquêtes probabilistes : Il
s’agit essentiellement d’une « sélection aléatoire » (les covariables
des échantillons non probabilistes expliquent la probabilité de sélection dans
les échantillons non probabilistes); la « positivité » (tous les éléments
de la population ont une probabilité non nulle de sélection dans l’échantillon
non probabiliste); l’« indépendance » (les éléments sont sélectionnés
de façon indépendante dans l’échantillon non probabiliste); et les
« covariables courantes » (il existe une enquête probabiliste avec
des covariables dont le sous-ensemble correspond aux covariables nécessaires
pour que l’hypothèse de données manquantes au hasard reste valable). Il
conviendrait de mentionner que les deux premières hypothèses nécessitent que
l’enquête non probabiliste soit une enquête probabiliste
« déguisée », c’est-à-dire qu’il y a réellement des probabilités non
nulles de sélection, dans l’enquête non probabiliste, de tous les éléments de
la population, mais en tant qu’analystes, nous ne connaissons pas la nature de
ces éléments.
Dans la pratique, il se peut qu’aucune
de ces hypothèses ne soit vérifiable avec précision. Certaines études récentes
ont porté sur l’échec de la première hypothèse, soit celle de la
« sélection aléatoire ». Certaines mesures existantes tirées de la
littérature sur la non-réponse ont été adaptées dans le cas présent, comme la
mesure de l’indicateur R (Schouten, Cobben et Bethlehem, 2009), qui dans ce
contexte est la mesure de la variabilité des probabilités de sélection dans
l’échantillon non probabiliste :
varie entre 0 et 1, où la valeur
1 est atteinte lorsque la probabilité de sélection est constante, ce qui permet
de penser à un simple échantillon aléatoire présentant un risque moindre de
biais de sélection, et la valeur 0 indiquant que tous les éléments sont soit
inclus dans la probabilité de 1 ou de 0, ce qui augmente le risque de biais de
sélection.
Bien entendu, en l’absence du résultat dans l’échantillon
probabiliste, il n’y a aucun moyen d’évaluer directement le biais de sélection.
De ce fait, des travaux récents ont étendu le champ d’action de l’étude de
Andridge et Little (2011) qui permet d’élaborer une analyse de sensibilité à
l’aide d’un modèle de mélange de schémas d’observation, où la sélection dans
l’échantillon non probabiliste a la possibilité de dépendre entièrement d’une
réduction scalaire des covariables entièrement du résultat ou d’une combinaison convexe de
ces éléments. Little, West, Boonstra et Hu (2020), Andridge, West, Little,
Boonstra et Alvarado-Leiton (2019), et West, Little, Andridge, Boonstra, Ware,
Pandit et Alvarado-Leiton (2021) considèrent la sensibilité en lien avec cette
hypothèse dans l’estimation de la moyenne d’une variable normalement distribuée,
la moyenne d’un résultat binaire et les paramètres de régression d’un modèle de
régression linéaire, respectivement, dans les échantillons non probabilistes.
En variant le paramètre de mélange convexe il est possible d’évaluer la
sensibilité à l’hypothèse de « sélection aléatoire ». Boonstra,
Little, West, Andridge et Alvarado-Leiton (2021) constatent que ces
« mesures normalisées du biais » soutiennent favorablement la
comparaison avec d’autres solutions, comme dans une étude de simulation.
Il est important de mentionner que les méthodes qui complètent l’étude de
Andridge et Little (2011) ne dépendent pas de l’hypothèse de covariables
communes dans un échantillon probabiliste. Cela donne à penser que les méthodes
qui utilisent les renseignements disponibles dans l’échantillon probabiliste
pour évaluer l’hypothèse de la « sélection aléatoire » sont un
domaine laissant place à l’évolution.
La seconde hypothèse, la positivité,
est également peu susceptible d’être applicable avec précision dans de nombreux
contextes pratiques. Mes propres travaux dans ce domaine ont porté sur des
études de conduite en situation réelle tirées le plus souvent d’échantillons de
commodité dans une région géographique limitée. Par exemple, le Second
Strategic Highways Research Program a recruté des conducteurs dans six
régions géographiques précises des États-Unis (Transportation Research Board de la National Academy of Sciences, 2013). Cela correspond au deuxième
scénario énoncé par Wu dans la section 7.2, où seule une sous-population a
la possibilité d’être sélectionnée dans l’échantillon non probabiliste, ce qui,
comme il le fait remarquer, n’a « pas de solution simple ». En
suivant sa notation de indiquant l’appartenance à
une sous-population, il semblerait que si c’est-à-dire, si la distribution de est la même pour et après pondération avec à l’intérieur de la strate , alors l’absence de positivité n’aurait aucune incidence sur
l’inférence. Il s’agit probablement d’un défi de taille dans les contextes les
plus généraux, mais la positivité pourrait être plutôt bien estimée si
l’analyse d’intérêt comprend un sous-ensemble de qui n’est que faiblement
associé à même avant ajustement.
Enfin, en ce qui concerne la quatrième
hypothèse, soit l’existence d’un échantillon probabiliste avec disponible, je suis tout à
fait d’accord avec l’observation de Wu voulant que les méthodes permettant de
tirer parti d’enquêtes probabilistes multiples doivent être développées
davantage. Cependant, il reste plus probable qu’un chercheur s’efforce de
trouver un seul échantillon probabiliste avec suffisamment de covariables que
de se débattre avec une surabondance d’options (ce que Wu appelle le
« dilemme de la personne riche »). À cette fin, je terminerai par un
appel à l’action lancé par les spécialistes des enquêtes.
ISSN : 1712-5685
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