3 Déterminants de la délocalisation
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Des études antérieures ont cerné les deux principaux déterminants de la croissance de la délocalisation : les progrès de la technologie de l'information et des communications (TIC) et l'intégration et la mondialisation continues des processus de production (Bartel, Lach et Sicherman, 2006; Garner, 2004; et Trefler, 2005).
Les technologies de l'information ont changé la nature du processus de production. Par exemple, des réductions des coûts de télécommunications ont permis que des centres d'appels soient créés loin des centres de production et de marketing pour les entreprises de l'Amérique du Nord. Cependant, les TIC ont également changé le coût de la coordination et elles ont peut-être changé l'équilibre entre la production interne et externe. Enfin, les nouvelles TIC ont peut-être elles-mêmes créé la nécessité de spécialistes externes pour la production de nouveaux produits finals plus élaborés — des spécialistes de services à l'extérieur de l'entreprise qui doivent être embauchés de façon ponctuelle pour la conception de produits ou de systèmes.
Pour examiner la relation entre la mondialisation, l'utilisation des TIC et la délocalisation des intrants de matières et de services au Canada, nous estimons la régression suivante sur un échantillon d'industries :
où Δ indique la différence première entre les périodes, délit représente l'ampleur de la délocalisation dans l'industrie i pour la période t, échanges mesure l'ouverture des échanges, TICit représente l'ampleur des TIC et Di et Dt forment un jeu de variables nominales pour les effets fixes de l'industrie et de la période.
Nous reprenons l'exemple de la plupart des études sur la délocalisation et définissons la variable de la délocalisation dél comme étant le ratio des importations au sein des coûts des intrants totaux de matières et de services (Amiti et Wei, 2005; Görg et Hanley, 2005 et 2003). Pour examiner si les effets de l'intégration des échanges et des TIC sur la délocalisation varient entre les intrants de services et de matières, nous estimons deux régressions différentes, une pour la délocalisation des services et l'autre pour la délocalisation des matières. La délocalisation des services est définie comme étant la part des importations des intrants de services totaux. De même, la délocalisation des matières est définie comme étant la part des importations des intrants de matières totaux.
Nous utilisons deux indices distincts qui, ensemble, indiquent le degré d'ouverture des échanges, parce que nous sommes intéressés aux effets des changements aux échanges qui surviennent au sein des industries (ou le commerce intrasectoriel) et au commerce entre les industries (commerce intersectoriel).
La mesure de l'ampleur du commerce intrasectoriel utilisée est celle suggérée par Grubel et Lloyd (1975). Pour une industrie i ayant des importations Xi, des importations Mi et une production brute Yi, l'indice est I = [( Xi + Mi ) − | Xi − Mi |]/ Yi . Il s'agit du ratio du commerce intrasectoriel par rapport à la production nominale brute.
La mesure de l'ampleur du commerce intersectoriel est le ratio de la différence entre l'ampleur du commerce total (exportations et importations) — ( Xi + Mi / Yi — et l'ampleur du commerce intrasectoriel.
Les causes du commerce intrasectoriel seraient différentes de celles du commerce intersectoriel. La variable du commerce intersectoriel reflète la force des avantages comparatifs liés à une différence d'inclusion des facteurs et des technologies. Les pays participent à du commerce intersectoriel pour tirer profit des avantages comparatifs. En comparaison, le commerce intrasectoriel reflète la force des économies d'échelle et de la différenciation des produits au sein des industries. Le commerce intrasectoriel ou le commerce de produits différenciés survient pour tirer profit des avantages des économies d'échelle et de la spécialisation au sein des différentes gammes de produits d'industries en particulier.
L'ampleur des TIC est mesurée de deux façons. D'abord, nous utilisons la part des intrants intermédiaires des TIC au sein des intrants intermédiaires totaux; ensuite, nous utilisons la part des investissements des TIC au sein du total des investissements. Les intrants intermédiaires des TIC comprennent surtout les services informatiques, les semi-conducteurs et les autres composantes électroniques utilisées comme intrants intermédiaires (voir le tableau A.3 en annexe). L'investissement en TIC comprend les investissements pour des ordinateurs, de l'équipement de télécommunication et des logiciels. Bien que la majorité des études qui s'intéressent aux TIC soient axées sur l'investissement en TIC, Beckstead, Burrows et Gellatly (2007) soulignent que l'ampleur de la consommation des intrants intermédiaires n'est pas en relation parfaite avec les investissements en TIC. L'ampleur de consommation de ces intrants peut déterminer l'étendue des possibilités de remplacement pour la délocalisation de la production.
Pour l'estimation de l'équation de régression, nous avons divisé la période de 1961 à 2002 en huit périodes de même durée. Ces huit périodes comprennent sept périodes de cinq ans et une période de sept ans. La dernière période couvre les sept années allant de 1996 à 2003. Pour toute l'analyse empirique du présent document, nous avons choisi une caractéristique de « différence longue ». Les données obtenues pour une différence courte comme une différence annuelle risquent davantage d'être sujettes à des erreurs de mesure. De plus, la caractéristique de courte différence ne saisit pas les effets retardés à moins que des variables indépendantes retardées soient introduites à la caractéristique.
Dans toutes les caractéristiques, nous avons inclus les effets fixes de période et les effets fixes d'industrie. Les effets fixes de période offrent un contrôle pour tous les effets de variation du temps non observés communs à toutes les industries. Les effets fixes d'industrie offrent un contrôle pour toutes les caractéristiques de l'industrie non observées qui peuvent avoir des incidences sur la délocalisation, l'utilisation des TIC et l'ouverture des échanges en même temps. Par exemple, certaines industries à forte croissance investissent plus dans les TIC, font plus d'échanges de biens et services et délocalisent plus d'intrants vers d'autres pays 6 .
L'échantillon consiste en 88 industries du secteur des entreprises de 1961 et 2003. Les statistiques sommaires des principales variables sont présentées au tableau A.4 en annexe.
Les résultats qui utilisent les moindres carrés ordinaires sont présentés au tableau 9. La part des intrants intermédiaires de TIC est directement proportionnelle à la croissance de la délocalisation des matières et des services. La corrélation est statistiquement significative au niveau de 5 %. En comparaison, la part des investissements en TIC n'est pas liée à la croissance des activités de délocalisation dans les industries canadiennes. C'est le processus de production qui est lié aux proportions de facteurs intermédiaires plutôt que l'intensité du capital qui est plutôt liée aux changements de délocalisation au niveau de l'industrie.
Tableau 9
Résultats de la régression sur les
déterminants de la délocalisation
L'ouverture des échanges est une source importante de croissance de la délocalisation. L'augmentation d'un point de pourcentage du ratio commerce-production est liée à une augmentation de 0,3 point de pourcentage du ratio d'importations en fonction des intrants de matières et de services totaux.
Lorsque nous séparons les échanges en fonction du commerce intrasectoriel et du commerce intersectoriel, nous pouvons voir que ces deux types de commerce sont directement proportionnels à la délocalisation. Les effets du commerce intrasectoriel sur la délocalisation sont cependant deux fois plus importants que ceux du commerce intersectoriel. Cela indique que la délocalisation reflète grandement la force des économies d'échelle et des gains liés à la spécialisation des produits qui découlent d'un commerce intrasectoriel croissant.
Dans le tableau 10, nous examinons les déterminants de la délocalisation des services et des matières de façon distincte. Les augmentations du commerce intrasectoriel représentent la principale source de croissance de la délocalisation tant pour les intrants de matières que pour les intrants de services. La croissance du commerce intersectoriel est liée à la croissance de la délocalisation des matières, mais elle n'est pas liée à la délocalisation des services. L'augmentation de l'ouverture des échanges et les tendances de la mondialisation ont un effet plus important sur la délocalisation des matières que sur la délocalisation des services.
L'intrant intermédiaire des TIC est étroitement lié à la délocalisation des services et il est plus important pour la croissance de la délocalisation des services dans le secteur producteur de services que dans le secteur producteur de biens. Les données montrent également que l'intrant intermédiaire des TIC est étroitement lié à la délocalisation des matières et qu'il tend à être plus important pour la croissance de la délocalisation des matières dans le secteur producteur de biens que dans le secteur producteur de services.
Pour résumer, les résultats suggèrent que la croissance de la délocalisation des services et des matières reflète la tendance continue vers la mondialisation et l'intégration du processus de production des économies mondiales. La délocalisation des matières reflète les deux forces de la mondialisation : les gains liés aux avantages comparatifs et les gains liés aux économies d'échelle dans les gammes de produits différenciés. La délocalisation des services reflète la force des économies d'échelle et de la différenciation des produits.
Une des formes d'avantages comparatifs est la diminution des coûts de production et des coûts liés au salaire dans les pays étrangers. Nos résultats suggèrent que les faibles coûts de production et les faibles coûts liés au salaire dans les pays étrangers sont une source importante de la croissance de la délocalisation des services. Ils suggèrent cependant également que la force des économies d'échelle est également importante dans la délocalisation des services pour les industries de services du Canada, un élément souvent négligé dans les récentes discussions concernant la délocalisation des services.
6. Nous avons estimé la régression sans effets fixes de l'industrie. Les résultats sont semblables.
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