Projections linguistiques pour le Canada, 2011 à 2036
Chapitre 5. Connaissance des langues officielles et bilinguisme français-anglais

Lors du recensement de 2011, le nombre de Canadiens ayant déclaré pouvoir soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays s’établissait à 5,8 millions de personnes, ce qui équivaut à un taux de bilinguisme de 17,5 %. Alors que ce taux avait connu une croissance soutenue au fil des décennies entre 1961 (12,2 %) et 2001 (17,7 %), une stagnation, voire une baisse, du taux de bilinguisme au Canada a plutôt été observée entre 2001 et 2011.

Cette baisse n’a pu être compensée par la hausse du bilinguisme français-anglais observée au Québec. Ainsi, alors que le taux de bilinguisme dans cette province passait de 40,8 % à 42,6 %, on observait en revanche un recul dans le reste du pays, soit de 10,3 % à 9,7 %. En termes d’effectifs, le nombre de personnes bilingues s’était accru de 421 000 personnes au Québec entre 2001 et 2011 comparativement à seulement 143 000 dans l’ensemble des autres provinces et territoiresNote 1.

La baisse du taux de bilinguisme français-anglais hors Québec entre 2001 et 2011 s’explique notamment par le fait que l’ensemble de la population s’y était accrue de 12,4 % au cours de la période alors que le taux de croissance de la population bilingue y avait été de moitié moindre (6,1 %). Pendant ce temps, la population du Québec s’accroissait de 9,7 % alors que la croissance de l’effectif de la population bilingue y a été de 14,5 %.

Dans le cadre de ce chapitre, nous présentons dans un premier temps l’évolution de la population canadienne en fonction de la connaissance des langues officielles depuis 25 ans. Seront mis en lumière les effectifs et les pourcentages de la population ne connaissant que l’anglais, que le français, les deux langues officielles ou ne pouvant parler ni une ni l’autre. Dans une deuxième section, nous présentons quelques-uns des facteurs qui ont influencé l’évolution du bilinguisme français-anglais en particulier au cours des 25 années ayant précédé l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011 ainsi que ceux qui sont susceptibles de l’influencer à l’avenir. En troisième lieu, nous présentons des résultats sur l’évolution plausible de la connaissance des langues officielles au pays entre 2011 et 2036 et, en particulier, sur l’évolution et les taux de croissance du bilinguisme français-anglais d’ici 2036 au Canada et dans les différentes provinces et l’ensemble des territoires. Quatrièmement, des résultats à l’échelle de certaines régions de contacts interlinguistiques sont présentés. La cinquième section de ce chapitre présente l’évolution différentielle du bilinguisme selon la langue maternelle. Les sections suivantes traitent du lien entre niveau de bilinguisme et âge, entre bilinguisme différentiel selon le sexe et selon le statut d’immigrant. Finalement, la dernière partie de ce chapitre met l’accent sur l’évolution du bilinguisme chez les jeunes et propose des scénarios en matière de maintien des acquis au fil du temps.

5.1 Évolution historique de la connaissance des langues officielles au Canada

Au cours des quatre décennies ayant précédé le recensement et l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, le nombre de Canadiens déclarant pouvoir soutenir une conversation en français ou en anglais s’est accru. En termes relatifs, cependant, la proportion de la population capable de parler le français a amorcé une diminution à partir du recensement de 1986 (32 %) pour se situer à près de 30 % en 2011. Quant à la proportion de la population capable de soutenir une conversation en anglais, elle se situait à 80,5 % en 1971 et atteignait 86 % en 2011 (voir le tableau 5.1).

Au Québec, le nombre de personnes capables de parler le français est passé de 5,3 millions en 1971 à près de 7,5 millions en 2011. En termes relatifs, cela représentait un accroissement de 88,5 % à 94,4 % de la populationNote 2. En ce qui concerne la connaissance de l’anglais, sa croissance a été soutenue au cours de cette même période, passant de près de 2,3 millions à environ 3,8 millions. De plus, en 2011, 47,6 % de la population québécoise pouvait parler l’anglais, comparativement à 38,1 % en 1971.

Finalement, au Canada hors Québec, la capacité de parler l’anglais est demeurée stable à près de 98 % entre 1971 et 2011, période au cours de laquelle l’effectif de cette population est passé de 15 millions à 25,6 millions. Il s’agit d’un taux de croissance de 70 %. Du côté de la langue française, son effectif est passé de 1,4 million à près de 2,7 millions, soit un taux de croissance de 85 %. En termes relatifs, cependant, la part relative des locuteurs de cette langue est demeurée stable, oscillant entre 10,0 % et 10,8 %.

Mentionnons que, des deux langues officielles du pays, 4,2 millions de Canadiens ne pouvaient parler que le français lors de l'ENM de 2011. Ils représentaient 12,3 % de l’ensemble de la population et 97,3 % d’entre eux résidaient au Québec. En ce qui a trait à l’anglais, on dénombrait en 2011 23,5 millions de Canadiens ne pouvant parler que cette langue, soit 68,4 % de la population canadienne. De ce nombre, 98,4 % résidaient au Canada hors Québec.

5.2 Facteurs susceptibles d’influencer l’évolution du bilinguisme français-anglais d’ici 2036

Au Canada, l’effectif de la population capable de soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays s’est accru au fil des décennies, bien que son poids démographique ait évolué plus lentement. Alors que 2,9 millions de personnes se déclaraient bilingues lors du Recensement de 1971, soit 13,4 % de la population, ce nombre atteignait près de 4,1 millions (16,2 %) en 1986 et 5,8 millions (17,5 %) en 2011.

Au cours de la période de 25 ans séparant le recensement de 1986 et le recensement et l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, le taux de bilinguisme français-anglais dans l’ensemble de la population canadienne s’est accru de 1,3 point de pourcentage. De plus, la part de la population ne connaissant que le français est passée de 15,8 % à 12,3 % pendant que celle de la population ne connaissant que l’anglais passait de 66,8 % à 68,1 %.

Entre 1971 et 1981, le taux de croissance de la population bilingue était de plus du double de celui de l’ensemble de la population canadienne. À l’inverse, ce dernier était un peu plus élevé que celui de la population bilingue entre 2001 et 2011, une période caractérisée par des niveaux élevés d’immigration.

Plusieurs facteurs sont responsables de l’évolution du bilinguisme au cours des 25, voire des 40, dernières années et quelques-uns de ces mêmes facteurs nous permettent de formuler des hypothèses et des scénarios quant à l’évolution plausible des taux de bilinguisme au cours du prochain quart de siècle.

Le bilinguisme français-anglais a d’abord connu un engouement important dans la foulée des travaux de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (également nommée Commission Laurendeau-Dunton), notamment par la valorisation et la croissance importantes des inscriptions dans les programmes d’immersion en français et dans les programmes réguliers d’enseignement du français langue seconde dans les écoles publiques de langue anglaise à l’extérieur du Québec (Lepage et Corbeil, 2013).

En 2011, près de 86 % des Canadiens bilingues résidaient au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Il s’agit pour la plupart de Canadiens qui résident dans ce que Joy (1967) a appelé la « ceinture bilingue » laquelle entoure les régions principalement francophones du Québec et celles de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick qui lui sont limitrophes et qui sépare ces régions de celles essentiellement anglophones du pays.

Au Québec, le taux de bilinguisme s’est accru de façon importante entre 1971 et 1981, passant de 27,6 % à 32,4 %. Cet accroissement résulte notamment de la hausse importante du bilinguisme au sein de la population de langue maternelle anglaise de cette province au cours de la période, lequel passait de 39 % à 56 %. Les nombreux départs des personnes de langue maternelle anglaise (environ 226 000)Note 3 vers les autres provinces et l’intérêt pour l’apprentissage du français au sein de la population de langue anglaise du Québec ont largement contribué à cette hausse. Plus récemment, entre 2001 et 2011, on a noté une hausse importante du bilinguisme français-anglais parmi la population de langue française au Québec et une utilisation accrue des deux langues en milieu de travail. Parmi la population de langue maternelle française en particulier, des études récentes ont notamment montré l’intérêt grandissant des jeunes pour l’apprentissage et l’utilisation de l’anglais (voire du français et de l’anglais) dans leurs activités quotidiennes (Pagé et coll., 2014)Note 4.

Le principal moteur de croissance de la population canadienne est sans conteste l’immigration internationale. L’étude de Lepage et Corbeil (2013) sur l'évolution du bilinguisme français-anglais entre 1961 et 2011 a montré que la croissance de l’immigration internationale, en particulier entre 2001 et 2011, a contribué en partie à la stagnation, voire à la baisse, du bilinguisme français-anglais dans certaines régions du pays, principalement au Canada hors Québec.

En moyenne, entre 2001 et 2011, environ 250 000 immigrants se sont établis annuellement au pays. Or, une forte majorité (77 %) de ces immigrants n’ont ni le français ni l’anglais comme langue maternelle et environ 10 % d’entre eux avaient une connaissance des deux langues officielles à l’arrivée au pays. Lors de l'ENM de 2011, au Canada hors Québec, cette dernière proportion n’était que 4,9 % parmi les immigrants n'ayant ni le français ni l'anglais comme langue maternelle comparativement à 48,8 % chez ceux au QuébecNote 5.

Le taux de bilinguisme français-anglais de la population immigrante est généralement inférieur à celui de la population née au Canada, notamment parce la majorité des immigrants arrivent au pays à l’âge adulte, un âge où l’apprentissage des langues est moins aisé. Ces immigrants adultes sont par conséquent moins susceptibles d’apprendre les deux langues officielles que les personnes nées au Canada. De plus, l’apprentissage du français représente pour beaucoup d’entre eux l’apprentissage d’une troisième voire même d’une quatrième langueNote 6.

En ce qui a trait à l'apprentissage des langues secondes chez les jeunes, on sait que, au Canada hors Québec, les jeunes de langue anglaise âgés de 15 à 19 ans sont généralement plus bilingues que leurs homologues des autres groupes d’âge. Au terme de leur parcours d’études secondaires, ils sont en effet plus susceptibles de pouvoir converser dans les deux langues officielles. Or, comme en rend compte le graphique 5.1, entre 1996 et 2011 le taux de bilinguisme des jeunes de langue anglaise âgés de 15 à 19 ans est passé de 15,2 % à 11,2 %. Qui plus est, on assiste à l’érosion des acquis au fur et à mesure que se prolonge le temps écoulé depuis la fin des études secondaires, généralement faute d’opportunité d’utiliser la langue seconde. Ainsi, la cohorte des jeunes âgés de 15 à 19 ans en 1996, dont le taux de bilinguisme était de 15,2 %, affichait un taux de 12,2 % cinq ans plus tard lorsqu’âgés de 20 à 24 ans, de 10,3 % en 2006 lorsqu’âgés de 25 à 29 ans, etc.Note 7

La perte des acquis des jeunes anglophones dans leur langue seconde fait donc en sorte que l’évolution du taux de bilinguisme français-anglais parmi la population de langue anglaise tend à stagner voire à régresser. L’on sait par ailleurs que les jeunes ayant fréquenté un programme d’immersion en français au sein d’une école anglaise pendant plusieurs années consécutives ou encore un programme intensif de français langue seconde tendent à maintenir leurs acquis beaucoup plus longtemps que ceux ayant fréquenté les programmes réguliers de langue seconde (Allen, 2008). Reste donc à voir si l’engouement constant pour les programmes d’immersion en français, dont la croissance des inscriptions entre 2003 et 2013 atteignait près de 30 %, peut se traduire par une inflexion à la hausse du bilinguisme au fil du temps ou si d’autres facteurs risquent d’exercer une pression dans le sens inverse.

5.3 Évolution plausible de la connaissance des langues officielles et du bilinguisme français-anglais d’ici 2036 au Canada

5.3.1 Évolution de la connaissance du français au Canada

Les résultats de projections révèlent qu'entre 2011 et 2036, la population canadienne capable de parler le français pourrait passer de 10,2 millions de personnes à 12,5 millions de personnes. Cet effectif pourrait se situer à 11,7 millions dans le cas d'un scénario de faible immigration à 12,2 millions pour le scénario de référence et à 12,5 millions pour le scénario de forte immigration. En termes relatifs, cette évolution serait caractérisée par un pourcentage qui passerait de 29,8 % lors de l'ENM de 2011 à 27,9 % en 2036 selon le scénario de référence (28,4 % avec faible immigration et 27,6 % avec forte immigration).

Au Québec, l'effectif des locuteurs du français, qui était de 7,5 millions lors de l'ENM de 2011 pourrait passer à 9,0 millions selon le scénario de référence (8,6 millions et 9,2 millions dans les scénarios de faible et de forte immigration, respectivement). De 94,4 % de la population en 2011, la proportion des locuteurs du français au Québec demeurerait relativement stable d'ici 2036, se situant entre 93,2 % dans le cas d'un scénario de forte immigration à 93,9 % dans le cas d'un scénario de faible immigration.

Au Canada hors Québec, malgré la croissance d'effectif que pourrait connaître la population de locuteurs du français (de 2,7 millions en 2011 à entre 3,0 millions et 3,3 millions en 2036), leur poids démographique pourrait passer de 10,2 % à entre 9,3 % et 9,5 % au cours de la période.

En ce qui a trait à la capacité de parler l'anglais, la population des locuteurs de cette langue devrait connaître une croissance en nombre et en pourcentage, tant dans l'ensemble du pays qu'au Québec. De 86,0 % en 2011, la part relative des locuteurs de l'anglais se situerait entre 88,7 % et 88,9 %. Alors que ce pourcentage demeurerait relativement stable au Canada hors Québec (de 97,6 % en 2011 à entre 97,4 % et 98,0 % en 2036), on assisterait à une croissance importante au Québec. Dans cette province, l'effectif des locuteurs de cette langue passerait de 3,8 millions au moment de l'ENM de 2011 à entre 5,3 millions et 5,7 millions en 2036. Cela se traduirait par une hausse du poids démographique de cette population de 47,6 % en 2011 à entre 57,6 % et 57,8 % selon le scénario d'immigration considéré. Notons que pendant que la population québécoise connaîtrait un accroissement de son effectif entre 2011 et 2036 de 20,6 % dans le cas du scénario de référence (15,1 % et 24,0 % dans le cas des scénarios de faible et forte immigration, respectivement), le taux de croissance de l'effectif des locuteurs de l'anglais au cours de la même période pourrait se situer à 46,2 % (39,2 % et 50,5 % dans le cas des scénarios de faible et de forte immigration, respectivement). Comme nous le verrons à la section suivante, cette croissance sera principalement le fait des personnes capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays.

5.3.2 Évolution du taux de bilinguisme

Toutes choses égales par ailleurs, les résultats des présentes projections linguistiques révèlent qu’en 25 ans, le nombre de personnes pouvant soutenir une conversation dans les deux langues officielles au Canada pourrait passer de 6,0 millions de personnes en 2011 à entre 7,7 millions (scénario de faible immigration) et 8,3 millions de personnes (scénario de forte immigration) en 2036. Se situant à 17,5 % en 2011, le taux de bilinguisme français-anglais au pays pourrait varier entre 18,3 % et 18,8 % en 2036 (voir le tableau 5.2)Note 8.

L’évolution du bilinguisme français-anglais au cours de cette période prendrait, selon les présentes projections, des directions opposées lorsqu’on considère la situation québécoise de celle du reste du pays. Ainsi, alors qu’en 2011, 43,0 % de la population québécoise déclarait pouvoir soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays, cette proportion pourrait se situer entre 51,8 % et 52,2 % en 2036 selon le scénario d’immigration, soit une augmentation de neuf points de pourcentage. À l’extérieur du Québec, de 9,8 % qu’il était en 2011, ce taux pourrait fléchir pour atteindre entre 8,9 % et 9,2 % en 25 ans.

En termes d’effectifs, il y avait près de 2,6 millions de personnes pouvant parler le français et l’anglais au Canada hors Québec en 2011. Ce nombre est susceptible d’augmenter de 373 000 à 592 000 selon les scénarios d’immigration pour se situer entre un peu plus de 2,9 millions et un peu moins de 3,2 millions de personnes en 2036, soit un taux de croissance se situant entre 14,5 % et 23,1 %. Au Québec, le nombre de personnes pouvant parler le français et l’anglais pourrait passer de 3,4 millions en 2011 à entre 4,8 millions et 5,1 millions en 2036, soit un taux global de croissance se situant entre 39,7 % et 49,6 %.

5.3.3 Taux de croissance de la population bilingue au pays à l’échelle des provinces et des territoires

L’évolution projetée des taux de bilinguisme au pays entre 2011 et 2036 est évidemment tributaire de la croissance démographique différentielle des populations bilingues et non bilingues. Selon les scénarios d’immigration considérés, la population canadienne non bilingue pourrait croître de 17,9 % (scénario de faible immigration) à 30,9 % (scénario de forte immigration) d’ici 2036. Quant à l’effectif de la population bilingue dans l’ensemble du pays, il pourrait connaître une croissance allant de 28,9 % (scénario de faible immigration) à 38,2 % (scénario de forte immigration). En d’autres termes, la croissance projetée du taux de bilinguisme au pays entre 2011 et 2036 serait notamment attribuable au fait que le taux de croissance de la population bilingue devrait être supérieur à celui de la population non bilingue, et ce peu importe le scénario d’immigration envisagé.

Au Canada hors Québec, le taux de croissance de la population non bilingue devrait y être plus important que celui de la population bilingue. Ainsi, selon le scénario de référence entre 2011 et 2036, la population non bilingue pourrait s'accroître de 31,2 %, comparativement à un taux de croissance de 20,1 % pour la population bilingue. Les taux de croissance de la population non bilingue pourraient être de 22,0 % et 35,9 % selon les scénarios de faible et de forte immigration, respectivement, comparativement à 14,5 % et 23,1 % pour la population bilingue.

Le graphique 5.2 illustre les taux de croissance différentiels selon la province. On y constate notamment le rôle majeur que devrait jouer le Québec dans la croissance du bilinguisme au pays. Alors que sa population non bilingue pourrait connaître une augmentation de 1,6 % à 4,7 % entre 2011 et 2036, voire même une diminution de 3,5 % dans un contexte de faible immigration, celle de sa population bilingue pourrait connaître une augmentation de son effectif de 40 % à 50 %, dépendant du scénario envisagé. En revanche, l’Ontario, province la plus populeuse au pays et où s’établissent plus de quatre immigrants sur dix au pays, devrait voir sa population non bilingue croître à un rythme plus élevé que celle de sa population bilingue.

Notons par ailleurs que la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick, lesquelles n’accueillent ensemble que 1,5 % des immigrants s’établissant au pays, sont les deux seules provinces où l’on devrait observer un déclin à la fois de la population non bilingue et bilingueNote 9.

5.3.4 Évolution du bilinguisme à l’échelle de certaines régions

En 2011, des quelque 6 millions de personnes pouvant soutenir une conversation en français et en anglais au pays, 86 % résidaient au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Cette situation ne devrait pas changer d’ici 2036. Comme en témoigne le tableau 5.3, qui présente les régions où réside plus de la moitié de la population bilingue au pays, la partie québécoise de la RMR d’Ottawa-Gatineau devrait se maintenir au sommet du palmarès des régions les plus bilingues au pays avec un taux gravitant autour de 67 %, soit une augmentation de 3 points de pourcentage sur le taux observé en 2011. Le taux de bilinguisme de la partie ontarienne de la RMR d’Ottawa-Gatineau, qui était de 38 % en 2011, devrait quant à lui demeurer relativement stable d’ici 2036, et ce peu importe le scénario d’immigration considéré.

La partie québécoise de la RMR d’Ottawa-Gatineau continuerait à être suivie de près par la RMR de Montréal, tant sur l’île de Montréal que dans le reste de la RMR. Le cas de cette RMR est unique dans la mesure où, historiquement, le bilinguisme a toujours été beaucoup plus répandu dans l’île de Montréal que dans le reste de la région métropolitaine. En 2011, par exemple, le taux de bilinguisme dans l’île était de 58,5 %, alors qu’il était de 50,5 % dans le reste de la RMR. En 2036, l’écart entre les taux de bilinguisme français-anglais de ces deux « régions » devrait être très faible, peu importe le scénario d’immigration envisagé. L’accroissement du taux de bilinguisme hors de l’île devrait être d’environ 10 points de pourcentage, soit la plus forte augmentation des régions à l’étude. Cela s'expliquerait notamment par la migration vers les couronnes nord et sud de la population n’ayant pas le français comme première langue officielle parlée et par l’accroissement du bilinguisme au sein de la population de langue française.

Quant aux régions francophones du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario hors des régions métropolitaines, elles devraient également connaître une augmentation du bilinguisme de leur population entre 2011 et 2036. Le taux de bilinguisme français-anglais des régions francophones du Nouveau-Brunswick pourrait en effet passer de 49,4 % à environ 56 %, alors que celui des régions de l’Ontario passerait de 43 % à environ 44 %.

En ce qui a trait à l’évolution du bilinguisme français-anglais dans les grandes RMR de Toronto et de Vancouver, où s’établissaient près de la moitié des immigrants au Canada en 2011, celui-ci devrait diminuer. En 2011, 7,8 % de la population de Toronto et 7,3 % de celle de Vancouver pouvaient soutenir une conversation dans les deux langues officielles. En 2036, ces proportions devraient se situer entre 6,8 % et 7,1 % à Toronto et entre 6,5 % et 6,9 % à Vancouver.

5.3.5 Évolution différentielle du bilinguisme selon la langue maternelle

La croissance du bilinguisme français-anglais au Canada varie bien entendu selon la langue maternelle des individus ou encore selon leur première langue officielle parlée. Historiquement, les membres des groupes minoritaires, soit les personnes de langue française à l’échelle du pays ou les minorités de langue anglaise du Québec et celles de langue française hors Québec, ont généralement affiché des taux de bilinguisme supérieurs à ceux des groupes majoritaires (Houle et Corbeil, 2016).

Selon nos modèles de microsimulation, dans l’ensemble du pays, le taux de bilinguisme de la population de langue maternelle française, qui était de 45 % en 2011, pourrait s’accroître de plus de 8 points de pourcentage pour se situer à 53 % en 2036, et ce peu importe le scénario d’immigration. En comparaison, celui de la population de langue maternelle anglaise ne varierait que légèrement par rapport à son niveau actuel de 9,3 %, pour atteindre 9,8 %. Quant à celui de la population de langue maternelle autre que française ou anglaise, son taux de bilinguisme français-anglais, de 12,3 % en 2011, pourrait passer à 13,5 % selon le scénario de référence (13,3 % dans un scénario de forte immigration et 14,0 % dans un scénario de faible immigration).

C'est parmi la population de langue maternelle française du Québec qu’on observerait la plus forte croissance du bilinguisme français-anglais au pays. D’un taux d’un peu moins de 39 % en 2011, celui-ci pourrait atteindre près de 49 % en 2036. Du côté de la population de langue maternelle anglaise, son taux de bilinguisme devrait peu varier au cours des 25 prochaines années, se situant près de 70 %; il était de 69,3 au moment de l’ENM de 2011. Finalement, chez la population de langue maternelle tierce (autre que française ou anglaise), le taux de bilinguisme français-anglais, de 51 % en 2011, pourrait atteindre entre 54,7 % et 56,8 %, selon le scénario d'immigration examiné (graphique 5.3).

Au Canada hors Québec, les taux de bilinguisme français-anglais devraient varier légèrement. Ainsi, peu importe le scénario d’immigration, le taux de bilinguisme de la population de langue maternelle anglaise, qui était de 7,2 % en 2011, pourrait se situer à près de 7,6 % en 2036. De même, les taux de bilinguisme devraient être relativement stables parmi les deux autres grands groupes, soit 5,5 % parmi la population de langue maternelle tierce et 85 % chez celle de langue française.

En somme, en 2011, la population affichant les taux de bilinguisme les plus élevés était d’abord celle de langue maternelle française à l’extérieur du Québec et celle de langue maternelle anglaise au Québec, suivies de celle de langue maternelle française au Québec. Cette situation devrait persister d’ici à 2036Note 10.

5.3.6 L’évolution du bilinguisme français-anglais et l’âge

La capacité de soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays est généralement fonction de l’âge des individus et cette relation varie grandement selon leur lieu de résidence (Québec vs hors Québec) et leur langue première, qu’il s’agisse de leur langue maternelle ou de leur première langue officielle parlée.

Les graphiques qui suivent rendent compte de l’évolution des taux de bilinguisme selon le groupe d’âge entre 1986 et 2011 et entre 2011 et 2036 (scénario de référence). Pour ce qui est des personnes de langue anglaise au Canada hors Québec, nous présentons également les taux de 1996 puisqu’ils ont été les plus élevés et qu’ils ont décliné de près de quatre points de pourcentage depuis.

À l’extérieur du Québec, le portrait du bilinguisme selon le groupe d’âge au sein de la population ayant le français comme première langue officielle parlée devrait demeurer pratiquement inchangé d’ici à 2036 à l’exception d’une hausse qui surviendrait chez les jeunes de moins de 10 ans. Cette hausse du bilinguisme à laquelle on pourrait s’attendre chez les enfants de ce groupe d’âge semble être la continuation d’un phénomène déjà observé entre 1986 et 2011.

Quant à la population de langue française au Québec, tant celle de langue maternelle que celle dont le français est la première langue officielle parlée, des hausses importantes pourraient être observées parmi la population de 25 ans ou plus. Comme en témoigne le graphique 5.5, le taux de bilinguisme observé en 2011 chez les 25 à 29 ans de ce groupe linguistique devraient se traduire par un taux similaire en 2036 parmi le groupe des 50 à 54 ans. En d’autres termes, contrairement à ce qu’on observait il y a 25 ans, la population québécoise de langue française âgée de plus de 35 ans devrait être beaucoup plus bilingue que celle de la génération précédente, notamment en raison du peu d’érosion des acquis en anglais au fil du temps. Chez la population ayant l’anglais comme première langue officielle parlée au Québec, le taux de bilinguisme par âge devrait demeurer identique à celui observé en 2011 (données non montrées) à l’exception du fait que l’on devrait observer une hausse du bilinguisme parmi la population âgée de 65 ans ou plus. Parmi ce groupe d’âge, le taux de bilinguisme pourrait en effet passer de 48 % en 2011 à 62 % en 2036. Les jeunes de langue anglaise âgés de 10 à 19 ans devraient continuer à afficher le taux de bilinguisme le plus élevé dans la province, soit environ 82 %.

Du côté de la population de langue anglaise (PLOP) dans le Canada hors Québec, alors que le taux de 15,5 % observé en 1996 au sein du groupe des 15 à 19 ans était de quatre points supérieurs à celui observé en 1986, celui de 2011 était retombé au niveau de 1986 (graphique 5.6). En 2036, les 15 à 19 ans afficheraient à peu près le même taux, soit entre 11,5 % dans le cas du scénario de forte immigration et de 12,0 % dans le cas de celui de faible immigration. Ce taux devrait également fléchir parmi le groupe des 10 à 14 ans. De 12,8 % qu’elle était en 2011, la part relative des jeunes bilingues au sein de ce groupe d’âge en 2036 pourrait se situer entre 11,9 % dans un contexte de forte immigration à 12,3 % dans un contexte de faible immigration.

Le graphique 5.6 rend également compte du fait que le taux de bilinguisme français-anglais au sein de la population de langue anglaise âgée de 20 à 40 ans devrait être inférieur en 2036 à celui observé en 2011. Ce phénomène résulterait de la combinaison de plusieurs phénomènes dont le fait que la part de l’immigration au sein de la population unilingue anglaise ira en s’accroissant, en particulier parmi la population âgée de 25 à 60 ans. Toutefois, notons que la baisse du bilinguisme au sein de ces groupes d’âge est tout de même principalement le fait de la population née au Canada ainsi que de celle née à l’étranger et arrivée au pays avant l’âge de 15 ans (génération 1.5). Cette baisse pourrait probablement découler de l’effet du phénomène de l’érosion des acquis à partir de la fin du parcours scolaire.

5.3.7 Bilinguisme français-anglais selon le sexe : des taux différentiels selon le lieu de résidence et la langue

Historiquement, les taux de bilinguisme français-anglais au pays ont généralement varié non seulement selon le groupe d’âge, la première langue parlée ou le lieu de résidence, mais également selon le sexe. On sait, par exemple, qu’au Canada hors Québec, la propension plus forte des filles et des jeunes femmes dont l’anglais est la première langue officielle parlée à fréquenter un programme d’immersion en français s’est d’ordinaire traduite par des taux de bilinguisme plus élevés chez celles-ci, du moins entre l’âge de 10 et 30 ans.

En 1986, soit 25 ans avant l’ENM de 2011, les taux différentiels de bilinguisme variaient considérablement selon l’âge et le sexe. Au Québec, les jeunes femmes de langue anglaise âgées de 5 à 25 ans affichaient des taux de bilinguisme plus élevés que ceux de leurs homologues masculins. À partir de l’âge de 30 ans, un écart important existait en faveur des hommes, une situation alors possiblement associée à une présence historique accrue des hommes sur le marché du travail et, par conséquent, une plus forte exposition quotidienne à la langue seconde.

Au sein de la population de langue française du Québec on observait peu d’écart entre les jeunes hommes et les jeunes femmes de moins de 20 ans, principalement parce que tous étaient exposés à l’enseignement de l’anglais langue seconde à l’école. Tout comme chez leurs homologues de langue anglaise, la présence plus grande des hommes de langue française sur le marché du travail a contribué à faire en sorte que le niveau de bilinguisme de ces derniers était à l’époque beaucoup plus important que celui des femmes, et ce dès l’âge d’occuper un emploi. Finalement, parmi la population de langue anglaise hors Québec, c’est essentiellement parmi la population d’âge scolaire et celle de moins de 30 ans qu’on observait en 1986 une différence à l’avantage des filles et des jeunes femmes dans les taux de bilinguisme. Autrement, la perte des acquis et l’absence d’opportunités d’utiliser la langue seconde contribuaient à niveler les écarts à la baisse.

À la lumière de ces résultats observés en 1986, la question se pose de savoir comment les écarts différentiels ont évolué depuis et comment ils sont susceptibles d’évoluer au cours du prochain quart de siècle. Outre les résultats déjà observés à la section précédente concernant la baisse possible du bilinguisme d’ici 2036 au sein de la population de langue anglaise au Canada hors Québec, nos projections donnent à penser que les écarts différentiels entre femmes et hommes à la faveur des premières devraient se maintenir. Contrairement à ce qu’on observe chez les hommes, les taux de bilinguisme des femmes de langue anglaise de plus de 40 ans pourraient vraisemblablement se maintenir à des niveaux supérieurs à ceux observés en 2011.

Au Québec, les écarts entre hommes et femmes observés en 2011 parmi la population de langue française âgée de 25 ans ou plus avaient considérablement diminué par rapport à ceux qu’on observait au moment du recensement de 1986. De même, ces écarts devraient fort possiblement continuer à diminuer notamment en raison de l’utilisation régulière de l’anglais au travail au Québec, mais également comme conséquence de l’accroissement de la participation des femmes au marché du travail.

Finalement, alors que les écarts observés en 1986 entre les hommes et femmes de langue anglaise au Québec avaient quasi disparu en 2011, l’on ne devrait pas s’attendre à voir cette situation changer d’ici 2036.

5.3.8 Bilinguisme français-anglais et statut d’immigrant

En raison du fait que la migration internationale devrait demeurer le principal moteur de croissance de la population au pays d’ici 2036 (voir le chapitre 4), il va de soi que l’évolution du bilinguisme français-anglais serait influencée en partie par la propension de ces immigrants à pouvoir soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays.

Quelles répercussions l'immigration pourrait-elle donc avoir sur l’évolution du bilinguisme français-anglais au pays? Nous savons que le taux actuel de bilinguisme des immigrants dont l’anglais est la première langue officielle parlée au Canada hors Québec était de 4,7 % en 2011 et que, peu importe le taux d’immigration envisagé, il graviterait autour de 4,0 % en 2036 (graphique 5.7). Étant donné le poids démographique croissant de ces immigrants au sein de la population et vu leur plus faible taux de bilinguisme français-anglais que celui de la population née au pays, tout donne à penser que cette situation devrait exercer une pression à la baisse sur le taux de bilinguisme dans l'ensemble du Canada.

Afin de vérifier cette hypothèse, plusieurs scénarios peuvent être examinés, dont celui, purement théorique, qui consisterait à n’accueillir aucun nouvel immigrant entre 2017 et 2036. L’utilisation de ce scénario permet d’examiner de quelle façon évoluerait le taux de bilinguisme au pays, toutes choses égales par ailleurs, sans apport de nouveaux arrivants. Le graphique 5.8 rend compte de ces évolutions selon les scénarios d’immigration.

Ainsi, de 17,5 % en 2011, le taux de bilinguisme au pays pourrait se situer à environ 19,4 % en 2036 dans le cas d’un scénario sans nouveaux immigrants comparativement à 18,3 % advenant un scénario de forte immigration au cours de cette période. C’est donc dire que si l’immigration de langue anglaise exerce une poussée à la baisse sur le bilinguisme français-anglais au pays, notamment en raison d'un taux de bilinguisme plus faible que celui de la population de langue anglaise née au Canada, elle n’est sans doute pas le seul facteur responsable de la totalité de cette baisse.

5.3.9 Bilinguisme français-anglais chez les jeunes et maintien des acquis au fil du temps

Nous avons vu que le phénomène de l’« érosion », voire la perte, des acquis du bilinguisme est un phénomène courant chez les jeunes résidant dans les régions du pays où les contacts entre les populations de langue française et de langue anglaise sont peu fréquents, et ce dès que prend fin le parcours scolaire au niveau secondaire. Cette situation prévaut d’ordinaire lorsque les opportunités d’utiliser la langue seconde sont restreintes ou très faibles. Or, sachant que l’érosion des acquis s’amorce d’ordinaire vers la fin des études secondaires, nous avons choisi d’examiner un second scénario, théorique et peu plausible, du moins si l’on considère tous les jeunes bilingues, qui serait identique au scénario de référence sauf en ce qu'il maintiendrait les acquis en matière de bilinguisme français-anglais à partir de l’âge de 17 ans. En d’autres termes, en supposant l’existence de mesures ou de conditions qui permettraient d’assurer le maintien des acquis dans la langue seconde parmi la jeune population de langue anglaise au Canada hors Québec, notamment par un accroissement notable de la fréquentation de programme d’immersion en français chez les plus jeunes, par exemple, comment pourrait évoluer le taux de bilinguisme au sein de cette population, voire dans l’ensemble du pays? On peut par exemple s'interroger à savoir ce qu'il adviendrait si l’on doublait le nombre de jeunes âgés de 5 à 14 ans capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles avec ou sans rétention des acquis dans la langue seconde.

Le graphique 5.9 rend compte de l'évolution du taux de bilinguisme au sein de la population de langue anglaise hors Québec. On y constate qu’au lieu de se situer à 6,7 % en 2036, son taux de bilinguisme français-anglais pourrait plutôt se situer à 11,5 % (scénario d’immigration de référence) si le niveau des acquis dans la langue seconde des jeunes bilingues était maintenu au fil du temps à celui atteint à l’âge de 17 ans. De plus, l’on pourrait supposer qu’en doublant le nombre de jeunes âgés de 5 à 14 ans capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays, cela pourrait accroître de façon sensible le taux de bilinguisme à long terme de la population de langue anglaise au Canada hors Québec. Or, en raison de l’érosion des acquis dans la langue seconde qui touchent de nombreux jeunes adultes, une telle stratégie n’affecterait que peu le taux de bilinguisme de cette population, lequel se situerait à peine à 8,2 % en 2036. Toutefois, en faisant l’hypothèse qu’on parvienne à la fois à doubler le nombre de jeunes bilingues parmi la population de langue anglaise et à favoriser le maintien des acquis dans la langue seconde (en d’autres termes, que les jeunes demeurent bilingues), le taux de bilinguisme au sein de l’ensemble de la population de langue anglaise au Canada hors Québec serait de plus du double de celui observé en 2011 pour atteindre 13,6 % en 2036.

Advenant un tel scénario, en particulier celui où l’on parviendrait non seulement à doubler le nombre de jeunes de 5 à 14 ans capables de parler les deux langues, mais également à favoriser le maintien des acquis au fil du temps, une telle évolution aurait une incidence importante sur l’évolution du taux de bilinguisme de l’ensemble de la population canadienne. Ainsi, au lieu de se situer à 18,5 % (scénario de taux d’immigration de référence), le taux de bilinguisme français-anglais à l’échelle du pays pourrait se situer à 24,4 %, soit près de 6 points de pourcentage de plus que ce qu’on observerait en l’absence du maintien des acquis dans la langue seconde.

5.4 Vue d’ensemble

Après avoir connu une croissance d’un point de pourcentage par décennie entre 1961 et 2001, voire de deux points entre 1971 et 1981, le bilinguisme français-anglais a connu un recul entre 2001 et 2011. Alors que le poids démographique de la population québécoise au sein du Canada a poursuivi son fléchissement graduel au cours de cette dernière période, la population de cette province capable de soutenir une conversation dans les deux langues officielles du pays s’est accrue de 414 000 personnes pour atteindre 3,4 millions lors de l’ENM de 2011. En comparaison, au cours de la même période, la population pouvant parler les deux langues officielles ne s’est accrue que de 136 650 personnes au Canada hors Québec pour atteindre près de 2,6 millions en 2011Note 11. À la lumière de ces résultats, la question se posait donc de savoir ce que ces tendances récentes pouvaient signifier pour l’avenir du bilinguisme au pays.

Le présent chapitre a présenté l’évolution possible du bilinguisme français-anglais entre 2011 et 2036 selon un certain nombre de caractéristiques et de scénarios. On y a d’abord constaté que la croissance qu’on observerait possiblement entre 2011 et 2036 serait très similaire à celle qui a prévalu au cours des 25 années précédant le recensement et l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011, laquelle avait été de 1,3 point de pourcentage. Nos modèles de microsimulation révèlent en effet que le taux de bilinguisme français-anglais de 17,5 % au pays en 2011 se situerait entre 18,3 % et 18,8 % en 2036 selon les scénarios d’immigration envisagés.

Le Québec continuerait vraisemblablement à être le chef de file de la croissance de la population pouvant parler les deux langues officielles du pays d’ici l’année 2036. Nos projections estiment à un peu plus de 2 millions le nombre de personnes bilingues qui s’ajouterait à la population canadienne d’ici 2036 quel que soit le scénario. De ce nombre, le Québec y contribuerait à raison d'environ 1,57 million, soit 75 % de l’ensemble de la nouvelle population bilingue au pays. À titre de comparaison, au cours des 25 années ayant précédé le recensement de 2011, la croissance de l’effectif de la population bilingue au pays avait été de 1,7 million et le Québec y avait contribué à raison de 1,1 million, soit 63,3 %.

Notons qu’en 2011, le poids démographique du Québec au sein du Canada était de 23,3 % alors qu’il se situerait entre 21,9 % et 22,4 % en 2036. Or, en 2011, 57,2 % de la population bilingue du pays résidait au Québec. Cette proportion pourrait atteindre 62,0 % en 2036, et ce, peu importe le scénario d’immigration envisagé. De plus, au cours de la même période, la population bilingue au Canada hors Québec pourrait connaître une croissance de son effectif se situant entre 14,5 % et 23,1 %, selon le scénario d’immigration envisagé, alors que l’effectif de sa population non bilingue pourrait s’accroître de 22 % à 36 %. Au Québec, ces proportions seraient de 39,7 % à 49,6 % et de -3,5 % à 4,7 % respectivement.

Nous avons également constaté que c’est parmi la population de langue maternelle française résidant dans la RMR de Montréal hors de l’île qu’on devrait observer la plus forte croissance de la capacité de parler le français et l’anglais. De même, on pourrait observer une croissance importante du bilinguisme français-anglais parmi la population de langue française des régions francophones hors RMR du Nouveau-Brunswick.

Quant à l’évolution du bilinguisme parmi la population de langue anglaise au Canada hors Québec, la situation changerait peu d’ici 2036, quoique les taux puissent fléchir quelque peu. En examinant les conséquences de l’application de quelques scénarios théoriques, il apparaît que si l’immigration internationale exerce une poussée à la baisse sur l’évolution du niveau de bilinguisme, l’érosion des acquis des jeunes dans leur langue seconde contribue encore davantage à limiter la progression du bilinguisme français-anglais au pays. De fait, les différents scénarios de projection comparés ont démontré clairement que l’effet conjugué de la hausse des effectifs de jeunes bilingues âgés de 5 à 14 ans et du maintien des acquis dans leur langue seconde pourrait se traduire par une hausse substantielle du taux de bilinguisme au pays d’ici 2036.


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