Section 4 – Quelques secteurs clés pour la vitalité des communautés de langue officielle en situation minoritaire

[an error occurred while processing this directive]89-642-x[an error occurred while processing this directive] [an error occurred while processing this directive]

4.1 La Santé
4.2 La justice
4.3 L'éducation
4.4 Médias, arts et culture
4.5 Vie communautaire
4.6 Caractéristiques de l'emploi et du revenu

La Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 investit dans des secteurs prioritaires, dont les cinq suivants : la santé, la justice, les arts et la culture, le développement économique et l'immigration. Le dernier de ces secteurs a été abordé sommairement dans une section précédente et a fait l'objet d'un rapport analytique diffusé par Statistique Canada en avril 2010. Nous présenterons dans cette section des statistiques portant sur les quatre autres secteurs prioritaires identifiés dans la Feuille de route. De plus, la Feuille de route comprend un appui financier à l'enseignement dans la langue de la minorité. Ce secteur d'activité a été identifié comme étant d'une grande importance pour l'avenir des minorités de langue officielle au Canada1 ; une section y sera donc consacrée.

À partir des données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle (EVMLO) et du recensement, nous présenterons de l'information générale sur la présence du français et la situation des francophones dans chacun de ces secteurs.

4.1 La Santé

Une langue commune entre les patients et les professionnels de la santé constitue un des éléments essentiels à l'accès aux services de soins de santé et à l'efficacité de ceux-ci. Les barrières linguistiques peuvent en effet faire en sorte que certains membres des communautés francophones en situation minoritaire soient moins bien desservis par les services de soins de santé. Dans cette optique, il importe d'examiner l'état de la situation pour les communautés francophones de l'Ontario en ce qui concerne certaines dimensions de l'accès aux services de soins de santé.

Lors du Recensement de 2006, 23 % des médecins travaillant en Ontario, soit 3 495, ont déclaré pouvoir soutenir une conversation en français, alors que 7 % déclaraient utiliser le français au moins régulièrement2 dans le cadre de leur travail3. Chez les infirmières, dont l'effectif est de 11 695, ces proportions sont de 12 % et 7 % respectivement.

La proportion des professionnels de la santé capables de soutenir une conversation en français et, dans une moindre mesure, de ceux faisant une utilisation au moins régulière de cette langue, est beaucoup plus élevée que la part relative des francophones en Ontario. Néanmoins, les résultats de l'EVMLO révèlent que la majorité des francophones de l'Ontario indiquent utiliser l'anglais lors des consultations avec les différents professionnels de la santé à propos desquels des renseignements ont été recueillis dans le cadre de cette enquête, soit les médecins de famille, les infirmières, les professionnels de la ligne téléphonique d'information (info-santé) et les professionnels des autres endroits fréquentés pour obtenir des soins. Le tableau 4.1 rend compte des langues utilisées avec les professionnels de la santé.

 Tableau 4.1 Pourcentage des francophones de l'Ontario selon la langue utilisée avec les différents professionnels de la santé et la région, 2006

On y constate la prévalence de l'anglais dans les interactions avec ces professionnels de la santé, et ce dans toutes les régions de l'Ontario à l'exception de celle du Sud-Est où le français semble prédominer.

La méconnaissance du français par les professionnels de la santé, tel que perçue par les répondants, est la principale raison mentionnée par les francophones pour expliquer l'absence de service dans cette langue lors de leurs consultations. En outre, une proportion non négligeable des francophones, soit entre 13 % et 35 % selon le professionnel consulté, ont déclaré être plus à l'aise dans la langue de la majorité. Un tel résultat influe donc grandement sur la principale langue utilisée lors des échanges.

Dans l'ensemble, les résultats de l'EVMLO et du recensement permettent de montrer clairement que la proportion de francophones dans la municipalité de résidence, la disponibilité de professionnels ayant une connaissance du français ainsi que la langue principale des demandeurs de service sont trois facteurs importants qui modulent le degré d'utilisation de l'une ou l'autre des langues avec les professionnels de la santé.

Si la région du Sud-Est se distingue des autres régions de l'Ontario, c'est principalement en raison de la forte représentation des francophones qui y résident : un peu plus de 60 % des francophones de cette région habitent une municipalité où la part relative de leur groupe linguistique y est d'au moins 50 %. Ainsi, tel que présenté dans la section sur l'utilisation des langues dans la sphère publique, plus la proportion de francophones dans une région donnée y est élevée plus la présence du français sera répandue dans la sphère publique et, conséquemment, plus grandes seront les possibilités de l'utiliser dans les activités quotidiennes.

Outre l'influence que joue la proportion de francophones dans une région donnée sur l'utilisation du français avec les professionnels de la santé, la disponibilité de ces professionnels capables de soutenir une conversation dans cette langue est évidemment un élément important à considérer. Selon les statistiques du Recensement de 2006, c'est dans les régions d'Ottawa et du Sud-Est que l'on retrouve les proportions les plus élevées de médecins (42 % et 40 %, respectivement) et d'infirmières (44 % et 58 %, respectivement) capables de soutenir une conversation en français4. C'est également dans ces deux régions que l'on observe les plus fortes proportions de francophones qui ont déclaré avoir communiqué en français avec les professionnels de la santé. La présence de professionnels de langue française et de professionnels capables de soutenir une conversation dans la langue minoritaire est non seulement susceptible d'augmenter l'accessibilité aux services de soins de santé dans cette langue, mais elle peut également favoriser une plus forte présence et une utilisation plus répandue de la langue dans ce secteur clé de la sphère publique.

À la lumière de ces résultats, il importe également d'examiner si les francophones qui déclarent avoir le français comme langue principale ont été plus susceptibles d'utiliser le français lors de leurs interactions avec les professionnels de la santé que ceux dont l'anglais est la langue principale. Il va en effet de soit que l'absence d'utilisation de la langue officielle minoritaire par les francophones dont le français est la langue principale, c'est-à-dire celle dans laquelle ils sont le plus à l'aise, ne dépend pas des mêmes facteurs que dans le cas des francophones qui ont effectué une substitution linguistique de telle sorte que l'anglais soit désormais la langue dans laquelle ils se sentent le plus à l'aise.

En général, les résultats de l'EVMLO révèlent que les francophones dont la langue principale est le français sont proportionnellement plus nombreux à être servis en français lorsqu'ils consultent les différents professionnels de la santé que les francophones qui ont l'anglais comme langue principale. Par exemple, 55 % des premiers ont déclaré utiliser le français lors de leurs interactions avec leur médecin de famille comparativement à 9 % chez les seconds.

L'information tirée de l'EVMLO révèle clairement que, chez les francophones, obtenir des services de santé dans la langue de leur choix ne signifie pas nécessairement obtenir des services en français. Ainsi, dans la mesure où 35 % des francophones de l'Ontario ont l'anglais comme langue principale, on ne s'étonnera donc pas que la « langue de leur choix » pour l'obtention de services de santé ne soit pas le français.

4.2 La justice

L'examen des résultats de l'EVMLO portant sur le domaine de la justice jette également un éclairage sur l'étendue de la présence du français au sein des institutions qui assurent son utilisation dans la sphère publique. En ce sens, la mesure de l'accès aux intervenants de langue française dans ce domaine ou à ceux qui sont en mesure de converser dans cette langue permet de documenter un phénomène perçu comme étant très important pour le statut de cette langue et par conséquent, l'avenir des communautés de langue française en situation minoritaire. À cet égard, le gouvernement canadien s'est engagé dans la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne 2008-2013 à ce que les Canadiens aient un meilleur accès à des services de justice dans la langue officielle minoritaire.

En Ontario, les résultats de l'EVMLO révèlent que l'accès à ces services en français semble valorisé par les francophones dans la mesure où 50 % sont d'avis que, s'ils avaient à utiliser les services d'un avocat, il serait « très important » ou « important » que celui-ci puisse parler le français. En outre, environ 70 % des adultes de langue française ont déclaré qu'ils se sentiraient à l'aise de parler en français s'ils avaient affaire aux services policiers.

Notons que les interactions avec les instances et les représentants du système judiciaire, notamment les avocats et la police, ne sont pas très répandues dans la population. En effet, sur les 440 110 adultes francophones de l'Ontario, 30 % ont déclaré avoir utilisé les services d'un avocat tandis que moins d'un francophone sur cinq a eu affaire aux services policiers, que ce soit pour l'obtention de services ou à la suite d'une infraction : 17 % ont eu un contact avec la police municipale, 10 % avec la police provinciale et 2 % avec la Gendarmerie Royale du Canada (GRC).

Parce que la barrière linguistique peut entraver l'égalité d'accès à la justice, le gouvernement canadien s'est donné comme priorité de former des professionnels qui peuvent assurer un service dans la langue officielle minoritaire. Selon le Recensement de 2006, l'Ontario comptait près de 9 500 avocats ou notaires capable de soutenir une conversation en français, ce qui représente 30 % de tous les avocats de la province. En ce qui a trait aux policiers de l'Ontario, 16 % ont déclaré pouvoir soutenir une conversation en français. À cet égard, on observe bien sûr des différences régionales, le Sud-Est et la région d'Ottawa comptant les plus grandes proportions d'avocats et de policiers capables de soutenir une conversation en français.

En plus de ces statistiques sur la disponibilité ou le bassin potentiel de professionnels du système judiciaire qui peuvent utiliser le français lorsqu'ils interagissent avec les francophones de l'Ontario, les tableaux 4.2.1 et 4.2.2 rendent compte de la connaissance du français par ces professionnels et leur utilisation de cette langue dans le cadre de leur travail.

 Tableau 4.2.1 Connaissance et utilisation de la langue minoritaire par les policiers (sauf cadres supérieurs), Ontario et ses régions, 2006

 Tableau 4.2.2 Connaissance et utilisation de la langue minoritaire par les avocats, Ontario et ses régions, 2006

Au Recensement de 2006, moins de 10 % des avocats de l'Ontario ont déclaré utiliser le français au moins régulièrement au travail. Cette proportion est inférieure à 5 % dans les régions où l'on retrouve de faibles proportions de francophones, soit la région de Toronto et celle du Reste de l'Ontario. Il en va de même pour les policiers : dans chacune des régions de l'Ontario, le taux d'utilisation du français au travail est moindre que la proportion de policiers qui peuvent soutenir une conversation en français5.

Notons que les données du recensement révèlent que le nombre d'avocats et de policiers qui utilisent le français dans le cadre de leur travail en Ontario est supérieur au nombre d'avocats et de policiers francophones. Un nombre important de non-francophones ont donc déclaré le français comme langue de travail, ce qui donne à penser qu'il existe un bassin potentiel de professionnels susceptibles ou capables de fournir des services en français.

Cela dit, les résultats de l'EVMLO révèlent que les interactions qu'ont les francophones avec la police municipale et la police provinciale6 se font généralement en anglais et ce, même dans les régions du Sud-Est et d'Ottawa, là où le français est généralement plus présent (voir les graphiques 4.2.1 à 4.2.3). Ainsi, 10 % des francophones ont utilisé seulement ou surtout le français lors de leurs interactions avec la police municipale et 26 % avec la police provinciale. Les mêmes tendances sont observées lors de l'utilisation des services d'un avocat.

Bien que l'anglais soit la langue prédominante lors des interactions avec les professionnels du système judiciaire, on remarque néanmoins un lien entre la proportion de personnes de langue française dans la municipalité de résidence et l'utilisation du français avec les policiers et les avocats. Ainsi, c'est dans la région du Sud-Est que l'on retrouve les plus fortes proportions d'usage du français avec la police municipale (18 %), la police provinciale (35 %) et avec les avocats (85 %).

 Graphique 4.2.1 Proportion de francophones selon la langue utilisée avec la police municipale, Ontario, 2006

 Graphique 4.2.2 Proportion de francophones selon la langue utilisée avec la police provinciale, Ontario et ses régions, 2006

 Graphique 4.2.3 Proportion de francophones selon la langue utilisée avec les avocats, Ontario et ses régions, 2006

4.3 L'éducation

4.3.1 Chez les enfants

L'accès à l'école de langue française et la gestion des systèmes d'enseignement de la minorité francophone ont été depuis longtemps l'un des principaux chevaux de bataille des francophones à l'extérieur du Québec. L'Ontario a particulièrement été marqué par les luttes visant à garantir l'enseignement en français à tous les niveaux, du préscolaire au postsecondaire, et pour l'obtention de la gestion de ces écoles. Rappelons que dans de nombreuses provinces à l'extérieur du Québec, la scolarisation des francophones dans leur propre langue aura été fortement limitée du fait que la plupart des écoles françaises ne recevaient aucune aide financière de l'État, et ce, jusqu'au début des années 19707. Grâce aux efforts de diverses commissions et de divers comités, des écoles secondaires de langue française ont commencé à voir le jour en 1969.

Un statut particulier est réservé à l'école française en milieu minoritaire en raison de son rôle de vecteur de socialisation à la culture française, de transmission de la langue aux enfants et du maintien des acquis dans cette langue. L'école est un milieu francophone public qui, de pair avec les familles, peut contribuer au développement et à l'essor d'une vie communautaire francophone.

Il importe donc de pouvoir mesurer l'ampleur de la fréquentation des écoles de langue française par les enfants admissible à les fréquenter ainsi que les facteurs qui influencent les décisions concernant la langue de scolarisation des enfants. Les données de l'EVMLO nous procurent notamment cet aperçu particulier de la situation scolaire des enfants de parents francophones en Ontario en permettant d'estimer le nombre d'enfants admissible à l'enseignement en français qui fréquentent une école de langue française ou qui sont inscrits dans un programme d'immersion. De plus, ces données permettent d'examiner le lien entre la fréquentation d'une école de langue française et l'utilisation des langues, notamment, à la maison et avec les amis.

En Ontario, des 128 620 enfants de parents francophones inscrits à l'école au moment de cette enquête, environ 57 % fréquentent une école primaire ou secondaire de langue française (graphique 4.3.1). Lorsqu'on inclut les 11 % qui sont inscrits dans un programme d'immersion dans une école de langue anglaise, nous pouvons estimer qu'environ 68 % des enfants de parents francophones en Ontario reçoivent un enseignement en français.

 Graphique 4.3.1 Pourcentage d'enfants dont au moins un parent est francophone selon la langue de l'école fréquentée, Ontario, 2006

Les variations régionales que l'on observe dans ce graphique illustrent bien l'influence probable des caractéristiques démolinguistiques propres à ces régions sur le choix de la langue de scolarisation des enfants de parents francophones. Pensons notamment à la proportion de francophones dans la municipalité de résidence et à la langue principale des parents, tous deux des facteurs importants dans la transmission de la langue française aux enfants et dans le choix de la langue de scolarisation. À titre d'exemple, les régions de Toronto et du Reste de l'Ontario affichent, comparativement aux autres régions de la province, de faibles concentrations de francophones et des proportions moins élevées de francophones dont la langue principale est le français. Aussi, le graphique 4.3.1 rend compte du fait que ce sont les deux régions où l'on retrouve les proportions les moins élevées d'enfants inscrits à une école de langue française, soit 45 % et 38 % respectivement.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle met également en lumière le fait que la fréquentation de l'école de langue française semble être un choix plus populaire chez les parents des plus jeunes enfants. Les résultats donnent en effet à penser qu'il y aurait un abandon de l'école française au profit de l'école anglaise durant la transition entre l'école primaire et l'école secondaire.

Les résultats présentés au tableau 4.3.1 révèlent ainsi que les proportions d'enfants inscrits à une école primaire de langue française (60 %) sont plus élevées que celles des enfants inscrits à une école secondaire française (51 %) et ce, dans toutes les régions de la province. Chez les enfants qui ont déjà fréquenté une école de langue française, la qualité du programme est la principale raison déclarée par les parents pour justifier ce changement de système scolaire.

 Tableau 4.3.1 Effectifs et pourcentages d'enfants de parents francophones selon la langue de l'école et le niveau scolaire, Ontario et ses régions, 2006

Outre les caractéristiques de nature environnementale mentionnées plus haut, d'autres facteurs viennent influencer le choix de la langue de l'école fréquentée par l'enfant. En particulier, la trajectoire linguistique des parents dans leur cheminement scolaire semble avoir une influence certaine sur le choix de la langue d'enseignement ou du système scolaire de leurs enfants. Ainsi, parmi les 114 680 enfants dont les parents ont fait leurs études primaires et secondaires en français, environ 68 % fréquentent présentement une école de langue française et environ 67 % parlent le français le plus souvent (46 %) ou régulièrement (21 %) à la maison. Mentionnons par ailleurs que 89 % des enfants de couples endogames dont les deux parents ont le français comme langue maternelle fréquentent une école de langue française comparativement à 42 % des enfants de couples exogames français-anglais.

Finalement, les résultats de l'EVMLO permettent d'établir une forte corrélation entre la fréquentation scolaire en français et certains comportements langagiers chez les enfants. Ainsi, les enfants qui fréquentent une école de langue française sont plus nombreux à utiliser le français à la maison8 (75 % comparativement à 12 % des enfants en immersion), à le parler avec leurs amis (77 % comparativement à 19 % des enfants en immersion) et à pouvoir l'utiliser pour soutenir une conversation (99 % comparativement à 72 % des enfants en immersion).

4.3.2 Chez les adultes

4.3.2.1 Plus haut niveau de scolarité atteint

Le plus haut niveau de scolarité atteint par les francophones de l'Ontario en 2006 est un indicateur important des progrès réalisés depuis le Recensement de 1971, recensement mené peu après la fin des travaux de la Commission royale d'enquête Laurendeau-Dunton. Se fondant sur les statistiques du Recensement de 1961, les travaux de cette Commission on fait état des écarts très importants observés entre francophones et anglophones au Canada, tant en matière de scolarisation qu'en matière de situation sur le marché de l'emploi et dans diverses sphères de l'activité économique.

En raison notamment de la scolarisation obligatoire jusqu'à l'âge de 16 ans9 et de l'importance grandissante accordée à l'éducation par les gouvernements, les employeurs et par la population dans son ensemble, les écarts entre francophones et anglophones ont fortement diminué au fil du temps.

Afin d'illustrer le phénomène, examinons d'abord les résultats présentés au graphique 4.3.2.1 qui portent sur la situation observée en 2006. On y constate que 24 % de la population franco-ontarienne ne détenait aucun certificat, diplôme ou grade comparativement à 21 % de la population anglophone. L'écart observé entre les deux grands groupes linguistiques reflète essentiellement le fait que les anglophones sont proportionnellement plus nombreux à avoir complété un diplôme d'études secondaires que leurs homologues francophones. Les statistiques portant sur les diplômes, certificats ou grades obtenus au niveau postsecondaire révèlent que les écarts entre les groupes sont soit très faibles soit inexistants, signe qu'un rattrapage considérable a eu lieu.

 Graphique 4.3.2.1 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu selon la première langue officielle parlée, Ontario, 2006

Les constats qui émanent de la lecture de ce dernier graphique portent sur l'ensemble de la population âgée de 15 ans et plus et, par conséquent, tiennent compte à la fois de la situation actuelle et passée des groupes linguistiques en matière de scolarisation.

Le graphique 4.3.2.2 illustre bien ce propos dans la mesure où l'on tient compte de certaines sous-populations définies par leur groupe d'âge. En portant notre attention sur le groupe d'âge des 65 ans et plus, on constate que l'écart entre francophones et anglophones est considérable dans les proportions de personnes ne détenant aucun diplôme, certificat ou grade. Parmi ce groupe d'âge, un francophone sur deux se trouve dans cette situation comparativement à 38 % des anglophones. À l'opposé, plus de 11 % des anglophones détiennent un certificat, diplôme ou grade universitaire égal ou supérieur au baccalauréat.

Signe de l'évolution des tendances en matière de scolarisation, la situation observée chez les 25 à 34 ans dépeint une situation inversée. Ainsi, parmi ce groupe d'âge, on trouve proportionnellement davantage d'anglophones (9 %) que de francophones (7 %) ne détenant aucun diplôme alors qu'en ce qui a trait aux proportions de diplômés universitaires, les francophones (34 %) sont légèrement plus susceptibles de détenir un tel diplôme que les anglophones (33 %). Chez les personnes âgées de 35 à 54 ans, on observe des résultats assez similaires bien qu'on observe une proportion légèrement supérieure de diplômés universitaires chez les anglophones et une proportion légèrement supérieure de francophones ne détenant aucun diplôme.

 Graphique 4.3.2.2 Plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu selon la première langue officielle parlée et le groupe d'âge, Ontario, 2006

L'examen de la situation des jeunes adultes en matière de scolarisation doit tenir compte d'un facteur important, soit le lieu de naissance des francophones. On sait, par exemple, que tant chez les anglophones que chez les francophones, les immigrants sont généralement plus susceptibles de détenir un grade universitaire, en raison notamment du fait que le niveau de scolarité constitue l'un des critères de sélection des immigrants au Canada. En 2006, chez les francophones âgés de 25 à 34 ans, on constate que 54 % des francophones nés à l'extérieur du pays détiennent un diplôme universitaire, comparativement à 40 % de ceux nés dans une autre province (dans plus de 80 % des cas, au Québec) alors que 26 % des francophones nés en Ontario détiennent un tel diplôme (voir le graphique 4.3.2.3). Aux niveaux inférieurs de scolarité, on observe le corollaire de cette situation, c'est-à-dire que les francophones nés en Ontario sont beaucoup plus susceptibles de détenir un diplôme d'études secondaires ou d'études collégiales comme plus haut niveau de scolarité atteint que les autres Franco-Ontariens.

 Graphique 4.3.2.3 Proportion des francophones (première langue officielle parlée) âgés de 25 à 34 ans selon le plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu et le lieu de naissance, Ontario, 2006

L'un des changements les plus marquants ayant découlé des profondes mutations sociales et des réformes scolaires des années 1960 est sans conteste l'inscription en grand nombre des femmes dans les établissements d'enseignement postsecondaire, en particulier dans les universités. En 1971, la proportion des femmes détenant un grade universitaire était de deux à trois fois moins élevée que celle des hommes, selon le groupe d'âge. En 2006, parmi les francophones de l'Ontario, on constate que chez les personnes âgées de 65 ans ou plus, soit ceux qui avaient au moins 30 ans en 1971, la proportion des femmes qui détiennent un diplôme universitaire est de 7 %, comparativement à moins de 12 % chez les hommes de ce groupe d'âge (voir le tableau 4.3.2.1). En revanche, chez les 20 à 24 ans, la proportion de détenteurs d'un tel diplôme n'est que de 9 % chez les hommes alors qu'elle atteint près de 18 % chez les femmes. En somme, les femmes de moins de 45 ans sont proportionnellement plus nombreuses à détenir un diplôme ou un grade universitaire que leurs homologues masculins alors que ces derniers sont proportionnellement plus nombreux à être faiblement scolarisés ou à détenir un diplôme professionnel ou d'une école de métiers.

 Tableau 4.3.2.1 Proportion de francophones (première langue officielle parlée) selon le plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu, le groupe d'âge et le sexe, Ontario, 2006

La propension à être fortement ou peu scolarisé varie habituellement selon que les individus résident dans de grands centres urbains ou dans des milieux ruraux. C'est dans les grands centres urbains, par exemple, qu'on trouve les universités et les employeurs susceptibles d'embaucher beaucoup de diplômés universitaires.

Parmi les francophones de l'Ontario, en 2006, Toronto comptait la plus forte proportion de détenteurs d'un diplôme ou d'un grade universitaire, soit 41 %, alors qu'Ottawa en comptait plus de 28 % (graphique 4.3.2.4). C'est dans le Nord-Est de la province qu'on observe la plus faible proportion de détenteurs de tels diplômes, soit 8 % de la population. À l'inverse, le Nord-Est et le Sud-Est de la province comptent des proportions importantes de leur population qui ne détiennent aucun certificat, diplôme ou grade, soit 34 % et 29 % respectivement.

 Graphique 4.3.2.4 Proportion de francophones (première langue officielle parlée) selon le plus haut certificat, diplôme ou grade obtenu et la région, Ontario, 2006

4.3.2.2 Langue d'enseignement chez les adultes

Les résultats de l'EVMLO nous ont permis de constater que, dans l'ensemble de l'Ontario, les enfants dont au moins un parent est de langue française fréquentent une école primaire de langue française dans une proportion de 60 % et un programme d'immersion en français dans une proportion de 13 %. Au niveau secondaire, ces proportions sont respectivement de 51 % et de 11 %. Qu'en est-il de la langue de scolarisation des adultes ayant répondu à l'EVMLO? Aux diverses questions de l'enquête portant sur la langue dans laquelle les répondants ont effectué une partie ou toutes leurs études en français, on décèle une diminution de la présence du français d'un groupe d'âge à l'autre et d'un niveau de scolarité à l'autre.

Ainsi, comme en rend compte le tableau 4.3.2.2, la proportion d'adultes qui ont fait la totalité de leurs études en français est relativement importante au niveau primaire, oscillant autour de 80 % chez les moins de 65 ans, alors qu'elle fléchit au fur et à mesure que s'élève le niveau du programme d'enseignement. On note également un écart important entre les adultes de moins de 45 ans et ceux de 45 ans ou plus en ce qui a trait à la fréquentation d'une école secondaire en français, un résultat qui doit être interprété à la lumière du fait que les écoles secondaires de langue française ont commencé à voir le jour à partir de 1969 en Ontario, c'est-à-dire au moment ou ceux âgés aujourd'hui de 25 à 44 ans ont eu davantage la possibilité de fréquenter ces écoles.

En outre, on peut constater que la proportion d'adultes ayant fréquenté un programme universitaire exclusivement en français est à peu près la même d'un groupe d'âge à l'autre, soit 37 %, à l'exception de celui des 25 à 44 ans dont les membres sont plus susceptibles d'avoir fait toutes leurs études universitaires en français (42 %). Les données de l'EVMLO (non présentées ici) révèlent que les francophones de l'Ontario nés dans une autre province canadienne, principalement au Québec, sont plus susceptibles d'avoir fait leurs études postsecondaires en français. Chez les personnes de 45 ans ou plus, une plus forte proportion de celles nées au Québec ont fait leurs études universitaires exclusivement en français alors que celles nées en Ontario sont plus susceptibles d'avoir fait une partie seulement de ces études en français.

 Tableau 4.3.2.2 Proportion des francophones (première langue officielles parlé) ayant poursuivi toutes ou une partie de leurs études en français selon le groupe d'âge et le niveau des études, Ontario, 2006

4.4 Médias, arts et culture

Le soutien aux arts et à la culture est l'un des éléments clés ciblés par la Feuille de route pour la dualité linguistique canadienne. On y reconnaît notamment leur rôle essentiel à l'épanouissement des communautés de langue officielle en milieu minoritaire.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle cible six médias pour mesurer l'accès aux éléments culturels dans la langue de la minorité, soit la télévision, l'Internet, la radio, les journaux, les livres et les spectacles ou les événements artistiques. De nos jours, l'Internet et la câblodistribution facilitent l'accès à ces médias dans plusieurs langues et en provenance de nombreux pays, ce qui permet d'accroître la disponibilité des divers produits culturels de langue française à travers le pays.

Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèlent que les francophones de l'Ontario, tout comme leurs homologues anglophones (données non montrées), sont de grands consommateurs de médias, dont le plus important est la télévision (voir tableau 4.4.1).

 Tableau 4.4.1 Proportion de francophones selon l'utilisation de certains médias, Ontario, 2006

Cependant, l'accessibilité aux médias de langue française n'est pas le seul facteur qui influence la consommation dans la langue de la minorité. Les résultats démontrent, en effet que malgré la technologie d'aujourd'hui qui facilite l'accès aux médias de langue française, l'anglais prédomine lors de l'utilisation des médias. Les francophones de l'Ontario sont majoritairement plus portés à avoir déclaré que l'écoute de la télévision et de la radio, la lecture de livres et de journaux, et l'accès à l'Internet se font « seulement » ou « surtout » en anglais. Par ailleurs, les médias qui affichent les proportions les plus élevées d'utilisation « seulement » ou « surtout » en français sont la lecture de livres (19 %) et l'écoute de la radio (19 %) (voir le tableau 4.4.2).

 Tableau 4.4.2 Pourcentage de francophones selon la langue de consommation de certains médias, Ontario et ses régions, 2006

Ces résultats donnent à penser qu'il ne s'agirait donc pas seulement d'une question de disponibilité. Ainsi, bien qu'environ 41 % des francophones de l'Ontario ont déclaré qu'il est « facile » ou « très facile » de se procurer des journaux en français dans leur municipalité, la lecture de journaux se fait majoritairement en anglais (70 %). Il en va de même pour la disponibilité et la lecture de livres. En général, les francophones sont plus nombreux à déclarer une bonne disponibilité ou un accès facile pour un médium donné en français qu'à déclarer en faire usage dans cette langue.

Fait à noter, en ce qui a trait à la présentation de spectacles ou d'événements artistiques dans les deux régions où les proportions de francophones sont les plus faibles, soit Toronto et le Reste de l'Ontario, nous observons une situation inverse. Les francophones sont en effet proportionnellement plus nombreux à avoir fréquenté un spectacle ou un événement artistique en français au cours des douze derniers mois, qu'à avoir déclaré qu'il y a « toujours » ou « souvent » des spectacles ou événements artistiques en français.

Il semble donc y avoir un soutien marqué pour les arts et les spectacles dans les régions où ces événements sont moins fréquents. Par exemple, dans la région identifiée comme le Reste de la province, 4 % des francophones ont déclaré qu'il y a « toujours » ou « souvent » des spectacles ou des événements artistiques dans leur région comparativement à 14 % qui ont déclaré y avoir assisté. Dans les autres régions et pour les autres médias, on observe la situation inverse : la participation aux événements est moindre que la fréquence déclarée.

Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèlent une fois de plus que la région et la langue principale sont des facteurs importants pour expliquer le choix de la langue de consommation des médias. Étant donnée la forte corrélation entre ces deux facteurs, il n'est pas surprenant de voir que les francophones qui habitent les régions à plus forte concentration de francophones, comme la région d'Ottawa ou la région du Sud-Est de l'Ontario, soient plus portés à déclarer que leur consommation des divers médias se fait « seulement » ou « surtout » en français. Par exemple, en Ontario, bien que 19 % des francophones font la lecture de livres « seulement » ou « surtout » en français, cette proportion s'élève à 36 % chez les francophones dont la langue principale est le français et à 49 % chez les francophones de la région du Sud-Est qui ont le français comme langue principale. La même tendance s'observe dans chacune des régions pour lesquelles des données ont été recueillies dans l'EVMLO.

4.5 Vie communautaire

L'implication des individus au sein de leur communauté et la participation à des activités communautaires sont généralement reconnues comme des dimensions de la vie en société qui contribuent à la création et au maintien de réseaux de soutien social. En outre, « [le] capital social (défini en termes généraux comme la participation aux réseaux sociaux) est de plus en plus considéré comme une composante clé du développement communautaire ou comme un aspect essentiel de la « capacité » d'une collectivité de se développer »10.

Les données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle permettent de mesurer certaines dimensions de la participation des francophones à la vie communautaire. Les statistiques concernant la participation à des activités de bénévolat, le fait d'être membre d'organismes communautaires ou de prodiguer des soins dans un contexte informel permettent en effet d'examiner dans quelle mesure les francophones s'impliquent dans la vie associative et communautaire de leur milieu de vie.

Les résultats de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèlent qu'environ un quart des francophones de l'Ontario participent à l'une ou l'autre des activités pour lesquelles des données ont été recueillies dans cette enquête. Ainsi, ce sont 24 % des adultes francophones qui ont déclaré avoir été membres d'un organisme, d'un réseau ou d'une association au cours des 12 derniers mois ayant précédé l'enquête alors que 26 % ont déclaré faire du bénévolat et 28 % ont fourni du soutien non rémunéré pour les activités de tous les jours à quelqu'un qui n'habitait pas dans leur ménage. Environ 6 % des francophones ont déclaré avoir participé aux trois types d'activités.

Plusieurs facteurs sociodémographiques et économiques influent sur la participation communautaire, notamment l'âge, la scolarité, le milieu de résidence, le statut socio-économique, etc. Toutefois, l'analyse de ces facteurs dépasse l'objectif du présent document.

Le type d'activités communautaires dans lesquelles sont impliqués les francophones varie peu d'une région à l'autre. Leur niveau de participation à ces activités est à peu de choses près la même dans toutes les régions de l'Ontario. Toutefois, la langue dans laquelle se déroulent ces activités varie notamment selon le type d'activités et selon la région. Par exemple, les résultats de l'EVMLO révèlent une fois de plus que c'est dans les régions au sein desquelles les francophones sont plus concentrés qu'on observe la plus grande utilisation du français lors des activités communautaires. De fait, c'est dans le Sud-Est de la province que nous observons les plus fortes proportions de francophones qui utilisent le français lors de leur participation à des activités communautaires.

 Graphique 4.5.1 Proportion de francophones selon la langue d'usage pour les activités communautaires, Ontario et régions, 2006

En ce qui a trait au type d'activité, le français est utilisé « seulement ou surtout » par 52 % des francophones qui offrent du soutien pour les activités de tous les jours, comparativement à 34 % qui l'utilisent lors des activités de bénévolat. Soulignons que les enfants et les autres membres de la famille (50 %) et les amis (27 %) sont plus souvent bénéficiaires du soutien pour les activités quotidiennes. Par ailleurs, la famille et les amis semblent compter pour beaucoup dans les réseaux des francophones de l'Ontario. Ainsi, en cas de maladie, 49 % déclarent qu'ils se tourneraient vers les autres membres de leur famille pour du soutien, tandis que 23 % se tourneraient vers leurs enfants. L'utilisation du français dans les activités de soutien social semble donc associée principalement au domaine privé.

L'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle révèle que 81 % des francophones déclarent qu'il est « très important » ou « important » pour eux que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté francophone. À cet égard, on observe également des variations selon la région, la proportion et la concentration de francophones au sein de la municipalité de résidence. Dans les régions où la proportion de francophones est plus élevée, les répondants sont proportionnellement plus nombreux à déclarer qu'ils trouvent « très important » ou « important » que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté francophone. Par exemple, les proportions sont moins élevées à Toronto et dans le « Reste » de la province, régions où nous trouvons de moins fortes proportions et concentrations de francophones. Les proportions varient ainsi de 73  % dans les municipalités où on compte moins de 10 % de francophones à 93 % dans les municipalités où leur poids relatif est de 70 % ou plus.

On observe le même phénomène à la lumière du niveau de concentration de francophones au sein de la municipalité. Plus élevée est cette concentration, plus forte est la proportion de ceux qui considèrent qu'il est « très important » ou « important » que quelqu'un travaille au développement de la communauté : 73 % dans les municipalités de faible concentration; 83 % dans celles de moyenne concentration et 88 % dans les municipalités de forte concentration.

Bien que 81 % des francophones déclarent qu'il est « très important » ou « important » pour eux que des personnes ou des organismes travaillent au développement de la communauté francophone, ce sont 32 % de ceux qui sont membres d'organismes, de réseaux ou d'associations qui le sont dans le but de promouvoir la communauté francophone. Cette dernière proportion varie elle aussi selon la proportion que représentent les francophones dans la municipalité. En effet, ce sont les francophones qui habitent une municipalité au sein de laquelle on compte de 30 % à 49,9 % de francophones (42 %) qui sont les plus portés à déclarer qu'ils sont impliqués dans des activités de promotion de la communauté francophone. De même, en ce qui à trait à leur niveau de concentration géographique, bien qu'il n'y ait pas de différence statistiquement significative entre les francophones qui habitent des municipalités où leur concentration est faible ou moyenne (29 % et 30 % respectivement déclarant s'impliquer dans ce type d'activités), les francophones qui habitent des municipalités où ils sont fortement concentrés sont proportionnellement plus portés à déclarer qu'ils sont impliqués dans ce type d'activités, soit 39 %.

4.6 Caractéristiques de l'emploi et du revenu

Nous avons jusqu'à maintenant examiné l'ampleur des niveaux différentiels de scolarité entre les principaux groupes linguistiques en Ontario. Tant les données du recensement que de l'EVMLO permettent d'examiner dans quelle mesure les francophones de l'Ontario oeuvrent dans des secteurs d'industrie différents ou non de ceux des anglophones. On peut donc y identifier les similarités et les différences dans la répartition des groupes linguistiques entre les divers secteurs d'industrie.

L'analyse sommaire des données du Recensement de 2006 révèle que les francophones de l'Ontario sont proportionnellement plus nombreux que les anglophones à oeuvrer dans le secteur de l'administration publique et des services d'enseignement. Dans ces deux secteurs, on retrouve en effet respectivement près de 13 % et 10 % des francophones de la province comparativement à 5 % et moins de 7 % des anglophones. Ces derniers, pour leur part, sont proportionnellement plus nombreux à occuper des emplois dans les secteurs de la fabrication (14 %), du commerce de détail (un peu plus de 11 %) et de l'hébergement et la restauration (près de 7 %). Par comparaison, ces trois secteurs regroupent 10 %, 10 % et 5 % respectivement des francophones de la province. Dans la plupart des autres grands secteurs d'industrie, on observe peu d'écarts entre ces deux groupes.

 Graphique 4.6.1 Proportion de travailleurs selon le secteur d'industrie et la première langue officielle parlée, Ontario, 2006

Notons par ailleurs que l'examen des données portant sur la distribution des emplois par groupe de professions (non montrées ici) ne révèle aucun écart important entre les deux groupes linguistiques.

Fait à noter, cependant, bien que la part relative des postes de secrétaires et de personnel de bureau soit légèrement plus élevée chez les francophones que chez les anglophones, on n'observe aucun écart différentiel dans les parts relatives que composent les postes de cadres supérieurs, de directeurs, de professionnels en gestion des affaires et en finance, de professionnels ou de personnel technique des sciences naturelles et appliquées. De tels résultats donnent à penser que la situation des francophones s'est modifiée considérablement depuis les années 1960, notamment à la lumière des constats que faisaient les membres de la Commission Laurendeau-Dunton sur la situation socio-économique des francophones. Nous verrons plus loin que cette transformation transparaît également à la lumière des statistiques portant sur les revenus.

4.6.1 Répartition au sein des secteurs d'emploi selon la région de résidence

La répartition des francophones au sein des différents secteurs d'emploi varie grandement d'une région à l'autre de la province. Par exemple, on ne s'étonnera guère que de tous les travailleurs francophones qui résident dans la division de recensement d'Ottawa, 27 % occupent un emploi dans la fonction publique comparativement à 8 % des francophones qui résident dans les autres régions de la province. À l'opposé, comme en rend compte le tableau 4.6.1, alors qu'on retrouve proportionnellement peu de travailleurs francophones d'Ottawa (3 %) et de Toronto (7 %) oeuvrant dans le secteur de la fabrication, c'est dans la région du Sud-Est et dans le Reste de la province que la part relative de ces travailleurs est la plus importante, soit 12 % et 14 % respectivement. Notons également que 14 % des francophones de Toronto oeuvrent dans le secteur des services professionnels, scientifiques et techniques, soit près du double de la part relative qu'y représentent les francophones d'Ottawa et une part largement supérieure à celle observée dans les autres régions de la province.

 Tableau 4.6.1 Répartition des travailleurs francophones (PLOP) entre les différents secteurs d'industrie selon la région de résidence, Ontario, 2006

4.6.2 Utilisation de la langue française au travail selon le secteur d'industrie

Parmi l'ensemble des travailleurs de l'Ontario âgés de 15 ans ou plus, 6 % (411 360) utilisent le français « le plus souvent » ou « régulièrement » dans le cadre de leur travail. Chez les francophones, cette proportion atteint 70 %, soit 34 % le plus souvent et 36 % régulièrement (c'est-à-dire moins souvent que la langue prédominante)11.

Nous venons de voir que les francophones qui oeuvrent dans les secteurs de l'administration publique, de l'enseignement et des soins de santé et de l'assistance sociale regroupent près du tiers (32 %) des francophones de la province. Qu'en est-il de l'utilisation du français par les francophones au sein de ces secteurs? On ne s'étonnera guère que les travailleurs francophones du secteur de l'enseignement soient proportionnellement les plus nombreux à avoir le français comme principale langue de travail; on en compte 66 % qui l'utilisent le plus souvent alors que 15 % déclarent en faire une utilisation régulière. Les francophones des secteurs de l'agriculture, de la foresterie, de la chasse et de la pêche, lesquels ne représentent que 2 % des travailleurs francophones de la province, arrivent bon seconds en ce qui a trait à l'utilisation du français au travail, soit 58 % le plus souvent et 19 % régulièrement. Toutefois, ce sont les francophones du secteur de l'administration publique qui déclarent faire usage du français au moins régulièrement au travail dans une plus forte proportion, soit 32 % le plus souvent et 54 % régulièrement.

 Graphique 4.6.2 Utilisation du français le plus souvent ou régulièrement au travail par les francophones selon le secteur d'industrie, Ontario, 2006

4.6.3 Écarts différentiels de revenu

Historiquement, les francophones au Canada ont été désavantagés sur le plan économique. Les Franco-Ontariens ne faisaient pas exception. Dans la mesure où le niveau de revenu des individus est fortement tributaire de leur niveau de scolarité, de leur profession et du secteur d'industrie dans lequel ils oeuvrent (pour ne nommer que ces facteurs), on peut donc croire que les mutations importantes qu'ont connues les communautés francophones de l'Ontario au cours des 40 dernières années ont eu des répercussions majeures sur leur niveau de revenu.

L'analyse des facteurs ayant influencé l'évolution des écarts différentiels de revenu entre les groupes linguistiques dépasse l'objet et la portée du présent rapport. Toutefois, les statistiques du Recensement de 2006 portent à croire que la situation des Franco-Ontariens s'est beaucoup améliorée au fil du temps.

La comparaison des revenus médians et des revenus moyens des francophones et des anglophones procurent une information contrastée. Les statistiques de 2006 révèlent que les personnes ayant le français comme première langue officielle parlée ont un revenu moyen à peu près égal à celui des anglophones alors qu'en ce qui a trait au revenu médian, celui des francophones est de 3 500$ supérieur à celui des anglophones. Ces résultats donnent à penser que les écarts de revenu au sein du groupe anglophone sont plus importants qu'au sein du groupe francophone, un plus grand nombre d'anglophones ayant déclaré des revenus élevés. En outre, on constate que les revenus moyens et médians des personnes ayant et le français et l'anglais comme premières langues officielles parlées sont de beaucoup inférieurs à ceux des deux autres groupes en raison du fait qu'il s'agit essentiellement de personnes immigrantes. De nombreuses études ont déjà montré qu'en dépit d'un niveau de scolarité supérieur, les immigrants ont un taux de chômage supérieur et des revenus inférieurs à ceux des personnes nées au Canada.

 Tableau 4.6.2 Revenu moyen et revenu médian des hommes et des femmes selon la première langue officielle parlée, Ontario, 2006

À la lumière du contexte historique décrit plus haut, on sait que le revenu médian des deux groupes linguistiques est fonction de l'âge, les francophones plus âgés affichant un revenu médian inférieur à celui des anglophones. Les statistiques présentées aux graphiques 4.6.3-a et 4.6.3-b rendent en effet compte du fait que chez les personnes de 65 ans ou plus le revenu médian des anglophones est supérieur à celui des francophones, tant chez les hommes que chez les femmes. En revanche, chez les 25 à 44 ans, tant le revenu médian des femmes que celui des hommes de langue française est supérieur d'environ 5 600$ à ceux des anglophones12.

Mentionnons finalement que, tout comme les revenus médians, le revenu moyen des membres des deux principaux groupes linguistiques varie lui aussi selon l'âge des individus (résultats non montrées ici). Alors que les résultats portant sur l'ensemble de la population ne révélaient aucun écart dans les revenus moyens, on constate que, tout particulièrement chez les hommes, les francophones âgés de 45 à 64 ans et ceux âgés de 65 ans ou plus affichent des revenus inférieurs à ceux des anglophones de l'ordre de 4 000$ et 6 000$ respectivement, et ce même lorsqu'on tient compte de la scolarité, de la région de résidence, du secteur d'industrie et du statut d'immigrant. Chez les 25 à 44 ans, c'est plutôt le revenu moyen des francophones qui est supérieur de plus de 2 000$ à celui des anglophones.

 Graphique 4.6.3-a Revenu médian des femmes selon le groupe d'âge et la première langue officielle parlée, Ontario, 2006

 Graphique 4.6.3-b Revenu médian des hommes selon le groupe d'âge et la première langue officielle parlée, Ontario, 2006


Notes

  1. Rapport sur les consultations du gouvernement du Canada sur la dualité linguistique et les langues officielles, Février 2008.
  2. C'est-à-dire soit le plus souvent soit régulièrement.
  3. Voir à ce propos le tableau 2.1 du rapport intitulé « Professionnels de la santé et minorités de langue officielle au Canada : 2001 et 2009 », par C. Blaser, 2009, 91-550-X au catalogue.
  4. Notons par ailleurs que la proportion de médecins dont le français est la première langue officielle parlée dans ces deux régions est de 14 % et 32 % respectivement, alors que chez les infirmières ces proportions sont de 23 % et 31 % respectivement.
  5. Tout comme dans le cas des professionnels de la santé, l'utilisation du français par les avocats et les policiers dépend de plusieurs facteurs, dont la proportion de francophones dans un milieu donné. L'analyse de ces facteurs dépasse toutefois le cadre du présent portrait statistique.
  6. En raison du très petit nombre des membres de la minorité de langue officielle qui ont eu des contacts avec la Gendarmerie Royale du Canada, les données obtenues dans le cadre de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle ne permettent pas de tirer des conclusions à leur égard.
  7. Voir Corbeil (2003), « Les groupes linguistiques au Canada : 30 ans de scolarisation », dans Tendances Sociales Canadiennes, Statistique Canada, 11-008 au catalogue.
  8. Seul ou avec l'anglais.
  9. L'Ontario s'est dotée d'une loi sur la fréquentation scolaire obligatoire en 1871. Toutefois, cette obligation visait les jeunes âgés de 7 à 12 ans puis, en 1891, ceux âgés de 8 à 14 ans et ne portait que sur une fréquentation minimale de 4 mois par année. En outre, en 1954, le School Administration Act (la loi ontarienne sur l'administration des écoles) a imposé à tous les enfants de cette province un âge minimal d'abandon scolaire autorisé de 16 ans, tout en laissant les adolescents de plus de 14 ans travailler dans une ferme, à la maison ou ailleurs si ce travail était nécessaire à leur subsistance. En 1970, on a aboli ces exceptions. Pour référence, voir également Législation canadienne de l'école obligatoire et incidence sur les années de scolarité et le futur revenu du travail, Philip Oreopoulos, Statistique Canada (2005), 11F0019MIF au catalogue.
  10. Rothwell, Neil et Martin Turcotte (2006). « L'influence de la scolarité sur l'engagement communautaire : différences entre les régions rurales et urbaines du Canada ». Bulletin d'analyse – Régions rurales et petites villes au Canada, vol 7, 1, juillet, 21-006-XIF au catalogue, page 1.
  11. Les données de l'Enquête sur la vitalité des minorités de langue officielle ont révélé que lorsque les répondants déclarent utiliser une langue régulièrement, en plus de celle qu'ils parlent le plus souvent, cette utilisation est quotidienne.
  12. Un résultat qui tient notamment du fait que les francophones de ce groupe d'âge sont en moyenne plus scolarisés que leurs homologues anglophones.
Signaler un problème sur cette page

Quelque chose ne fonctionne pas? L'information n'est plus à jour? Vous ne trouvez pas ce que vous cherchez?

S'il vous plaît contactez-nous et nous informer comment nous pouvons vous aider.

Avis de confidentialité

Date de modification :