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  1. Introduction
  2. La victimisation avec violence envers les enfants et les jeunes augmente avec l'âge
  3. De toutes les provinces, la Saskatchewan affiche le taux le plus élevé de violence faite aux enfants et aux jeunes déclarée par la police, alors que l'Île-du-Prince-Édouard enregistre le plus faible
  4. Voies de fait
  5. Agression sexuelle
  6. Autres infractions avec violence
  7. Méthodes
  8. Bibliographie

Introduction

Malgré leur jeune âge, les enfants et les jeunes de moins de 18 ans sont victimes des mêmes types de violence que le sont les adultes : les voies de fait et l'agression sexuelle, le vol qualifié, le harcèlement criminel et l'homicide. Ils peuvent être victimisés par un membre de leur famille, un ami, une connaissance ou un étranger chez eux, dans leur quartier ou à l'école.

Il demeure difficile de quantifier la fréquence des crimes violents commis contre les enfants et les jeunes. Au Canada, le Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire (DUC 2) permet de recueillir des renseignements détaillés sur les affaires de violence à l'endroit des enfants et des jeunes qui sont signalées à la police. Toutefois, la violence signalée à la police ne représente qu'une partie de la violence faite aux jeunes. Les enfants et les jeunes peuvent également être victimes de mauvais traitements ou de négligence. Bien que certains de ces comportements préjudiciables soient interdits par le Code criminel du Canada et par les lois provinciales et territoriales sur la protection de l'enfance, leur prévalence est plus difficile à mesurer 1 . Afin d'obtenir un portrait plus exhaustif de la victimisation criminelle au Canada, Statistique Canada recueille également des données autodéclarées sur la victimisation au moyen de l'Enquête sociale générale (ESG) sur la victimisation. Cependant, comme l'ESG ne recueille aucune donnée sur les personnes de moins de 15 ans, notre compréhension de la victimisation autodéclarée n'est pas complète dans le cas des enfants victimes.

Une étude démontre que, bien souvent, les enfants qui subissent de la violence ne la signalent pas aux autorités, soit parce qu'ils sont incapables de le faire, soit parce qu'ils craignent de le faire (Nations Unies, 2006). Les données de l'ESG de 2004 sur la victimisation ont révélé que 8 jeunes sur 10 âgés de 15 à 17 ans qui avaient été victimisés n'avaient pas signalé l'affaire à la police.

Le présent rapport consiste en une analyse de la nature et de l'étendue de la violence faite aux enfants et aux jeunes de moins de 18 ans qui est signalée à la police. On y examine les différences quant à la victimisation selon le sexe et l'âge des victimes, le type d'infraction, l'importance du problème dans les provinces et les territoires, le lien avec l'auteur de l'infraction, l'arme utilisée et la gravité des blessures. On y trouve également de l'information sur les tendances au fil du temps.

Tout au long de ce rapport, l'analyse est présentée à l'égard des enfants et des jeunes de différents groupes d'âge. La vulnérabilité des enfants à la violence change à mesure qu'ils grandissent et que leurs contacts avec l'ensemble de la collectivité augmentent. Les jeunes enfants ont tendance à être plus vulnérables à la violence subie chez eux aux mains de membres de leur famille puisqu'ils dépendent des adultes pour leurs besoins quotidiens. Toutefois, au fur et à mesure qu'ils vieillissent, leur degré d'indépendance augmente, et le nombre de personnes qu'ils rencontrent ainsi que les environnements qui les entourent s'élargissent. Par conséquent, la nature des crimes dont ils sont victimes change au fil du temps, et la probabilité qu'ils soient victimisés s'accroît. Comme les adolescents deviennent plus indépendants et commencent à passer de plus en plus de temps non supervisé avec leurs pairs, ils peuvent adopter des comportements plus à risque, tous ces éléments faisant augmenter leur probabilité d'être victimisés hors de leur foyer par des personnes non apparentées.

Encadré 1

Définitions

Agression sexuelle — Renvoient à quatre niveaux d'agressions sexuelles qui comprennent les catégories suivantes : 

  1. Agression sexuelle — Les agressions sexuelles de niveau 1 causent peu ou pas de blessures corporelles à la victime.
  2. Agression sexuelle armée ou causant des lésions corporelles — Les agressions sexuelles de niveau 2 comprennent l'agression sexuelle armée, les menaces ou l'infliction de lésions corporelles.
  3. Agression sexuelle grave — Les agressions sexuelles de niveau 3 blessent, mutilent ou défigurent la victime, ou mettent sa vie en danger.
  4. Autres infractions sexuelles — Groupe d'infractions qui visent avant tout les affaires de violence sexuelle envers les enfants. Celles-ci comprennent les contacts sexuels, l'incitation à des contacts sexuels, l'exploitation sexuelle, l'inceste, la corruption d'enfants, le leurre d'un enfant au moyen d'un ordinateur, les relations sexuelles anales, la bestialité et le voyeurisme.

Autres infractions avec violence ou menace de violence — Comprend l'enlèvement ou la séquestration, la prise d'otage, la traite de personnes, l'enlèvement par un parent ou l'enlèvement autre que par un parent, le passage d'enfants à l'étranger, le vol qualifié, l'extorsion, le harcèlement criminel, les appels téléphoniques indécents ou harcelants, les menaces, l'usage d'explosifs causant la mort ou des lésions corporelles, l'incendie criminel et les autres infractions contre la personne.

Homicide et tentative de meurtre — Comprend les infractions qui causent la mort et les tentatives de meurtre, y compris le meurtre au premier degré, le meurtre au deuxième degré, l'homicide involontaire coupable et l'infanticide, la tentative de meurtre et le complot en vue de commettre un meurtre, la négligence criminelle causant la mort et les autres infractions connexes entraînant la mort.

Membre de la famille et personne non apparentée — La nature du lien de l'auteur présumé avec la victime est déterminée en établissant l'identité de l'auteur présumé par rapport à la victime. Les membres de la famille comprennent les conjoints (conjoint ou ex-conjoint), les parents, les enfants, les frères et soeurs ou d'autres personnes liées à la victime par le sang, par mariage ou par tout autre lien juridique (p. ex. adoption). Tous les autres liens sont considérés comme non familiaux.

Voies de fait — Renvoient à quatre niveaux d'agressions physiques qui comprennent les catégories suivantes : 

  1. Voies de fait simples — Comprend la catégorie de voies de fait (niveau 1) régie par le Code criminel. Il s'agit du type de voies de fait le moins grave, qui inclut le fait de pousser une personne, de la gifler, de la frapper à coups de poing et de proférer des menaces à son endroit.
  2. Voies de fait armées ou causant des lésions corporelles — Les voies de fait de niveau 2 englobent le fait de porter, d'utiliser ou de menacer d'utiliser une arme contre une personne ou de causer des lésions corporelles à une personne.
  3. Voies de fait graves — Les voies de fait de niveau 3 comprennent le fait d'infliger des blessures à une personne, de mutiler ou de défigurer une personne, ou de mettre sa vie en danger.
  4. Autres voies de fait — Comprend l'infliction illégale de lésions corporelles, la décharge d'une arme à feu intentionnellement, l'usage d'une arme à feu pendant la perpétration d'un crime, le braquage d'une arme à feu, les voies de fait contre un agent de la paix, la négligence criminelle causant des lésions corporelles et les autres voies de fait.

La victimisation avec violence envers les enfants et lesjeunes augmente avec l'âge

En 2008, un peu plus de 75 000 enfants et jeunes ont été victimes de crimes violents déclarés par la police. Ainsi, pour 100 000 enfants et jeunes au Canada, 1 111 ont été victimes d'une infraction avec violence.

Le taux de violence faite aux enfants et aux jeunes tend à croître à mesure que les enfants vieillissent. Le taux le plus faible de violence a été observé chez les enfants de moins de trois ans (162 pour 100 000), après quoi il augmente de façon marquée pour chaque groupe d'âge subséquent (graphique 1). Il est bon de noter, toutefois, que les plus jeunes victimes (de moins de trois ans) doivent compter sur d'autres personnes de leur environnement immédiat pour dénoncer la victimisation dont elles ont fait l'objet. Dans le cas des plus jeunes victimes, les auteurs de la violence sont le plus souvent des membres de la famille. Par conséquent, les incidents de victimisation avec violence à l'endroit des plus jeunes enfants font souvent l'objet d'une sous-déclaration comparativement à ceux impliquant les jeunes des autres groupes d'âge, qui ont davantage de contacts avec le monde extérieur à cause de l'école et d'autres activités.

Les adolescents de 15 à 17 ans ont enregistré le plus fort taux de violence (2 710 pour 100 000) parmi les enfants et les jeunes de tous les groupes d'âge, y compris la catégorie d'âge la plus à risque, soit les personnes de 18 à 24 ans (2 578) (tableau 1). Selon certaines recherches, le taux accru de victimisation avec violence chez les adolescents est directement attribuable à leurs comportements à risque. Par exemple, d'après les données de l'Enquête internationale auprès des jeunes, plus du tiers des élèves de la 7e à la 9e année de Toronto ont déclaré avoir eu un comportement délinquant, c'est-à-dire un comportement violent, un comportement contre les biens ou un comportement impliquant des drogues (Savoie, 2007). D'autres études indiquent que les enfants et les jeunes qui ont été victimisés peuvent afficher un comportement agressif ou autodestructeur, et ils sont davantage à risque de manifester des comportements délinquants ou déviants (Santé Canada, 2004; Hotton, 2003).

Les données de la police révèlent que les taux de crimes violents étaient généralement plus élevés pour les victimes féminines jusqu'à l'âge de huit ans. Chez les enfants de 9 à 12 ans, les taux affichés par les victimes masculines dépassaient ceux des victimes féminines. Toutefois, à partir de l'âge de 13 ans, les victimes féminines redevenaient proportionnellement plus nombreuses que les victimes masculines, et le taux de victimisation féminine atteignait un sommet à l'âge de 17 ans (graphique 2). Cette hausse s'explique surtout par les taux plus élevés de violence sexuelle envers les filles.

Selon les données déclarées par la police, les taux de violence à l'endroit des enfants et des jeunes de moins de 18 ans sont demeurés relativement stables au cours de la plus récente période de cinq ans (2004 à 2008 2 ). Dans l'ensemble, les taux de violence envers les enfants et les jeunes de sexe masculin étaient toujours supérieurs aux taux correspondants chez les victimes féminines durant cette période (graphique 3).

De toutes les provinces, la Saskatchewan affiche le tauxle plus élevé de violence faite aux enfants et aux jeunes déclaréepar la police, alors que l'Île-du-Prince-Édouard enregistrele plus faible

On observe d'importantes variations entre les régions pour ce qui est des taux globaux d'affaires de violence à l'endroit des enfants et des jeunes qui ont été déclarées par la police. En 2008, les taux de violence à l'endroit des enfants et des jeunes étaient, parmi les provinces, les plus élevés en Saskatchewan (2 136 pour 100 000) et au Manitoba (1 710), alors que les taux les plus faibles ont été notés à l'Île-du-Prince-Édouard (894), en Ontario (958) et au Québec (970). Pour ce qui est des trois territoires, le taux de violence faite aux enfants et aux jeunes était le plus important au Nunavut (4 311) et le plus bas au Yukon (1 968) (tableau 2, graphique 4). Ces variations que l'on constate entre les secteurs de compétence quant aux affaires de violence envers des enfants et des jeunes déclarées par la police étaient conformes aux taux globaux de criminalité avec violence pour l'année 2008 (Wallace, 2009).

Conformément aux taux globaux de criminalité avec violence inscrits par les plus grandes régions métropolitaines de recensement (RMR) 3 , Saint John a enregistré le plus fort taux de violence sur des enfants et des jeunes en 2008 (2 075 victimes pour 100 000 enfants et jeunes), suivie de Regina (1 584) et de Saskatoon (1 580). Les plus faibles taux de violence à l'endroit des enfants et des jeunes ont été notés à Québec (658) et à Guelph (656) (tableau 3).

Voies de fait

Les adolescents de 15 à 17 ans enregistrent les plus forts taux de voies de fait

Les voies de fait représentent le type de crime violent le plus souvent vécu par les enfants et les jeunes. En 2008, près de 42 000 voies de fait contre des enfants et des jeunes ont été signalées à la police. Comme chez les victimes d'âge adulte, la plupart (76 %) des agressions physiques envers des enfants et des jeunes étaient des voies de fait simples, soit la forme la moins grave de voies de fait. Les voies de fait armées ou causant des lésions corporelles représentaient 22 % de toutes les agressions physiques signalées à l'endroit des enfants et des jeunes, tandis que les voies de fait graves — la forme la plus grave de voies de fait — en constituaient 1 % (tableau 1).

La proportion des adolescents âgés de 15 à 17 ans qui ont été victimes de voies de fait (1 572 pour 100 000) dépasse celle des enfants et des jeunes de tout autre groupe d'âge et s'approche de celle des jeunes adultes de 18 à 24 ans (1 694). Dans près de la moitié (49 %) de toutes les voies de fait signalées contre des enfants et des jeunes, les victimes étaient des adolescents de 15 à 17 ans.

Dans l'ensemble, les garçons, sans égard à leur âge, étaient plus susceptibles que les filles d'être victimes de voies de fait. Les garçons de moins de 18 ans ont été agressés physiquement selon un taux de près de 1,5 fois supérieur à celui de leurs homologues de sexe féminin (707 par rapport à 525 pour 100 000) (tableau 7). En revanche, les filles étaient plus susceptibles d'être agressées sexuellement. Chez les victimes masculines de voies de fait, le taux commence à augmenter de façon marquée vers l'âge de 9 ans et atteint un sommet à l'âge de 17 ans (1 789) (graphique 5).

Les jeunes enfants sont le plus souvent agressés par un membre de leur famille

Des études ont révélé que la plupart des actes de violence à l'endroit des enfants et des jeunes sont perpétrés par des gens qui font partie du milieu immédiat de la victime (Nations Unies, 2006). Parmi les voies de fait contre des enfants de moins de six ans qui ont été déclarées par la police, la majorité ont été commises par une personne connue de la victime (81 %). Dans le cas des plus jeunes victimes (enfants de moins de six ans), 6 voies de fait sur 10 (64 %) ont été perpétrées par un membre de la famille.

Plus précisément, les nourrissons et les jeunes enfants étaient surtout vulnérables à la violence d'un parent. Dans les affaires où un membre de la famille était l'auteur présumé de voies de fait sur un enfant de moins de six ans, il s'agissait d'un parent 4  dans 8 cas sur 10 (85 %). Dans 59 % de ces affaires, le père était l'auteur de l'infraction. Venaient ensuite la mère (27 %) et un autre membre de la famille de sexe masculin (10 %).

Étant donné que les enfants plus âgés passent davantage de temps à l'extérieur de la famille, ils sont plus susceptibles que les enfants plus jeunes d'être agressés par des personnes ne faisant pas partie du cercle familial. En effet, les enfants âgés de 9 à 11 ans, ainsi que les adolescents de 12 à 14 ans et ceux de 15 à 17 ans étaient plus souvent agressés par une connaissance 5  (33 %, 40 % et 33 %, respectivement) ou par un étranger (11 %, 14 % et 17 %). Dans le cas des voies de fait commises par un étranger, les victimes masculines âgées de 15 à 17 ans étaient proportionnellement plus nombreuses que les victimes féminines du même âge (23 % par rapport à 10 %). Cela peut être le reflet des comportements à risque plus élevés chez les personnes de sexe masculin (Pawlowski, Atwal et Dunbar, 2008; Harris, Jenkins et Glaser, 2006). Les voies de fait envers des adolescents étaient le plus souvent perpétrées par des pairs (44 % pour le groupe de 12 à 14 ans, 43 % pour celui de 15 à 17 ans).

Les agresseurs d'enfants et de jeunes ont le plus souvent recours à la force physique

En général, les affaires de voies de fait sur des enfants et des jeunes de moins de 18 ans ne comportent pas l'utilisation d'une arme 6 . Dans les cas où des blessures ont été subies, elles résultaient le plus souvent du recours à la force physique 7  (47 %) plutôt que de l'usage d'une arme (15 %). Toutefois, lorsqu'une arme a été utilisée, elle appartenait généralement à la catégorie des autres types d'armes comme un véhicule à moteur, du poison ou un objet pouvant servir à la strangulation. Les armes à feu ont été utilisées dans 1 % des voies de fait commises contre des enfants et des jeunes (tableau 5).

Les blessures corporelles sont l'une des conséquences les plus visibles de la violence faite aux enfants et aux jeunes. En 2008, un peu plus du tiers des enfants et des jeunes victimes de tous les crimes violents ont subi une blessure corporelle légère (35 %) ou grave (1 %) 8 . Comparativement à d'autres types d'affaires de violence à l'endroit des enfants et des jeunes déclarées par la police, les voies de fait étaient plus susceptibles de causer des blessures. Selon la police, la majorité de ces blessures étaient considérées comme légères, puisqu'elles n'ont pas nécessité de soins médicaux professionnels ou ont nécessité seulement des premiers soins.

Parmi les jeunes agressés physiquement, les adolescents âgés de 15 à 17 ans étaient les plus susceptibles de subir des blessures (57 %, des blessures légères, et 3 %, des blessures graves). Venaient ensuite les enfants de moins de trois ans (dont 43 % ont subi des blessures légères et 13 %, des blessures graves).

Les enfants et les jeunes victimes de violence ne subissent pas que des conséquences physiques et affectives immédiates. En effet, ils peuvent aussi être aux prises avec des conséquences à long terme, dont un risque accru de troubles comportementaux, affectifs et du développement, comme la dépression, la peur ou l'anxiété (Hotton, 2003; Moss, 2003) et des taux accrus de comportements délinquants (Zeman et Bressan, 2008; Fitzgerald, 2004; Widom et Maxfield, 2001).

Agression sexuelle

Le taux d'agressions sexuelles chez les enfants et les jeunes est 1,5 fois supérieur à celui des jeunes adultes

L'agression sexuelle constitue le deuxième type de crime violent le plus souvent commis contre des enfants et des jeunes qui est déclaré par la police. Il y a eu, en 2008, plus de 13 600 enfants et jeunes victimes d'infractions sexuelles qui ont été signalées à la police. Plus de la moitié (59 %) de toutes les victimes étaient des enfants et des jeunes de moins de 18 ans. En 2008, le taux d'agressions sexuelles sur des enfants et des jeunes était 1,5 fois supérieur au taux correspondant pour les jeunes adultes de 18 à 24 ans (201 pour 100 000 enfants et jeunes, par rapport à 130 pour les jeunes adultes) (tableau 1).

La majorité (80 %) des infractions sexuelles commises contre de jeunes victimes de moins de 18 ans étaient des agressions sexuelles de niveau 1, soit la forme la moins grave d'agression sexuelle. Les autres crimes sexuels perpétrés contre des enfants et des jeunes, dont les contacts sexuels, l'incitation à des contacts sexuels et l'exploitation sexuelle des enfants, représentaient 19 % de toutes les infractions sexuelles dont les enfants et les jeunes ont été victimes. Les formes les plus graves d'agression sexuelle à l'endroit des jeunes, y compris l'agression sexuelle armée ou l'agression sexuelle grave, constituaient environ 1 % des affaires.

Bien que tant les garçons que les filles soient vulnérables à la violence sexuelle 9 , la grande majorité des enfants victimes d'infractions sexuelles étaient des filles (82 %). Les filles de moins de 18 ans ont affiché un taux de violence sexuelle qui était près de 5 fois supérieur à celui de leurs homologues de sexe masculin (337 jeunes victimes féminines pour 100 000, par rapport à 72 jeunes victimes masculines), et qui était considérablement plus élevé que celui noté pour les jeunes femmes de 18 à 24 ans (246) (tableau 6 et tableau 7).

Dans l'ensemble, les jeunes de 12 à 17 ans ont inscrit des taux plus élevés de violence sexuelle que les plus jeunes enfants et les jeunes adultes de 18 à 24 ans. En 2008, le taux de violence sexuelle chez les jeunes de 12 à 14 ans (348) et celui affiché par les jeunes de 15 à 17 ans (300) étaient plus du double du taux des jeunes adultes (130). Le taux de victimisation sexuelle chez les filles de moins de 18 ans est le plus élevé à l'adolescence et atteint un sommet dans le groupe de 13 à 15 ans (graphique 6).

Les jeunes filles de 12 ans et plus sont plus souvent agressées sexuellement par une personne non apparentée

La violence sexuelle faite aux enfants et aux jeunes est plus communément (dans 75 % des cas) perpétrée par une personne connue de la victime, habituellement une connaissance ou un membre de la famille.

Comme dans le cas des voies de fait, à mesure qu'augmente l'âge de la victime, la proportion des agressions sexuelles commises par un membre de la famille diminue. En effet, les jeunes de 12 à 14 ans et ceux de 15 à 17 ans étaient plus susceptibles d'être victimes de violence sexuelle aux mains de personnes ne faisant pas partie du cercle familial (59 % et 63 %, respectivement) que les enfants de moins de 12 ans. Des étrangers étaient en cause dans 10 % des affaires de violence sexuelle envers des enfants et des jeunes qui ont été déclarées par la police. La majorité (80 %) des enfants et des jeunes qui ont été agressés sexuellement par un étranger étaient plus âgés; ils avaient entre 12 et 17 ans.

De simples connaissances étaient responsables de plus du quart de toutes les agressions sexuelles signalées à l'endroit de jeunes de 12 à 14 ans (29 %) et de 15 à 17 ans (27 %). L'âge de ces auteurs présumés semble indiquer que bon nombre d'entre eux étaient des pairs, puisque 39 % étaient âgés de 12 à 17 ans, et 23 % étaient âgés de 18 à 24 ans.

Lorsqu'un membre de la famille était l'auteur présumé de violence sexuelle sur un enfant ou un jeune (33 % des affaires), il s'agissait dans la vaste majorité des cas (97 %) d'une personne apparentée de sexe masculin. Plus du tiers des affaires sexuelles dans la famille ont été perpétrées par un membre de sexe masculin de la famille élargie 10  (37 %). Venaient ensuite le père 11  (35 %) et un frère (27 %).

Les blessures corporelles sont plus courantes chez les victimes féminines d'agression sexuelle, en particulier les adolescentes de 15 à 17 ans et les fillettes de moins de trois ans

Contrairement aux voies de fait, les agressions sexuelles sont moins susceptibles d'entraîner des blessures corporelles. Des blessures légères ont été infligées dans 12 % des affaires de violence sexuelle envers des enfants et des jeunes qui ont été déclarées par la police en 2008. Parmi les enfants et les jeunes de sexe féminin qui ont été victimes d'agression sexuelle, les adolescentes de 15 à 17 ans (16 %) et les fillettes de moins de trois ans (15 %) ont subi la plus grande proportion de blessures corporelles.

Le recours à la force physique a été la méthode la plus souvent utilisée pour infliger des blessures aux enfants et aux jeunes victimes d'affaires de violence sexuelle signalées à la police (tableau 5).

Autres infractions avec violence

Tout comme chez les adultes qui sont victimes de crimes, les menaces, le vol qualifié et le harcèlement criminel figuraient parmi les types les plus courants d'autres crimes de violence commis contre des enfants et des jeunes. Comme pour les voies de fait et les agressions sexuelles, les taux relatifs à ces types d'infractions augmentent constamment à mesure que les enfants victimes vieillissent. Comparativement à leurs cadets, les jeunes de 12 à 14 ans et ceux de 15 à 17 ans se sont dits victimes d'autres types d'infractions avec violence dans les proportions les plus élevées (501 et 838, respectivement) (tableau 1). Ces résultats témoignent du fait que les adolescents peuvent être plus susceptibles de se trouver dans des situations qui les mettent à risque d'être victimes de ces types de crimes.

Parmi les autres infractions avec violence ou menace de violence qui ont été déclarées par la police (surtout des vols qualifiés et des menaces), 6 affaires sur 10 ont eu pour victimes des garçons, alors que les filles étaient plus susceptibles d'être victimes de menaces et de harcèlement criminel.

Les taux de vols qualifiés, de menaces et de harcèlement criminel sont les plus élevés chez les adolescents de 15 à 17 ans

Des enfants et des jeunes ont été victimes du quart (24 %) des vols qualifiés déclarés en 2008, soit près de 7 000 vols qualifiés. Les taux de vols qualifiés commis contre les jeunes de 12 à 14 ans et ceux de 15 à 17 ans étaient respectivement de 1,8 à 3 fois plus élevés que le taux correspondant pour l'ensemble des enfants et des jeunes victimes (179 et 336 pour 100 000, par rapport à 101) (tableau 1). Cela peut être attribuable au fait que les adolescents portent sur eux des biens de valeur comme des objets électroniques enviables, y compris des téléphones cellulaires, des dispositifs de jeu et de musique portables, ainsi que des ordinateurs portatifs.

Parmi les enfants et les jeunes de tous les groupes d'âge, ce sont les garçons de 15 à 17 ans qui ont enregistré le taux le plus important de vols qualifiés (533 pour 100 000); ce taux dépassait de 5 fois celui pour l'ensemble des enfants et des jeunes de moins de 18 ans (101) et était plus de 1,5 fois supérieur à celui pour les jeunes hommes de 18 à 24 ans (331). La majorité des auteurs présumés d'un vol qualifié contre des enfants ou des jeunes étaient de sexe masculin (88 %), et ils étaient soit des étrangers (58 %), soit des connaissances (26 %). La plupart des auteurs présumés d'un vol qualifié contre des adolescents de 15 à 17 ans étaient eux-mêmes des adolescents (59 %) ou de jeunes adultes de 18 à 24 ans (24 %). La majorité des affaires de vol qualifié dont ont été victimes des adolescents de sexe masculin ne comportaient pas l'utilisation d'une arme (71 %). C'est plutôt le recours à la force physique (21 %) qui a prédominé. Venaient ensuite les vols qualifiés perpétrés au moyen d'un couteau (2 %).

Les menaces proférées contre des enfants et des jeunes représentaient 17 % de toutes les menaces déclarées par la police en 2008. Comme dans le cas des vols qualifiés, les jeunes de 15 à 17 ans ont affiché le taux le plus élevé de menaces (328 pour 100 000), un taux considérablement supérieur à celui des jeunes adultes (282 pour 100 000) (tableau 1). Sept auteurs présumés sur 10 de menaces à l'endroit d'adolescents étaient de sexe masculin. Les auteurs des menaces étaient dans près de la moitié des cas de simples connaissances (49 %). Venaient ensuite les amis (9 %), les étrangers (7 %) et les ex-petits amis et ex-petites amies (6 %). Tout comme les vols qualifiés commis contre des adolescents, la plupart des auteurs présumés de menaces à l'endroit des adolescents étaient leurs pairs. Plus de la moitié des auteurs présumés de menaces contre des adolescents avaient entre 15 et 17 ans (37 %) ou étaient de jeunes adultes de 18 à 24 ans (19 %).

En 2008, il y a eu près de 2 000 enfants et jeunes victimes de harcèlement criminel. Dans l'ensemble, les jeunes adultes étaient près de quatre fois plus susceptibles d'être victimes de harcèlement que ne l'étaient les enfants et les jeunes (104 pour 100 000, par rapport à 27 pour 100 000). Cependant, le taux de harcèlement criminel contre des adolescents de 15 à 17 ans était trois fois supérieur au taux correspondant pour l'ensemble des enfants et des jeunes (89), et s'approchait de celui pour les jeunes adultes (104) (tableau 1).

La majorité des enfants et des jeunes victimes de harcèlement criminel étaient des filles (73 % par rapport à 27 %), en particulier des adolescentes âgées de 12 à 14 ans et de 15 à 17 ans. Les adolescentes de 12 à 17 ans étaient surtout susceptibles d'être harcelées par une simple connaissance (32 %), par un ex-petit ami ou une ex-petite amie (18 %) ou par un étranger (12 %). Les adolescentes et les adolescents étaient plus susceptibles d'être harcelés par une personne de sexe masculin (72 %) que par une personne de sexe féminin (28 %). Les auteurs présumés de harcèlement contre des adolescents étaient surtout eux-mêmes des adolescents de 15 à 17 ans (36 %) ou de jeunes adultes de 18 à 24 ans (24 %).

Encadré 2

De l'intimidation à la cyberintimidation

L'intimidation se distingue d'autres formes de violence en ce sens qu'elle représente un type de comportement continu plutôt qu'un incident isolé.

Selon les données de l'Enquête sur les comportements de santé des jeunes d'âge scolaire de 2001-2002, l'intimidation diminuait à mesure que les enfants vieillissaient et, bien que des pourcentages semblables de filles et de garçons se soient dits victimes d'intimidation, les garçons étaient proportionnellement plus nombreux à admettre avoir intimidé d'autres personnes (Currie et autres, 2004). De récentes études semblent indiquer qu'à peu près la moitié de tous les enfants en cause dans des affaires d'intimidation sont tant des victimes que des auteurs de l'infraction (Nations Unies, 2005). Bien que les formes les plus courantes d'intimidation soient verbales, l'intimidation verbale peut mener à des formes physiques de violence (Geiger et Fischer, 2006).

Tant Internet que les téléphones cellulaires offrent de nouvelles possibilités d'intimidation (sites de réseautage social, sites de clavardage, pages Web personnelles, courriels, messages texte et transmission d'images) qui ont donné naissance au terme « cyberintimidation ». La caractéristique tout à fait particulière de la cyberintimidation, c'est qu'elle permet une diffusion et une reproduction rapides des messages tout en offrant l'anonymat à ses auteurs. Une enquête réalisée auprès d'élèves canadiens a révélé que les garçons reconnaissaient plus souvent que les filles avoir fait de la cyberintimidation et qu'ils en étaient également plus souvent victimes (Li, 2005).

Les données sur les tendances font état d'une hausse de la pornographie juvénile et du leurre d'enfants au moyen d'un ordinateur

En plus d'être victimes de voies de fait et d'agressions sexuelles, les enfants et les jeunes sont la cible d'autres formes d'exploitation qui peuvent avoir d'importantes répercussions à long terme. La pornographie juvénile victimise les enfants et les jeunes par la création d'images qui les représentent dans des situations sexuellement explicites et qu'on distribue à des fins lucratives ou autres. En 2008, 1 368 affaires impliquant la production et la distribution de pornographie juvénile ont été signalées à la police.

Les données sur les tendances des crimes déclarés par la police 12  révèlent une forte hausse du nombre d'affaires de pornographie juvénile signalées à la police entre 1999 et 2008. Depuis 1999, le nombre de ces affaires s'est multiplié par neuf (étant passé de 78 en 1999 à 730 en 2008).

Cette augmentation s'explique peut-être par la plus grande accessibilité et abordabilité du matériel vidéo et de photographie numérique, l'intensification des efforts ciblés d'application de la loi par la police et la plus grande sensibilisation de la population. Des modifications apportées au Code criminel en 2002 ont garanti que les infractions de pornographie juvénile étaient visées par la loi, peu importe la façon dont elles étaient commises, y compris au moyen d'Internet. Une nouvelle infraction de leurre par Internet a été créée pour interdire l'utilisation d'un ordinateur afin de communiquer avec un enfant dans le but de faciliter la perpétration d'une infraction sexuelle sur celui-ci. D'autres réformes ont été adoptées en 2005 afin d'élargir la définition de la pornographie juvénile et de créer une nouvelle infraction concernant la publicité liée à la pornographie juvénile.

Bien qu'Internet constitue un outil social et éducatif exceptionnel pour les enfants et les jeunes, il peut aussi les exposer à un certain nombre de risques, comme les prédateurs en ligne. Les données sur les tendances montrent que le nombre d'affaires de leurre d'un enfant par Internet est passé de 20 cas signalés en 2003 à 149 en 2008. Comme pour les affaires de pornographie juvénile, cette hausse s'explique peut-être par l'intervention policière accrue et par l'intensification des efforts de sensibilisation du public au leurre d'enfants. Ces dernières années, un certain nombre d'initiatives ont été établies aux échelons fédéral et provincial afin de lutter contre toutes les formes d'exploitation sexuelle des enfants en ligne. Ces initiatives comprennent, entre autres, la Stratégie nationale pour la protection des enfants contre l'exploitation sexuelle sur Internet, qui inclut le Centre national de coordination contre l'exploitation des enfants de la Gendarmerie royale du Canada, ainsi que Cyberaide.ca, un service pancanadien de signalement d'enfants exploités sexuellement sur Internet 13 .

Homicide et tentative de meurtre sur des enfants et des jeunes

Les homicides sur des enfants sont un phénomène relativement rare au Canada; ils ont toujours représenté moins de 10 % de tous les homicides chaque année 14 . Selon les résultats de l'Enquête sur les homicides, il y a eu 59 homicides résolus 15  commis sur des enfants et des jeunes en 2008, comparativement à 56 l'année précédente. De plus, le Programme DUC 2 a fait état de tentatives de meurtre et d'autres infractions causant la mort 16 , le total s'étant établi à 116 homicides ou tentatives de meurtre contre des enfants et des jeunes en 2008.

Les tendances des homicides sur des enfants et des jeunes varient selon l'âge et le sexe. Chez les enfants et les jeunes, les adolescents de 15 à 17 ans étaient proportionnellement les plus nombreux à avoir été victimes d'homicide ou de tentative de meurtre en 2008, la moitié d'entre eux ayant été victimes d'une tentative de meurtre (4 pour 100 000 adolescents). Le deuxième taux en importance (1,9) a été enregistré par les enfants de moins de trois ans, et la majorité de ces jeunes victimes étaient des nourrissons de moins d'un an (85 %). Quel que soit l'âge, les garçons étaient plus susceptibles que les filles d'être victimes d'un homicide.

Près du tiers des homicides ou des tentatives de meurtre sur des enfants et des jeunes ont été perpétrés par un parent 17  (30 %), 29 %, par une connaissance ou un ami, et 13 %, par un étranger. Le père était plus susceptible que la mère d'être l'auteur du crime.

Les adolescents étaient plus susceptibles d'être tués par des pairs. Dans les affaires d'homicide et de tentative de meurtre contre des adolescents de 15 à 17 ans, 41 % des auteurs présumés étaient eux-mêmes des adolescents de 15 à 17 ans, tandis que 34 % avaient de 18 à 24 ans.

Méthodes

Sources de données

Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire

La principale source de données qui a été utilisée pour analyser la violence faite aux enfants et aux jeunes de moins de 18 ans est le Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire (DUC 2).

Ce dernier permet de recueillir des renseignements détaillés sur chaque affaire criminelle signalée à la police ou décelée par celle-ci, et il comprend des détails au sujet de la victime et de l'auteur présumé, comme l'âge, le sexe et le lien entre la victime et l'auteur présumé. En 2008, un sous-ensemble de 155 services de police, qui desservaient environ 98 % de la population du Canada, ont participé au Programme DUC 2.

En outre, la base de données DUC 2 sur les tendances a été utilisée pour examiner les tendances de la violence contre les enfants et les jeunes. La base de données DUC 2 sur les tendances comprend les renseignements d'un sous-ensemble non représentatif de 63 services de police qui ont toujours participé à l'enquête depuis 1999 et qui desservaient 54 % de la population du Canada en 2008.

Enquête sur les homicides

C'est en 1961 que l'Enquête sur les homicides a commencé à recueillir des données auprès de la police sur les affaires d'homicide, les victimes et les auteurs présumés au Canada. Le dénombrement d'une année particulière représente tous les homicides déclarés au cours de l'année visée, peu importe à quel moment le décès est réellement survenu. En 1991 et en 1997, l'enquête a été remaniée et son champ d'observation a été élargi afin d'inclure d'autres variables, telles que les antécédents criminels de l'auteur présumé et de la victime, leur emploi respectif, l'usage de la force par la victime au moment de l'affaire et le syndrome du bébé secoué comme cause de décès.

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