Section 3 : La violence entre partenaires intimes

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par Maire Sinha

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Début du texte

La violence entre partenaires intimes va de la violence psychologique (p. ex. des injures) à l'homicide, en passant par les agressions physiques et sexuelles à répétition (Heise et Garcia-Moreno, 2002). La violence entre partenaires intimes est considérée comme un problème de santé publique et elle peut être lourde de conséquences non seulement pour la victime proprement dite, mais également pour les familles, les collectivités et la société en général. D'après une récente étude, le ministère de la Justice Canada estime que le coût lié à un type de violence entre partenaires intimes — la violence conjugale — serait de 7,4 milliards de dollars pour 2009 au Canada (Zhang et autres, 2013). La plupart de ces coûts se rapportent à la victime; ils comprennent les coûts liés aux souffrances et douleurs, les dépenses en services de consultation et les frais juridiques en cas de divorce. Les coûts assumés par des tiers (p. ex. familles, employeurs et services sociaux) figurent au deuxième rang. La proportion restante des coûts revient aux systèmes de justice civile et pénale (p. ex. services de police, cours de justice, services correctionnels).

Aux fins de la présente section, on a utilisé les données déclarées par la police pour examiner l'ampleur et la nature de la violence entre partenaires intimes qui est portée à l'attention de la police au Canada. La violence entre partenaires intimes désigne la violence perpétrée envers des conjoints et des partenaires amoureux (actuels et anciens). Dans la mesure du possible, l'analyse des données policières établit une distinction entre la violence conjugale et la violence entre partenaires amoureux, tout en tenant compte du fait que ces deux types de violence présentent souvent des similitudes, notamment la possibilité d'un lien affectif entre la victime et l'agresseur et la nature récurrente possible des actes de violence.

La présente analyse tient compte de toutes les formes de violence constituant un crime en vertu du Code criminel qui sont signalées à la police et dont celle-ci a établi le bien-fondé. Par contre, elle ne tient pas compte des crimes violents non signalés à la police et qui, d'après les données de l'Enquête sociale générale sur la victimisation, représentaient environ les trois quarts des incidents de violence conjugale autodéclarée en 2009 (Brennan, 2011)Note 1. Les incidents non signalés constituaient généralement une forme de violence moins grave et étaient moins susceptibles d'entraîner des blessures corporelles que les incidents de violence conjugale signalés à la police (Sinha, 2013). La présente analyse fait également abstraction des cas de violence psychologique et d'exploitation financière n'atteignant pas le seuil criminelNote 2.

La violence entre partenaires intimes représente le quart des crimes violents déclarés par la police

Un crime violent sur quatre signalé à la police est un cas de violence entre partenaires intimes (conjoints et partenaires amoureux). En 2011, environ 97 500 personnes ont été victimes de violence entre partenaires intimes, ce qui représentait un taux de 341 victimes pour 100 000 habitants (tableau 3.1). La grande majorité des victimes (80 %) étaient des femmes, un résultat qui concorde avec ceux observés au fil des ansNote 3.

De façon générale, la violence entre partenaires amoureux était plus fréquente que la violence conjugale, le taux étant au moins 1,6 fois plus élevé que celui de la violence conjugaleNote 4 (408 victimes pour 100 000 habitants par rapport à 250 victimes pour 100 000 habitants)Note 5.

La violence aux mains d'un partenaire amoureux était plus fréquente que la violence commise par tout autre type d'agresseur, y compris l'un des types les plus courants — les amis ou les connaissances. Plus particulièrement, le taux de violence aux mains d'un partenaire amoureux était de 10 % supérieur au taux de violence commise par des amis ou des connaissances, de 42 % supérieur au taux de violence commise par des étrangers et près de trois fois plus élevé que le taux de violence non conjugale.

Ces constatations s'appliquent toutes aux femmes mais pas aux hommes. En effet, les hommes sont également plus susceptibles d'être victimes de violence entre partenaires amoureux que de violence conjugale déclarée par la police, mais ils sont beaucoup plus susceptibles d'être victimes de violence aux mains d'amis, de connaissances ou d'étrangers.

Début de l'encadré 3.1

Encadré 3.1
Comment la violence entre partenaires intimes est mesurée

Le calcul des taux représente un défi lorsqu'on tente de mesurer la fréquence relative de la violence conjugale et de la violence entre partenaires amoureux. Les taux sont calculés en divisant le nombre de fois que se produit un type particulier d'affaire par la population à risque de ce type d'affaire. Pour calculer les taux exactement, il faut d'abord déterminer la population qui correspond le mieux à la population à risque.

Dans le cas de la violence conjugale, les données sur la population à risque sont disponibles et elles comprennent les personnes mariées, séparées et divorcées, ainsi que celles vivant en union libre. L'une des limites est l'absence de données démographiques pour les personnes qui ont un ex-conjoint de fait, puisqu'il n'y a pas de question à ce sujet dans le recensement.

Quant à la violence entre partenaires amoureux, la population à risque comprend les personnes qui fréquentent ou qui ont fréquenté quelqu'un. On ne dispose actuellement d'aucune estimation de la population pour ce groupe (c.-à-d. le nombre de partenaires amoureux actuels et anciens). La meilleure façon d'estimer la population à risque serait d'inclure toutes les personnes actuellement non mariées, soit les personnes célibataires, séparées, divorcées et veuves.

Le calcul du taux de violence entre partenaires amoureux à l'aide de la population des personnes non mariées sous-estime donc la fréquence réelle de la violence entre partenaires amoureux, étant donné que le nombre d'affaires de violence entre partenaires amoureux est divisé par une population qui est supérieure à la population réelle des partenaires amoureux. En d'autres mots, le taux de violence entre partenaires amoureux serait plus élevé s'il était calculé à partir de la population réelle des partenaires amoureux. C'est la raison pour laquelle toute comparaison entre les taux de violence conjugale et les taux de violence entre partenaires amoureux devrait être effectuée avec prudence.

Les taux de violence sont calculés exclusivement à partir des données de l'Enquête sur les homicides pour certains types précis de partenaires amoureux, notamment les conjoints de fait et les personnes mariées, ainsi que pour la nature de la relation (partenaires actuels ou anciens). Il en est ainsi parce que les catégories de relations de l'auteur présumé avec la victime prévues aux fins du Programme de déclaration uniforme de la criminalité fondé sur l'affaire ne correspondent pas aux données sur la population. Or, en utilisant les données de l'Enquête sur les homicides, on peut calculer les taux de violence au moyen de la population à risque dans le cas des personnes mariées, des personnes divorcées et des personnes vivant actuellement en union libre. Il n'existe pas de données désagrégées sur la population pour les ex-conjoints de fait, les partenaires amoureux (actuels et anciens) et les conjoints de même sexe (actuels et anciens).

Fin de l'encadré 3.1

Les jeunes Canadiens affichent les plus forts taux de violence entre partenaires intimes

Comme dans le cas des crimes violents en général, les jeunes Canadiens étaient plus souvent victimes de violence entre partenaires intimes. Les femmes et les hommes à la fin de la vingtaine et au début de la trentaine affichaient les plus forts taux de victimisation avec violence entre partenaires intimes pour 100 000 habitants, et ils étaient suivis de près des jeunes de 15 à 24 ans (graphique 3.1). Les taux diminuaient généralement au fur et à mesure qu'augmentait l'âge, mais ils étaient plus élevés dans le cas des femmes pour chaque groupe d'âge.

Description du graphique 3.1

Graphique 3.1 Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon le groupe d'âge de la victime, Canada, 2011

Les résultats sont légèrement différents lorsque la violence entre partenaires intimes a abouti à un homicide, et ce, tant chez les femmes que chez les hommes. Les personnes de 25 à 34 ans ont continué d'être les plus à risque d'être tuées par leur partenaire amoureux. Venaient ensuite les personnes à la fin de la trentaine et au début de la quarantaine, puis celles de 45 à 54 ans. Dans le cas des jeunes de 15 à 24 ans, le taux d'homicides entre partenaires intimes était comparable à celui des Canadiens plus âgés.

Les victimes de violence conjugale sont plus jeunes que les victimes de violence entre partenaires amoureux

Lorsqu'on examine les données déclarées par la police, on observe de nettes variations entre la violence conjugale et la violence entre partenaires amoureux, les victimes de violence conjugale étant plus jeunes que les victimes de violence entre partenaires amoureux. Plus précisément, les taux de violence conjugale, y compris les homicides entre conjoints, étaient les plus élevés chez les femmes et les hommes de 15 à 24 ans, et ils diminuaient au fur et à mesure qu'augmentait l'âge (tableau 3.2, graphique 3.2).

Description du graphique 3.2

Graphique 3.2 Victimes d'un homicide entre conjoints, selon le sexe et le groupe d'âge de la victime, Canada, 2001 à 2011

En revanche, les Canadiens de 25 à 34 ans et de 35 à 44 ans affichaient les taux globaux les plus élevés de violence entre partenaires amoureux pour 100 000 personnes non mariées (tableau 3.3). En fait, lorsque la violence entre partenaires amoureux a abouti à un homicide, les victimes étaient plus âgées et le groupe d'âge le plus à risque était celui des 35 à 44 ans (graphique 3.3)Note 6.

Description du graphique 3.3

Graphique 3.3 Victimes d'un homicide entre partenaires amoureux, selon le sexe et le groupe d'âge de la victime, Canada, 2001 à 2011

Il est important de noter que les types d'actes de violence entre partenaires amoureux ne sont pas tous plus fréquents chez les victimes plus âgées. Ainsi, le risque d'être victime d'un crime à caractère sexuel était le plus élevé chez les jeunes de 15 à 24 ans et il diminuait avec l'âge. De plus, même si les taux globaux de violence entre partenaires amoureux fondés sur les personnes non mariées étaient plus élevés chez les personnes plus âgées, le nombre de victimes de violence entre partenaires amoureux fondé sur la population totale était le plus élevé chez les jeunes de 15 à 24 ans (40 %). Cela témoigne du fait que les relations entre partenaires amoureux sont plus fréquentes chez les jeunes et qu'elles diminuent avec l'âge, alors qu'un plus grand nombre de personnes se marient ou vivent en union libre. Autrement dit, à mesure que les personnes vieillissent, un moins grand nombre d'entre elles sont identifiées comme étant non mariées et, par conséquent, la population à risque de personnes non mariées diminue au fur et à mesure qu'augmente l'âge.

Les deux tiers des victimes de violence entre partenaires intimes ont été agressées par leur partenaire actuel

D'après des recherches antérieures, il arrive souvent que la violence entre partenaires intimes se poursuive, s'intensifie ou même débute après la fin d'une relation (Johnson, 2006; Johnson et Hotton, 2003; Hotton, 2001). Les données déclarées par la police ont révélé qu'environ 26 600 femmes et 6 600 hommes ont été victimes de violence après une séparation en 2011. Ce type de violence est proportionnellement moins fréquent que la violence envers les partenaires actuels. En 2011, 34 % des victimes de violence entre partenaires intimes déclarée par la police avaient été agressées par un ex-partenaire, alors que 65 % l'avaient été par un partenaire actuelNote 7. La situation était la même pour les femmes et les hommes.

Les taux de crimes violents commis par des ex-partenaires étaient moins élevés dans le cas de la violence conjugale et de la violence entre partenaires amoureux. Par contre, les victimes de violence entre partenaires amoureux étaient légèrement plus susceptibles que les victimes de violence conjugale d'être séparées de leur partenaire au moment de l'affaire (38 % par rapport à 30 %).

Le risque d'homicide entre conjoints est plus grand chez les femmes que chez les hommes après une séparation

Bien que le nombre de crimes violents à l'endroit des partenaires intimes actuels soit supérieur au nombre de crimes perpétrés envers les ex-partenaires, ces données ne permettent pas une correction des différences en ce qui a trait à la taille de la population de partenaires actuels et d'ex-partenaires. Il est impossible de calculer les taux de violence dans le cas des partenaires actuels ou anciens au moyen des données du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) fondé sur l'affaireNote 8, mais on peut utiliser les données de l'Enquête sur les homicides pour calculer les taux en fonction des populations à risqueNote 9.

Comme dans le cas de la violence conjugale en général, le nombre réel de personnes tuées par leur conjoint actuel était plus élevé que le nombre de personnes tuées par un ex-conjoint. Cependant, exprimé sous forme de taux, les homicides entre conjoints étaient plus fréquents après une séparation, mais uniquement dans le cas des femmes. Plus particulièrement, au cours de la période allant de 2007 à 2011, le risque, pour une femme, d'être tuée par un ex-conjoint était près de six fois plus élevé que dans le cas d'un conjoint en droit (graphique 3.4)Note 10. Les homicides entre conjoints séparés étaient plus souvent motivés par la jalousie à l'endroit de la victime féminine (25 %) au cours de cette période, comparativement aux homicides impliquant des femmes mariées au moment de l'affaire (12 %). Cela dit, un sentiment de frustration était le principal facteur à l'origine de la violence dans les deux cas (47 % et 41 %).

Description du graphique 3.4

Graphique 3.4 Taux d'homicides entre conjoints, selon le sexe de la victime et le lien de l'auteur présumé avec celle-ci, Canada, 2007 à 2011

Au cours de cette période de cinq ans (2007 à 2011), aucun homme n'a été tué par son ex-conjointe en droit ou de fait, et 1 homme marié sur 1 million a été tué par sa conjointe actuelle. Chez les femmes, le taux d'homicides entre conjoints était le moins élevé dans le cas des personnes divorcées.

Contrairement aux homicides entre conjoints, le taux d'homicides entre partenaires amoureux ne peut pas tenir compte des différences entre les partenaires actuels et les ex-partenaires. Cependant, comme dans le cas des homicides sur une conjointe, les homicides sur des ex-partenaires amoureux survenus au cours des cinq années précédentes étaient plus souvent motivés par la jalousie que les homicides sur des partenaires actuels (29 % par rapport à 16 %).

Les taux d'homicides entre conjoints sont plus élevés chez les personnes vivant en union libre que chez les personnes mariées

De plus en plus de couples vivent en union libre depuis quelques années, alors que la proportion de couples mariés par rapport à l'ensemble des familles diminue au Canada (Statistique Canada, 2012). D'après des recherches antérieures, il semble que les personnes vivant en union libre courent plus de risques de violence conjugale en raison de facteurs liés à leur jeune âge et à leur statut socioéconomique moins élevé (Johnson, 2006).

Les résultats de l'Enquête sur les homicides viennent confirmer que le risque d'homicide entre conjoints est plus grand dans le cas des femmes et des hommes vivant actuellement en union libreNote 11. Entre 2007 et 2011, les femmes vivant en union libre étaient quatre fois plus susceptibles que les femmes mariées d'être tuées par leur conjoint (13 victimes pour 1 million d'habitants par rapport à 3 victimes pour 1 million) (graphique 3.4). De même, les hommes vivant en union libre étaient 10 fois plus susceptibles que les hommes mariés d'être tués par leur partenaire (6 victimes pour 1 million d'habitants par rapport à 1 victime pour 1 million).

Dans l'ensemble, les personnes vivant en union libre couraient plus de risques que les personnes mariées d'être tuées par leur conjoint en raison de l'intensification d'une dispute (60 % par rapport à 27 %) ou de la jalousie du partenaire (17 % par rapport à 11 %). Les homicides étaient moins souvent motivés par un sentiment de frustration dans le cas des personnes vivant en union libre que dans le cas des personnes mariées (14 % par rapport à 37 %).

Les voies de fait simples constituent les actes de violence les plus courants entre partenaires intimes

Conformément aux constatations précédentes, la majorité des victimes de violence entre partenaires intimes ont été agressées physiquement. Plus précisément, 3 victimes sur 4 ont été agressées physiquement — voies de fait simples dans la plupart des cas (81 %) —, une infraction entraînant peu ou pas de blessures pour la victime (tableau 3.4). Venaient ensuite les menaces (9 %) et le harcèlement criminel (7 %).

Le type d'infraction commise à l'endroit des hommes et des femmes est généralement le même, à quelques exceptions près. Ainsi, les hommes étaient plus souvent victimes de voies de fait majeures que les femmes (20 % par rapport à 11 %); cela est peut-être attribuable au fait que la violence à l'endroit des partenaires intimes de sexe masculin comporte plus souvent l'utilisation d'une arme (22 % par rapport à 11 % dans le cas des crimes envers les femmes). En revanche, les femmes étaient plus souvent victimes d'infractions sexuelles et de harcèlement criminel.

Le type d'infraction commise envers les hommes et les femmes varie selon qu'il s'agit de conjoints ou de partenaires amoureux. Ainsi, la proportion de victimes de voies de fait était légèrement plus élevée dans le cas des conjoints que dans celui des partenaires amoureux (76 % par rapport à 72 %). La différence est encore plus grande entre les partenaires actuels et les ex-partenaires. En effet, près de 9 victimes sur 10 ont subi des voies de fait aux mains de leur conjoint ou partenaire amoureux actuel, alors que 48 % des victimes ont été agressées par un ex-conjoint ou un ex-partenaire (graphique 3.5).

Description du graphique 3.5

Graphique 3.5 Victimes de violence entre partenaires intimes déclarée par la police, selon le type de relation entre les partenaires intimes et le type d'infraction, Canada, 2011

De plus, comparativement à la violence aux mains d'un partenaire actuel, la violence commise par un ex-partenaire était près de huit fois plus susceptible de donner lieu à de l'intimidation, notamment du harcèlement criminel, des propos indécents au téléphone et des menaces (45 % par rapport à 6 %). Cela n'est peut-être pas surprenant étant donné que l'intimidation est généralement le lot des personnes qui ne vivent plus avec leur partenaire et non des personnes qui ont des contacts physiques étroits avec la victime.

La plupart des auteurs présumés ont recours à leur propre force physique plutôt qu'à des armes

Si l'on se fie aux tendances en ce qui a trait à l'utilisation d'armes et aux blessures, on constate que, globalement, les voies de fait simples constituent la principale infraction commise envers les partenaires intimes. Dans la majorité des cas (70 %), l'auteur du crime a eu recours à sa propre force physique plutôt qu'à une arme, soit pour menacer, soit pour blesser la victime (tableau 3.5). Par ailleurs, dans 13 % des affaires, les agresseurs ont utilisé une arme, alors que 17 % des affaires n'impliquaient aucune arme.

Comme il a déjà été mentionné, la proportion de crimes violents commis au moyen d'une arme était plus élevée lorsque la victime était un homme que lorsqu'il s'agissait d'une femme (22 % par rapport à 11 %). On pense que les femmes qui agressent leur conjoint sont plus susceptibles d'utiliser une arme en raison des différences de force physique qui existent entre les sexes (Busch et Rosenberg, 2004).

Étant donné que les crimes commis à l'endroit des hommes impliquent plus souvent une arme et que les victimes subissent davantage de blessures dans les affaires mettant en cause des armesNote 12, les hommes victimes étaient légèrement plus susceptibles que les femmes victimes d'être blessés (55 % par rapport à 52 %). Cet écart est attribuable aux différences en ce qui a trait aux blessures mineures, 53 % des victimes masculines et 50 % des victimes féminines ayant subi des blessures corporelles mineures. Il n'y avait aucune différence entre les sexes pour ce qui est des blessures majeures et des décès, puisque les hommes et les femmes victimes de violence entre partenaires intimes étaient tout aussi susceptibles de mourir ou de subir des blessures corporelles exigeant des soins médicaux professionnels (2 % dans les deux cas).

Les victimes de violence entre partenaires amoureux étaient légèrement plus susceptibles que les victimes de violence conjugale de subir des blessures (54 % par rapport à 50 %), et ce, même s'il y a peu de différences quant à l'utilisation d'une arme ou au type d'infraction entre les affaires de violence impliquant des partenaires amoureux et celles mettant en cause des conjoints.

Des accusations officielles ont été portées dans la plupart des affaires de violence entre partenaires intimes

Des politiques favorables à l'inculpation ont été adoptées au cours des années 1980 afin de contribuer à prévenir la violence conjugale et à venir en aide aux victimes (Garner et Maxwell, 2009). Tous les secteurs de compétence canadiens ont mis en œuvre des politiques favorables à l'inculpation, en vertu desquelles des accusations doivent être portées dans les cas de violence entre partenaires intimes, lorsqu'il y a des motifs raisonnables de croire qu'une infraction a été commiseNote 13. Il s'agit en fait de la norme applicable dans tous les cas d'actes criminels.

En 2011, 71 % des affaires de violence entre partenaires intimes ayant été signalées à la police ont donné lieu au dépôt d'accusations criminelles ou à la recommandation d'une telle mesure à l'endroit de l'auteur présumé (tableau 3.6). Cette proportion était près de deux fois supérieure à celle enregistrée dans le cas des affaires de violence aux mains d'autres personnes (39 %) — comprend les actes de violence perpétrés par un auteur présumé connu de la victime (p. ex. une connaissance) et par des étrangers. Au total, 16 % des affaires de violence entre partenaires intimes ont été classées sans mise en accusationNote 14, et ce, parce que le plaignant a refusé de faire porter une accusation, qu'il s'agissait d'un motif hors du contrôle du service de police ou parce que la police a exercé son pouvoir discrétionnaire.

Dans l'ensemble, les femmes victimes de violence entre partenaires intimes étaient plus susceptibles que les hommes victimes de voir des accusations portées ou recommandées contre l'agresseur (74 % par rapport à 61 %). Il n'y avait pratiquement aucune différence quant à la proportion d'actes de violence commis entre conjoints et entre partenaires amoureux donnant lieu au dépôt d'accusations à l'endroit de l'auteur présumé (72 % et 71 %).

Le taux d'homicides entre partenaires intimes est stable depuis quelques années

Il est possible d'évaluer les tendances de la violence entre partenaires intimes déclarée par la police au moyen des données de l'Enquête sur les homicides et du Programme DUC fondé sur l'affaire. Les homicides sont généralement considérés comme un baromètre des crimes violents commis dans un paysNote 15, puisqu'il y a moins de risques de sous-déclaration à la police dans le cas de ce type de crimes et qu'ils peuvent indiquer un changement en ce qui a trait à la fréquence de la violence entre partenaires intimes au fil du temps. Au cours des années 1990, le taux d'homicides entre partenaires intimes a diminué de plus de la moitié, étant passé de 6,7 victimes pour 1 million d'habitants en 1991 à 3,7 victimes pour 1 million en 1999 (graphique 3.6)Note 16. Depuis, le recul a été moins draconien mais le taux enregistré en 2011 reste moins élevé (–24 %) qu'il y a 10 ans. Pour une troisième année consécutive, le taux global d'homicides entre partenaires intimes est demeuré stable, soit 3,1 victimes pour 1 million d'habitants.

Description du graphique 3.6

Graphique 3.6 Victimes d'un homicide entre partenaires intimes, selon le sexe de la victime, Canada, 1991 à 20111

La plus récente stabilité observée au chapitre des taux d'homicides entre partenaires intimes au cours des trois années précédentes n'a pas été constatée chez les deux sexes; en fait, elle était attribuable à la hausse du taux d'homicides sur des partenaires intimes de sexe féminin et à une diminution parallèle du taux d'homicides sur les hommes. En 2011, le taux d'homicides sur des partenaires intimes de sexe féminin a augmenté de 19 %, étant passé de 4,4 victimes pour 1 million de femmes en 2010 à 5,2 victimes pour 1 million en 2011. Des hausses ont été notées au chapitre des homicides entre conjoints (+21 %) et des homicides entre partenaires amoureux (+12 %) (tableau 3.7, tableau 3.8). En revanche, le taux d'homicides sur des partenaires intimes de sexe masculin a diminué en 2011 pour s'établir à son niveau le plus bas depuis 20 ans. Les homicides sur des conjoints et des partenaires amoureux de sexe masculin ont tous les deux diminué.

On note une diminution du nombre de voies de fait simples entre partenaires intimes

D'après les données déclarées par la police, le nombre de voies de fait simples — l'infraction la plus fréquente entre partenaires intimes — a diminué ces dernières années. Entre 2009 et 2011, le taux de voies de fait simples a reculé de 4 %, exclusivement en raison d'une baisse des agressions commises à l'endroit des femmes, la majorité des victimes de violence entre partenaires intimesNote 17 (tableau 3.9). Chez les hommes, le taux de voies de fait simples est demeuré stable durant cette période. On ignore si la diminution du nombre de voies de fait simples envers les femmes reflète un changement réel en ce qui a trait à la fréquence de ce type de violence entre partenaires intimes ou à des changements concernant la volonté des victimes à signaler ces crimes à la policeNote 18.

Tant chez les hommes que chez les femmes, les taux de voies de fait majeures entre partenaires intimes, y compris les voies de fait graves et les voies de fait armées ou causant des lésions corporelles, sont demeurés stables entre 2009 et 2011. Par ailleurs, les taux d'agressions sexuelles de niveau 1 — dans lesquelles la victime subit des blessures mineures ou ne subit aucune blessure — ont augmenté de 5 % chez les hommes et de 13 % chez les femmes entre 2009 et 2011. Cependant, le taux d'agressions sexuelles plus graves est demeuré à peu près inchangé dans le cas des hommes, et il a diminué de 7 % dans le cas des femmes.

Dans l'ensemble, les tentatives de meurtre à l'endroit de partenaires intimes ont reculé de 12 % entre 2009 et 2011. À l'instar des voies de fait simples, cette diminution était surtout attribuable à la baisse du nombre de tentatives de meurtre visant des femmes pour 100 000 habitants, étant donné que le taux de tentatives de meurtre visant des hommes a légèrement diminué (–2 %).

La Saskatchewan et le Manitoba enregistrent les taux les plus élevés de violence entre partenaires intimes

Les variations régionales de la violence entre partenaires intimes reflètent, de façon générale, les taux de l'ensemble des crimes violents. Parmi les provinces, la Saskatchewan a enregistré le taux le plus élevé de violence entre partenaires intimes, soit 30 % de plus que la province qui s'est classée au deuxième rang, le Manitoba (tableau 3.10, graphique 3.7). L'Ontario et le Québec ont affiché les taux les moins élevés, et les régions métropolitaines de recensement (RMR) de ces provinces ont inscrit quelques-uns des taux les moins élevés de toutes les RMR (tableau 3.11).

Description du graphique 3.7

Graphique 3.7 Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et la province, 2011

Les taux de violence entre partenaires intimes déclarée par la police sont généralement plus élevés dans les territoires que dans les provinces. Ainsi, les taux notés au Nunavut et dans les Territoires du Nord-Ouest étaient plus de trois fois plus élevés que ceux des provinces, soit 4 807 victimes pour 100 000 habitants et 2 559 victimes pour 100 000 habitants, respectivement. Le Yukon est le territoire qui a affiché le plus faible taux, soit 1 260 pour 100 000 habitants, mais il était 65 % plus élevé que le taux de la Saskatchewan, la province ayant inscrit le plus fort taux. Les variations régionales de la violence entre partenaires intimes sont comparables dans le cas des femmes et des hommes.

Résumé

Les taux de violence entre partenaires intimes sont les plus élevés chez les femmes, les jeunes et les partenaires amoureux, ce qui est conforme aux constatations précédentes. Les personnes qui vivent certains types de relations entre partenaires intimes sont plus à risque d'être victimes d'un homicide. Ainsi, les personnes vivant en union libre sont plus susceptibles que les personnes mariées d'être victimes d'un homicide. Dans le cas des femmes, le risque de se faire tuer est plus élevé si elles sont séparées que si elles vivent avec leur conjoint.

Le taux d'homicides entre partenaires intimes est relativement stable depuis quelques années, et ce, malgré l'augmentation du nombre d'homicides visant des femmes observée entre 2010 et 2011. Par ailleurs, le nombre de voies de fait simples — l'infraction la plus fréquente entre partenaires intimes — diminue depuis quelques années. Ce recul est attribuable à la baisse des voies de fait envers les femmes, étant donné que les taux sont demeurés stables chez les hommes au cours de cette période.

Tableaux de données détaillés

Tableau 3.1 Victimes d’un crime violent déclaré par la police, selon le sexe de la victime et le lien de l’auteur présumé avec celle-ci, Canada, 2011

Tableau 3.2 Victimes de violence conjugale déclarée par la police, selon le sexe et le groupe d’âge de la victime, Canada, 2011

Tableau 3.3 Victimes de violence entre partenaires amoureux, affaires déclarées par la police, selon le sexe et le groupe d’âge de la victime, Canada, 2011

Tableau 3.4 Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et le type d’infraction, Canada, 2011

Tableau 3.5 Victimes d’un crime violent déclaré par la police, selon le type de partenaire intime et l’arme la plus dangereuse sur les lieux de l’affaire, Canada, 2011

Tableau 3.6 Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon l’état de classement des affaires et le type de relation entre les partenaires intimes, Canada, 2011

Tableau 3.7 Victimes d’homicides entre conjoints, selon le sexe, Canada, 1991 à 2011

Tableau 3.8 Victimes d’homicides entre partenaires amoureux, selon le sexe, Canada, 1991 à 2011

Tableau 3.9 Victimes de certaines infractions avec violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime, 2009 à 2011

Tableau 3.10 Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et la province et le territoire, 2011

Tableau 3.11 Victimes de violence entre partenaires intimes, affaires déclarées par la police, selon le sexe de la victime et la région métropolitaine de recensement, 2011

Références

BRENNAN, Shannon. 2011. « La violence conjugale autodéclarée, 2009 », La violence familiale au Canada : un profil statistique, produit no 85-224-X au catalogue de Statistique Canada.

BUSCH, Amy L., et Mindy S. ROSENBERG. 2004. « Comparing women and men arrested for domestic violence: A preliminary report », Journal of Family Violence, vol. 19, no 1, p. 49 à 57.

GARNER, Joel H., et Christopher D. MAXWELL. 2009. « Prosecution and conviction rates for intimate partner violence », Criminal Justice Review, vol. 34, no 1, p. 44 à 79.

HEISE, Lori, et Claudia GARCIA-MORENO. 2002. « La violence exercée par des partenaires intimes », Rapport mondial sur la violence et la santé, publié sous la direction d'Etienne G. Krug et autres, Genève, Organisation mondiale de la Santé, p. 87 à 121  (site consulté le 9 novembre 2012).

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Notes

  1. Ces données proviennent de l'Enquête sociale générale (ESG) de 2009 sur la victimisation, dans laquelle on demandait aux Canadiens de faire part des incidents de violence dont ils avaient été victimes et des services utilisés, notamment les services de police et les services offerts aux victimes.
  2. Pour obtenir des renseignements sur la violence psychologique et l'exploitation financière envers les conjoints, voir Sinha, 2013 et Brennan, 2011.
  3. Fondé sur des recherches antérieures sur la violence entre partenaires intimes (Sinha, 2013; Sinha, 2012).
  4. Le risque de violence entre partenaires amoureux est plus grand même si le taux de violence entre partenaires amoureux est sous-estimé. Cette sous-estimation est attribuable au gonflement de la taille de la population utilisée pour calculer les taux de violence entre partenaires amoureux. Ainsi, le calcul du taux de violence entre partenaires amoureux porte sur la population totale de personnes non mariées, peu importe si elles ont un partenaire ou non. Pour de plus amples renseignements, voir l'encadré 3.1.
  5. Selon les données déclarées par la police, 28 % des victimes de violence entre partenaires amoureux vivaient ensemble au moment de l'affaire; cette proportion comprend les personnes qui vivaient ensemble à court terme ou sur une base temporaire. La proportion de victimes de violence entre partenaires amoureux vivant ensemble variait entre 8 % au Québec et 45 % au Nunavut.
  6. Les taux d'homicides entre partenaires amoureux, bien qu'ils soient plus élevés chez les femmes de la plupart des groupes d'âge, étaient supérieurs dans le cas des hommes à partir de l'âge de 55 ans. Cela peut s'expliquer par la population beaucoup plus petite d'hommes veufs âgés de 55 ans et plus que de femmes veuves de ce groupe d'âge (1,6 million par rapport à 6,3 millions). La population moins élevée d'hommes veufs (plus petite population à risque) expliquerait pourquoi le taux est plus élevé chez les hommes pour 100 000 personnes non mariées.
  7. La somme des pourcentages ne correspond pas à 100, car les autres relations entre partenaires intimes représentent 1 % des cas de violence entre partenaires intimes. On ignore si ces autres relations étaient en cours ou si elles avaient pris fin.
  8. Il est impossible de procéder à la correction des différences en ce qui a trait à la taille de la population formée de personnes mariées au moyen des données du Programme de déclaration uniforme de la criminalité (DUC) fondé sur l'affaire, et ce, en raison des différences entre les catégories de relations aux fins de cette enquête et des données sur la population.
  9. Voir l'encadré 3.1 pour obtenir de plus amples renseignements sur le calcul des taux de la violence entre partenaires intimes.
  10. Exclut les conjoints de fait parce qu'il n'existe pas de données sur la population pour les ex-conjoints de fait. Exclut également les homicides commis par des conjoints de même sexe (actuels et anciens), car il n'existe pas de données sur la population pour ces groupes.
  11. Étant donné que le Programme DUC fondé sur l'affaire permet d'inclure les victimes mariées et celles vivant en union libre dans la catégorie « Conjoints », il n'est pas possible d'établir une distinction entre les victimes mariées et celles vivant en union libre pour ce qui est de l'ensemble des crimes violents.
  12. Dans l'ensemble, les affaires impliquant des armes étaient plus susceptibles que celles impliquant de la force physique d'entraîner des blessures corporelles (67 % par rapport à 64 %). En outre, les hommes victimes étaient plus susceptibles que les femmes victimes de subir des blessures lorsqu'une arme avait été utilisée (74 % par rapport à 64 %), mais les femmes victimes étaient plus souvent blessées dans les affaires impliquant de la force physique (64 % par rapport à 61 % des hommes victimes).
  13. Certains secteurs de compétence exigent également une évaluation à savoir s'il est d'intérêt public de déposer des accusations.
  14. En Ontario, les services de police ne peuvent pas classer une affaire de violence entre partenaires intimes sans porter des accusations. En effet, ces affaires doivent être classées par mise en accusation ou ne pas être classées.
  15. Voir Marshall et Block, 2004.
  16. Les données sur les homicides entre partenaires amoureux ne sont pas disponibles avant 1991. L'Enquête sur les homicides a été révisée et élargie en 1991 afin de mieux répondre aux besoins changeants en matière d'information.
  17. L'analyse de la base de données sur les tendances de trois ans se limite aux infractions pour lesquelles il existe un enregistrement complet sur la victime et pour lesquelles le modèle de classification du Programme DUC est demeuré constant au cours de la période de trois ans.
  18. Selon les données de l'ESG sur la victimisation, le taux de signalement de violence conjugale à l'endroit des femmes est passé de 36 % en 2004 à 30 % en 2009, soit le cycle le plus récent de l'ESG.
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