Vieillissement des travailleurs dans les professions de la justice

Warning Consulter la version la plus récente.

Information archivée dans le Web

L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.

[an error occurred while processing this directive]85-002-x[an error occurred while processing this directive] [an error occurred while processing this directive]

par Mathieu Charron, Racha Nemr et Roxan Vaillancourt

Les travailleurs dans les professions de la justice affichent une croissance comparable à celle de l'ensemble des travailleurs canadiens
La plupart des agents de police entre 25 et 49 ans
Beaucoup d'agents de sécurité privés sont jeunes ou âgés
Les travailleurs des tribunaux, un groupe qui vieillit rapidement
Le nombre de travailleurs des services correctionnels fluctue en fonction du nombre de personnes supervisées
Résumé
Tableaux de données détaillés
Références
Notes

Entre 1966 et 2006, la baisse de la fécondité et l'allongement de l'espérance de vie ont fait en sorte que l'âge médian de la population canadienne est passé de 25 à 40 ans (Martel et Caron-Malenfant, 2007). Ce vieillissement marqué soulève de nombreuses questions au Canada, notamment quant au renouvellement de la main-d'œuvre.

En effet, l'arrivée de l'importante cohorte des baby-boomers à l'âge de la retraite pourrait compromettre le maintien du nombre de travailleurs canadiens. L'objectif de ce document est de dresser un portrait démographique des professions de la justice et de leur évolution entre 1991 et 2006.

Après avoir présenté la situation de l'ensemble des travailleurs dans les professions de la justice, on portera une attention particulière à quatre groupes, soit les agents de police1, les agents de sécurité privés2, les travailleurs des tribunaux3 et les travailleurs des services correctionnels4. La plupart des données analysées ont été tirées des recensements de la population de 1991, 1996, 2001 et 2006, mais certaines informations complémentaires provenant d'autres sources sont aussi utilisées. Les données de recensement utilisées dans le présent document sont disponibles sous forme de tableaux, à la fin du texte. Les résultats qui y sont présentés résument les tendances observées pour l'ensemble du Canada et ne reflètent pas nécessairement les tendances de chaque province.

Les travailleurs du domaine de la justice ont été identifiés selon leur appartenance à certaines catégories de la Classification type des professions (CTP 1991). Tous les travailleurs faisant partie de la population active ont été pris en compte. La population active inclut toutes les personnes de 15 ans et plus qui étaient soit occupées, soit en chômage pendant la semaine ayant précédé le jour du recensement. Les termes « main-d'œuvre » et « travailleurs » sont utilisés dans ce texte pour faire référence aux membres de la population active qui font partie d'un groupe professionnel spécifique.

Les travailleurs dans les professions de la justice affichent une croissance comparable à celle de l'ensemble des travailleurs canadiens

Le nombre de travailleurs dans les professions de la justice a augmenté de près de 60 000 entre 1991 et 2006. Cette hausse correspond à une croissance de près de 20 %, ce qui est légèrement plus élevé que la croissance observée chez l'ensemble des travailleurs au pays (y compris les travailleurs de la justice) qui était, pour la même période, de 14 %. Presque toute la croissance des travailleurs dans les professions de la justice observée lors de la période à l'étude est survenue après 1996. En 1991 comme en 2006, les travailleurs de la justice représentaient environ 2 % de l'ensemble des travailleurs canadiens.

En 2006, l'âge médian des travailleurs dans les professions de la justice était comparable à celui de l'ensemble des travailleurs canadiens (41 ans). De façon générale, les travailleurs de la justice ont vieilli à un rythme comparable à celui de l'ensemble des travailleurs canadiens.

Malgré le fait qu'ils affichent des âges médians similaires, les travailleurs dans les professions de la justice présentent une structure par âge légèrement différente de celle de l'ensemble des travailleurs canadiens. Il est d'abord important de noter que la plupart des professions de la justice requièrent des qualifications spécifiques (Goudreau, 2002). Ces exigences scolaires font en sorte qu'une faible proportion des travailleurs de la justice est âgée de moins de 25 ans, alors que plusieurs sont âgés de 50 ans et plus (graphique 1). Ce décalage est toutefois compensé par l'importante cohorte de travailleurs dans les professions de la justice âgés de 25 à 39 ans, qui composent près du tiers de l'ensemble des travailleurs de la justice. En somme, les travailleurs dans les professions de la justice maintiennent un âge médian comparable à celui de l'ensemble des travailleurs canadiens malgré leurs exigences en scolarité parce qu'ils comptent un grand nombre de travailleurs de moins de 40 ans.

Graphique 1
Structure par âge des travailleurs dans les professions de la justice, 2006

Description

Graphique 1 Structure par âge des travailleurs dans les professions de la justice, 2006

Source : Statistique Canada, Recensement de 2006.

La plupart des agents de police entre 25 et 49 ans

Le nombre d'agents de police a diminué de 1 645 entre 1991 et 1996 pour ensuite croître de 9 040 entre 1996 et 2006. Cette évolution se reflète dans le nombre d'agents de police pour 100 000 habitants, lequel est passé de 202,5 en 1991 à 183,5 en 1996 pour ensuite remonter à 191,3 en 2006 (Centre canadien de la statistique juridique, 2008).

En général, l'âge médian des agents de police a augmenté de façon moins marquée que l'âge médian de l'ensemble des travailleurs canadiens. En effet, leur âge médian n'a augmenté que de deux ans entre 1991 et 2006, alors que l'âge médian de l'ensemble des travailleurs canadiens s'est accru de cinq ans.

Comparativement à celle de l'ensemble des travailleurs canadiens, la structure par âge des agents de police était fortement concentrée entre 25 et 49 ans. En 2006, près de 80 % des agents de police faisaient partie de ce groupe d'âge, tandis que la proportion s'établissait à 57 % pour l'ensemble des travailleurs canadiens (graphique 2). Les agents de police sont donc relativement peu nombreux à être âgés de moins de 25 ans ou de plus de 49 ans.

Graphique 2
Structure par âge des agents de police, 2006

Description

Graphique 2 Structure par âge des agents de police, 2006

Source : Statistique Canada, Recensement de 2006.

La scolarité à l'embauche des agents de police est de plus en plus exigeante (Comité directeur de l'étude sur les ressources humaines du secteur policier public canadien, 2000; Johnson et autres, 2007). C'est possiblement ce qui explique la faible proportion d'agents de police âgés de moins de 25 ans (graphique 3).

Graphique 3
Croissance du nombre d'agents de police selon le groupe d'âge, 1991 à 2006

Description

Graphique 3 Croissance du nombre d'agents de police selon le groupe d'âge, 1991 à 2006

Source : Statistique Canada, recensements de 1991 et de 2006.

Tel qu'il a déjà été mentionné, la grande majorité des agents de police avaient entre 25 et 49 ans en 2006. En fait, près de la moitié (47 %) des agents de police avaient entre 25 et 39 ans en 2006. Le nombre d'agents de police de ce groupe d'âge a affiché une légère hausse de 2 % entre 1991 et 2006. Cette croissance peut sembler faible mais elle est significative si l'on considère que durant cette même période, l'importante cohorte des baby-boomers a quitté le groupe des 25 à 39 ans en 1991 pour celui des 50 à 64 ans en 2006. Dans l'ensemble du pays, le nombre de travailleurs âgés entre 25 et 39 ans a diminué de 17 % entre 1991 et 2006.

Les travailleurs de 50 ans et plus étaient relativement peu nombreux chez les agents de police (16 %) lorsqu'on les compare à l'ensemble des travailleurs canadiens (27 %). Cette faible proportion s'explique par le fait que la plupart des services de police offrent des pensions complètes après 25 années de service, ce qui encourage les agents de police à prendre leur retraite à un plus jeune âge (Comité directeur de l'étude sur les ressources humaines du secteur policier public canadien, 2000). Toutefois, bien que la proportion des agents de police de plus de 50 ans soit faible, leur nombre a augmenté de 75 % entre 1991 et 2006, ce qui est comparable à la hausse observée pour le même groupe d'âge au sein de l'ensemble des travailleurs canadiens.

Les travailleurs dans la quarantaine composaient le tiers des agents de police en 2006. Comme plusieurs agents de police prennent leur retraite à un âge relativement jeune, cela donne à penser que plusieurs de ces travailleurs approchent l'âge de la retraite. La proportion des agents de police dans la quarantaine est restée sensiblement la même entre 1991 (31 %) et 2006 (32 %).

Tout comme leur structure par âge, le travail des agents de police a changé depuis 1991. Le nombre d'affaires comportant des infractions au Code criminel a grandement diminué au cours des dernières années. En 2006, on comptait 41,1 affaires par policier, alors que la proportion s'établissait à 51,1 en 1991 (Johnson et autres, 2007). Une grande partie de la diminution du nombre d'affaires criminelles est attribuable à la baisse de 32 % du nombre d'affaires contre les biens entre 1991 et 2006. Durant cette période, le nombre d'affaires avec violence a augmenté de 4 %.

Ces données ne permettent cependant de dresser qu'un portrait très partiel du travail réel des agents de police. En effet, selon le Comité directeur de l'étude sur les ressources humaines du secteur policier public canadien (2000), les affaires criminelles se complexifient avec notamment le développement d'organisations criminelles internationales et de la cybercriminalité. De plus en plus d'enquêtes policières demandent donc beaucoup de travail. La prévention du crime, l'approche communautaire, l'adaptation aux changements du contexte juridique et à la diversification de la population canadienne élargissent les fonctions des agents de police. Toujours d'après le Comité directeur de l'étude sur les ressources humaines du secteur policier public canadien (2000), la diversification et la complexification des tâches confiées aux agents de police sont liées aux exigences scolaires plus élevées demandées aux nouvelles recrues.

L'aspect physique du travail des agents de police a toujours fait en sorte que peu d'entre eux pratiquaient leur métier après l'âge de 55 ans. Le vieillissement de la main-d'œuvre et les exigences scolaires plus élevées au recrutement posent ainsi des obstacles au renouvellement de cette main-d'œuvre. Ces défis importants et le caractère essentiel du travail des agents de police ont encouragé les gestionnaires de ce groupe à prendre au sérieux le renouvellement de leur main-d'œuvre et à adapter leurs pratiques de ressources humaines (Conseil sectoriel de la police, 2006).

Une bonne partie des baby-boomers qui étaient des agents de police ont déjà pris leur retraite, ce qui libère ce groupe de travailleurs d'une pression qui pèse toujours sur d'autres groupes. Mais le principal défi à court terme demeure les travailleurs âgés entre 40 et 50 ans, qui composent près du tiers des agents de police et qui pourraient prendre leur retraite dans un avenir rapproché. La rétention de certains agents de police de ce groupe d'âge est importante afin d'assurer les fonctions de gestion et l'encadrement de travailleurs plus jeunes et moins expérimentés (Johnson et autres, 2007).

Beaucoup d'agents de sécurité privés sont jeunes ou âgés

Même si les agents de sécurité privés accomplissent beaucoup de fonctions qui s'apparentent à celles des policiers, ils travaillent pour leur employeur et pas nécessairement pour le bien commun (Li, 2008). Leur rôle est déterminé par les besoins de leurs clients. Les gardiens de sécurité et les enquêteurs privés constituent l'essentiel des travailleurs de ce groupe.

Depuis 1991, les agents de sécurité privés ont connu une croissance plus rapide (19 %) que celle des agents de police (12 %). Au Recensement de 2006, on comptait environ 3 agents de sécurité privés pour 2 agents de police.

La structure par âge des agents de sécurité privés est très différente de celle des agents de police (graphique 4). En 2006, les travailleurs dans la vingtaine composaient plus du quart des agents de sécurité privés (27 %), alors qu'ils ne représentaient que le sixième (17 %) des agents de police. Les travailleurs de 55 ans et plus étaient aussi beaucoup plus représentés au sein des agents de sécurité privés (25 %) que chez les agents de police (6 %). Au contraire, les travailleurs âgés de 30 à 49 ans ne formaient que le tiers (36 %) des agents de sécurité privés mais les deux tiers des agents de police (66 %).

Graphique 4
Structure par âge des agents de sécurité privés, des agents de police et des travailleurs canadiens, 2006

Description

Graphique 4 Structure par âge des agents de sécurité privés, des agents de police et des travailleurs canadiens, 2006

Source : Statistique Canada, Recensement de 2006.

Ces différences s'expliquent possiblement par le rapprochement des fonctions des agents de sécurité privés et des agents de police — surveiller, maintenir l'ordre et faire respecter les règlements. En effet, une expérience de travail comme gardien de sécurité peut faciliter l'embauche comme agent de police (Johnson et autres, 2007). De même, il est possible que plusieurs agents de police à la retraite poursuivent une carrière comme agents de sécurité privés (Rigakos, 2002).

Les travailleurs des tribunaux, un groupe qui vieillit rapidement

Les travailleurs des tribunaux comprennent des groupes professionnels qui se distinguent les uns des autres autant par les fonctions qu'ils assument que par leurs structures démographiques. Les tribunaux du Canada couvrent un large éventail de juridictions (fédéral, provincial, municipal) et se spécialisent dans divers domaines (tribunaux criminels, civils, familiaux, petites créances, etc.). Cette grande diversité implique de nombreuses tendances en ce qui concerne la charge de travail et les ressources humaines.

Il semble cependant que, dans l'ensemble, les systèmes des tribunaux se complexifient (Benyekhlef et autres, 2006). Par exemple, l'augmentation du nombre et la diversité des services offerts par les tribunaux (notamment quant à l'accessibilité), l'intégration des changements technologiques (comme la numérisation des documents) et l'apparition de nouvelles spécialités (comme les spécialistes des relations avec les médias) accroissent les besoins en main-d'œuvre pour assurer le bon fonctionnement des tribunaux (Benyekhlef et autres, 2006). Ces besoins ne sont probablement pas sans liens avec l'augmentation de 24 % du nombre de travailleurs des tribunaux observée depuis 1991.

Dans l'ensemble, les travailleurs des tribunaux ont un âge médian (43 ans) supérieur à la celui des travailleurs canadiens (41 ans). Parmi ce groupe, on ne compte que 1 travailleur sur 20 âgé de moins de 25 ans, alors que pour l'ensemble des travailleurs canadiens, 1 travailleur sur 6 fait partie du même groupe d'âge (graphique 5). Les travailleurs de tous les autres groupes d'âge présentent une proportion plus élevée chez les travailleurs des tribunaux que chez l'ensemble des travailleurs canadiens. Cet écart s'explique possiblement par le fait que la plupart des tâches exigées par les travailleurs des tribunaux requièrent un niveau de compétence qui ne peut qu'exceptionnellement être atteint par de jeunes travailleurs. Par exemple, en 2006, à peine 1 % des avocats et notaires avaient moins de 25 ans.

Graphique 5
Structure par âge des travailleurs des tribunaux, 2006

Description

Graphique 5 Structure par âge des travailleurs des tribunaux, 2006

Source : Statistique Canada, Recensement de 2006.

Pour l'ensemble des travailleurs des tribunaux, l'âge médian est passé de 36 ans en 1991 à 43 ans en 2006. Cet allongement de sept ans est plus grand que celui de l'ensemble des travailleurs canadiens, dont l'âge médian est passé de 36 ans à 41 ans. Ce vieillissement rapide tient au fait que le nombre de travailleurs dans les professions de la justice âgés de moins de 30 ans a diminué de 29 % entre 1991 et 2006, une décroissance rapide par rapport à celle de l'ensemble des travailleurs canadiens de moins de 30 ans (–8 %). À l'opposé, le nombre de travailleurs de la justice dans la cinquantaine a triplé au cours de la même période, alors que pour les travailleurs de l'ensemble du Canada, la proportion n'a pas tout à fait doublé (graphique 6).

Graphique 6
Croissance des travailleurs des tribunaux selon le groupe d'âge, 1991 à 2006

Description

Graphique 6 Croissance des travailleurs des tribunaux selon le groupe d'âge, 1991 à 2006

Source : Statistique Canada, recensements de 1991 et de 2006.

À 39 ans, les techniciens juridiques constituaient, en 2006, le groupe de travailleurs des tribunaux au plus faible âge médian. Ayant affiché une croissance de 20 700 membres, ils représentaient aussi le groupe dont la croissance était la plus forte (130 %). Seuls les avocats et les notaires présentaient une croissance plus importante en nombre absolu (22 045). Il est possible que la forte croissance de ces deux groupes soit liée au fait que les causes devant les tribunaux de juridiction criminelle sont de plus en plus complexes (Marth, 2008; Thomas, 2008) et exigent ainsi plus de travail5. Il se peut que la complexification observée dans les causes criminelles s'applique également aux autres types de causes.

En 2006, la plupart des groupes de travailleurs des tribunaux avaient un âge médian situé dans la quarantaine (tableau explicatif 1). Les juges constituaient clairement le groupe le plus âgé, ayant affiché un âge médian de 58 ans. Cette situation s'explique par le fait que la fonction occupée par les juges nécessite une longue expérience du système juridique et une réputation qui ne s'acquière habituellement qu'après de nombreuses années de pratique. En 1991, l'âge médian des juges était aussi très élevé, soit 56 ans.

Tableau explicatif 1
Nombre et âge médian des travailleurs des tribunaux, 1991 et 2006
1991 2006 Croissance de 1991 à 2006 1991 2006
nombre pourcentage Âge médian
Ensemble des travailleurs canadiens 14 474 940 16 498 525 14 36 41
Tous les travailleurs des tribunaux 129 640 160 385 24 36 43
Avocats et notaires 53 060 75 105 42 38 44
Techniciens juridiques et personnel apparenté 15 980 36 680 130 33 39
Secrétaires juridiques 44 055 27 585 -37 33 44
Rapporteurs judiciaires et transcripteurs médicaux 5 440 7 765 43 36 46
Juges de paix et officiers de justice 3 250 4 555 40 45 47
Commis des services judiciaires 3 175 3 395 7 37 43
Juges 2 250 2 645 18 56 58
Shérifs et huissiers 2 410 2 630 9 39 45
Source : Statistique Canada, recensements de 1991 et de 2006.

L'âge médian des secrétaires juridiques6 s'est accru de 11 ans depuis 1991 pour atteindre 44 ans en 2006. Ce vieillissement rapide s'explique peut-être en partie par le fait que relativement peu de secrétaires juridiques ont été embauchées depuis 1991 ou que plusieurs travailleurs ont réorienté leur carrière de secrétaire juridique à technicien juridique. En effet, on comptait 16 470 secrétaires juridiques de moins en 2006 que l'on pouvait en compter en 1991. De plus, à peine la moitié (52 %) des secrétaires juridiques étaient âgées de moins de 45 ans en 2006, alors que 81 % avaient moins de 45 ans en 1991.

Le vieillissement rapide des travailleurs des tribunaux pose un défi important quant au renouvellement de la main-d'œuvre. En effet, le nombre de travailleurs des tribunaux âgés de moins de 40 ans a diminué de 20 % entre 1991 et 2006, tandis que le nombre de travailleurs des tribunaux âgés de 40 ans et plus s'est accru de 91 %. Près du cinquième de ces travailleurs ont 55 ans et plus et devraient prendre leur retraite dans un avenir rapproché. Les fortes exigences en matière de scolarité jumelées à la complexification des causes mettront des pressions supplémentaires au renouvellement des travailleurs de ce secteur.

Le nombre de travailleurs des services correctionnels fluctue en fonction du nombre de personnes supervisées

L'âge médian des travailleurs des services correctionnels est comparable à celui de l'ensemble des travailleurs canadiens autant en 1991 (37 ans) qu'en 2006 (41 ans). Leur structure par âge est néanmoins beaucoup plus compacte (graphique 7); ainsi, les travailleurs des services correctionnels sont plus nombreux à être âgés entre 25 et 54 ans (84 %) que l'ensemble des travailleurs canadiens (69 %). En contrepartie, ils sont nettement moins nombreux à être âgés de moins de 25 ans (4 % par rapport à 16 %) ou de 55 ans et plus (12 % par rapport à 15 %). Cette structure par âge s'apparente à celle des agents de police, décrite précédemment.

Graphique 7
Structure par âge des travailleurs des services correctionnels, 2006

Description

Graphique 7 Structure par âge des travailleurs des services correctionnels, 2006

Source : Statistique Canada, Recensement de 2006.

L'évolution de la structure par âge des travailleurs des services correctionnels suit la tendance nationale (graphique 8). On observe cependant que la croissance est plus forte chez les travailleurs de 40 à 54 ans. Les agents de probation et de libération conditionnelle ont connu une croissance plus rapide que les agents des services correctionnels pour tous les groupes d'âge.

Graphique 8
Croissance des travailleurs des services correctionnels selon le groupe d'âge, 1991 à 2006

Description

Graphique 8 Croissance des travailleurs des services correctionnels selon le groupe d'âge, 1991 à 20

Source : Statistique Canada, recensements de 1991 et de 2006.

Le nombre d'agents des services correctionnels a été en hausse de 6 % entre 1991 et 1996. Par la suite, leur nombre a diminué de 3 % entre 1996 et 2001 pour connaître à nouveau une hausse de 7 % entre 2001 et 2006. Ces fluctuations du nombre d'agents des services correctionnels suivent par ailleurs les mêmes tendances que le nombre total de détenus (condamnés ou en détention provisoire), tel que comptabilisé par le Rapport sur les indicateurs clés des services correctionnels pour les adultes et les jeunes contrevenants au cours de cette période : une hausse de 25 % entre 1991 et 1996, une baisse de 7 % entre 1996 et 2001 et une croissance de 4 % entre 2001 et 2006.

Malgré ces variations, on peut supposer que la charge de travail des agents n'en a pas moins augmenté. C'est que depuis 1991, le nombre de personnes en détention provisoire s'est accru de 128 % alors que le nombre de personnes en détention après condamnation a diminué de 26 %. La détention provisoire implique une charge de travail plus importante pour les agents. Par exemple, les personnes en détention provisoire sont déplacées plus fréquemment parce qu'elles comparaissent plus souvent en cour (Landry et Sinha, 2008).

Le nombre d'agents de probation et de libération conditionnelle a affiché une plus forte croissance, étant passé de 3 675 en 1991 à 5 720 en 2006, ce qui représente une croissance de 56 %. Cette croissance a essentiellement eu lieu entre 1991 et 2001, alors que le nombre d'agents de probation et de libération conditionnelle a presque doublé. Entre 2001 et 2006, leur nombre a diminué de 14 %. Cette évolution est comparable à celle du nombre de délinquants sous surveillance, qui a augmenté de 53 % entre 1991 et 2001 avant de diminuer de 13 % entre 2001 et 2006.

Résumé

Dans l'ensemble, le vieillissement des travailleurs dans les professions de la justice suit tendance similaire à celle de l'ensemble de la main d'œuvre canadienne. Entre 1991 et 2006, le nombre de travailleurs dans les professions de la justice âgés de moins de 40 ans a diminué, alors que celui des travailleurs de 40 ans et plus a fortement augmenté. En fait, ces tendances opposées représentent l'évolution démographique de l'ensemble de la population canadienne; la baisse de la fécondité observée depuis les années 1960 explique la diminution du nombre de personnes de moins de 40 ans, alors que le vieillissement de l'importante cohorte des baby-boomers rend compte de l'augmentation du nombre de personnes de 40 ans et plus.

Les différents groupes de travailleurs dans les professions de la justice présentent toutefois des profils différents. Chez les agents de police, le nombre de travailleurs de moins de 40 ans est resté stable depuis 1991. De tous les groupes de travailleurs de la justice, celui de la sécurité privé est le seul à avoir connu une augmentation dans son nombre de travailleurs âgés de moins de 40 ans entre 1991 et 2006 (12 %).

Quant aux travailleurs des services correctionnels, ils suivent des tendances comparables à celles de l'ensemble des travailleurs canadiens. Le nombre de travailleurs des services correctionnels âgés de moins de 40 ans a diminué de 9 % alors que le nombre de ceux âgés de 40 ans et plus a augmenté de 56 %.

Les travailleurs des tribunaux vieillissent plus rapidement que l'ensemble des travailleurs canadiens. Dans ce secteur, le nombre de travailleurs de moins de 40 ans a diminué de 20 % entre 1991 et 2006, alors que le nombre de travailleurs de 40 ans et plus a presque doublé au cours de cette période. Ce groupe de travailleurs de la justice pourrait faire face aux plus grands défis dans la gestion de la croissance et du renouvellement sa main d'œuvre dans les années à venir.

Des études montrent qu'il est probable que la population active continue de croître au Canada dans les 25 prochaines années (Martel et autres, 2007). Si les professions de la justice maintiennent des conditions de recrutement et de renouvellement constantes, le nombre de travailleurs de la justice devrait continuer de croître.

Mais malgré cette croissance, la structure par âge de la main d'œuvre canadienne continuera à vieillir et la proportion des travailleurs plus âgés va augmenter, en partie parce que le taux d'activité est en hausse pour ce groupe d'âge (Martel et autres, 2007). Le vieillissement de la structure par âge implique inévitablement de nouveaux défis pour la main d'œuvre des différentes professions de la justice.

Tableaux de données détaillés

Tableau 1 Effectifs et structures par âge des travailleurs dans les professions de la justice, Canada, 2006

Tableau 2 Effectifs et structures par âge des travailleurs dans les professions de la justice, Canada, 2001

Tableau 3 Effectifs et structures par âge des travailleurs dans les professions de la justice, Canada, 1996

Tableau 4 Effectifs et structures par âge des travailleurs dans les professions de la justice, Canada, 1991

Références

Benyekhlef, Karim, et autres. 2006. Modèles d'administration des tribunaux judiciaires, Conseil canadien de la magistrature, Ottawa.

Carrington, Peter J. 2001. « Population aging and crime in Canada, 2000-2041 », Revue canadienne de criminologie, vol. 43, p. 331 à 356.

Centre canadien de la statistique juridique. 2008. « Les ressources policières au Canada », produit no 85-225-X au catalogue de Statistique Canada. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-225-x/2008000/part-partie1-fra.htm.

Comité directeur de l'étude sur les ressources humaines du secteur policier public canadien. 2000. Analyse stratégique des ressources humaines des services de police publics au Canada. Adresse électronique : www.policecouncil.ca/reports/HRDCReportFrench.pdf.

Conseil sectoriel de la police. 2006. La police en 2005. Adresse électronique : www.policecouncil.ca/reports/PSCScan2005F.pdf.

Goudreau, Jean-Pierre. 2002. Un portrait statistique de l'ensemble des travailleurs dans les professions de la justice au Canada, 1996, sous la direction de Jodi-Anne Brzozowski, produit no 85-555-X au catalogue de Statistique Canada, Centre canadien de la statistique juridique. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-555-x/85-555-x1996001-fra.pdf.

Johnson, Philip, et autres. 2007. Étude nationale sur les ressources policières, rapport préparé par le HayGroup pour le Conseil sectoriel de la police. Adresse électronique : www.policecouncil.ca/reports/PSCHRDiagnosticF.pdf.

Landry, Laura, et Maire Sinha. 2008. « Les services correctionnels pour adultes au Canada, 2005-2006 », produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada, vol. 28, no 6. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/85-002-x2008006-fra.pdf.

Li, Geoffrey. 2008. « Services de sécurité privés et services de police publics », Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada, vol. 28, no 10. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/2008010/article/10730-fra.htm.

Martel, Laurent, et Éric Caron-Malenfant. 2007. Portrait de la population canadienne en 2006, selon l'âge et le sexe, Recensement de 2006, produit no 97-551-X au catalogue de Statistique Canada, Division de la démographie. Adresse électronique : www12.statcan.gc.ca/francais/census06/analysis/agesex/pdf/97-551-XIF2006001.pdf.

Martel, Laurent, et autres. 2007. « Projections de la population active au Canada, 2006-2031 », L'observateur économique canadien, produit no 11-010-X au catalogue de Statistique Canada. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/11-010-x/00607/9980-fra.htm.

Marth, Michael. 2008. « Statistiques sur les tribunaux de juridiction criminelle pour adultes, 2006-2007 », Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada, vol. 28, no 5. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/85-002-x2008005-fra.pdf.

Pottie–Bunge, Valerie, Holly Johnson et Thierno A. Baldé. 2005. L'exploration des tendances de la criminalité au Canada, produit no  85-561-M au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, Centre canadien de la statistique juridique, « Série de documents de recherche sur la criminalité et la justice », no 5. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-561-m/85-561-m2005005-fra.htm.

Rigakos, George. 2002. The New Parapolice: Risk Markets and Commodified Social Control, Toronto, University of Toronto Press.

Thomas, Jennifer. 2008. « Statistiques sur les tribunaux de la jeunesse, 2006-2007 », Juristat, produit no 85-002-X au catalogue de Statistique Canada, vol. 28, no 4. Adresse électronique : www.statcan.gc.ca/pub/85-002-x/85-002-x2008004-fra.pdf.

Notes

  1. Le groupe des agents de police inclut les officiers de direction des services de police (A351) et les agents de police (G611).
  2. Le groupe des agents de sécurité privés inclut les gardiens de sécurité et le personnel assimilé (G631) ainsi que la catégorie « autre personnel des services de protection » (G625).
  3. Le groupe des travailleurs des tribunaux inclut les secrétaires juridiques (B212), les rapporteurs judiciaires et les transcripteurs médicaux (B214), les juges de paix et les officiers de justice (B317), les commis des services judiciaires (B543), les juges (E011), les avocats et les notaires (E012), les techniciens juridiques et le personnel assimilé (E211) ainsi que les shérifs et les huissiers (G621).
  4. Le groupe des travailleurs des services correctionnels inclut les agents de probation et de libération conditionnelle et le personnel assimilé (E025) ainsi que les agents des services correctionnels (G622).
  5. La complexification des causes est mesurée par l'augmentation du nombre de causes à accusations multiples (Marth, 2008; Thomas, 2008).
  6. Des changements de codage pourraient être à l'origine de quelques erreurs du nombre de secrétaires juridiques recensées. Les données qui ont trait à ce groupe de travailleurs devraient être analysées avec prudence.
Signaler un problème sur cette page

Quelque chose ne fonctionne pas? L'information n'est plus à jour? Vous ne trouvez pas ce que vous cherchez?

S'il vous plaît contactez-nous et nous informer comment nous pouvons vous aider.

Avis de confidentialité

Date de modification :