Résumé
Contexte
Les ordonnances d’opioïdes postopératoires peuvent être associées à des risques d’intoxication non intentionnelle et de détournement de médicaments par d’autres membres du ménage. La présente étude avait pour objectif d’étudier l’association entre les ordonnances d’opioïdes prescrites à des mères après une intervention chirurgicale et l’incidence d’événements liés aux opioïdes chez leurs enfants (âgés de 1 à 24 ans).
Données et méthodes
La présente étude d’une cohorte rétrospective repose sur des données administratives sur la santé couplées individuellement provenant de l’Ontario au Canada. Un échantillon représentatif de la population constitué de 170 156 mères naïves aux opioïdes (âgées de 15 à 64 ans) (voir Figure 1) qui ont subi une intervention chirurgicale en Ontario entre 2013 et 2017 a été couplé, au moyen des dossiers de naissance, afin de créer une cohorte composée de 283 550 enfants naïfs aux opioïdes (âgés de 1 à 24 ans) de la province. On évalue l’association entre les ordonnances d’analgésiques opioïdes postopératoires que se sont procurées les mères au cours des sept jours ayant suivi leur congé et les événements liés aux opioïdes (visite à l’urgence, admission à l’hôpital en raison d’une intoxication aux opioïdes, de troubles mentaux ou de comportement attribuables à la consommation d’opioïdes) chez les enfants au cours de l’année ayant suivi le congé de leur mère.
Résultats
Dans l’ensemble, la mère de 60,4 % des enfants de la cohorte à l’étude s’était fait prescrire une ordonnance d’opioïdes après avoir subi une intervention chirurgicale. L’incidence des événements liés aux opioïdes chez les enfants au cours de l’année qui a suivi l’opération de la mère était, dans l’ensemble, faible (n = 36/283 550, 0,01 %). Cependant, elle était plus élevée chez les enfants dont la mère avait obtenu une ordonnance d’opioïdes après une intervention chirurgicale (n = 29/171 139, 0,02 %, contre n = 7/112 411, 0,01 %, p = 0,02), y compris lors d’une analyse tenant compte de l’âge de l’enfant, de l’âge de la mère, de la résidence en milieu rural, du quintile de revenu du quartier et du score de l’indice de comorbidité de Charlson de la mère (rapport de cotes corrigé, 2,42 [intervalle de confiance (IC) à 95 %, de 1,05 à 5,54], p = 0,04).
Interprétation
Les ordonnances d’opioïdes prescrites aux mères après une intervention chirurgicale peuvent favoriser les événements liés aux opioïdes chez leurs enfants. Les résultats de la présente étude soulignent davantage l’importance de prescrire des opioïdes de manière sécuritaire et efficace ainsi que d’éduquer les patients et le public sur la consommation, l’entreposage et l’élimination de ces médicaments.
Mots-clés
adolescent, analgésiques, enfant, intervention chirurgicale, jeune adulte, mauvaise utilisation de médicaments d’ordonnance, opioïdes, surdose
DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202000600002-fra
Résultats
En Ontario, en 2017, on a dénombré 1 276 visites à l’urgence attribuables à une intoxication aux opioïdes chez les jeunes âgés de moins de 25 ans. Parmi les personnes âgées de 15 à 24 ans, le taux a plus que doublé entre 2013 et 2017. Selon des données canadiennes et américaines, le taux de préjudices liés aux opioïdes peut être disproportionné chez les personnes âgées de moins de 25 ans. Ce groupe d’âge représente environ 1 personne ayant reçu un opioïde sur 10, mais 1 personne qui s’est présentée à l’urgence pour une intoxication aux opioïdes sur 5. Cette différence peut s’expliquer, en partie, par la consommation illicite d’opioïdes. Cependant, des données probantes appuient une autre explication, à savoir que certains jeunes ont accès à des opioïdes prescrits à d’autres membres de leur ménage. Selon les données d’enquête des deux pays, chez les jeunes qui consomment des opioïdes, la famille ou des amis sont la source la plus courante d’opioïdes. Deux études cas-témoins (elles aussi réalisées au Canada et aux États-Unis) ont montré que les ordonnances d’opioïdes prescrites à des membres de la famille sont associées à un risque accru de surdoses traitées à l’hôpital chez les enfants et les jeunes adultes [Article complet]
Auteurs
Jennifer Bethell (jennifer.bethell@uhn.ca), Andrea Hill et Hannah Wunsch travaillent au sein de l’Institut de recherche Sunnybrook, à Toronto, en Ontario. Jennifer Bethell et Hannah Wunsch œuvrent également au sein de l’ICES, anciennement connu sous le nom de l’Institute for Clinical Evaluative Sciences, à Toronto, tout comme Duminda N. Wijeysundera. Jennifer Bethell travaille également au sein de l’Institut de réadaptation de Toronto de l’University Health Network, à Toronto. Mark D. Neuman travaille au sein du département d’anesthésiologie et de soins intensifs de l’École de médecine Perelman de l’Université de la Pennsylvanie, à Philadelphie, en Pennsylvanie. Brian T. Bateman œuvre au sein du département d’anesthésiologie, de soins périopératoires et de la gestion de la douleur à l’hôpital Brigham et pour les femmes et à l’École de médecine de Harvard, à Boston, au Massachusetts. Karim S. Ladha travaille au sein du département d’anesthésiologie à l’Hôpital St. Michael’s et à l’Université de Toronto, tout comme Duminda N. Wijeysundera. Andrea Hill et Hannah Wunsch travaillent également au sein du département de médecine de soins intensifs du Centre des sciences de la santé de Sunnybrook, à Toronto. Guohua Li œuvre au sein du département d’épidémiologie de la Mailman School of Public Health et du département d’anesthésiologie du Vagelos College of Physicians and Surgeons, à l’Université Columbia, à New York, dans l’état de New York. Hannah Wunsch travaille également au sein du département d’anesthésie et de la Division interservices des soins intensifs à l’Université de Toronto.
Début de l'encadré
Ce que l'on sait déjà sur le sujet
- Les personnes âgées de moins de 25 ans peuvent présenter un risque de subir des préjudices associés aux opioïdes en ce qui concerne l’intoxication non intentionnelle et le détournement des opioïdes prescrits à un autre membre du ménage.
- Les ordonnances prescrites après une intervention chirurgicale sont une source potentiellement appréciable d’approvisionnement en opioïdes au sein du ménage, alors que la douleur ressentie après une intervention chirurgicale est l’une des raisons les plus courantes pour lesquelles les gens commencent à consommer des opioïdes. De plus, il arrive souvent que les opioïdes prescrits ne soient pas tous consommés et que les doses restantes soient ensuite entreposées à la maison de manière non sécuritaire.
Ce qu'apporte l'étude
- Les ordonnances d’opioïdes prescrites aux mères après une intervention chirurgicale peuvent favoriser les événements liés aux opioïdes chez leurs enfants.
- Ces résultats soulignent davantage l’importance de prescrire des opioïdes de manière sécuritaire et efficace ainsi que d’éduquer les patients et le public sur la consommation, l’entreposage et de l’élimination de ces médicaments.
Fin de l'encadré
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