Rapports sur la santé
Activité physique, temps passé devant un écran et durée du sommeil : associations combinées avec la santé psychosociale des enfants et des jeunes du Canada

par Felix Bang, Karen C. Roberts, Jean-Philippe Chaput, Gary S. Goldfield et Stephanie A. Prince

Date de diffusion : le 2 juillet 2020

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202000500002-fra

Une durée du sommeil suffisante, de l’activité physique et peu d’heures d’activités sédentaires sont toutes associées de façon indépendante à une meilleure santé chez les enfants et les jeunesNote 1Note 2Note 3Note 4.Dernièrement, lors d’une première à l’échelle internationale, le Canada a adopté les Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures pour les enfants et les jeunes (les Directives sur 24 heures)Note 5,qui formulent des recommandations intégrées sur l’activité physique, le comportement sédentaire et le sommeil.

Les Directives sur 24 heures recommandent que les enfants et les jeunes consacrent au moins 60 minutes par jour à des activités physiques d’intensité modérée à vigoureuse (APMV)Note 5. L’activité physique est reconnue pour ses bienfaits sur la santé tant physique que psychosociale, y compris une meilleure santé psychosociale en général (p. ex, la conduite, la qualité de vie, l’estime de soi et une moins grande détresse psychologique), la santé physique (p. ex. le développement moteur, la composition corporelle, la santé cardiométabolique, la condition physique et la santé des os) ainsi qu’un meilleur développement cognitif (p. ex. la cognition et les résultats scolaires)Note 3. La majorité des enfants et des jeunes canadiens (64 %) ne respectent pas les recommandations actuelles en matière d’APMVNote 6.

Un comportement sédentaire se définit comme un comportement d’éveil accompagné d’une faible dépense d’énergie (⋜ 1,5 équivalent métabolique), en position assise, inclinée ou couchéeNote 7. L’activité physique et le comportement sédentaire se distinguent l’un de l’autre et doivent être examinés séparémentNote 8. Une personne peut être très active physiquement, mais aussi être très sédentaire. Les Directives sur 24 heures destinées aux enfants d’âge scolaire recommandent de limiter à deux heures par jour les loisirs devant un écran et de restreindre les périodes prolongées passées en position assise. Les exemples de loisirs devant un écran comprennent l’utilisation d’un ordinateur ou d’Internet, l’écoute de la télévision et les jeux vidéo. On sait que le fait de regarder la télévision et de pratiquer des loisirs devant un écran plus longtemps et plus souvent est associé à une moins bonne composition corporelle, à un risque cardiométabolique plus élevé et à une conduite et un comportement prosocial défavorables (p. ex. des problèmes de comportement, de l’agressivité et de l’inattention)Note 1. On a également constaté un lien constant entre le temps passé devant un écran et une moins bonne santé mentale chez les enfants et les jeunesNote 9. Environ la moitié des enfants et des jeunes canadiens (51 %) ne respectent pas les recommandations relatives au temps passé devant un écranNote 6.

Les Directives sur 24 heures comprennent également des recommandations sur le sommeil, soit une heure régulière pour le coucher et le réveil, ainsi que de 9 à 11 heures de sommeil ininterrompu par nuit pour les enfants de 5 à 13 ans et de 8 à 10 heures pour les jeunes de 14 à 17 ansNote 5. Le sommeil est essentiel à une santé et à un fonctionnement optimaux. Une durée de sommeil plus longue est associée à une plus faible adiposité, une meilleure régulation des émotions, de meilleurs résultats scolaires et une qualité de vie et un bien-être accrus chez les enfants et les jeunesNote 2. Les données probantes donnent à penser qu’un sommeil inadéquat chez les enfants et les jeunes est associé à une santé psychosociale négative, notamment une faible estime de soi, la dépression, une santé mentale perçue comme étant mauvaise, un faible niveau de satisfaction à l’égard de la vie, de mauvaises relations avec les parents et un soutien social médiocreNote 10. Selon les données de l’enquête américaine sur la santé des enfants, qui est représentative à l’échelle nationale (National Survey of Children’s Health), menée en 2003 auprès d’enfants ayant un sommeil inadéquat (selon les observations des parents à propos du sommeil inadéquat au cours de la semaine précédente), ces derniers étaient plus susceptibles de faire état de symptômes de dépressionNote 11. Une grande proportion d’enfants et de jeunes canadiens (environ 25 %) ne respectent pas les recommandations sur le sommeilNote 6Note 12Note 13.

Les Directives sur 24 heures reconnaissent que tous les comportements accompagnés de mouvements au cours d’une période de 24 heures sont importants pour la santé globaleNote 14. Jusqu’à maintenant, peu d’études ont porté sur le lien entre le respect des Directives sur 24 heures et la santé des enfants et des jeunesNote 15Note 16Note 17, et aucune ne s’est concentrée exclusivement sur la santé psychosociale. Il est important de comprendre à quel point le continuum des mouvements pendant 24 heures et l’observation des Directives sur 24 heures peuvent influer sur la santé psychosociale des enfants et des jeunes du Canada. Par conséquent, l’objectif de la présente étude était de déterminer les liens entre le respect des Directives sur 24 heures, les recommandations liées à leurs volets (c.-à-d. l’activité physique, le temps passé devant un écran et la durée du sommeil) et la santé psychosociale (c.-à-d. sociale, émotionnelle et comportementale) chez les enfants et les jeunes du Canada. On s’attendait à ce que le respect des Directives sur 24 heures améliore la santé psychosociale des enfants et des jeunes canadiens.

Méthodes

Source des données

Les données utilisées dans la présente étude sont tirées de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS), enquête transversale permanente qui permet de recueillir des données sur la santé auprès d’un échantillon représentatif de la population canadienneNote 18. La population cible de l’ECMS comprend les personnes âgées de 3 à 79 ans qui vivent dans les 10 provinces canadiennes, à l’exclusion de celles qui vivent dans les 3 territoires, des personnes vivant dans des réserves et d’autres peuplements autochtones, des membres à plein temps des Forces canadiennes, des personnes vivant en établissement et des résidents de certaines régions éloignéesNote 18. L’ECMS comporte un questionnaire administré par un intervieweur au domicile des répondants ainsi qu’une visite à un centre d’examen mobile (CEM) où les mesures physiques des répondants sont prises. Un parent ou le tuteur des enfants de 5 à 11 ans répond en leur nom au questionnaire administré à domicile. Les répondants qui peuvent marcher sont priés de porter un accéléromètre Actical retenu par une ceinture élastique sur la hanche droite pendant sept jours consécutifs après leur visite au CEM. L’ECMS a été approuvée par le Comité d’éthique de la recherche de Santé Canada et tous les participants doivent donner leur consentement éclairé et leur assentiment par écrit.

Les données du cycle 2 (de 2009 à 2011), du cycle 3 (de 2012 à 2013) et du cycle 4 (de 2014 à 2015) ont été utilisées lors des analyses. Les données du cycle 1 ont été exclues parce qu’aucune donnée n’a été recueillie auprès des enfants âgés de 3 à 5 ans au cours de ce cycle. Les analyses se sont limitées aux enfants (de 5 à 11 ans) et aux jeunes (de 12 à 17 ans) qui avaient fourni des données valides de leur accéléromètre pendant au moins quatre joursNote 19. Pour les enfants de 5 ans, une journée valide était constituée d’au moins 5 heures de port de l’appareil et, pour les enfants de 6 ans et plus, d’au moins 10 heures par jour.Note 19 Les taux de réponse globaux applicables au questionnaire administré à domicile, à la visite au CEM et au retour de données valides suffisantes des accéléromètres étaient de 42,4 % pour la période de 2009 à 2011, de 38,8 % pour celle de 2012 à 2013 et de 37,5 % pour celle de 2014 à 2015. Les poids de sondage de Statistique Canada propres au sous-échantillon d’accéléromètres ont été utilisés. Les cycles de l’ECMS ont été combinés selon les lignes directrices de Statistique Canada voulant que les poids de sondage soient corrigés en les divisant par le nombre de cyclesNote 20. Les poids représentent le biais potentiel introduit par la non-réponse au niveau du ménage, du questionnaire et du CEM, ainsi que les écarts entre les personnes qui ont fourni ou non des données valides de leur accéléromètreNote 21. Les détails sur le plan de sondage et la base de sondage de l’ECMS sont disponibles par l’entremise de Statistique CanadaNote 18.

Variables indépendantes

Activité physique

L’APMV a été mesurée à l’aide d’accéléromètresNote 19. Les minutes moyennes par jour ont été calculées comme le nombre total de minutes d’activité physique par nombre de jours valides. L’activité physique a été codée comme une variable binaire (⋝ 60 minutes par jour comparativement à < 60 minutes par jour); les personnes qui n’ont pas réussi à respecter la recommandation, soit une moyenne de 60 minutes par jour d’APMV, ont été incluses dans le groupe de référence par rapport aux personnes qui avaient observé cette recommandation.

Temps devant un écran

Les Directives sur 24 heures renferment des recommandations précises sur le temps passé devant un écran. Dans l’ECMS, ce temps a été déclaré par les parents (pour les enfants de 6 à 11 ans) ou autodéclaré (pour les jeunes de 12 à 17 ans). Le temps passé devant un écran a été évalué à l’aide des questions suivantes de l’interview effectuée à domicile :

  1. « Au cours des trois derniers mois, durant une semaine normale, combien d’heures avez-vous passées (votre enfant a-t-il passées) habituellement à l’ordinateur ou à une tablette ou iPad, y compris le temps passé à regarder des vidéos, à jouer à des jeux sur ordinateur, à écrire, à envoyer ou recevoir des courriels, ou à utiliser Internet? »
  2. « Au cours des trois derniers mois, durant une semaine normale, combien d’heures avez-vous passées (votre enfant a-t-il passées) habituellement à jouer à d’autres types de jeux vidéo sur une console de jeu ou sur un appareil électronique portatif? »
  3. « Au cours des trois derniers mois, durant une semaine normale, combien d’heures avez-vous passées (votre enfant a-t-il passées) habituellement à regarder la télévision, des DVD ou des vidéos? »

Le temps passé devant un écran a été catégorisé comme une variable binaire en fonction du respect (ou non) du nombre d’heures maximum recommandé, soit deux heures par jour de loisirs devant un écran. Les options de réponse de 2009 à 2011 (aucune, moins d’une heure, de 1 à 2 heures, de 3 à 4 heures, de 5 à 6 heures et 7 heures ou plus) étaient différentes de celles de 2012 à 2015 (aucune, moins d’une heure, de 1 à moins de 3 heures, de 3 à moins de 5 heures, de 5 à moins de 7 heures et 7 heures ou plus). Par souci d’uniformité, le point milieu des six options de réponse de 2009 à 2011 a été attribué aux valeurs de 2012 à 2015Note 6.

Durée du sommeil

La durée du sommeil a été déclarée par les parents (pour les enfants de 5 à 11 ans) ou autodéclarée (par les jeunes de 12 à 17 ans) dans le questionnaire de l’ECMS administré à domicile. Les participants ont répondu à la question « Habituellement, combien d’heures dormez-vous (votre enfant dort-il) pendant une période de 24 heures excluant le temps consacré au repos? » L’intervieweur a arrondi les réponses à la demi-heure la plus près. Un sommeil suffisant était défini en fonction des seuils des Directives sur 24 heures, soit de 9 à 11 heures par nuit chez les enfants de 5 à 13 ans et de 8 à 10 heures par nuit chez les jeunes de 14 à 17 ansNote 5. Le sommeil a été codé comme une variable binaire, ceux qui n’avaient pas respecté les recommandations propres à l’âge étant inclus dans le groupe de référence, comparativement à ceux qui avaient observé les recommandations.

Respect des Directives sur 24 heures

Les Directives sur 24 heures consistent en une série de recommandations sur l’activité physique, le comportement sédentaire et le sommeil. Comme recommandé, on considérait que les enfants et les jeunes respectaient les Directives sur 24 heures si, en moyenne, ils satisfaisaient aux recommandations sur le nombre d’heures consacrées à l’APMV, aux loisirs passés devant un écran et à la durée du sommeilNote 4.

Variables dépendantes

Difficultés sociales

Le questionnaire sur les points forts et les difficultés (QPFD) sert à mesurer les difficultés de caractère affectif et comportemental chez les enfants et les jeunesNote 22. Le QPFD est une mesure comportant 25 questions qui évalue certains des domaines fondamentaux de la santé psychosociale des enfants. Il a été administré dans le cadre du questionnaire devant être rempli à domicile, et a été rempli par un parent ou le tuteur des enfants et des jeunes. Le QPFD accorde une note sur cinq sous-échelles, y compris les symptômes émotifs, les problèmes de conduite, l’hyperactivité ou l’inattention, les problèmes relationnels avec les pairs et le comportement prosocial. Pour la présente analyse, on a calculé la note totale des difficultés en additionnant la note de toutes les sous-échelles, à l’exclusion de l’échelle prosociale. On a ainsi obtenu une plage possible allant de 0 à 40, classée en notes de comportement normal, limite et anormalNote 22. Le total des difficultés a été codé à nouveau comme une variable binaire en regroupant les comportements limites et anormaux en une seule catégorie (notes allant de 14 à 40) appelée « risque de psychopathologie », comparativement à « normal » (notes de 0 à 13). Il a été démontré que le QPFD présentait une fiabilité modérée de test-retest (CCI = 0,84)Note 23, une cohérence interne (coefficient alpha de Cronbach = de 0,73 à 0,78)Note 24Note 25, une validité concouranteNote 25 et une bonne validité discriminanteNote 26.

Stress

Les répondants de 12 ans et plus devaient déclarer eux-mêmes leur niveau de stress en répondant à la question suivante : « En pensant à la quantité de stress dans votre vie, diriez-vous que la plupart de vos journées sont : (pas du tout stressantes, pas tellement stressantes, un peu stressantes, assez stressantes ou extrêmement stressantes)? » Le stress a été codé comme une variable binaire. Ceux qui ont répondu « assez stressantes » ou « extrêmement stressantes » ont été classés dans la catégorie du stress élevé, comparativement à ceux qui ont déclaré peu ou pas de stress.

Santé mentale générale

Les répondants de 12 ans et plus devaient évaluer leur santé mentale générale en répondant à la question suivante : « En général, diriez-vous que votre santé mentale est : (excellente, très bonne, bonne, passable ou mauvaise)? » La santé mentale générale a été codée comme une variable binaire. Ceux qui ont répondu « bonne », « passable » ou « mauvaise » ont été classés dans la catégorie « de bonne à mauvaise », comparativement à ceux qui ont dit avoir une très bonne ou une excellente santé mentale générale, qui ont été classés dans la catégorie « de très bonne à excellente ».

Covariables

Les covariables possibles comprenaient le sexe (masculin ou féminin), le plus haut niveau d’études du ménage (études collégiales ou universitaires comparativement à moins que des études collégiales ou universitaires), la situation dans la famille (parents mariés ou en union libre comparativement à des parents célibataires) et le score z de l’indice de masse corporelle (IMC) (score continu qui repose sur les courbes de croissance de l’Organisation mondiale de la Santé pour les enfants d’âge scolaire)Note 27. L’IMC a été calculé à partir des données sur la taille et le poids des répondants mesurés lors de la visite au CEM. Toutes les autres covariables ont été autodéclarées ou déclarées par les parents. Les covariables ont été ajoutées aux modèles parce qu’elles offraient la possibilité d’influencer l’un des résultats et parce qu’elles assuraient un lien bivarié avec les recommandations des Directives sur 24 heures. Selon des recherches antérieures, il existe une corrélation significative entre le niveau de scolarité des ménages, la durée du sommeil et les heures de sédentarité chez les jeunes du CanadaNote 28Note 29Note 30.

Analyse statistique

Des analyses ont été menées selon les procédures d’enquête de la version 5.1 du système d’analyse statistique EG (SAS Institute Inc., Cary, Caroline du Nord), en intégrant les poids de sondage et bootstrap appropriés fournis par Statistique Canada. Les répondants pour lesquels il manquait des données sur l’activité physique, le temps passé devant un écran, la durée du sommeil ou les covariables ont été exclus des analyses. Les analyses descriptives ont donné des proportions et des intervalles de confiance (IC) à 95 % pour toutes les variables indépendantes, les covariables et les variables dépendantes. On a constaté des écarts quant à la proportion des caractéristiques de référence entre les enfants et les jeunes à l’aide de tests du chi carré. Des écarts ont été constatés entre les moyennes de groupe pour des mesures continues (p. ex. score z de l’IMC) à l’aide de tests t. Les résultats ont été jugés statistiquement significatifs lorsque p était inférieur à 0,05 (tests bilatéraux).

Au départ, une régression logistique binaire non corrigée a servi à évaluer les associations entre le respect des recommandations, prises individuellement ou en combinaison, des Directives sur 24 heures et les covariables avec chacun des résultats psychosociaux pour les enfants et les jeunes, séparément. Les covariables qui étaient associées de façon significative aux résultats psychosociaux dans l’analyse non corrigée ont été incluses dans les modèles de régression logistique multivariée. Les modèles multivariés finaux ont été ajustés en fonction du sexe, du niveau de scolarité du ménage, de la situation dans la famille (parents mariés ou en union libre) et du score z de l’IMC. On peut trouver ailleurs des détails particuliers sur la stratégie de conception du modèle prospectif de Hosmer–LemeshowNote 18. Toutes les analyses ont été stratifiées selon l’âge entre les enfants (de 5 à 11 ans) et les jeunes (de 12 à 17 ans) puisque les mesures des résultats disponibles variaient entre les deux groupes. Les rapports de cotes (RC) du modèle multivarié et leurs IC à 95 % ont été déclarés.

Résultats

Après avoir combiné trois cycles de l’ECMS, on a déterminé qu’au total, 4 584 répondants âgés de 5 à 17 ans avaient fait les composantes interview à domicile, examen clinique et moniteur d’activité de l’enquête (figure 1). Après l’exclusion des répondants pour lesquels on ne disposait pas de données sur le sommeil, le temps passé devant un écran, l’activité physique ou les covariables, l’échantillon final non pondéré utilisé pour les analyses se composait de 4 250 répondants. L’échantillon final comprenait 2 773 enfants et 1 477 jeunes, soit 1 539 répondants pour 2009 à 2011, 1 398 pour 2012 à 2013 et 1 313 pour 2014 à 2015.

Le tableau 1 présente les caractéristiques descriptives de l’échantillon pondéré. L’échantillon se divisait presque à parts égales entre les garçons et les filles. La majorité des enfants et des jeunes venaient de ménages où le plus haut niveau de scolarité était le niveau collégial ou universitaire et où ils vivaient avec des parents mariés ou en union libre. Les scores z moyens de l’IMC étaient de 0,39 (écart-type = 0,04) chez les enfants et de 0,44 (écart-type = 0,05) chez les jeunes.

La proportion d’enfants et de jeunes qui ont respecté les trois recommandations des Directives sur 24 heures était faible, soit 13,9 % des enfants et 4,8 % des jeunes. Lorsqu’on examine les recommandations des composantes séparément, les recommandations sur le sommeil ont été les plus suivies (84,0 % des enfants et 64,7 % des jeunes); venaient ensuite les recommandations sur l’APMV (47,7 % des enfants et 25,8 % des jeunes), puis celles sur le temps passé devant un écran (32,6 % des enfants et 24,7 % des jeunes). Le tableau 1 présente également la proportion de l’échantillon qui a respecté les recommandations prises individuellement ou en combinaison. Les enfants avaient plus tendance que les jeunes à respecter toutes les recommandations, qu’elles soient prises individuellement ou en combinaison. La majorité des enfants (87,1 %) et des jeunes (87,5 %) ont obtenu au QPFD une note qui n’était pas considérée comme un risque de mauvaise santé psychosociale. Alors que 77,8 % (un peu plus des trois quarts) des jeunes ont déclaré avoir une très bonne ou une excellente santé mentale générale, 84,0 % ont dit ne pas être stressés.

Les résultats des analyses de régression logistique multivariée figurent au tableau 2. Les résultats statistiquement significatifs liés au QPFD n’ont été observés que chez les jeunes. Chez ces derniers, le respect d’au moins deux des recommandations des Directives sur 24 heures était associé à une bien plus grande probabilité d’avoir obtenu une note normale au QPFD que chez ceux qui n’avaient suivi aucune des directives (RC = 3,10; IC à 95 % : de 1,17 à 8,19). Ceux qui avaient respecté la combinaison des recommandations sur le sommeil et l’APMV avaient plus de chances d’avoir une bonne santé psychosociale que ceux qui ne les avaient pas observées. Les jeunes qui avaient suivi les recommandations sur le temps passé devant un écran avaient un peu plus de 2,6 fois plus de chances d’avoir une bonne santé psychosociale (RC = 2,64; IC à 95 % : de 1,21 à 5,73) que ceux qui n’avaient pas respecté les recommandations relatives au temps passé devant un écran.

En plus des résultats du QPFD, on a constaté que les jeunes qui avaient suivi les recommandations sur le sommeil étaient plus susceptibles de ne pas être stressés comparativement à ceux qui ne les avaient pas observées (RC = 1,96; IC à 95 % : de 1,16 à 3,29). Il existait aussi un lien important entre le sommeil et la santé mentale chez les jeunes, le respect des recommandations sur le sommeil augmentant la probabilité qu’ils disent avoir une très bonne ou une excellente santé mentale (RC = 1,67; IC à 95 % : de 1,18 à 2,39).

Discussion

La présente étude a permis d’examiner le lien entre le respect des Directives sur 24 heures et la santé psychosociale des enfants et des jeunes du Canada. Une petite proportion d’enfants et de jeunes ont suivi les trois recommandations des Directives sur 24 heures, alors que la majorité n’a observé qu’une ou deux d’entre elles. La durée du sommeil est la recommandation que les enfants et les jeunes ont respectée le plus souvent. Dans l’ensemble, les enfants étaient plus susceptibles que les jeunes de suivre une des recommandations. On a constaté qu’un plus grand respect des recommandations était associé à une probabilité accrue d’avoir une bonne santé psychosociale chez les jeunes. La durée du sommeil était également associée au stress et à la santé mentale chez les jeunes. Ceux qui observaient les recommandations sur la durée du sommeil étaient plus susceptibles de déclarer un niveau de stress plus bas et un meilleur état de santé mentale que ceux qui ne suivaient pas les recommandations sur le sommeil.

À l’instar des études précédentes, la proportion d’enfants et de jeunes qui respectaient les Directives sur 24 heures était faibleNote 6Note 15Note 16. L’écart entre les proportions d’enfants et de jeunes qui avaient suivi les trois recommandations en matière de mouvements était important. Dans la plupart des catégories examinées, la proportion de jeunes qui avaient observé les recommandations ne représentait pas plus de la moitié de la proportion d’enfants dans les mêmes catégories, ce qui abonde dans le sens des recherches antérieures sur chacun des comportements, qui ont permis de constater une diminution de ces comportements à mesure que les enfants grandissaientNote 6Note 12Note 13.

Les jeunes qui ont suivi deux recommandations ou plus couraient moins de risque d’avoir une mauvaise santé psychosociale que ceux qui ne respectaient aucune des recommandations. Les constatations de la présente étude font également ressortir l’importance du continuum de mouvements sur 24 heuresNote 14 et l’association d’un sommeil adéquat, d’une activité physique suffisante, de la restriction des comportements sédentaires (en particulier le temps passé devant un écran) et de la santé psychosociale.

Les résultats de la présente étude concordent avec les données déjà déclarées. De plus, selon des études antérieures qui ont porté sur les données de l’ECMS, le respect des Directives sur 24 heures était associé à des indicateurs de santé psychosociale positive (QPFD, problèmes émotionnels, comportements prosociaux et satisfaction à l’égard de la vie). Plus précisément, une relation dose-effet a également été signalée, c.-à-d. que l’observation d’un plus grand nombre de recommandations était associée à des résultats en matière de santé psychosociale plus positifsNote 15Note 16. Selon un examen systématique de la documentation, aucune autre publication internationale n’a examiné les lignes directrices intégrées sur les mouvements sur 24 heures pour les enfants et les jeunes et leurs liens avec la santé psychosociale.

Bien qu’il soit important de respecter toutes les recommandations des Directives sur 24 heures, le sommeil semble être un corrélat majeur de la santé psychosociale des jeunes. Pour les quatre résultats sur la santé psychosociale, l’observation des recommandations sur la durée du sommeil était associée à une probabilité moindre de stress autodéclaré et à une probabilité accrue de santé mentale très bonne ou excellente, et se situait à la limite significative dans les modèles du QPFD. Si l’échantillon était de plus grande taille, le respect des recommandations sur la durée du sommeil devrait aussi avoir un lien statistiquement significatif avec une plus faible probabilité d’être à risque d’avoir une mauvaise santé psychosocialeNote 16. Les constatations sur la durée du sommeil sont jugées cliniquement significatives. La combinaison de l’observation des recommandations sur le sommeil et sur l’APMV était associée à une probabilité plus faible d’obtenir des notes à risque dans le QPFD chez les jeunes.

Contrairement aux recherches antérieuresNote 3Note 9Note 31Note 32, il n’y avait aucun lien significatif entre le respect des recommandations sur l’activité physique prises individuellement ou en combinaison avec les recommandations sur le sommeil ou le temps passé devant un écran et les résultats en matière de santé psychosociale. Il se peut que les dimensions de l’état de santé psychosociale qui ont été évaluées par les mesures de l’ECMS n’aient pas été sensibles aux effets de l’APMV régulière.

Des recherches antérieures ont démontré que, même s’il peut y avoir des liens entre les heures de sommeil, les heures consacrées à l’APMV et le temps passé à regarder un écran, elles ne peuvent se substituer directement les unes aux autresNote 8. Une diminution des comportements sédentaires peut ne pas entraîner d’augmentation de l’APMV ou de la durée du sommeil. Il est important de souligner que l’activité physique d’intensité légère constitue la plus grande part des heures d’éveil susceptibles d’être remplacées par un comportement sédentaire. Selon une analyse antérieure de la composition, la gamme totale des comportements en matière de mouvements (l’activité physique, le comportement sédentaire et le sommeil) sur une période de 24 heures faisait partie intégrante d’une santé physique, sociale et émotionnelle optimaleNote 33. Combinée aux constatations de la présente étude, la documentation laisse entendre que le respect de tous les volets des Directives sur 24 heures est important pour la santé en général, mais que le temps passé devant un écran et le sommeil semblent être plus étroitement liés aux mesures de la santé psychosociale utilisées dans la présente étude.

À l’instar des constatations sur la santé psychosociale de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennesNote 34, une très grande proportion d’enfants et de jeunes canadiens ont une bonne santé mentale autoévaluée, un faible niveau de stress autoévalué et des notes normales au QPFD. Toutefois, ces résultats restreignent l’exactitude et la capacité de déceler une relation entre le respect des Directives sur 24 heures et la santé psychosociale. De plus, une très faible proportion de l’échantillon a respecté les trois recommandations en matière de mouvements, ce qui crée une variance importante pour cette exposition. Il a fallu regrouper en une seule catégorie les enfants et les jeunes qui avaient observé deux ou trois directives.

Limites

La présente étude a des limites qu’il faut préciser. Premièrement, toutes les données du questionnaire administré à domicile ont été déclarées par personne interposée (soit un parent ou le tuteur) dans le cas des enfants de 5 à 11 ans, et autodéclarées dans le cas des jeunes de 12 à 17 ans. Il y a souvent une non-concordance entre les données autodéclarées ou fournies par personne interposée et les comportements observés ou mesurés par des appareilsNote 35Note 36Note 37. Il se peut que cette non-concordance ait entraîné un biais d’erreur de classification, qui a pu avoir une incidence sur les résultats de l’étude.

Les changements apportés aux options de réponse aux questions d’enquête, qui ont servi à mesurer le temps passé devant un écran à des fins récréatives entre les cycles 2 et 3 de l’ECMS, posent problème pendant la combinaison des cycles. Lors de la présente étude, nous avons appliqué une méthodologie semblable à celle des études antérieures, qui combinaient aussi les cycles de l’ECMSNote 6Note 15 en ce sens que nous avons employé les mêmes valeurs pour les catégories de réponse correspondantes. Or, contrairement aux études antérieures, nous avons utilisé les valeurs correspondantes pour les options de réponse fournies par le cycle 3, plutôt que le cycle 2, car nous avons jugé qu’elles correspondaient mieux aux estimations de surveillance actuellement déclaréesNote 38Note 39.

En raison du plan transversal de la présente étude, il est impossible de déterminer les inférences causales et la directionnalité. De plus, il se peut que d’autres facteurs qui n’ont pas été étudiés dans le présent article, que ce soit au niveau du répondant ou des parents, s’inscrivent dans le rapport de causalité. Toutefois, la présente étude constitue une amélioration par rapport aux études antérieures qui comportent des limites semblables, car nous avons utilisé un échantillon représentatif à l’échelle nationale, qui a permis de surmonter les problèmes antérieurs attribués aux échantillons de commodité.

Conclusion

Très peu d’enfants et de jeunes canadiens, en particulier, respectent les nouvelles Directives canadiennes en matière de mouvement sur 24 heures. Le respect des recommandations prises individuellement (en particulier celles sur le sommeil et sur le temps passé devant un écran) ou en combinaison était généralement associé à une meilleure santé psychosociale et mentale chez les jeunes.

Financement

Stephanie Prince a été financée par une bourse d’apprentissage en matière d’impact sur le système de santé des Instituts de recherche en santé du Canada – Agence de la santé publique du Canada.

Références
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