Résumé

Contexte

Les immigrants représentent 20 % de la population canadienne; cependant, on en connaît peu sur les répercussions de la pollution de l’air par les matières particulaires (PM2,5) sur la mortalité des immigrants par rapport aux non-immigrants ou sur l’évolution des répercussions depuis leur arrivée au Canada.

Méthodes

La présente étude est fondée sur la Cohorte santé et environnement du recensement canadien de 2001, une cohorte longitudinale composée de 3,5 millions de personnes, dont 764 000 étaient classées comme étant des immigrants (personnes nées à l’étranger). Les codes postaux tirés des déclarations de revenus annuelles ont servi à évaluer la mobilité chez les répondants et à attribuer des concentrations annuelles de PM2,5 pour la période allant de 1998 à 2016. Les expositions ont été estimées en tant que moyenne mobile de trois ans avant l’année de suivi. Les modèles de survie de Cox ont servi à déterminer le rapport des risques instantanés (RRI) pour la mortalité par cause tout en permettant de comparer les personnes nées au Canada et les personnes nées à l’étranger. Une stratification plus approfondie a été faite selon l’année d’immigration pour des cohortes de 10 ans.

Résultats

Les différences en ce qui concerne les schèmes d’établissement urbains et ruraux ont entraîné une exposition aux PM2,5 plus élevée chez les immigrants que chez les non-immigrants (moyenne = 9,3 contre 7,5 μg/m3). Les immigrants plus récents affichaient des niveaux d’exposition supérieurs. Dans les modèles entièrement corrigés, les immigrants affichaient des RRI plus élevés par hausse de 10 μg/m3 de la concentration en PM2,5 que les personnes nées au Canada en ce qui concerne la mortalité attribuable à des maladies cardiovasculaires (RRI [intervalle de confiance à 95 %] = 1,22 [de 1,12 à 1,34] contre 1,12 [de 1,07 à 1,18]) et la mortalité attribuable à des maladies cérébrovasculaires (RRI = 1,25 [de 1,03 à 1,52] contre 1,03 [de 0,93 à 1,15]), respectivement. Cependant, les tests en ce qui concerne les différences entre les deux groupes n’étaient pas significatifs lorsque le test Q de Cochran était utilisé. Aucune association significative n’a été décelée en ce qui concerne les résultats en matière de santé respiratoire, sauf dans le cas du cancer du poumon chez les non-immigrants (RRI = 1,10 [de 1,02 à 1,18]). Lors d’une stratification selon l’année d’immigration, les différences entre les RRI des cohortes d’immigrants en ce qui concerne la mortalité attribuable aux PM2,5 variaient en fonction de la cause du décès.

Conclusion

Au Canada, les PM2,5 constituent un facteur de risque qui touche tout le monde, les immigrants étant exposés à des risques de mortalité semblables, voire supérieurs à ceux des non-immigrants, en ce qui concerne les décès associés à des maladies cardiovasculaires. Des différences remarquables ont également été observées en ce qui concerne les décès attribuables à une maladie cérébrovasculaire ou à un cancer du poumon. La réduction constante de la pollution atmosphérique, surtout dans les régions urbaines, améliorera la santé de l’ensemble de la population canadienne.

Mots clés

démographie, immigrant, matières particulaires, mortalité, pollution de l’air, santé des immigrants

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202000300002-fra

Résultats

La pollution de l’air ambiant découlant des matières particulaires (PM2,5) est à l’origine de millions de décès partout dans le monde chaque année, en plus de contribuer grandement à la charge mondiale de morbidité. Puisque de nombreux immigrants au Canada viennent de pays affichant des niveaux plus élevés de pollution de l’air ambiant, ils pourraient avoir un risque accru de maladies chroniques découlant de l’exposition. Bien que les répercussions des PM2,5 sur la mortalité aient été démontrées de manière répétitive dans de vastes cohortes représentatives de la population née au Canada, les immigrants ont été souvent exclus de ces analyses à un certain degré. La proportion de la population née à l’étranger qui vivait au Canada en 2011 était de 21 %, soit 7,1 millions de personnes. On prévoit qu’elle augmentera pour se situer entre 25 % et 30 % au cours des 25 prochaines années, afin de satisfaire les besoins démographiques et les besoins en main-d’œuvre. Il est donc important de comprendre la mesure dans laquelle les risques attribuables à l’exposition à la pollution atmosphérique chez les immigrants peuvent différer de ceux de la population générale, surtout à mesure que la population vieillit et qu’une proportion plus élevée de Canadiens deviennent des personnes âgées. [Article complet]

Auteurs

Anders C. Erickson (anders.erickson@ubc.ca) et Michael Brauer travaillent au sein de la School of Population and Public Health de l’Université de la Colombie-Britannique, à Vancouver, en Colombie-Britannique. Tanya Christidis, Amanda Pappin, Lauren Pinault et Michael Tjepkema travaillent au sein de la Division de l’analyse de la santé de Statistique Canada, à Ottawa, en Ontario. Daniel L. Crouse travaille au sein du département de sociologie de l’Université du Nouveau‐Brunswick, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Jeffrey R. Brook travaille au sein de l’École de santé publique Dalla Lana de l’Université de Toronto, à Toronto, en Ontario. Perry Hystad travaille au Collège de santé publique et de sciences humaines de l’Oregon State University, à Corvallis, en Oregon. Chi Li, Randall V. Martin, Jun Meng et Aaron van Donkelaar travaillent au sein du département de physique et des sciences atmosphériques de l’Université Dalhousie, à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Randall V. Martin et Scott Weichenthal travaillent au sein du département d’épidémiologie, de biostatistique et de santé au travail de l’Université McGill, à Montréal, au Québec. Richard T. Burnett travaille à la Division d’études sur la population de Santé Canada, à Ottawa, en Ontario.

Début de l'encadré

 

Ce que l’on sait déjà sur le sujet

  • Les immigrants sont souvent exclus des études sur la pollution atmosphérique visant de vastes cohortes en raison du risque potentiel de confusion. Cela s’explique ainsi :
    • L’avantage de la bonne santé des immigrants est hétérogène sur le plan démographique et diminue au fil du temps.
    • Les immigrants ont tendance à s’établir dans des régions où les niveaux de pollution atmosphérique sont supérieurs à ceux observés au sein de la population née au Canada.
    • On ne connaît rien de l’exposition à la pollution atmosphérique avant l’immigration.

Ce qu’apporte l’étude

  • L’avantage de la bonne santé des immigrants ne protège pas de la pollution atmosphérique; cette dernière est un facteur de risque pour tous en ce qui concerne la mortalité.
  • Les immigrants récents affichent un risque prononcé de mortalité attribuable à une maladie cardiovasculaire associée à l’exposition à la pollution atmosphérique par les matières particulaires (PM2,5).
  • De futures études auprès des Canadiens devraient assurer une stratification selon le statut d’immigrant.

Fin de l'encadré

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