Résumé

Contexte

L’examen médical joue un rôle dans l’effet de l’immigrant en bonne santé (EIBS) chez les immigrants ayant récemment obtenu le droit d’établissement au Canada. La Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés (LIPR) de 2002 a modernisé la sélection des immigrants en exemptant certaines catégories d’immigrants (p. ex. les réfugiés et certains immigrants de la catégorie du regroupement familial) d’une interdiction de territoire pour des motifs sanitaires. La présente étude examine l’EIBS par sexe à l’ère de la LIPR et met l’accent sur les catégories régies par cette dernière.

Données et méthodes

On a utilisé les données couplées de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) et de la Base de données longitudinales sur l’immigration (BDIM) pour comparer les proportions ventilées selon le sexe et corrigées pour tenir compte des effets dus à l’âge de quatre mesures de la santé chez les personnes nées au Canada et chez les immigrants de 20 à 65 ans en général et selon le temps écoulé depuis l’établissement. On a examiné les données relatives aux immigrants qui ont obtenu le droit d’établissement dans les trois ans suivant les enquêtes menées de 2007 à 2014 par sexe et par catégorie d’immigrants. Une régression logistique a permis de comparer plus précisément l’EIBS des mêmes sous-groupes d’immigrants à celui des personnes nées au Canada, après la prise en compte de l’âge et de certains facteurs de confusion.

Résultats

La présente étude a relevé un EIBS pour la plupart des mesures sélectionnées chez l’ensemble des immigrants ainsi que chez les immigrants récents qui sont arrivés sous le régime de la LIPR, y compris les personnes faisant partie de la catégorie du regroupement familial. Parmi les réfugiés, l’EIBS a été observé uniquement pour des problèmes de santé chroniques moins graves, particulièrement chez les femmes. Comme on s’y attendait, un EIBS important a été observé chez les demandeurs principaux de la catégorie de l’immigration économique. Ces avantages en matière de santé ont persisté même après la correction tenant compte de facteurs socioéconomiques et relatifs à la santé. Pour l’auto-évaluation de la santé, l’avantage a été observé chez certains groupes uniquement après une correction complète.

Interprétation

La présente étude jette un premier coup d’œil sur l’effet de l’immigrant en bonne santé sous le régime de la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés de 2002 par catégorie d’immigrants. Les résultats corroborent la littérature actuelle sur la présence de l’EIBS chez les immigrants : cet effet s’est révélé bien plus faible chez les réfugiés.

Mots-clés

Catégorie d’immigrants, réfugié, santé, Canada, Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, LIPR

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x201900400001-fra

Résultats

En 2016, les immigrants au Canada représentaient 7,5 millions de personnes, c’est-à-dire près de 22 % de la population canadienne. Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), près de 1 million d’immigrants seront admis de 2018 à 2020. Étant donné la croissance de la population d’immigrants au Canada, il devient de plus en plus important de surveiller leur santé. La littérature bien établie sur l’effet de l’immigrant en bonne santé (EIBS) révèle qu’au moment de leur arrivée les immigrants sont en meilleure santé que la population née au Canada, mais indique que cet avantage en matière de santé diminue avec le temps, possiblement en raison des difficultés relatives à l’ajustement à un nouvel environnement, du stress ou de l’adoption de comportements à risque pour la santé. Parallèlement, outre le système canadien de points d’appréciation, qui tend vers la sélection de personnes présentant un capital humain supérieur (comme la scolarité et les aptitudes linguistiques pour la catégorie de l’immigration économique), la sélection systématique par examen médical et l’autosélection positive étaient deux explications importantes de l’avantage initial en matière de santé pour la plupart des immigrants. [Texte intégral]

Auteurs

Chaohui Lu (Chaohui.lu@canada.ca) travaille au sein de la Division de la statistique de la santé et Edward Ng travaille au sein de la Division de l’analyse de la santé de Statistique Canada à Ottawa, en Ontario.

Début de l'encadré

 

Ce que l'on sait déjà sur le sujet

  • La différence dans les problèmes de santé chez les immigrants au Canada varie en fonction du temps écoulé depuis l’établissement.
  • Les immigrants récents tendaient à être en meilleure santé. Cette situation découlait peut-être de l’examen médical et de la vérification d’admissibilité requis par les autorités de l’Immigration ou d’autres facteurs.
  • Le changement d’orientation politique récemment introduit dans la Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés de 2002 exempte les réfugiés et certains membres de la catégorie du regroupement familial des exigences d’admissibilité médicale.
  • Il y a eu peu de recherches visant à examiner la santé des réfugiés et de certains membres de la catégorie du regroupement familial régis par la Loi depuis l’entrée en vigueur de ce changement. Cette situation s’explique en partie par un manque de données.

Ce qu'apporte l'étude

  • Les résultats montrent que l’avantage en matière de santé observé chez les immigrants de 20 à 65 ans s’est maintenu, par catégorie, chez les immigrants les plus récents qui se sont établis au Canada depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi.
  • Cet avantage est notable chez les immigrants de la catégorie du regroupement familial par rapport aux personnes nées au Canada pour la plupart des mesures de la santé sélectionnées.
  • Chez les réfugiés, on a observé l’avantage en matière de santé uniquement chez les femmes atteintes d’un problème de santé chronique moins grave alors que, comme on s’y attendait, on a observé un effet de l’immigrant en bonne santé important chez les demandeurs principaux de la catégorie de l’immigration économique.

Fin de l'encadré

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