Rapports sur la santé
Temps passé dehors, activité physique, sédentarité et indicateurs de la santé chez les enfants de 7 à 14 ans : Enquête canadienne sur les mesures de la santé de 2012-2013

par Richard Larouche, Didier Garriguet, Katie E. Gunnell, Gary S. Goldfield et Mark S. Tremblay

Date de diffusion : le 21 septembre 2016

Des données probantes recueillies partout dans le monde montrent que la majorité des enfants et des adolescents ne sont pas assez actifsNote 1Note 2Note 3Note 4. Cette situation est souvent désignée sous le nom de « crise de l’inactivité physique » Note 4Note 5 parce que, même en bas âge, un faible niveau d’activité physique est relié à l’ensemble des facteurs de risque associés aux maladies cardiovasculairesNote 6Note 7. En outre, des études sur la population ont révélé que les enfants et les adolescents consacrent plus de la moitié de leurs heures de veille à des activités sédentairesNote 1Note 4, qui sont aussi associées à des résultats défavorables en matière de santé physique et psychosocialeNote 8.

Selon des études récentes, les enfants qui passent plus de temps dehors cumulent chaque jour un plus grand nombre de minutes d’activité physique modérée à vigoureuse (APMV) et un moins grand nombre de minutes de sédentaritéNote 9Note 10Note 11Note 12Note 13. Un examen systématiqueNote 13 a révélé que toutes les études ont établi des associations positives entre le temps passé dehors et l’activité physique. Toutefois, comme ces études étaient fondées sur des échantillons de commodité non représentatifs de la population, la généralisabilité des constatations est incertaine. De plus, peu d’études se sont penchées sur la relation entre le temps passé dehors et les indicateurs de la santé comme la composition corporelle, la force et les facteurs de risque associés aux maladies cardiovasculairesNote 13.

L’importance du jeu dans le développement de l’enfant est reconnue dans la Convention relative aux droits de l’enfant des Nations UniesNote 14. Un certain nombre d’étudesNote 15Note 16Note 17Note 18 ont mis l’accent sur le rôle du jeu non structuré à l’extérieur pour le bien-être physique, émotionnel, social et cognitif, et des données probantes portent à croire que le jeu à l’extérieur facilite la gestion du trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivitéNote 19Note 20. D’autres recherches ont montré que l’exposition à un environnement naturel peut contribuer à améliorer la résilience et le fonctionnement cognitif de l’enfantNote 21Note 22. Toutefois, les relations entre le temps passé dehors et la santé psychosociale n’ont pas été étudiées dans un échantillon de la population d’enfants d’âge scolaire.

La présente étude examine la relation entre le temps passé à l’extérieur, d’une part, et l’activité physique, la sédentarité et la santé physique et psychosociale, d’autre part, chez les enfants de 7 à 14 ans qui ont participé à l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) de 2012-2013. L’hypothèse était qu’un plus grand nombre de minutes passées dehors est associé à une activité physique accrue, à une sédentarité inférieure et à une meilleure santé physique et psychosociale.

Données et méthodes

Source des données

L’ECMS est une enquête permanente que Statistique Canada mène auprès des membres des ménages âgés de 3 à 79 ans dans les 10 provinces. Environ 96 % des Canadiens sont représentés. Sont exclus du champ de l’enquête les habitants des territoires, des réserves et d’autres peuplements autochtones des provinces, ainsi que de certaines régions éloignées, les membres à temps plein des Forces canadiennes et les résidents d’établissements.

L’ECMS comporte une entrevue réalisée au domicile du participant à l’enquête ainsi que la prise de mesures directes dans un centre d’examen mobileNote 23Note 24Note 25Note 26. Le cycle 3 était le premier qui comportait des questions à propos du temps passé dehors par les enfants. La collecte des données a eu lieu de janvier 2012 à décembre 2013 dans 16 sites répartis dans cinq régions (provinces de l’Atlantique, Québec, Ontario, Prairies et Colombie-Britannique). Le centre d’examen mobile a été présent à chaque site pendant cinq à sept semaines. Les données ont été recueillies auprès d’environ 350 participants à l’enquête par site. Une description détaillée des procédures de collecte de données, des lignes directrices en matière de sélection et des critères d’admissibilité aux différentes mesures se trouve dans la version en ligne du Guide de l’utilisateur des données de l’ECMSNote 27.

L’ECMS a reçu l’approbation déontologique du Comité d’éthique de la recherche de Santé CanadaNote 24. Un consentement éclairé a été obtenu d’un parent (ou d’un tuteur), et tous les enfants participants ont fourni un consentement écrit.

Le taux de réponse des ménages sélectionnés a été de 74,1 %. Dans les ménages recrutés, 90,5 % des 7 à 14 ans ont répondu au questionnaire, et de ceux-ci, 79,2 % ont participé à la composante au centre d’examen mobile. Le taux de réponse global a été de 53,2 %. Des poids d’enquête ont été calculés pour tenir compte des caractéristiques des non-participants.

Les analyses présentées ici sont fondées sur les données pour 1 159 participants à l’enquête de 7 à 14 ans (dont 48,6 % sont de sexe féminin). Les enfants qui n’avaient pas fréquenté l’école au cours du mois précédent (n = 109) ont été exclus parce que les questions à propos du temps passé à l’extérieur avant et après l’école ne s’appliquent pas à eux; la majorité de ces enfants ont participé à l’enquête en août ou en septembre. Un parent ou un tuteur a répondu aux questions au nom des enfants de moins de 12 ans, tandis que les enfants plus âgés ont répondu eux-mêmes.

Pour les jours de semaine, les participants ont déclaré le temps passé dehors à quatre périodes de la journée : avant l’école, à l’école, après l’école et après le souper. Pour chaque période, on leur a posé la question suivante : « Au cours du mois dernier, durant une journée d’école normale, combien de temps avez-vous passé dehors [...]? ». Les choix de réponse étaient : aucun temps; de 1 à moins de 15 minutes; de 15 à moins de 30 minutes; de 30 minutes à moins de 1 heure; de 1 à moins de 2 heures; et 2 heures ou plus.

Le temps passé dehors durant la fin de semaine a été évalué à l’aide des mêmes choix de réponse et de la question suivante : « Au cours d’une journée normale du mois dernier, pendant une journée où vous n’êtes pas allé à l’école, comme durant la fin de semaine, combien de temps avez-vous passé dehors? ».

À la fin de leur visite au centre d’examen mobile, on a demandé aux participants de porter un accéléromètre Actical (Phillips – Respironics, Oregon, É.-U.), retenu par une ceinture élastique à leur hanche droite durant leurs heures de veille, pendant sept jours consécutifs. L’appareil Actical a été validé pour mesurer l’activité physique des enfants et des adolescentsNote 28Note 29. Les données ont été recueillies par période de 60 secondes. Des données d’accélérométrie étaient disponibles pour 891 participants (76,9 % de l’échantillon total).

Des spécialistes certifiés par la Société canadienne de physiologie de l’exercice ont réalisé les tests relatifs à la force de préhension et pris les mesures de la composition corporelleNote 30. La force de préhension a été mesurée deux fois pour chaque main à l’aide d’un dynamomètre Smedley III (Takei Scientific Instruments, Japon); les notes maximales pour chaque main ont été combinées. L’indice de masse corporelle (IMC) (kg/m2) a été calculé en fonction de la taille et du poids mesurés à 0,1 cm près et 0,1 kg près, respectivement. La taille a été mesurée au moyen d’un stadiomètre numérique ProScale M150 (Accurate Technology Inc.; Fletcher, É.-U.), et le poids, au moyen d’une balance Mettler Toledo VLC, avec terminal Panther Plus (Mettler Toledo Canada, Mississauga, Canada). La circonférence de la taille a été mesurée à 0,1 cm près à la fin de l’expiration normale au haut de la crête iliaque, conformément au protocole des National Institutes of HealthNote 31.

La tension artérielle a été mesurée à l’aide d’un moniteur automatiséNote 32. Six mesures ont été prises à des intervalles d’une minute; les tensions artérielles systolique et diastolique moyennes ont été calculées à partir des cinq dernières mesures. Des échantillons de sang ont été prélevés par des phlébotomistes agréés, puis analysés au laboratoire de Santé CanadaNote 23. Les marqueurs du sang examinés aux fins de la présente étude étaient le cholestérol à lipoprotéines de haute densité (HDL), le cholestérol total, le ratio du cholestérol total au cholestérol HDL et l’hémoglobine glycosylée.

Pour évaluer la santé psychosociale, on a demandé à un parent (ou à un tuteur) de l’enfant de répondre au Questionnaire sur les points forts et les points faibles (QPFPF)Note 33Note 34, qui a été largement utilisé dans le cadre d’études épidémiologiques. Les propriétés psychométriques des notes du QPFPF sont décrites ailleursNote 34. Le QPFPF comporte 25 questions regroupées en cinq sous-échelles représentant les symptômes émotionnels, les problèmes de comportement, l’hyperactivité et le déficit d’attention, les problèmes dans les relations avec les pairs et le comportement à caractère sociable. Une note globale des points faibles peut être calculée en additionnant les notes pour chaque sous-échelle (à l’exclusion de celle du comportement à caractère sociable). Sur chacune des sous-échelles, les enfants ont été classés comme étant normaux, limites ou anormaux selon des procédures normalisées. À cause de la petite taille des cellules, les groupes « limite » et « anormal » ont été combinés pour l’analyse.

Un calcul en quatre étapes a été effectué pour estimer le temps passé dehors en heures par jour. Premièrement, on a utilisé le point médian de chaque choix de réponse afin d’obtenir une valeur unique pour le temps passé dehors à chaque période de la journée (avant l’école, à l’école, après l’école et après le souper). Les valeurs des points médians étaient les suivantes : 0 minute (aucun temps); 7,5 minutes (1 à moins de 15 minutes); 22,5 minutes (15 à moins de 30 minutes); 45 minutes (30 minutes à moins de 1 heure); 90 minutes (1 à moins de 2 heures); et 150 minutes (2 heures ou plus). Deuxièmement, le temps passé dehors les jours de semaine a été calculé en additionnant les valeurs pour les quatre périodes de la journée. Troisièmement, le temps passé dehors en minutes par semaine a été calculé comme suit : (5 * temps passé dehors les jours de semaines) + (2 * temps passé dehors les jours de fin de semaine). Quatrièmement, pour obtenir un nombre d’heures par jour, le résultat a été divisé par la constante 420 (c’est-à-dire 60 minutes * 7 jours).

Les données d’accélérométrie ont été traitées selon la méthode de Colley et coll.Note 1Note 35. Une journée valide a été définie comme 10 heures ou plus de port de l’accéléromètre; les participants ayant au moins quatre jours valides (en semaine ou la fin de semaine) ont été inclus dans le sous-échantillon d’accélérométrie (n = 891). Les heures de port quotidien ont été obtenues en soustrayant le temps pendant lequel l’accéléromètre n’a pas été porté (périodes d’au moins 60 minutes consécutives sans mouvements dénombrés) d’une période de 24 heures. Les seuils pour déterminer l’intensité de l’activité physique étaient les suivants : moins de 100 mouvements par minute = sédentaire; 100 à 1 499 mouvements par minute = activité physique légère; 1 500 mouvements ou plus par minute = APMVNote 35. À cause de leurs distributions asymétriques, les données sur la force de préhension, l’APMV, la circonférence de la taille et le ratio du cholestérol total au cholestérol HDL ont été converties en logarithmes naturels.

Analyses statistiques

Une série de tests t ont été réalisés pour comparer les résultats des participants inclus et des participants exclus. Des analyses de régression linéaire multivariées tenant compte de l’âge, du sexe ainsi que du revenu du ménage et du niveau d’études des parents déclarés par le parent ont été utilisées pour évaluer la relation entre le temps passé dehors, d’une part, et les mesures d’accélérométrie (activité physique légère, APMV, nombre quotidien de pas et activités sédentaires) et les indicateurs de la santé physique, d’autre part. Des modèles de régression logistique ont été utilisés pour prédire la probabilité qu’un enfant soit considéré comme « limite » ou « anormal » selon les échelles du QPFPF. Ces modèles ont été ajustés pour tenir compte de l’âge, du sexe, du revenu du ménage et du niveau d’études des parents.

Toutes les analyses ont été effectuées à l’aide de la version 9.2 de Statistical Analysis System (Cary, Caroline du Nord) en utilisant des poids d’enquête. Pour tenir compte de la complexité du plan de sondage, des intervalles de confiance de 95 % ont été estimés à l’aide de la méthode du bootstrapNote 36, et le nombre de degrés de liberté a été fixé à 11. Des corrections selon la méthode de Bonferroni ont été utilisées, en raison des nombreuses comparaisons. Les valeurs alpha ajustées sont indiquées sous les tableaux. Des modèles stratifiés selon le sexe sont fournis pour l’activité physique et les indicateurs de la santé. En ce qui concerne les échelles du QPFPF, des modèles ne sont fournis que pour l’échantillon total en raison du petit nombre d’enfants classés dans la catégorie « limite » ou « anormal ». Des analyses supplémentaires examinent les relations entre le temps passé dehors et l’activité physique ainsi que les indicateurs de la santé avant l’école, à l’école, après l’école et après le souper.

Résultas

Les caractéristiques descriptives de l’échantillon sont présentées selon le sexe au tableau 1. Aucune différence statistiquement significative pour aucun des résultats n’a été constatée entre les participants à l’enquête ayant fourni des données d’accélérométrie valides et les autres. En moyenne, les enfants de 7 à 14 ans ont déclaré 2,3 heures passées dehors et cumulé 59 minutes d’APMV par jour. La majorité d’entre eux ont été considérés comme « normaux » selon les sous-échelles du QPFPF.

Chaque heure supplémentaire par jour passée dehors a été associée à 7 minutes d’APMV et 762 pas de plus ainsi qu’à 13 minutes de sédentarité de moins (tableau 2). Les estimations étaient comparables pour les garçons et les filles, mais certaines associations n’étaient plus statistiquement significatives dans les modèles stratifiés selon le sexe. Le temps passé dehors n’a été associé à aucune mesure de la santé physique (tableau 3).

Pour chaque heure supplémentaire par jour passée dehors, la cote exprimant la probabilité d’obtenir une note « limite » ou « anormale » à la sous-échelle du QPFPF relative aux problèmes dans les relations avec les pairs ou comme note globale des points faibles était inférieure de 31 % et de 22 %, respectivement (tableau 4). Aucune différence n’a été constatée pour les autres sous-échelles.

Les analyses du temps passé dehors à différents moments de la journée ont révélé des différences moindres (tableaux A, B et C en annexe). Néanmoins, chaque tranche de 15 minutes par jour passée dehors après l’école a été associée à une cote inférieure de 19 % exprimant la probabilité d’obtenir une note « limite » ou « anormale » à la sous-échelle des problèmes dans les relations avec les pairs. Chaque tranche de 15 minutes par jour passée dehors après le souper a été associée à 1,9 minute d’APMV et 199 pas de plus ainsi qu’à 4 minutes de sédentarité de moins.

Discussion

La présente étude examine la relation entre le temps passé dehors déclaré, d’une part, et l’activité physique et la sédentarité mesurées objectivement, ainsi que plusieurs mesures de la santé physique et psychosociale, d’autre part, dans un échantillon d’enfants de 7 à 14 ans représentatif à l’échelle nationale. Conformément à l’hypothèse formulée, le temps passé dehors était fortement associé à l’APMV, au nombre de pas effectués et au temps consacré à des activités sédentaires. L’importance de ces associations était comparable pour les deux sexes. Le temps passé dehors n’était pas associé à des mesures objectives de la santé physique, mais les enfants qui ont déclaré passer plus de temps dehors étaient moins susceptibles d’éprouver des problèmes dans les relations avec les pairs et avaient une meilleure santé psychosociale.

D’autres chercheurs ont constaté que le temps passé dehors était associé à plus d’APMV et à moins de temps consacré à des activités sédentairesNote 9Note 10Note 11Note 12Note 13. Les résultats de la présente étude ajoutent aux données probantes de base en montrant des relations similaires dans un échantillon représentatif à l’échelle nationale. Comme seulement 9 % des enfants et des adolescents de l’échantillon satisfont aux Directives canadiennes en matière d’activité physique, qui sont de 60 minutes d’APMV par jour (données non présentées), il pourrait être utile d’encourager le temps passé dehors afin d’accroître ce pourcentage.

Le temps passé dehors après le souper a été associé à un plus grand nombre de minutes d’activité physique et à moins de temps consacré à des activités sédentaires. Ce résultat appuie l’argument voulant que les activités extérieures non structurées après l’école permettent d’accroître l’activité physique des enfantsNote 37. D’autres études ont montré des relations similaires en ce qui concerne la période après l’écoleNote 10Note 11Note 12Note 38, bien que la définition de « après l’école » varie d’une étude à l’autre.

La présente analyse ne révèle aucune association entre le temps passé dehors et les mesures de la santé physique. Il est possible que de nombreuses activités effectuées à l’extérieur ne soient pas assez intenses pour avoir des effets immédiats sur la santé. Un argument comparable a été avancé pour expliquer l’absence de relation significative entre le fait de se déplacer à pied et les facteurs de risque associés aux maladies cardiovasculaires chez les enfants et les adolescentsNote 39Note 40. Les résultats incohérents d’études antérieures de la relation entre le temps passé dehors et la tension artérielleNote 11Note 41 ou l’adipositéNote 9Note 10Note 11 chez les enfants d’âge scolaire pourraient être attribuables, en partie, à des différences méthodologiques entre les études. Les résultats incohérents publiés indiquent qu’il serait utile de faire d’autres recherches à ce sujet.

Les enfants déclarant plus de temps passé dehors étaient moins susceptibles d’être considérés « limite » ou « anormal » sur la sous-échelle des problèmes dans les relations avec les pairs et selon la note globale des points faibles du QPFPF. Le jeu non structuré à l’extérieur avec les pairs, les frères et sœurs et les parents peuvent aider les enfants à améliorer leurs compétences sociales et leur capacité à coopérer, à s’autoréguler et à résoudre des problèmesNote 15Note 18. Ce raisonnement est appuyé par les résultats obtenus dans le cadre de deux petits projets d’école « nature », qui montrent une amélioration de l’humeur chez les enfants à qui on a enseigné à l’extérieur dans un milieu boiséNote 42Note 43. En outre, comme les enfants sont plus actifs lorsqu’ils sont dehorsNote 13 et que l’activité physique est associée à une meilleure santé mentaleNote 44, on peut émettre l’hypothèse que l’activité physique agit comme médiateur de la relation entre le temps passé dehors et les indicateurs psychosociaux. Cette hypothèse n’a pas pu être mise à l’épreuve à partir des données de l’ECMS, parce que la période de référence pour la question relative au temps passé dehors (le mois précédent) diffère de la période de mesure de l’activité physique (7 jours). En revanche, il est possible que les enfants qui ont plus d’amis et de meilleures compétences sociales soient plus susceptibles de jouer dehors; il faudrait donc mener des études longitudinales pour déterminer le sens de la relation entre le jeu à l’extérieur et la santé psychosociale.

Contrairement aux études portant sur des enfants ayant reçu un diagnostic de trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivitéNote 19Note 20, les analyses au moyen du QPFPF ne montrent aucune association entre le temps passé dehors et le déficit d’attention avec hyperactivité. Toutefois, la présente étude portait sur l’ensemble de la population, et non sur les enfants ayant reçu un diagnostic de trouble de santé mentale.

Points forts et limites

Il s’agit de la première étude représentative à l’échelle nationale de la relation entre le temps passé dehors d’une part, et les mesures de l’activité physique, de la sédentarité et de la santé des enfants d’âge scolaire, d’autre part. Elle bénéficie d’un grand échantillon, de mesures directes d’indicateurs de la santé et de l’utilisation du QPFPF, un outil validé. Les mesures objectives de l’activité physique et de la sédentarité réduisent les biais de désirabilité sociale et de mémorisation associés aux questionnaires sur l’activité physiqueNote 45.

La principale limite concerne la nature transversale de l’ECMS, qui ne permet pas d’inférences causales. De plus, l’utilisation de catégories prédéterminées pour quantifier la durée du temps passé dehors pourrait avoir créé un effet de plafonnement, particulièrement pour les jours de fin de semaine. La fiabilité et la validité des questions sur le temps passé dehors ne sont pas connues, et il conviendrait de les évaluer dans le cadre de futures études. Néanmoins, les inexactitudes dans la déclaration du temps passé dehors devraient biaiser les résultats vers l’hypothèse nulle. La différence dans les périodes de référence pour les questions sur le temps passé dehors et pour la mesure de l’accélérométrie, ainsi que les lacunes des accéléromètres pour déceler des activités comme le vélo et la natation, pourraient aussi biaiser les résultats vers l’hypothèse nulle.

La conception de l’ECMS ne permet que 11 degrés de liberté, ce qui limite la capacité à tenir compte des facteurs confusionnels possibles. Enfin, compte tenu des coûts de déplacement associés à la mise sur pied d’un centre d’examen mobile, l’ECMS n’a pas été conçue pour examiner les variations saisonnières. Il pourrait s’agir d’un facteur confusionnel, car les enfants ont tendance à être moins actifs durant l’hiverNote 46 et passent vraisemblablement moins de temps dehors. Les futures études portant sur les relations entre le temps passé dehors, l’activité physique, la sédentarité et les indicateurs de la santé devraient tenir compte des variations saisonnières.

Mot de la fin

Les enfants qui déclarent passer plus de temps dehors sont plus actifs physiquement et moins sédentaires et font preuve d’une meilleure santé psychosociale, comparativement aux enfants qui passent moins de temps dehors. D’autres recherches sur les corrélats du temps passé dehors s’imposent. Par exemple, certaines études indiquent que la cohésion sociale dans un quartier peut encourager les activités à l’extérieur en réduisant les préoccupations des parents en matière de sécuritéNote 47Note 48Note 49. Le rôle de facteurs comme l’environnement physique et la taille de la famille pourrait aussi être étudié. Enfin, des analyses longitudinales pourraient examiner les relations entre le temps passé dehors mesuré objectivement (par exemple, à l’aide d’accéléromètres dotés d’une fonction d’horodatage et d’un système de localisation GPS) et les indicateurs de la santé.

Remerciements

Richard Larouche est titulaire d’une bourse postdoctorale des Instituts de recherche en santé du Canada. Les cycles de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé de 2012 et 2013 ont été financés par Statistique Canada, Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada.

Annexe

Références
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