Rapports sur la santé
Concentrations de cadmium et sources d’exposition chez les adultes canadiens

par Rochelle Garner et Patrick Levallois

Date de diffusion : le 17 février 2016 Date de correction: (si nécessaire)

Le cadmium est un métal lourd qui se retrouve dans l’environnement de façon naturelle, mais aussi en raison, dans une large mesure, de procédés industriels et agricolesNote 1. Le cadmium peut avoir des effets négatifs sur la santé et peut contribuer, notamment, à un risque accru de cancer, au dysfonctionnement rénal, à des lésions osseuses et à des problèmes cardiovasculairesNote 1Note 2. L’exposition non liée au travail est généralement attribuable à l’usage du tabacNote 3 et à la consommation d’aliments ayant une teneur élevée en cadmiumNote 1Note 4Note 5.

Ayant une demi-vie biologique de 10 à 35 ans, le cadmium s’accumule dans le corps, principalement dans le foie et les reinsNote 6. La concentration de cadmium dans le sang est un bon indicateur d’une exposition récente et sa concentration dans l’urine constitue une indication d’une exposition à long terme, bien que le chevauchement puisse être substantielNote 7.

La présente analyse se fonde sur les données des cycles 1 (2007 à 2009) et 2 (2009 à 2011) de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) pour examiner les concentrations sanguines et urinaires de cadmium chez les Canadiens de 20 à 79 ans, ainsi que les associations avec les sources d’exposition.

Méthodes

Données

L’ECMS est une enquête biennale permanente qui recueille des données sur la santé au moyen d’une interview auprès des ménages et de mesures physiques directes effectuées dans un centre d’examen mobile (CEM). L’ECMS vise la population de 3 à 79 ans (âge minimum de 6 ans dans le cycle 1) des 10 provinces du Canada. Elle exclut les membres à temps plein des Forces canadiennes, les habitants des réserves, d’autres établissements autochtones dans les provinces, et de certaines régions éloignées, ainsi que les résidents d’établissements institutionnels. Ensemble, ces exclusions représentent moins de 4 % de la population cibleNote 8Note 9.

Dans le cadre de l’ECMS, on a obtenu des taux de réponse globaux de 57,1 % au cycle 1 et de 55,5 % au cycle 2. Parmi les ménages qui ont fourni une liste de membres, les taux de réponse étaient beaucoup plus élevés, s’élevant à 88,3 % et 84,9 % pour les composantes du ménage et du CEM, respectivement, au cycle 1, et à 90,5 % et 81,7 % au cycle 2Note 8Note 9. L’échantillon analytique de la présente étude a été limité aux participants à l’enquête âgés de 20 à 79 ans (7 095), en excluant les femmes enceintes.

Mesures

Collecte d’échantillons biologiques et analyses

Afin d’obtenir des données représentatives à l’échelle nationale pour une variété de biomarqueurs (comme la nutrition, les maladies chroniques et infectieuses et l’exposition environnementale), des échantillons de sang et d’urine ont été prélevés au CEM chez les participants admissibles. Des échantillons de sang ont été prélevés chez les participants de 20 à 79 ans par un phlébotomiste, en utilisant une technique de ponction veineuse standardisée. Les échantillons d’urine fournis par les participants à l’enquête ont été prélevés lors de la première urine du matin au cycle 2, et celle du milieu de jet au cycle 1. On a demandé aux participants du cycle 2 de ne pas uriner pendant deux heures avant leur rendez-vous. Cela peut avoir entraîné un changement dans les concentrations de créatinine entre les cycles 1 et 2, qui pourrait affecter les concentrations d’autres produits chimiques corrigées en fonction de la créatinine.

Les concentrations de cadmium dans le sang entier et l’urine ont été mesurées par spectrométrie de masse à plasma d’argon induit (ICP-MS), Perkin Elmer Sciez, Elan DRC II. La créatinine dans l’urine a été mesurée au moyen de la méthode colorimétrique de Jaffe. L’absorbance a été lue à 505 nm au moyen d’un analyseur de chimie Hitachi 917. La limite de détection du cadmium sanguin était de 0,045 µg/L pour les deux cycles. La limite de détection du cadmium urinaire était de 0,09 µg/L pour le cycle 1 et de 0,07 µg/L pour le cycle 2. Les échantillons d’urine comportant des concentrations de créatinine inférieures à la limite de détection (0,049 µg/L) ont été exclus des analyses (n = 11)Note 10. Pour les autres échantillons, les observations se situant en dessous de la limite de détection pour la mesure particulière (cadmium sanguin, cadmium urinaire ou cotinine urinaire) ont été imputées à partir de valeurs se situant à la moitié de la limite de détection. Lorsque le niveau de détection pour un test différait entre les cycles, on a utilisé le plus élevé (cadmium urinaire, 0,09 µg/L; cotinine urinaire, 1,1 µg/L). Toutes les valeurs ont été arrondies à deux chiffres significatifsNote 11 et ont été converties du Système international d’unités à des unités conventionnelles.

En vue des analyses descriptives, la concentration de cadmium urinaire a été divisée par la créatinine urinaire du participant à l’enquête, afin de calculer des concentrations de cadmium urinaire corrigées en fonction de la créatinine (µg/g). On ne disposait pas de mesures du cadmium sanguin et du cadmium urinaire pour 13 participants à l’enquête.

Usage du tabac

Les cigarettes et la fumée qu’elles produisent contiennent des concentrations relativement élevées de cadmium à la phase des particules, allant de 10 à 250 ng par cigaretteNote 3. La situation d’usage du tabac a été fondée sur les données autodéclarées et comportait les catégories non-fumeur, ancien fumeur et fumeur. Les non-fumeurs autodéclarés (n = 41) et les anciens fumeurs (n = 147) affichant des concentrations de cotinine urinaire supérieures à 50 ng/mL ont été reclassifiés comme des fumeursNote 12Note 13. Une variable indicatrice a servi à identifier les personnes déclarant une exposition quotidienne ou presque quotidienne à la fumée secondaire à la maison, dans un véhicule privé, au travail ou dans un lieu public.

Alimentation

En 2007, on a estimé que les Canadiens avaient un apport alimentaire quotidien moyen de 0,22 µg de cadmium par kilogramme de poids corporelNote 5. Pendant l’interview des ménages, les participants à l’enquête ont déclaré la fréquence à laquelle ils consommaient des aliments et des catégories d’aliments particuliers. À partir des ouvrages publiésNote 14Note 15Note 16Note 17 et de l’Étude canadienne sur l’alimentation totale de Santé CanadaNote 18, on a examiné la consommation annuelle des aliments suivants, comme source possible de cadmium : foie (sauf saucisson de foie et pâté de foie) et/ou autres abats rouges (p. ex. rognons, cœur, abattis); mollusques et crustacés (homard, crevettes, moules, pétoncles, huîtres, palourdes, calmar, crabe et autres mollusques et crustacés); céréales (chaudes ou froides); pain blanc ou complet (y compris bagels, petits pains, pain pita, tortillas); frites et pommes de terre rissolées; autres pommes de terre (sauf la patate douce); salades vertes; légumes verts à feuilles (épinards, feuilles de moutarde ou feuilles de chou vert, sauf le chou frisé); et noix et graines (arachides, noix de Grenoble, graines ou autres noix, sauf les beurres de noix comme le beurre d’arachide). Les valeurs de consommation annuelle comportaient un minimum de 0, mais aucun maximum prescrit, les personnes pouvant consommer des aliments d’une catégorie alimentaire particulière plusieurs fois par jour. Une variable dichotomique a été incluse pour indiquer si les participants à l’enquête avaient consommé de la viande rouge au cours de la dernière année.

La consommation de mollusques et de crustacés a été déterminée différemment au cycle 1 et au cycle 2. Au cycle 1, elle a été évaluée au moyen d’une question générale pendant l’interview auprès du ménage. Au cycle 2, elle a été évaluée pendant l’interview au CEM, à partir de neuf questions distinctes; des données sur la consommation annuelle ont été recueillies uniquement auprès des participants à l’enquête qui ont déclaré avoir consommé un mollusque ou un crustacé en particulier au cours du dernier mois. Les réponses aux neuf questions ont été additionnées pour les participants au cycle 2, afin d’obtenir la consommation annuelle. Pour améliorer la comparabilité entre les cycles, la consommation moins de 12 fois par année tirée du cycle 1 a été changée pour aucune consommation (n = 742). Dans chaque cycle, environ le même pourcentage de participants à l’enquête étaient des non-consommateurs de mollusques et de crustacés (44,6 % au cycle 1, 41,0 % au cycle 2, p du chi carré = 0,30), même si la fréquence de consommation était plus grande chez les consommateurs du cycle 2 (moyenne de 60,1 fois par année comparativement à 37,1 fois par année au cycle 1; test t : valeur p < 0,0001).

À partir d’études antérieuresNote 16Note 17, plusieurs autres covariables ont été incluses dans les modèles. Des taux d’hémoglobine inférieurs à 120 g/L chez les femmes et inférieurs à 130 g/L chez les hommes ont servi d’indicateurs de l’anémieNote 19. L’indice de masse corporelle (IMC), défini comme le poids exprimé en kilogrammes divisé par le carré de la taille en mètres, a été calculé à partir de la taille et du poids mesurés des participants à l’enquête. Étant donné que la parité est associée à des concentrations de cadmium chez les femmesNote 16Note 20, le nombre déclaré d’accouchements (naissances vivantes) a été inclus dans les modèles propres aux femmes : nullipare (aucun), un enfant, deux enfants, ou trois enfants ou plus. Un indicateur du cycle de l’ECMS a été inclus, afin de tenir compte d’autres différences non mesurées entre les cycles.

Analyse statistique

Pour les analyses descriptives, des moyennes géométriques des concentrations de cadmium ont été produites, ainsi que leurs erreurs types. Les questions sur la fréquence de consommation ont habituellement été classées en fonction des catégories non-consommation (0 fois par année), moins qu’hebdomadaire (1 à 51 fois par année), et au moins hebdomadaire (52 fois par année ou plus). Les exceptions étaient les mollusques et crustacés, pour lesquels la catégorie de fréquence de consommation la plus faible était moins de 12 fois par année, et les céréales et le pain, qui comportaient les catégories non-consommation, moins d’une fois par jour (moins de 365 fois par année), et consommation quotidienne (365 fois par année ou plus).

Pour les analyses de régression, la variable de résultat était le logarithme naturel de la concentration de cadmium sanguin ou de cadmium urinaire. Conformément aux recommandations de Barr et coll.Note 21, la concentration de créatinine urinaire a été incluse comme covariable dans le modèle de concentration de cadmium urinaire; cette valeur a aussi été transformée au moyen du logarithme naturel. Les mesures de la consommation alimentaire ont été centrées à leurs valeurs de mode et divisées par 12, afin qu’un changement d’unité dans les variables de consommation rende compte de la consommation d’un produit particulier une fois de plus par mois. Les valeurs de mode étaient les suivantes : 0 pour les abats rouges (63,7 % étaient des non-consommateurs), les mollusques et les crustacés (42,6 %) et les légumes verts à feuilles (31,5 %); 52 pour les frites (22,6 %), les autres pommes de terre (22,6 %), et les noix et les graines (15,4 %); 104 pour la salade (16,2 %); et 365 pour le pain (19,8 %). La valeur de mode pour les céréales était de 365, mais étant donné le très petit nombre de participants à l’enquête ayant des valeurs de consommation supérieures (0,6 %), cette variable a été centrée à sa médiane, soit 104.

L’IMC continu a été centré à 21,75, et l’âge, à 45. Les deux variables ont par la suite été divisées par 5, afin qu’un changement d’une unité dans les covariables se rapporte à un changement de 5 unités dans l’IMC et l’âge.

Afin d’évaluer les effets des prédicteurs choisis sur les concentrations de cadmium, des modèles multidimensionnels ont été élaborés de façon séquentielle par bloc, en montrant le changement dans le modèle R2 associé à chaque bloc de covariables. Les blocs ont été additionnés de la façon suivante : effets linéaires et quadratiques de l’âge; situation d’usage du tabac (non-fumeur comme référence) et exposition à la fumée secondaire; consommation de certains aliments; et autres facteurs, y compris l’anémie, l’IMC, l’indicateur de cycle de l’ECMS et la parité (femmes). Le logarithme naturel de la créatinine urinaire (ln-transformed) a été inclus dans le modèle de concentration de cadmium urinaire avant d’y ajouter l’âge. Des modèles distincts ont été élaborés pour les hommes et les femmes. Des modèles propres au sexe ont aussi été exécutés pour les personnes n’ayant jamais fumé.

Toutes les analyses ont été effectuées au moyen de SUDAAN appelable en SAS (version 11.0.1) en précisant 24 degrés de liberté pour le dénominateur. Les analyses ont été pondérées à partir des poids d’échantillon combinés des cycles 1 et 2 et la méthode bootstrap a été appliquée pour tenir compte du plan d’échantillonnageNote 11.

Résultats

L’âge moyen des 7 082 participants à l’enquête était de 46,3 ans (ET 0,15) pour les femmes et de 45,3 ans (ET 0,18) pour les hommes. Près du quart des participants à l’enquête (23,2 %) étaient des fumeurs, 28,1 % étaient d’anciens fumeurs et 48,8 % n’avaient jamais fumé. Près du quart (23,6 %) étaient exposés à la fumée secondaire quotidiennement ou presque quotidiennement.

Les concentrations de cadmium étaient significativement plus élevées chez les femmes que chez les hommes, chez les personnes plus âgées que chez les personnes plus jeunes, chez les anciens fumeurs et les fumeurs que chez les non-fumeurs, et chez les personnes exposées (par rapport à non exposées) à la fumée secondaire (tableau 1). La figure 1 montre la distribution cumulative des concentrations de cadmium sanguin, selon le sexe et la situation d’usage du tabac. La figure 2 montre la même distribution pour le cadmium urinaire, corrigée en fonction de la créatinine. Peu importe la situation d’usage du tabac, les femmes affichaient des concentrations moyennes de cadmium plus élevées que les hommes, une différence qui était la plus prononcée chez les personnes n’ayant jamais fumé et chez les fumeurs.

La consommation fréquente d’abats rouges était associée à des concentrations plus élevées de cadmium et la consommation fréquente de légumes verts à feuilles et de noix et de graines, à des concentrations plus faibles (tableau 1). La consommation fréquente de céréales, de salade, de légumes verts à feuilles et de noix et de graines était associée à une concentration plus faible de cadmium sanguin. La consommation fréquente de pain, de frites et de pommes de terre rissolées, ainsi que de noix et de graines était associée à une concentration plus faible de cadmium urinaire corrigée en fonction de la créatinine. La consommation de viande rouge n’était pas liée aux concentrations de cadmium (cadmium sanguin ou cadmium urinaire corrigé en fonction de la créatinine). L’anémie (faible taux d’hémoglobine) était associée de façon significative à des concentrations plus élevées de cadmium urinaire corrigées en fonction de la créatinine, mais pas de cadmium sanguin. L’IMC comportait un lien significatif avec les concentrations de cadmium, tout comme la parité chez les femmes.

Résultats multidimensionnels

L’association combinée de ces caractéristiques et des concentrations de cadmium a été examinée dans des modèles de régression multidimensionnels. La situation d’usage du tabac et l’exposition à la fumée secondaire expliquent la somme la plus grande des variations dans les concentrations de cadmium sanguin (tableau 2). Les fumeurs et les anciens fumeurs avaient des concentrations de cadmium sanguin significativement plus élevées que les personnes qui n’avaient jamais fumé. Parmi les hommes qui avaient déclaré une exposition quotidienne ou presque quotidienne à la fumée secondaire, le cadmium sanguin était plus élevé de 22 % que chez les hommes exposés moins fréquemment; le rapport n’était pas significatif pour les femmes (p = 0,11).

L’âge expliquait le deuxième niveau en importance de variation, les participants plus âgés affichant une concentration de cadmium sanguin plus élevée que les participants à l’enquête plus jeunes. En bloc, les facteurs alimentaires expliquaient environ 1 % de la variation dans les concentrations de cadmium sanguin. La concentration de cadmium sanguin était plus faible chez les personnes ayant une consommation fréquente de céréales. Parmi les femmes, la consommation fréquente de mollusques et de crustacés était associée positivement avec la concentration de cadmium sanguin, tandis que la consommation fréquente de pommes de terre, autres que les frites, était associée négativement avec la concentration de cadmium sanguin; les chiffres n’étaient pas significatifs pour les hommes (p = 0,07 et p = 0,08 respectivement). Pour les deux sexes, plus l’IMC était élevé, plus les concentrations de cadmium sanguin étaient faibles. L’anémie était associée à une concentration de cadmium sanguin plus élevée chez les hommes, mais pas chez les femmes.

Après la créatinine urinaire, l’âge venait au deuxième rang parmi les principaux facteurs contribuant aux variations de concentration de cadmium urinaire, suivi par la situation d’usage du tabac et l’exposition à la fumée secondaire (tableau 3). Comme pour la concentration de cadmium sanguin, les anciens fumeurs et les fumeurs affichaient des concentrations de cadmium urinaire plus élevées que les personnes n’ayant jamais fumé, même si les répercussions de la situation d’usage du tabac sur la concentration de cadmium urinaire étaient moins grandes que sur la concentration de cadmium sanguin. Par ailleurs, les hommes et les femmes qui avaient déclaré une exposition quotidienne ou presque quotidienne à la fumée secondaire avaient une concentration de cadmium urinaire plus élevée que leurs homologues ayant déclaré y être moins fréquemment exposés. Le régime alimentaire expliquait généralement 1 % ou moins de la variation dans la concentration de cadmium urinaire. Les hommes qui étaient anémiques avaient des concentrations significativement plus élevées de cadmium urinaire que ceux qui ne l’étaient pas. La parité était significative pour les femmes; celles qui avaient déjà donné naissance à un enfant avaient une concentration de cadmium urinaire plus élevée que les femmes nullipares.

Personnes n’ayant jamais fumé

Lorsque les analyses se limitaient aux personnes n’ayant jamais fumé, les répercussions explicatives du régime alimentaire sur les concentrations de cadmium ont augmenté, et l’association étroite avec l’âge a persisté. Les concentrations de cadmium étaient significativement plus élevées chez les personnes n’ayant jamais fumé qui ne consommaient pas de viande rouge (sauf le cadmium urinaire pour les femmes). Chez les hommes, la consommation fréquente d’abats rouges était associée à une concentration plus élevée de cadmium sanguin, et la consommation fréquente de pain et de céréales était associée à une concentration plus faible (tableau 2). Chez les femmes, la consommation fréquente de pommes de terre (sauf les frites et les pommes de terre rissolées) était associée à des concentrations plus faibles de cadmium sanguin (tableau 2) et de cadmium urinaire (tableau 3). Un IMC plus élevé était associée négativement avec les concentrations de cadmium sanguin et de cadmium urinaire chez les personnes n’ayant jamais fumé. La concentration de cadmium urinaire était de 30 % à 50 % plus élevée chez les femmes n’ayant jamais fumé qui avaient des enfants, que chez les femmes nullipares (tableau 3).

Discussion

Dans la présente étude, on a déterminé que les concentrations de cadmium comportaient un lien étroit avec l’usage du tabac, tandis que l’effet du régime alimentaire était de modeste à faible. Conformément aux ouvrages publiésNote 7Note 16Note 22, les fumeurs et les anciens fumeurs affichaient des concentrations de cadmium sanguin et de cadmium urinaire plus élevées que les personnes n’ayant jamais fumé. L’exposition à la fumée secondaire était associée à des concentrations significativement plus élevées de cadmium urinaire chez les deux sexes, et à une concentration plus élevée de cadmium sanguin chez les hommes globalement. Toutefois, l’exposition à la fumée secondaire n’était pas associée aux concentrations de cadmium chez les personnes n’ayant jamais fumé, ce qui est similaire aux résultats d’autres recherchesNote 22. Dans la présente étude, l’exposition à la fumée secondaire était moins fréquente chez les personnes n’ayant jamais fumé que chez les fumeurs (15 % comparativement à 52 %, p < 0,0001), ce qui peut expliquer pourquoi elle était significative globalement, mais pas chez les personnes n’ayant jamais fumé. L’association avec la fumée secondaire peut aussi dépendre du délai écoulé depuis l’exposition.

Même si la consommation de certains aliments était associée aux concentrations de cadmium, la variation expliquée par le régime alimentaire avait tendance à être faible dans les modèles multidimensionnels. La contribution explicative du régime alimentaire augmentait de façon marquée lorsque l’analyse se limitait aux personnes n’ayant jamais fumé, éliminant ainsi la contribution possible de la fumée de tabac. Certaines recherches antérieures ont démontré que la consommation de crustacés et de mollusques, ainsi que d’abats rouges, était liée à des concentrations plus élevées de cadmium, mais dans la présente étude, ces associations ne s’observaient pas systématiquement d’un modèle à l’autreNote 1Note 14Note 15. Par ailleurs, d’autres études ont échoué à trouver une association entre la consommation de crustacés et de mollusques et les concentrations de cadmium, même en tenant compte des effets d’autres facteursNote 14Note 15Note 16Note 23.

La consommation d’autres aliments à forte teneur en cadmium, comme les pommes de terre, les noix et les graines, ainsi que les légumes verts à feuilles, était non significative, ou bien leur consommation fréquente était associée à des concentrations plus faibles de cadmium. Ces résultats montrent l’interaction complète entre la composition des aliments consommés et l’absorption de métaux et d’autres toxines. Par exemple, les niveaux de fer, de fibres et de zinc peuvent avoir des répercussions sur la mesure dans laquelle le cadmium est absorbé par le corpsNote 24Note 25Note 26.

La correction pour tenir compte de la créatinine urinaire dans les modèles de concentration de cadmium urinaire explique la proportion la plus forte des variations dans les concentrations de cadmium. La correction pour tenir compte de la créatinine permet de corriger les différences inter-échantillon de concentration d’urine, qui peuvent avoir des répercussions sur les concentrations d’autres produits chimiques. Les concentrations de cadmium et de créatinine dans l’urine sont fortement corrélées (corrélation de Pearson rho = 0,43, p < 0,0001 dans la présente étude). Par ailleurs, la créatinine urinaire est associée à d’autres covariables, comme l’âge et l’IMCNote 27. Par conséquent, une partie de la variance expliquée par la créatinine urinaire pourrait aussi être attribuable à ces facteurs.

Lorsque la créatinine urinaire était prise en compte, les covariables restantes expliquaient environ 10 % de la variation dans la concentration de cadmium urinaire. Étant donné que la concentration de cadmium urinaire est considérée comme un indicateur de l’exposition à long termeNote 7, les comportements courants (p. ex. régime alimentaire, usage du tabac) déclarés dans une enquête transversale n’expliquent que de façon limitée les différences de niveaux d’exposition. Il se peut que la prise en compte du comportement à long terme et de l’exposition explique davantage les différences de concentration de cadmium urinaire au niveau de la population.

Conformément à d’autres étudesNote 7Note 22, les femmes comprises dans la présente étude affichaient des concentrations plus élevées de cadmium que les hommes. Selon Choudhury et coll., en raison de leurs réserves de fer plus faibles, les femmes absorbent une proportion plus forte du cadmium ingéréNote 28. Une association entre les réserves de fer et les concentrations de cadmium a été démontrée par d’autres chercheursNote 24Note 29. Une telle explication est conforme aux résultats de la présente étude, selon lesquels la non-consommation de viande rouge riche en fer est liée à des concentrations plus élevées de cadmium, et la consommation fréquente de céréales et de pain, qui sont souvent additionnés de fer, est liée à des concentrations plus faibles de cadmium. L’anémie (faible niveau d’hémoglobine) était significative uniquement chez les hommes (même si une association positive avec la concentration de cadmium sanguin a émergé pour les femmes n’ayant jamais fumé). Lorsque les taux de ferritine dans le sang entier ont servi à mesurer les réserves de fer, plutôt que les taux d’hémoglobine (participants du cycle 2 seulement), un faible taux (moins de 30 µg/L) de ferritine représentait un prédicteur important de concentrations élevées de cadmium sanguin chez les femmes (bêta = 0,20, p = 0,004) et les hommes (bêta = 0,44, p = 0,002), mais n’était pas associé à la concentration de cadmium urinaire chez les uns ou les autres.

Des facteurs autres que l’usage du tabac et le régime alimentaire étaient aussi liés aux concentrations de cadmium. On observait des concentrations de cadmium urinaire et de cadmium sanguin plus faibles chez les personnes dont l’IMC était élevé que chez les autres, globalement et lorsque les analyses se limitaient aux personnes n’ayant jamais fumé. Certaines recherches ont démontré qu’un IMC plus élevé était associé à une concentration plus faible de cadmium dans le sangNote 23 et dans l’urineNote 30, même si d’autres n’ont pas réussi à trouver une associationNote 14. Conformément aux analyses précédentesNote 16Note 23, la présente étude a trouvé que les femmes ayant un plus grand nombre d’enfants affichaient des concentrations significativement plus élevées de cadmium, particulièrement le cadmium urinaire, comparativement aux femmes nullipares. Selon Åkesson et coll., les réserves de fer plus faibles chez les femmes ayant accouché expliquaient leurs concentrations plus élevées de cadmiumNote 20.

Limites

La présente analyse comporte un certain nombre de limites. Étant donné que l’ECMS est une enquête transversale, la présente étude peut décrire des associations entre les concentrations de cadmium et d’autres facteurs, mais il n’est pas possible de déterminer la causalité. En outre, même si les variations géographiques dans l’exposition peuvent expliquer certaines des différences dans les concentrations de cadmiumNote 17, l’ECMS a été conçue pour produire uniquement des estimations nationales. Par ailleurs, les différences entre les cycles 1 et 2 relatives à la collecte des données, plus particulièrement les échantillons d’urine et les données sur la consommation de mollusques et de crustacés, peuvent avoir influé sur les résultats. En outre, il n’était pas toujours possible d’isoler la consommation d’aliments particuliers dans une catégorie, et les aliments comme les patates douces et le tofu, dont on a déterminé qu’ils étaient associés aux concentrations de cadmium dans d’autres étudesNote 14, n’étaient pas inclus dans l’ECMS. La fréquence de consommation a été fondée sur la remémoration et extrapolée à des valeurs annuelles, ce qui peut ne pas rendre compte de la consommation réelle. Enfin, le taux de réponse aux cycles 1 et 2 combinés a été de 53,5 %. Cela rend compte dans une large mesure d’un faible taux de réponse parmi les ménages contactés initialement pour participer à l’enquête; les ménages qui avaient convenu de fournir une liste de leurs membres affichaient des taux de réponse élevés (plus de 80 %) à l’interview et à la composante du CEM de l’enquête. On ne sait pas si les ménages ayant refusé initialement de participer différaient de façon importante des ménages participants.

Mot de la fin

Selon la présente étude, le comportement en matière d’usage du tabac est le facteur qui contribue le plus aux concentrations de cadmium chez les Canadiens de 20 à 79 ans, le régime alimentaire y exerçant un effet modeste ou faible. Toutefois, parmi les non-fumeurs, le régime alimentaire est peut-être une source importante de cadmium.

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