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Articles dans cette parution > Symptômes physiques médicalement inexpliqués > RésultatsUn nombre important de Canadiens font état de symptômes liés à des affections que l’on ne peut identifier avec certitude au moyen d’un examen physique ou d’autres épreuves de diagnostic1. Ces symptômes, regroupés sous le nom de « symptômes physiques médicalement inexpliqués », ou « SPMI », caractérisent des problèmes de santé tels le syndrome de fatigue chronique, la fibromyalgie, et les sensibilités aux agresseurs chimiques2-5. Or, à l’égard de ces problèmes de santé, le manque d’uniformité qui se dégage des évaluations physiques ou en laboratoire a soulevé une polémique et semé beaucoup de confusion. À titre d’exemple, de nombreuses personnes, y compris certains professionnels de la santé, ne croient pas que ces troubles existent et en attribuent plutôt les symptômes à une gamme d’autres causes. Mais pour les personnes touchées, les symptômes sont bien réels, voire souvent débilitants. À partir de données provenant de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) menée en 2002, puis en 2003, le présent article traite de la prévalence des SPMI et décrit les caractéristiques des Canadiens ayant déclaré avoir des problèmes de santé connexes. Il explore en outre la comorbidité entre SPMI et troubles psychiatriques ainsi que la relation entre les SPMI et la dépendance, l’état de santé mentale autoévalué, et l’utilisation des services de soins de santé.Recoupement des symptômes Recoupement des symptômesLe syndrome de fatigue chronique (SFC), la fibromyalgie (FM) et les sensibilités aux agresseurs chimiques (SAC) se caractérisent par des groupes de symptômes intéressant plusieurs appareils différents du corps humain6, qui demeurent médicalement inexpliqués. Du fait qu’ils se partagent des symptômes clés1-4, il arrive souvent qu’une personne satisfasse aux critères de deux ou plus de ces troubles. La fatigue extrême est le principal symptôme du syndrome de fatigue chronique. Aussi appelé encéphalomyélite myalgique, le SFC est le plus souvent diagnostiqué en l’absence de tout diagnostic médical défini, c’est-à-dire uniquement lorsque d’autres maladies à symptômes similaires ont été écartées5,7. Le critère de diagnostic pour la fibromyalgie est d’avoir ressenti de la douleur dans au moins 11 parties du corps (sur un total de 18 parties données)5, et ce, pendant trois mois ou plus. Cette douleur s’accompagne souvent, mais pas nécessairement, de symptômes comparables à ceux du SFC, tels que déficience cognitive, mal de tête, mal de gorge, faiblesse, fatigue, dépression, et problèmes de digestion5,7. Les sensibilités aux agresseurs chimiques peuvent se manifester par toute une série de symptômes chez les personnes qui en souffrent lorsque celles-ci sont exposées à des produits chimiques synthétiques dans des concentrations qui n’ont habituellement aucun effet notable. Figurent parmi ceux-ci la variation de la fréquence cardiaque, les difficultés respiratoires, les éruptions cutanées, la nausée, les maux de tête et la confusion8. La durée, la gravité et la nature de ces réactions varient beaucoup, et les symptômes peuvent durer plusieurs jours. Plus d’un millionSelon l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2003, 5 % des Canadiens âgés de 12 ans ou plus (soit environ 1,2 million de personnes) ont déclaré qu’on avait diagnostiqué chez eux l’un des trois problèmes de santé liés aux SPMI. Ainsi, 1,3 % ont déclaré souffrir de SFC, 1,5 %, de FM, et 2,4 % de SAC (tableau 1). Parmi les personnes ayant déclaré des SPMI, environ 14 % souffraient de deux ou trois problèmes de santé (données non présentées). Pour chacun de ces trois problèmes de santé, les taux de prévalence chez les femmes sont plus de deux fois plus élevés que chez les hommes (tableau 1). En outre, la prévalence globale des SPMI augmente avec l’âge. Ainsi, le taux correspondant était de 1,6 % chez les personnes de 12 à 24 ans mais de 6,9 % chez les 45 à 64 ans. La tendance est similaire pour chacun des trois problèmes de santé. Même lorsque des variables comme le revenu du ménage, la scolarité et l’état matrimonial sont prises en compte, les différences selon l’âge et le sexe demeurent significatives (données non présentées). La probabilité de déclarer des SPMI est liée à la situation socioéconomique. Ainsi, le taux global de prévalence de SPMI de même que les taux de prévalence correspondant à chacun des problèmes de santé sont significativement supérieurs aux chiffres nationaux chez les personnes appartenant au groupe inférieur de revenu du ménage, et significativement inférieurs chez les personnes appartenant au groupe supérieur. De même, une proportion relativement élevée de personnes sans diplôme d’études secondaires ont déclaré des SPMI, comparativement à une proportion plus faible chez les diplômés postsecondaires. Toutefois, le rapport entre le niveau de scolarité et ces trois problèmes de santé pris séparément est moins simple. Comparativement aux personnes mariées, les personnes qui n’étaient plus mariées au moment de l’enquête étaient presque deux fois plus susceptibles de déclarer chacun des trois problèmes de santé. Cette association avec l’état matrimonial demeure importante même lorsque les effets des autres variables sociodémographiques sont pris en compte. DépendanceDes pourcentages significativement élevés de personnes ayant déclaré des SPMI ont indiqué un certain niveau de dépendance (graphique 1). Plus du quart (27 %) d’entre elles ont eu besoin d’aide pour les activités instrumentales de la vie quotidienne, comme préparer les repas, accomplir les tâches ménagères quotidiennes, se rendre à des rendez-vous et faire les courses; en revanche, 7 % des personnes sans SPMI ont indiqué avoir besoin d’une telle aide. De même, 8 % des personnes ayant déclaré des SPMI ont dit avoir besoin d’aide pour les activités personnelles de la vie quotidienne, comme prendre un bain, s’habiller, manger, prendre des médicaments et se déplacer dans la maison, contre 2 % des personnes n’ayant pas déclaré de SPMI. Même lorsque les facteurs sociodémographiques sont pris en compte, l’association entre les SPMI et la dépendance demeure importante (données non présentées). Santé mentale et bien-êtreComme il fallait s’y attendre, des proportions substantielles de personnes ayant déclaré des SPMI avaient une perception négative de leur santé physique (données non présentées). Aussi, ces dernières étaient-elles plus susceptibles que les personnes n’ayant pas déclaré de SPMI de considérer leur santé mentale comme passable ou mauvaise (15 % contre 4 %). Par ailleurs, près du quart (23 %) des personnes ayant déclaré des SPMI éprouvaient de l’insatisfaction face à la vie, contre 8 % des personnes n’ayant pas déclaré de SPMI (graphique 2). Troubles mentauxDe nombreux ouvrages spécialisés ont démontré qu’il y a un lien étroit et constant entre les SPMI et la détresse psychosociale, d’une part, et entre les SPMI et les troubles psychiatriques, d’autre part6,11. Selon l’ESCC de 2002, les personnes ayant des SPMI sont plus susceptibles que les personnes sans SPMI d’avoir des troubles psychiatriques. L’analyse présentée est axée sur la prévalence, au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête, du trouble dépressif majeur, du trouble bipolaire I, du trouble panique, du trouble d’anxiété sociale (phobie sociale), et de l’agoraphobie. Les participants à l’enquête qui répondaient aux critères d’au moins un de ces cinq problèmes de santé étaient considérés comme ayant un trouble mental. Chez les personnes ayant des SPMI, 21 % (soit plus du cinquième de la population) ont indiqué souffrir d’au moins un de ces troubles, comparativement à 8 % des personnes sans SPMI et à 10 % de celles ayant d’autres problèmes de santé physiques chroniques, comme l’asthme, le diabète, la migraine, le cancer et la maladie cardiaque (tableau 2). La prévalence de troubles psychiatriques était particulièrement répandue chez les personnes souffrant de SFC (36 %). Toutefois, même si la prévalence de troubles mentaux était élevée chez les personnes ayant des SPMI, certaines recherches laissent supposer que le stress lié aux symptômes physiques inexpliqués peut entraîner des problèmes de santé mentale : dans nombre de cas, les SPMI précèdent les symptômes psychiatriques14. Consultation de fournisseurs de soins de santéLes personnes ayant des SPMI ont tendance à déclarer un nombre relativement important de consultations médicales. Comparativement aux personnes sans SPMI, et même à celles ayant d’autres problèmes de santé chroniques, les personnes ayant des SPMI sont plus susceptibles de tenter d’obtenir de l’aide, tant auprès de fournisseurs de soins de santé conventionnels que de praticiens en médecine non traditionnelle (graphique 3). En 2003, 22 % des personnes ayant déclaré des SPMI ont indiqué avoir consulté leur médecin de famille ou leur omnipraticien plus de 10 fois au cours de la dernière année, comparativement à 7 % des personnes sans SPMI. Plus de 40 % des personnes ayant des SPMI avaient consulté des spécialistes, comparativement à 26 % des personnes sans SPMI. En outre, 32 % de toutes les personnes ayant des SPMI avaient tenté d’obtenir de l’aide auprès de praticiens en médecine non traditionnelle, comparativement à 20 % des personnes sans SPMI. Toutefois, ces taux élevés de consultation sont peut-être le résultat de demandes de consultation multiples.
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