Chapitre 10 La retraite selon le sexe : Le bien-être des femmes et la « nouvelle » retraite

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Introduction
Histoire de la retraite des femmes
Retraite moderne
Qu'apporte de nouveau la nouvelle retraite?
Parallèles entre la « nouvelle » retraite et la retraite des femmes
Les femmes deviendront des dispensatrices de soins à deux niveaux
Disparité entre la vie des femmes et le système de pensions
Bibliographie

Introduction

Les changements spectaculaires associés à la restructuration économique et au retranchement de l'État-providence dans les pays industrialisés d'Occident remettent en question du cheminement bien établi « études-travail-retraite » au cours de la vie. Certains soutiennent que ce modèle en trois étapes de la vie « tire à sa fin » au point qu'« il est impossible de voir ce que sera la vie d'une personne » (Guillemard et Rein 1993:496, Guillemard 1997:455). Par ailleurs, plusieurs spécialistes soutiennent que le cours de la vie semble tout simplement en voie de devenir « plus long et plus imprécis » (Kohl et Rein 1991:22) ou « flou » (Mutchler et al. 1997). Quelque part entre ces deux points de vue, Henretta soutient que le cours de la vie est uniforme, mais que la durée des étapes varie davantage (Henretta 1992). Quelle que soit la nature exacte des changements, la plupart s'entendent pour dire que l'ordre temporel des étapes de la vie n'est marqué que par de légers ajustements et que les changements touchent le temps consacré aux diverses étapes (Chappell et al. 2003).

Le débat concernant les changements survenus dans le cours de la vie a mené à un nouveau débat portant sur la nature de la retraite. La retraite, une institution sociale créée pour assurer le départ ordonné des travailleurs de la population active, a toujours été redéfinie en fonction des tendances sociales, économiques et politiques changeantes. Sur le plan historique, la retraite a été instituée au départ pour renforcer la participation des travailleurs à la vie active, alors qu'elle sert aujourd'hui à réduire cette participation par l'entremise de programmes de retraite anticipée.

La retraite ne se définit assurément plus seulement selon l'âge chronologique - la plupart des travailleurs prennent leur retraite entre 55 et de 62 ans, soit bien avant l'âge institutionnalisé de 65 ans et bien avant leur déclin. Bien que la retraite soit considérée comme un droit et un fait social positif, beaucoup de personnes sont poussées vers la retraite contre leur gré en raison d'une santé chancelante, de responsabilités liées à la garde d'autres personnes, du chômage ou de la retraite de leur conjoint. Il est aussi moins probable que la retraite soit circonscrite par les politiques relatives aux pensions puisque de plus en plus de personnes se servent de programmes de chômage et d'invalidité ou profitent de primes de retraite anticipée comme étapes transitoires vers leur retraite. L'attribution aux particuliers de la responsabilité de l'État relative au revenu de retraite aide aussi à desserrer les liens entre les particuliers et l'État. De plus, la retraite n'est pas toujours un événement ponctuel constituant un passage abrupt du marché du travail au non-emploi - elle peut être prise graduellement ou à temps partiel, elle peut comporter de nombreuses façons de quitter la vie active, ou encore peut ne jamais être prise.

L'ensemble de ces variations reflète bien les transformations qui touchent l'ordre établi du cours de la vie et les relations entre le particulier, le gouvernement et l'employeur. En bref, le plan de retraite se transforme de façon à multiplier les divers cheminements vers la retraite et hors de celle-ci, tandis que plus de responsabilités que jamais liées au revenu de retraite sont transférées de l'État au particulier. Parce qu'elles sont récentes, ces tendances ont sur le bien-être des personnes plus âgées des incidences incertaines qui risquent d'être ignorées, surtout en raison du fort appui en faveur du retranchement de l'État providence et de la pauvreté qui existe, même cachée, parmi certains groupes de personnes âgées (McDonald et Robb 2004).

Étonnamment, nous savons peu de choses au sujet de la retraite des femmes au Canada. Peu d'études ont abordé la question de la retraite des Canadiennes malgré l'extrême pauvreté de nombreuses femmes âgées. De plus, pour la première fois dans l'histoire, une génération de femmes arrivent à la retraite après avoir fait partie de la population active pendant la majeure partie de leur vie d'adulte, tout en ayant réussi à prodiguer la grande majorité des soins à leurs jeunes tou en y ajoutant maintenant un nombre grandissant de personnes très âgées. Pour la plupart des gens cela va de soi, car les femmes d'aujourd'hui et de demain auront travaillé toute leur vie et toucheront de généreuses pensions à leur vieillesse.

L'objet du présent document consiste donc à examiner la retraite des femmes dans le contexte de ces transformations et de leurs incidences sur leur bien-être pendant la vieillesse. L'argument de base veut que la « nouvelle» retraite soit la retraite des femmes, qui est d'ailleurs depuis toujours différente de celle des hommes et continuera de l'être dans un avenir prévisible malgré les arguments soutenant le contraire. L'observation s'applique à la génération du baby-boom et à celle des femmes plus jeunes. La transition vers la retraite des femmes et leur situation matérielle à la retraite sont le résultat direct des rapports hommes-femmes tels qu'ils se déroulent au travail et en famille au cours de leur vie. Ces relations sont modulées par l'intersection de la race, de la classe et de l'orientation sexuelle au cours d'une époque donnée de l'histoire.

Bien que nous privilégions les données canadiennes dans nos analyses, la transition vers la retraite et les processus sociaux et économiques qui l'influencent sont semblables dans la plupart des pays industrialisés d'Occident. Le cas du Canada est particulièrement instructif, puisque ce pays a vécu un des baby-booms les plus importants au monde, qu'il a connu les pires récessions au cours des vingt dernières années et qu'il appuie encore la retraite obligatoire. Par ailleurs, la diversité ethnique du Canada permet de bien voir en quoi la retraite est vécue de façon différente par divers groupes.

Histoire de la retraite des femmes

Simone de Beauvoir observait en 1949 que les femmes « n'avaient ni passé ni histoire. », Sa déclaration reste valable aujourd'hui lorsqu'on l'applique à la retraite des femmes. La retraite et son histoire ont été en grande partie l'apanage des hommes jusqu'à tout récemment, même si le nombre de femmes occupant un emploi rémunéré a sans cesse augmenté tout au long du vingtième siècle. En 1921, 20,5 % des femmes travaillaient au Canada (Urquhart et Buckley 1965:63), tandis qu'en 1999, 55 % d'entre elles occupaient un emploi rémunéré (Statistique Canada 2000:99), et ce taux atteint 61,6 % en 2003 (Statistique Canada 2005). De fait, dans la plupart des pays développés, le taux moyen de participation à la vie active avait atteint 55 % au début des années 90 (The World's Women 1995). L'histoire limitée, voire à peu près inexistante, de la retraite des femmes est le reflet fidèle de la situation voulant que pendant la majeure partie du vingtième siècle, elles aient été des travailleuses « invisibles » et, par le fait même, des retraitées « invisibles » (Hesse-Biber et Carter 2000:17).

Le travail des femmes est resté invisible dans la plupart des contextes historiques, car les mesures économiques traditionnelles ne s'appliquaient habituellement qu'au travail rémunéré (Hesse-Biber et Carter 2000, Waring 1999, Nyberg 1994, Bose 1987, Beneria 1981). Le travail effectué en dehors de l'économie de marché n'était généralement pas reconnu comme tel malgré quelques exceptions1. Marilyn Waring, qui a utilisé des fichiers de données provenant de nombreux pays à l'appui de cette observation, a inclus le Canada à titre d'exemple. En 1986 encore, elle montrait comment le recensement du Canada contribuait à faire disparaître les femmes de la population économiquement productive. La question 25a) du recensement du Canada de 1986 était la suivante : « La semaine dernière, pendant combien d'heures avez-vous travaillé (en excluant les travaux ménagers, l'entretien ou les réparations dans la maison)? » (Waring 1999:100). Ce n'est qu'en 1996 que le recensement canadien comprend pour la première fois des questions au sujet des travaux ménagers non rémunérés (Arneil 1999).

Voilà longtemps que les données du recensement du Canada omettent les travaux ménagers effectués par les femmes. À partir de la création du recensement canadien en 1871, l'« emploi rémunérateur » était la définition conceptuelle utilisée pour recueillir les données sur les professions, et ce jusqu'en 1951, lorsqu'elle a été remplacée par le concept de population active. L'emploi rémunérateur se définissait de la façon suivante :

[TRADUCTION] « . un emploi qui permet à la personne qui l'occupe de gagner de l'argent ou par lequel la personne aide à produire des biens commercialisables. les enfants de 14 ans et plus qui aidaient leurs parents dans les travaux de la ferme ou qui effectuaient certains travaux dans une entreprise familiale sans être rémunérés étaient considérés comme rémunérés, mais les filles qui aidaient aux tâches ménagères dans leur propre maison sans être rémunérées ne l'étaient pas. » (Urquhart et Buckley 1965:55).

Comme il fallait s'y attendre, « les femmes au foyer. étaient exclues par cette définition ». (Urquhart et Buckley 1965:55)

De plus, une grande partie du travail rémunéré effectué par les femmes n'était pas reconnu, car le travail à temps partiel rémunéré, comme la confection des ourlets de vêtements ou la couture, la vente d'oufs ou de produits maraîchers ou le ménage ou la garde d'enfants pour d'autres personnes, était considéré comme un prolongement naturel des services que rendaient les femmes à leur famille (Prentice et al. 1996).

Le motif des pratiques de collecte de données de la plupart des pays découle des croyances qui sont à la base de la division entre le public et le privé, à savoir la distinction établie entre la famille d'une part, et les marchés et les États d'autre part (O'Connor, Orloff et Shaver 1999, Boyd 1997, Sainsbury 1996). L'opinion la plus courante des chercheurs est qu'au cours de la transition d'une économie agricole à une économie industrielle capitaliste, les transformations économiques et technologiques ont provoqué dans la société d'importants changements de la structure sociale qui ont contribué à la division entre le lieu de travail et la famille. L'industrialisation a séparé foyer et lieu de travail en déplaçant l'industrie du domicile à l'usine. Ce processus a entraîné une différenciation accrue de la répartition du travail selon le sexe au point que le travail des femmes a englobé la sphère privée de la reproduction et de l'éducation des enfants, et le travail des hommes, la sphère publique de la vie économique (Mies 1998, Eichler 1997, Boris 1996, Valenze 1995, Armstrong et Armstrong 1978, Connelly 1978)2.

Le présent document ne vise pas à présenter l'historique de la retraite chez l'homme et chez la femme au Canada (McDonald 2001), mais à souligner que la retraite des femmes était liée au modèle de soutien de famille, modèle enchâssé dans notre système de sécurité sociale et qui subsiste encore aujourd'hui. Les quelques exemples qui suivent provenant de l'historique du système de pensions du Canada confortent cet argument.

En nous servant du domaine militaire comme métaphore, mentionnons que l'on a instauré les premières pensions privées au Canada en 1870 et en 1874 afin de contrôler le comportement des hommes au moyen d'uniformes, de hiérarchies et d'une réglementation stricte en échange de leur loyauté. Les femmes, bien entendu, n'étaient pas des « soldats professionnels » et n'étaient pas admissibles. Quant à la Loi des rentes sur l'État de 1908 selon laquelle les personnes des deux sexes pouvaient verser le même montant dans leur compte, la prestation annuelle était moins élevée pour les femmes3. En 1911, Terre-Neuve, qui était encore une colonie britannique, a mis en ouvre le premier programme public de pension de vieillesse qui, conformément à la place qu'occupaient les femmes dans la sphère privée, ne s'adressait pas du tout à elles (Snell 1993a). Bien que l'historien Struthers (1992) présente la Loi des pensions de vieillesse de 1927 comme le premier programme social « s'adressant aux personnes des deux sexes » au Canada, le traitement réservé aux femmes n'était pas égal à celui des hommes (Struthers 1992:237). L'historien Snell (1993b) présente un certain nombre d'exemples de la façon dont l'État, en appliquant la Loi, veillait à préserver la nature axée sur les rôles de l'homme et de la femme dans le mariage4. Bien que la Loi sur la sécurité de la vieillesse et la Loi sur l'assistance-vieillesse aient, en 1951, procuré pour la première fois aux femmes leur propre source régulière de revenu indépendamment des membres masculins de leur famille,5 à cette pension devaient s'ajouter des pensions d'emploi et des épargnes personnelles, c'est-à-dire deux formes de revenu dont ne disposaient pas la majorité des Canadiennes à l'époque. Le Régime de pensions du Canada (RPC) et le Régime de rentes du Québec (RRQ) qui découlaient en 1965 des réflexions sur les contributions personnelles n'étaient pas ouvertement orientés contre les travailleuses, mais certaines dispositions qui s'appliquaient également aux femmes et aux hommes étaient tout simplement désavantageuses pour les femmes. Voici deux exemples évidents : toutes les prestations étaient liées au niveau de revenu des cotisants; le montant de la pension de retraite variait selon le temps qu'une personne avait passé au sein de la population active (McDonald 2001).

Lorsque la retraite s'est enracinée de façon permanente avec l'adoption de l'assurance sociale prévue par la Sécurité de la vieillesse (SV) et le RPC/RRQ, les femmes se sont trouvées devant une anomalie qui, dans le système de pensions de l'État, rendait leur expérience de la retraite quelque peu particulière. Le volet assurance du système présumait une citoyenneté égale pour les femmes en supposant aussi que celles-ci pourraient se débrouiller toutes seules à la retraite - malgré l'inégalité socio-économique persistante dont elles faisaient l'objet sur le marché du travail. Comme elles devaient avoir recours au Supplément de revenu garanti (SRG) pour obtenir de l'aide sociale, les femmes étaient nombreuses à toucher un revenu de retraite qui se situait au bas de l'échelle de revenu. Cette situation intenable d'égalité mais aussi d'inégalité en raison d'un rapport différent à la population active constitue la base sur laquelle repose la retraite des femmes et est la source des nombreuses disparités de revenus que connaissent aujourd'hui les femmes. C'est affirmer que nous disposons d'un modèle très archaïque de système de pensions qui remonte au dix-neuvième siècle, tandis que les femmes mènent le mode de vie moderne du vingt et unième siècle.

Retraite moderne

Aujourd'hui, au Canada, la retraite constitue toujours la norme pour la plupart des travailleurs âgés. D'après l'Enquête sociale générale de 2002, les personnes de 45 à 59 ans ont indiqué que l'âge moyen prévu de leur retraite était de 60,8 ans, alors que 18,4 % des Canadiens ont indiqué n'avoir pas l'intention de prendre leur retraite (Schellenberg 2004). Bien que les préférences puissent facilement changer s'il y a des circonstances imprévues, les préférences des Canadiens sont conformes à leur comportement en matière de retraite.

Comme l'indique le graphique 10.1 de 2004, 66 % des hommes de 55 à 64 ans faisaient toujours partie de la population active, comparativement à 86,5 % en 1953. Quant aux hommes de 65 ans et plus, le taux de participation à la vie active était de 11,8 % en 2004 comparativement à 47,5 % en 1947, ce qui constitue une baisse incroyable. Ces données inspirent trois observations concernant les hommes apparaissant au graphique 10.1. Les baisses sont plus grandes chez les hommes de plus de 65 ans, bien qu'il y ait baisse pour tous les groupes d'âge; il semble y avoir un ralentissement de la retraite anticipée avant l'âge de 65 ans; la participation à la vie active semble avoir fluctué quelque peu au cours des années 1990. Ces fluctuations peuvent correspondre à des facteurs comme les compressions effectuées dans la fonction publique à ce moment et à la réduction des effectifs dans les entreprises (Kieran 2001, Gower 1997). Par ailleurs, l'âge moyen de la retraite chez les hommes était en 2004 de 61,8 ans, contre 65,1 ans en 1976, comme le montre le graphique 10.2.

Graphique 10.1 Taux d'activité pour les groupes d'âges des 55 à 64 ans et pour les 65 ans et plus, par sexe, Canada, 1946 à 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Graphique 10.1
Taux d'activité pour les groupes d'âges des 55 à 64 ans et pour les 65 ans et plus, par sexe, Canada, 1946 à 2004

L'orientation de la participation des femmes à la vie active semble différente de celle des hommes, comme le montre le graphique 10.1, car les taux correspondent aux deux tendances suivantes : l'augmentation spectaculaire de leur participation à la vie active à compter des années 1960 et la tendance des hommes à prendre une retraite anticipée. L'augmentation croissante de la participation des femmes d'âge mûr (de 55 à 64 ans) est évidente dans le graphique. En 1954, seulement 12,9 % des femmes de 55 à 64 ans étaient sur le marché du travail comparativement à 47,7 % en 2004. En revanche, les taux de participation à la vie active des femmes de 65 ans et plus n'ont jamais été supérieurs au taux de 6,3 % observé en 1964 et ils demeurent assez stables depuis 1946, ce qui indique que les deux tendances se contrebalancent dans le cas des femmes plus âgées. L'examen de l'âge moyen de la retraite chez les femmes est plus révélateur. Comme le montre le graphique 10.2, cet âge moyen passe de 64,8 ans en 1976 à 60,8 ans en 2004 (Statistique Canada 2005).

Graphique 10.2 Ages moyen et médian à la retraite, par sexe, Canada, 1976 à 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Graphique 10.2
Ages moyen et médian à la retraite, par sexe, Canada, 1976 à 2004

Le graphique 10.3 montre nettement les comportements de la main-d'ouvre féminine par rapport à ceux de la main-d'ouvre masculine. À compter des années 1970, chaque cohorte de femmes demeure active pendant plus longtemps que la précédente. Étant donné les cohortes plus importantes provenant de la génération du baby-boom, les taux de participation augmentent de façon spectaculaire, comme le montrent les taux transversaux du graphique 10. 3. La baisse susmentionnée des taux de participation des hommes sert à réduire l'écart entre les taux de participation des hommes et des femmes, et le profil de la participation des femmes commence à ressembler aux taux élevés et constants observés chez les hommes (Sunter 2001). Plusieurs facteurs expliquent les taux de participation uniformes des femmes au cours des années 90 - l'intégration à part entière des femmes à la population active (Beaudry et Lemieux 1999) et (ou) la plus grande similitude entre les taux de participation des générations successives, ce qui donne lieu à une croissance plus lente. Notons qu'il s'agit là d'observations fondées sur des suppositions (Sunter 2001).

Graphique 10.3 Ages moyen et médian à la retraite, par sexe, Canada, 1976 à 2004. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Graphique 10.3
Taux d'activité par âge et par sexe, Canada, 1976 et 2004

En résumé, la diminution de la participation des hommes est au fil du temps de plus en plus associée à l'âge de 62 ans. Le travail rémunéré devient un élément plus central de la vie des femmes et ressert ainsi le faible lien qui existait auparavant entre le travail des femmes et leur retraite. Mais surtout, les tendances indiquent que la retraite des femmes sera différente de celle des hommes. Leur arrivée tardive sur le marché du travail signifie que pour chacune d'entre elles, l'histoire de la retraite est sur le point de commencer et sera probablement différente. Il y aura à tout le moins un décalage d'ordre structurel pour la retraite, alors que les femmes tenteront de combler leur « retard » par rapport aux hommes pour ce qui est des pensions (Moen 1996).

Qu'apporte de nouveau la nouvelle retraite?

Certains auteurs affirment que le cours de la vie est plus asynchrone (O,Rand et Henretta 1999, Han et Moen 1999) ou, de façon plus nette, qu'il y a une « .véritable révolution dans la structure par âge de la société » (Riley et Riley 1994). La retraite n'est plus une transition abrupte de l'emploi au non-emploi; elle peut être prise graduellement, comporter de nombreuses façons de quitter la vie active, être jumelée à de multiples autres événements de la vie ou ne jamais être prise. Han et Moen (1999) saisissent l'essentiel des nouveaux arguments lorsqu'ils conceptualisent la retraite comme le fait de pointer son départ. La retraite est un processus complexe qui est régi par de multiples programmes réglementaires et par les divers rythmes individuels. . Guillemard (2000) soutient plus particulièrement que le système des pensions de retraite ne réglemente plus la retraite anticipée en Europe, et que c'est plutôt l'assurance-invalidité qui crée la transition entre le travail et la retraite. Gardyn (2000) indique quant à lui que la retraite est en voie d'être réinventée, non seulement pour donner lieu à une deuxième carrière, mais aussi pour favoriser l'apprentissage permanent et le bénévolat.

Comme il fallait s'y attendre, les changements à l'ordre temporel du cours de la vie ont une influence sur la retraite, qui était l'entrée dans la dernière étape de la vie et l'élément reliant les structures réglementaires de l'emploi et du non-emploi. C'est presque la mode de parler de « nouvelle retraite », bien que les gérontologues ne s'entendent pas au sujet des « éléments nouveaux » de ladite « nouvelle retraite ». En rassemblant les diverses bribes d'information que renferment les travaux de recherche effectués au Canada, les différences que semble présenter la retraite aujourd'hui sont qu'elle devient un processus sans commencement ni fin bien précis, qu'il est beaucoup moins probable qu'elle soit déterminée sur le plan chronologique, qu'elle n'est pas réglementée de façon aussi stricte par l'État et ses systèmes de pensions, par des politiques rigoureuses ou par le rapport de la personne avec la population active et qu'il existe une multitude de cheminements qui y mènent en interaction avec la vie d'autres personnes. Il va presque sans dire que la retraite est enchâssée dans l'existence. Au cour de la perspective de vie se trouvent « la synchronisation du temps individuel » ainsi que « le temps chronologique et les incidences cumulatives des événements antérieurs de la vie, comme les façonnent les influences antérieures pour les événements subséquents » (Hareven 1996:31).

Il y a de plus en plus de preuves à l'appui de ces changements, même si les données canadiennes ne sont pas à jour. Il est aussi difficile de faire des comparaisons avec les années passées puisque les données recueillies ne traitaient pas des « nouveaux » parcours. Bien qu'on puisse encore soutenir que la diminution continue de l'âge de la retraite est liée aux pensions publiques et privées, il est intéressant de noter que pas moins de 31 % des Canadiens indiquaient en 1994 ne pas savoir à quel âge ils prendraient leur retraite. Les femmes constituaient le groupe dans lequel régnait le plus d'incertitude; 36 % d'entre elles ne savaient pas quand elles prendraient leur retraite, comparativement à 25 % des hommes. Dans cette enquête, l'âge moyen prévu pour la retraite autant des travailleurs que des travailleuses était de 58,5 ans, ce qui est bien au-dessous de l'âge de 60 ans lorsque des pensions ont été offertes pour la première fois en vertu du RPC et du RRQ.

Les données provenant de l'Enquête sociale générale (ESG) de 2002 montrent un modèle semblable. Parmi les Canadiens de 45 ans ou plus qui indiquaient ne pas être à leur retraite, 20 % affirmaient qu'ils n'avaient pas l'intention de prendre leur retraite et 12 % qu'ils ne savaient pas quand ils la prendraient6 . Par conséquent, comme en 1994, un peu plus de 30 % des hommes refusaient d'indiquer quand ils prendraient leur retraite. Cependant, en 2002, les chiffres pour les hommes et les femmes sont plus proches qu'en 1994. Par conséquent, 29,7 % des hommes indiquaient qu'ils n'avaient pas l'intention de prendre leur retraite ou qu'ils ne savaient pas à quel moment ils allaient la prendre, comparativement à 31,2 % des femmes (Schellenberg 2004).

Bien que les preuves soient minces en raison du manque de données recueillies au fil du temps, il semble y avoir un plus grand nombre de cheminements vers la retraite qu'auparavant. Au moins cinq « nouveaux » cheminements remarqués récemment comprendraient : la retraite par l'obtention de primes de retraite anticipée, le recours à des prestations d'invalidité, la nécessité de prodiguer des soins à un membre de la famille, la retraite involontaire et le renversement de la décision concernant la retraite. Dans l'Enquête de 1992 sur les personnes absentes du marché du travail, 26 % des hommes et 12 % des femmes indiquaient qu'ils avaient pris leur retraite inopinément, parce qu'on leur avait offert une prime de retraite anticipée (McDonald, Donahue et Marshall 2000). Les chiffres correspondants de l'Enquête sociale générale de 2002, pour ceux qui ont indiqué qu'ils avaient pris leur retraite, étaient de 19 % pour les hommes et de 9 % pour les femmes.

Tout comme en Europe, le recours à des prestations d'invalidité comme étape préparatoire à la retraite constitue un autre exemple. Au départ, les prestations d'invalidité visaient à offrir un revenu aux personnes qui ne pouvaient pas gagner leur vie en raison d'une grave incapacité. Dans un certain nombre de pays, ces prestations ont toutefois été utilisées pour retirer des travailleurs âgés de la population active en raison de taux élevés de chômage. La participation a été tellement vive qu'en 1990, les personnes recevant des prestations d'invalidité étaient plus nombreuses que celles recevant des prestations de chômage dans 12 des 23 pays membres de l'OCDE (McDonald et Donohue 2000). L'Enquête sociale générale de 2002 contient des données sur le départ à la retraite pour raison de santé. On ignore la prévalence des prestations d'invalidité pour les personnes qui mentionnent cette raison de leur retraite. Signalons cependant que parmi les personnes qui déclaraient être à la retraite, un bon quart (26% des hommes et 25% des femmes) invoquaient cette raison de leur départ en retraite, Dans l'Enquête sur le vieillissement et l'autonomie (1991), 5 % des femmes encore en emploi mentionnaient la prestation de soins comme raison possible de prendre leur retraite. Dans l'Enquête sociale générale menée cinq ans plus tard, au moins deux fois plus de femmes (13 %) affirmaient toutefois avoir pris leur retraite pour prodiguer des soins (Monette 1996). Plus récemment, les données de l'Enquête sociale générale de 2002 indiquent que 12 % des femmes et 6 % des hommes ont pris leur retraite pour s'occuper d'un membre de la famille. Une enquête nationale sur les dispensateurs de soins menée en 1997 par la National Alliance for Caregiving et l'American Association of Retired Persons (AARP) révélait qu'aux États-Unis, près du quart des ménages comptait une personne qui fournissait des soins à une personne âgée de 50 ans ou plus. Près des deux tiers des dispensateurs de soins familiaux travaillaient à temps plein ou à temps partiel, tandis qu'environ 4 % avaient pris une retraite anticipée et que 6 % avaient abandonné complètement leur travail pour prodiguer des soins (National Alliance for Caregiving et AARP 1997, 2004). Lorsqu'ils ont examiné en particulier la question des dispensateurs de soins qui avaient pris leur retraite pour prodiguer des soins à un membre vieillissant de leur famille, McDonald, Donahue et Moore (1998) ont utilisé les données canadiennes de l'Enquête nationale sur le vieillissement et l'autonomie, et ils ont comparé les dispensateurs de soins retraités aux autres personnes à la retraite. Ils ont constaté que les travailleurs qui prenaient leur retraite pour prodiguer des soins étaient plus susceptibles d'être des femmes, d'être en marge de l'économie et de prendre très tôt leur retraite. De plus, il s'agissait de femmes ayant un faible revenu personnel qui étaient peu susceptibles de recevoir des prestations du régime de pensions de l'État ou d'un régime privé ou d'avoir des revenus de placements.

Certains Canadiens ont aussi annulé la décision de prendre leur retraite. Selon le fichier de données utilisé, entre 13 % (Enquête sociale générale 1994) et 17 % des Canadiens (Enquête sur le vieillissement et l'autonomie 1991) ont annulé leur décision et sont retournés sur le marché du travail en grande partie pour occuper ce qu'ils appelaient un « emploi de transition » vers la retraite (Doerringer 1990). Dans une petite étude non aléatoire portant sur une entreprise de télécommunications du Canada, on a constaté que près de 47 % des hommes et de 25 % des femmes ayant pris une retraite anticipée ont effectué un retour au travail (Marshall, Clarke et Ballantyne 2001). Dans l'Enquête sociale générale de 2002, parmi les personnes qui indiquaient qu'elles avaient pris leur retraite, 24 % des hommes et 18 % des femmes avaient occupé un emploi rémunéré après leur première retraite.

La plupart des Canadiens et des Canadiennes qui sont retournés au travail occupaient un emploi à temps partiel et étaient généralement des personnes qui avaient initialement dû prendre leur retraite en raison de dispositions prévoyant une retraite obligatoire ou parce qu'on leur avait offert une prime de retraite anticipée (McDonald 1999). Les femmes professionnelles ayant un revenu personnel élevé étaient tout particulièrement nombreuses à retourner au travail. Contrairement aux hommes, elles avaient planifié leur retraite et l'avaient prise parce qu'elles avaient accès à une prime de retraite anticipée ou parce qu'il n'y avait pas d'emploi disponible. Il semble toutefois que l'habitude qu'avaient les femmes de retourner au travail ait été davantage une forme d'avancement professionnel qu'une forme de retraite (Hayward, Crimmins et Wray 1994).

L'Enquête sociale générale de 2002 indique aussi que le taux des personnes de retour sur le marché du travail est beaucoup plus élevé que celui des personnes qui ont pris leur retraite en raison de dispositions prévoyant une retraite obligatoire ou parce qu'on leur avait offert une prime de retraite anticipée. Dans ce groupe, 30 % des personnes sont retournées travailler après leur première retraite comparativement aux 18 % de personnes qui n'ont pas donné de telles raisons pour prendre leur retraite.

Aux États-Unis, on estime qu'à l'heure actuelle, entre 30 et 50 % des travailleurs se dirigent vers leur retraite « définitive » en prenant d'abord une retraite partielle ou en occupant un « emploi de transition » entre les emplois de leur carrière et la retraite (Mutchler et coll. 1997, Quinn 1999).

Le nombre de Canadiens qui ont l'intention de ne jamais prendre leur retraite est peut-être encore plus révélateur. Parmi les Canadiens d'au moins 45 ans qui indiquaient dans l'Enquête sociale générale de 2002, qu'ils n'avaient pas pris leur retraite, 20 % affirmaient qu'ils avaient l'intention de ne jamais la prendre.

Aux États-Unis, Ekerdt et al. (2001) ont eu recours à une enquête longitudinale (Health and Retirement Survey) pour montrer qu'il régnait une grande incertitude au sujet de la forme et du moment de prendre la retraite. Dans leurs analyses, 40 % des travailleurs de 51 à 61 ans ne pouvaient pas indiquer de quelle façon ils quitteraient leur emploi, et environ 12 % ne connaissaient pas la date de leur retraite ou ne savaient pas à quel âge ils la prendraient. Cette enquête a permis de constater que l'incertitude était moins probable chez les personnes qui menaient davantage une « vie à caractère social », c'est-à-dire une vie davantage publique, influencées par des personnes au travail et à la maison ainsi que par des amis. Une vie à caractère social se déroule sous la surveillance d'autres personnes au travail et à la maison. Le travail au sein d'une organisation de plus grande envergure et plus bureaucratique qui reconnaît et contrôle la planification de la retraite de ses employés et qui en discute avec ux rend la retraite plus visible que chez les travailleurs indépendants. Par ailleurs, étant donné que les conjoints et les amis se surveillent les uns les autres, ces relations favorisent les discussions au sujet de la planification de retraite. Les conclusions de cette étude indiquent que l'incertitude quant à la forme et au moment de la retraite était plus probable chez les femmes, les célibataires et les personnes ne cotisant pas à un régime de pension - tous ces facteurs favorisant moins une « vie à caractère social ».

En ce qui concerne l'influence d'autres personnes (de l'entourage) sur la retraite, la plupart des travaux de recherche portent sur le mariage et la famille. Ils examinent à quel point le partenaire tient compte de la carrière et de la retraite de son conjoint lorsqu'il décide lui-même de prendre sa retraite. Dans une étude sur des couples canadiens unis par les liens du mariage, McDonald (1996) constate que l'âge de la retraite d'une femme mariée dépendait beaucoup de la différence d'âge entre elle et son mari, du niveau de scolarité et du prestige de la profession de celui-ci, du revenu du ménage et de la situation du mari (à la retraite ou non). Si le mari était plus âgé que sa femme, l'âge de la retraite augmentait pour celle-ci - constatation qui ne s'applique pas dans les données sur les États-Unis (Szinovacz et DeViney 2000). Plus le mari était instruit, occupait un poste de prestige et touchait un revenu élevé, plus la femme prenait jeune sa retraite. L'âge de la retraite du mari augmentait si sa femme était du même âge que lui ou plus âgée, si elle occupait un poste de prestige et si la famille était grande (McDonald 1996). Par contre, Tompa (1999) constate que les hommes comme les femmes avaient tendance à décider avec le conjoint de prendre leur retraite. Toujours selon ses constatations, plus le revenu du conjoint ou de la conjointe provenant du RPC ou d'une autre pension était élevé, plus une personne était susceptible de quitter la population active.

Enfin, de nombreux Canadiens prendront leur retraite de façon involontaire. Autrefois, la retraite involontaire de certaines personnes était prévue en tant que retraite obligatoire, et le système judiciaire conteste encore de nos jours cette situation (Gillin, MacGregor et Klassen 2005, Klassen et Gillin 1999). Dernièrement, la tendance au Canada consiste à se débarrasser de la retraite obligatoire. Par exemple, après avoir largement consulté la population partout en province, le gouvernement de l'Ontario a présenté en juin 2005 une loi visant à éliminer la retraite obligatoire. Il n'est donc pas surprenant que seulement quelque 14 % des gens sont touchés par ces politiques comparativement à 27 % en 1975. Aujourd'hui, on occulte la question de la retraite involontaire, et celle-ci est probablement plus fréquente que ne l'indiquent les travaux de recherche actuels - environ 27 % chez les hommes et 22 % chez les femmes (McDonald, Donahue et Marshall 2000). Dans l'Enquête sociale générale de 2002, 26 % des personnes qui déclaraient avoir pris leur retraite affirmaient l'avoir prise involontairement.

Pour les 25 % de Canadiens qui prennent leur retraite involontairement, les raisons principales sont tout d'abord un mauvais état de santé, suivi de la retraite obligatoire et du chômage (McDonald, Donahue et Marshall 2000). Dans l'Enquête sociale générale de 2002, près de la moitié (49 %) des personnes ayant déclaré avoir pris leur retraite involontairement invoquaient des raisons de santé. La nature involontaire de la retraite peut n'être perçue qu'après coup. Une étude menée auprès de dispensateurs de soins révèle que la plupart d'entre eux ne s'étaient même pas rendu compte qu'ils avaient été forcés de prendre une retraite prématurée avant d'avoir cessé de prodiguer des soins et d'avoir tenté sans succès de se réintégrer à la population active (McDonald, Sussman et Donahue 2002).

Bien qu'il y ait des preuves préliminaires que la nature même de la retraite est en voie de changer, seul le temps nous indiquera l'ampleur et le caractère permanent de ces changements. Selon un groupe de chercheurs canadiens, « .on recommande vivement à Statistique Canada de juger que les termes retraite et retraité ne sont plus valables pour désigner la situation d'activité rémunérée d'une personne » (Payne et al. 1996). Cependant, leur suggestion est peut-être quelque peu prématurée, étant donné que plus de 80 % des Canadiens retraités le sont encore actuellement. De récentes observations appuient l'idée que l'institutionnalisation de la retraite est toujours solide, du moins aux États-Unis. Une étude révèle que l'anticipation de la retraite est la norme chez les travailleurs âgés (Ekerdt, Kosloski et DeViney 2000), et une autre, que les critères institutionnalisés de la retraite sont fortement intériorisés de sorte que les gens se définissent eux-mêmes comme retraités et que cette situation est bien ancrée dans leur esprit (Szinovacz et DeViney 2000).

Parallèles entre la « nouvelle » retraite et la retraite des femmes

On pourrait affirmer que la métamorphose de la retraite à laquelle nous assistons aujourd'hui est, au fond, liée à la retraite des femmes. Par le passé, la retraite des femmes était sans forme et fluide et elle restera probablement ainsi à l'avenir, mais pour des raisons différentes. On pourrait aussi prétendre que les femmes de la génération du baby-boom joueront un rôle important dans l'établissement du cadre de la « nouvelle » retraite (Statistique Canada 2000). Les principes de base de cet argument s'appuient sur la situation voulant que ces femmes soient les premières qui auront passé la majeure partie de leur vie d'adulte au sein de la population active. Comme l'indique Galarneau (1994:6), en 1971, 54 % de la première vague de femmes de la génération du baby-boom (nées entre 1946 et 1955), qui étaient alors âgées de 16 à 25 ans, étaient sur le marché du travail, comparativement à 39 % de l'ensemble des femmes au cours de cette même année. Dix ans plus tard, 70 % des femmes (de 16 à 25 ans) de la deuxième vague du baby-boom étaient sur le marché du travail. Ces femmes auront la possibilité de définir leur propre retraite - ce qui sera une première - à tout le moins en fonction de leur présence accrue au sein de la population active, de leurs niveaux plus élevés de scolarité et de l'augmentation du prestige de leurs emplois. En raison des changements démographiques au sein de la population canadienne (les femmes plus âgées représentaient 57,4 % de la population en 1998, et ce taux ne baissera pas sous les 56 % avant au moins l'année 2041), la seule présence des femmes aura probablement une certaine incidence sur la retraite.

Il convient donc de se demander si la retraite des femmes de la génération du baby-boom sera différente de celle de leurs mères. Nous pouvons probablement répondre que oui. Nous soutenons que dans un avenir immédiat, la retraite des femmes prendra probablement la forme de la « nouvelle retraite » pour les trois raisons suivantes : la moins grande importance accordée au mariage, la prestation de soins à deux niveaux et le fait que le travail des femmes demeure le travail des femmes. Ces facteurs réunis feront en sorte que la retraite des femmes sera quelque peu mal définie, incertaine et irrégulière.

Moins grande importance accordée à la stabilité du mariage

Les femmes de la génération du baby-boom ont de plus en plus remis à plus tard le mariage. La génération du baby-boom est divisée en deux vagues : la première est constituée des femmes nées entre 1946 et 1955 et la seconde, des femmes nées entre 1956 et 1965 (Galarneau 1994). Entre l'âge de 26 et de 35 ans, 20 % des femmes de la deuxième vague ne s'étaient jamais mariées, comparativement à 14 % de celles de la première vague et à 11 % des femmes du même groupe d'âge de la période ayant précédé le baby-boom (celles nées entre 1936 et 1945) (Galarneau 1994). Elles se sont aussi distinguées en ayant moins d'enfants. Seulement 13 % des femmes de la deuxième vague âgées de 26 à 35 ans avaient trois enfants ou plus, comparativement à 16 % des femmes de la première vague et à 34 % de celles de la période antérieure au baby-boom

Ces tendances établies par les baby-boomers se maintiendront. Il y a diminution à long terme de la proportion de femmes qui font partie d'une famille « mari-femme », étant donné que le taux de mariage se situe à 20 % en 1997 après avoir été de 24 % en 1989. Aussi en 1997, l'âge moyen pour un premier mariage chez les femmes était de 28 ans, alors qu'il était de 26 ans en 1990. De plus, il y a une augmentation à long terme du nombre de divorces au Canada (bien que celle-ci puisse être attribuée en grande partie aux modifications apportées à la législation en 1968 et en 1986), et ce nombre est beaucoup plus élevé qu'au cours des années 1960. En 1997, il y avait 225 divorces par tranche de 100 000 habitants. Par ailleurs, le nombre de femmes chef de famille monoparentale augmente de façon constante. En 1996, elles représentaient 19 % de toutes les familles avec enfants, alors que le pourcentage était de 10 % en 1971 (Statistique Canada 2000). Aussi, les récentes générations de femmes s'engagent davantage dans des unions de fait. On s'attend à ce que plus de 40 % des femmes âgées de 30 à 39 ans choisissent l'union de fait comme première union, tandis que ce pourcentage devrait atteindre 53 % chez les femmes âgées de 20 à 29 ans. L'union de fait offre moins de protection sur le plan juridique et de nombreuses unions manquent de stabilité (Statistique Canada 2000).

Ces facteurs, considérés conjointement, signifient que le mariage ne sera plus tout à fait autant que par le passé un élément central de la retraite des femmes, ce qui représente un changement énorme depuis la création de la retraite, alors que le travail et la retraite des femmes étaient totalement imbriquées dans la sphère familiale. Les documents publiés au Canada au sujet de la retraite indiquent bien que pour les femmes, le mariage est le plus important indice permettant de prévoir l'âge de la retraite, car il permet de déterminer le revenu à la retraite et le degré de satisfaction d'être à la retraite (McDonald 1996, McDonald et Robb 2004). Par exemple, il est démontré que le mariage constitue une importante ressource économique qui protège les femmes contre la pauvreté à la retraite. Lorsque le soutien conjugal disparaît, la pauvreté secondaire des femmes ne devient que trop évidente à la retraite (Logue 1991). Selon une étude nationale réalisée au Canada, 49 % des veuves à la retraite, 53 % des femmes divorcées ou séparées et 28 % des femmes célibataires vivaient sous le seuil de faible revenu établi pour le Canada, comparativement à 15 % des femmes mariées (McDonald, Donahue et Moore 1997). La constatation voulant que les femmes mariées et les femmes célibataires soient plus susceptibles que les femmes divorcées et les veuves de trouver satisfaisant leur revenu à la retraite ne constitue pas une surprise. Une étude plus récente consacrée aux femmes seules constate que les femmes séparées ou divorcées sont les plus pauvres de toutes les femmes plus âgées vivant seules (McDonald et Robb 2004). Avec l'incertitude totale au sujet de la situation de famille et la tendance qu'ont les femmes à « faire cavalier seul », il est plus que probable que la retraite donne lieu à des difficultés imprévues et à des incertitudes de toutes sortes.

Les femmes deviendront des dispensatrices de soins à deux niveaux

Le vieillissement de la société canadienne donne lieu à un nouveau problème, à savoir la prestation de soins à deux niveaux - un parent qui s'occupe de ses propres enfants et qui dispense aussi des soins à ses parents vieillissants. Les femmes ont encore des enfants. Près des deux tiers de celles qui ont déjà travaillé ont connu une interruption de six mois ou plus de leur emploi rémunéré. La plupart des femmes en congé de maternité (86 %) retournent au travail dans l'année qui suit la naissance de leur enfant. Cependant, une étude révèle qu'à la suite d'une interruption dans leur travail, elles ne sont pas aussi susceptibles de reprendre le même emploi ou de travailler à temps plein si elles occupaient un emploi à temps plein avant l'interruption (Fast et Da Pont 1997). En 1998, les travailleuses à temps plein ayant des enfants ont consacré 1,7 heure de plus que les femmes sans enfants à effectuer du travail non rémunéré (environ 5 heures par jour) et à pratiquer des activités de loisir (Statistique Canada 2000). Selon une autre étude, s'il doit y avoir adaptation sur le plan professionnel afin de s'acquitter d'obligations familiales, c'est généralement la femme qui le fait (Townson 2000). Chez les hommes et les femmes ayant des obligations familiales qui ont pris des mesures d'adaptation en 1995, les deux tiers qui ont adapté leur horaire de travail étaient des femmes, comparativement à environ un tiers des hommes. Les mesures d'adaptation comprenaient notamment le travail à temps partiel, les horaires de travail irréguliers, les absences volontaires du travail et le chômage volontaire.

Nous pouvons ajouter que la situation dans laquelle se trouvent la plupart des femmes d'âge moyen et plus avancé - c'est-à-dire que leurs parents sont encore vivants - est sans précédent. En 1940, une femme sur trois âgée de 50 ans avait encore ses parents, comparativement à deux sur trois ou le double de leur nombre en 1980. Étant donné la demande grandissante pour que soient prodigués des soins à des parents ou à des membres âgés de la famille, les femmes sont aussi plus susceptibles de s'occuper de ces personnes. En effet, 15 % des femmes, comparativement à 9 % des hommes prodiguaient en 1996 des soins à la fois à des enfants et à des membres âgés de leur famille. Selon les données d'une étude, les femmes qui occupent un emploi assurent des soins à des personnes âgées en effectuant une partie de leur travail rémunéré à la maison et en travaillant en dehors des heures normales de travail (Marshall 1998). Outre l'instabilité de la situation de famille des femmes et tout ce que cela comporte, la prestation de soins à deux niveaux signifie plus de temps passé sans occuper un emploi rémunéré, plus de départs de la population active et de rentrées au sein de celle-ci et, comme l'a montré une étude concernant les dispensateurs de soins, beaucoup de sorties inattendues du marché du travail avec peu d'espoirs de s'y réintégrer (McDonald, Sussman et Donahue 2002).

Le travail des femmes reste le travail des femmes

Aujourd'hui, de nombreux spécialistes de l'analyse économique soutiennent que les femmes issues du baby-boom auront occupé un emploi rémunéré pendant la majeure partie de leur vie et auront leur propre pension du secteur privé et des REER, tandis que la plupart d'entre elles toucheront des prestations du RPC ou du RRQ. Bien que tout cela puisse être vrai, au moins deux facteurs primordiaux indiquent que leurs revenus de pensions ne seront pas encore égaux à ceux des hommes à la vieillesse. La capacité des femmes d'épargner et d'accumuler des rentes de retraite dépendra de la mesure dans laquelle les composantes privées et semi-privées (RPC et RRQ) du système de pensions refléteront l'inégalité au sein du marché du travail ainsi que de la durée de leurs interruptions antérieures sur le plan professionnel en raison des obligations familiales susmentionnées.

Parmi les formes de participation à la vie active des femmes qui sont les plus susceptibles d'avoir une incidence sur leurs pensions futures, mentionnons leur concentration dans le travail atypique et à temps partiel, leur sous-représentation au sein des syndicats, leur surreprésentation dans le secteur des services et le maintien de leur répartition dans les emplois féminins. Le pourcentage de femmes occupant un emploi atypique, y compris les travailleuses temporaires, à temps partiel et indépendantes et celles occupant plus d'un emploi, est passé de 35 % en 1989 à 41 % en 1999. L'emploi à temps partiel est encore la forme la plus courante de travail atypique chez les femmes. Depuis le milieu des années 70, sept femmes sur dix travaillent à temps partiel, même si le quart d'entre elles indiquent qu'elles auraient préféré travailler à temps plein. En 1995, 43 % des travailleurs à temps partiel gagnaient moins de 7,50 $ l'heure et moins de 20 % des emplois à temps partiels étaient couverts par un régime enregistré de pensions de retraite. Près de 15 % des emplois à temps partiel se situaient sous l'exemption de base de 3 500 $ prévue par le RPC et le RRQ.

Seulement 31 % des femmes sont protégées par un syndicat, facteur qui est lié directement à la protection moindre offerte par les pensions. En ce qui concerne la répartition des femmes dans les catégories professionnelles, 70 % de celles qui occupaient un emploi en 1999 travaillaient toujours dans les domaines de l'enseignement, des sciences infirmières et des métiers connexes liés à la santé, dans des bureaux et d'autres fonctions administratives et dans la vente et les services, par rapport à 78 % en 1982. Il est bien connu que les carrières féminines ont toujours présenté des salaires moins élevés. Les femmes gagnent toujours moins pour chaque dollar gagné par les hommes. Le ratio des gains femmes-hommes en 1997 était de 81 % pour celles de 15 à 24 ans, de 76 % pour celles de 25 à 34 ans, de 73 % pour celles de 35 à 44 ans, de 70 % pour celles de 45 à 54 ans, et de 66 % pour celles de 55 ans et plus. Le ratio moyen des gains femmes-hommes chez les personnes ayant occupé un emploi à temps plein toute l'année, qui était de 72,5 % en 1997, présente une tendance à la baisse, étant donné qu'il était de 73,1 % en 1995 et de 73,4 % en 1996. Tout compte fait, il n'est pas étonnant que le revenu moyen des femmes en 1997 ait été de 19 874 $, comparativement à 30 169 $ pour les hommes (Statistique Canada 2000).

Les femmes âgées de demain auront peut-être leurs propres pensions, mais leur situation ne s'améliorera que légèrement en raison des RPA, du RPC et du RRQ et de leurs épargnes, le tout selon leurs gains et la durée de leur vie active. À moins que la situation ne change, les rentes que toucheront les femmes seront à peu près les mêmes. Pour ajouter à leur situation difficile, elles vivent plus longtemps que les hommes, de sorte que leurs pensions du secteur privé sont plus susceptibles d'être touchées par l'inflation à long terme.

Disparité entre la vie des femmes et le système de pensions

Les résultats de bon nombre de changements mis en évidence ci-dessus laissent présager une retraite qui ressemblera beaucoup à une version de la « nouvelle retraite ». La vie des femmes est déjà caractérisée - et elle continuera de l'être - par de multiples transitions vers la vie active et hors de celle-ci, ce qui comporte l'occupation de plus d'un emploi qui est habituellement un emploi occasionnel ou atypique, et, sur le plan professionnel, leur confinement dans le secteur féminisé de l'économie, où elles risqueront de toucher des salaires moins élevés. Elles seront également susceptibles d'emprunter de nouveaux parcours vers la retraite, surtout pour prodiguer des soins, ainsi que de se retirer du marché du travail plusieurs fois.

Ces régimes de travail irrégulier ne cadrent sûrement pas avec la structure du système de pensions actuel, qui a été conçu pour répondre aux besoins des travailleurs de sexe masculin du dix-neuvième siècle, qui étaient les seuls soutiens d'une famille nombreuse. Parce que ce système de pensions met encore l'accent aujourd'hui sur la durée d'occupation d'un emploi dans une seule carrière professionnelle, il exclut de nombreux Canadiens et de nombreuses Canadiennes qui ne correspondent pas à ce profil. Plus précisément, les politiques relatives aux pensions reconnaissent à peine le fardeau que représentent les gains inférieurs institutionnalisés chez les femmes ou les coûts de leur travail non rémunéré, et elles ignorent les multiples changements d'emploi que les femmes ont connus au cours des dix dernières années. Au mieux, le système de pensions offre de l'aide sociale aux pauvres sous forme de SV et de SRG, ce qui, en dernière analyse, ne diminue pas beaucoup leur pauvreté. Le RPC et le RRQ offrent de très bonnes possibilités de contribuer à la subsistance des femmes, mais les montants des prestations sont faibles et ils le sont encore davantage depuis les rajustements apportés en 1998. Pour toute amélioration aux pensions publiques ou privées, il faudrait adopter une nouvelle vision du cours de la vie qui tiendrait compte de la situation réelle des Canadiennes, sans parler de celle des hommes qui vivent en marge de l'économie (Marshall 2002).

Comme je l'ai indiqué précédemment,

« ...pourquoi les décideurs persistent-ils à élaborer des politiques en fonction d'un cours ordonné de la vie prévoyant les études, le travail et la retraite en se fondant sur l'expérience des travailleurs industriels de sexe masculin du dix-neuvième siècle? Pourquoi ignore-t-on les changements que connaît le cours de la vie? Pourquoi les politiques sociales sont-elles établies de façon ponctuelle? Pourquoi tentons-nous d'établir les politiques sociales une génération à la fois? » (McDonald 1997:395).

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Notes

  1. En se servant de la Grande-Bretagne dans le cadre d'une étude de cas, Hakim (1996) soutient que le travail actif des femmes n'est pas sous-estimé en raison d'une sous-déclaration relative et que le travail ménager qu'elles effectuent ne l'est pas non plus, car il est mesuré. Toujours en Grande-Bretagne, le travail ménager à temps plein non rémunéré figure dans la liste des emplois de la classification du recensement jusqu'en 1871.
  2. Marjorie Griffin Cohen n'est pas d'accord avec cette analyse si l'on se fie à son étude des femmes et de la production laitière en Ontario et au Québec au cours de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle. Elle soutient que la répartition du travail entre les hommes et les femmes était bien définie au stade pré-industriel en Ontario. Les caractéristiques de l'économie des produits de première nécessité et du marché de l'exportation étaient telles que la nature volatile des marchés de l'exportation, la rareté générale de la main-d'ouvre et le sous-développement du marché intérieur ont rendu l'activité des femmes dans le secteur ménager essentielle pour la mise au point de produits de première nécessité et pour l'accumulation de capital (Cohen 1988). Son point de vue est contesté par l'historienne Jane Errington, qui indique qu'à cette époque, il y avait souvent peu de distinction entre la production pour le ménage et la production pour le marché (Errington 1995:83 à 84).
  3. Pour la rente maximale totale de 1 000 $, un homme âgé de 70 ans recevait 135,50 $, tandis qu'une femme aurait reçu 121,20 $ (Strong-Boag 1993:188).
  4. Autre exemple : Dans les années 1930 au Manitoba, si une femme recevait des prestations plus élevées que son mari, cela constituait nettement un affront pour le mari à titre de soutien de famille. La politique était fondamentalement la suivante : « .le Manitoba reconnaît que la conjointe est admissible à une pension plus élevée en raison d'un actif réduit, mais nous ne voyons pas d'autre solution que de laisser sa pension au même taux que celle de son mari (cité dans Snell 1993b:514).
  5. Tandis que de nombreux hommes à la retraite ajoutaient à leur rente uniforme leurs pensions privées et les épargenes provenant de leur travail rémunéré, les femmes ne pouvaient compter que sur leur maigre rente uniforme. Une stratification en a résulté (p.ex., en 1957-1958, 128,8 femmes pour 100 hommes étaient des bénéficiaires de l'aide sociale (Clark 1960:265). Cette répartition était un signe avant-coureur de la situaion actuelle, alors que plus de femmes dépendent de la SV et du SRG.
  6. Les données de l'Enquête sociale générale de 2002 ont été compilées par la Division du l'analyse du travail non rémunéré de Statistique Canada.